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If-. ^ii /-iH
LETTRES ORIGINALES
D E •
MIRABEAU.
f.
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In nos iota ruens Venus
Cyprum deseruit.
LETTRES ORIGINALES
MIR AB EAU,
ECRITES DIT BOKJOK DE TIKCEENES*
pendant les années 1777 , 78 , 79 et 80 ;
CoDlen^nt lous les détails sur sa vie privée » ses malheurs, et ses
amours avec SoPHi£ ROTVEI , marquise DZ MoMl4l£R.
]L£Ca£IX»LIXS
Par p. Manuel, Citoyen français.
Quelque ionr , }C catnciai i^cc vont tor J'bistoîre de ma vie entière.
Vous ne compveaâifs pas et ne pourrez croire ce dont vous serez pourtant
convaincQ. ( iMtre de Mih^m, à M. Béranger» )
TOME SECOND.
iliUOTHË
Us Fo»
A PARIS,' ^S: \
Chez G ARN£& Y , Libraire , rue Serpente , n^
A STKASBOUHG , chez TR£UTT£L , Libraire.
A LONDRES, chez deBofïe, Gérard -Strcel, 11^.7 S«Lo.
179.2 Aîî:.4*«^ D^lvJ-A XtBKKTÉ*
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t .
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LETTRES ORIGINALES
DE '
MIRABEAU.
A M. L E N O I R. = " "
I jaavîcr 1778.
Si vous avez eu la bon lé. Monsieur y d'in-
terroger M» de Rougemont sur rexposé de
la lettre que j'ai eu rhoimeur de vous adres-
ser le dix -sept septembre , vous savez que*
IVtat de mes effets , que j'ai pris la liberté*
d*y joindre 9 est exact. Pen appelle à votre*
justice et à votre bonté, et j'ose vous de--
mander si ma situation est, je ne dis pas dé-
cente, je dis supportable. Permettez-moi de
vous représenlei aussi que je suU hors dV^atde
supporter des délais , que depuis huit niois
je forme les mêmes plaintes, et que , par le
laps du temps , le sujet en est aggravé.- Si
des raisons que j'ignore, et qu'il m'est im-
possible de deviner, nVmpécheot pas qile*
l^n me donne mes malles, il me semble ^U*il'
sërait plus court de me les livrer cfue dat-^î
tendre les secours de mon père. Quand 1^^
ridiculement modique pension qu'il n^'ac-
Tome IL ' A
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a LETTRES pRICIVALES
corde , suffirait pour me donner ce dont j'ai
besoin , est-il juste que ce qui est de stiné à
reniretien supplée i|ux avances ? ( £h ! que
mon père regarde a son tableau économique,
qu'il appelle avec autant de gravité que de
modestie 9 le Code de V humanité , et oîi il a
si disertement distingué les avances -primi^
iiçes et les avances annuelles* ) £st-il juste
que j'emploie le seul argent que l'on accorde
à mes besoins 9 à acheter des eûets, tandis
que j'en ai qui pourrissent dans mes malles?
Qui peut donc rendre si redoutables ces
n^alles échappées à mon naufrage? Il n'y a
pas un papier : il y a des livres , tous livres
d'étude et de travail j pas un contre la reli-
gion , pas un contre les mœurs ^ pas quatre
qu^GUi ne vende publiquement à Paris. Veuillez
ordonner que Ton fasse un catalogue de ces
livres, qu'on le mette sous les yeux de vos
préposés y et daignez statuer quelque chose
pour me tirer de l'état de dénuement oii je
suis. J'aimerois mieux^ je vous le jure d'IiQp-
. neur , Monsieur , manger du pain bis pour
tout aliment , et Être aux fers, mais avoir Jts
livres , que de jouir de toute la liberté que
l'on peut accorder ici , d'être nourri de la
bouclée du roi , et privé de toutelecture.Cest
à quoi je suis réduit. U n'y a pas jusqu'aux
livre» çk dévotion que j'ai épuises, et ce n'est
qu'après deux mois de disette absolue que
jîni.pris la liberté d€t vpuô en parler pour la
D E M I ïl A B E A TJ. 3
i^Msièrie fois. Qu^il me 9o\t permU de finit
par une réQexlon doat la Vérité doit frapper
un cœur tel cpie le vôtre.
Plusieurs scélérats connus de la France par
des crimes horribici, et pour qui une prison
perpétuelle est une grâce que ttiu^efa* bonté
du souverain pour leurs iaïuilles a eu peine
à leur accorder ; plusieurs scélélrats de cetté
espèce, dis-je , sont dans des forts où ils
jouissent de toute leur fortune, oh ils ont
une société très-agréable y et toutes les res«
sources possibles contre le mal-étre cl Tcnnui
inséparables d'une vie renfermée» Je nom^
merai un liotnme dont toute l'Europe sait
rhî^toire. Un lâche assà^in qui a traitreu-^
nient immolé son parent , son bienfaiteur ,
M. de Bailli , joàît à Pierre-Encise de soa
bien, d'une demi-liberté , voit tout Lyon , et
mène en un mot une vîe délicieuse pour un
homme à qui l'on a fait une si grande grâce
de ne pas le laîsâèr périr sur la roue
Faut-il citer un de tnes parens ? pourquoi
non ? la honte n'est-elle pas personnelle ? Le
marquis de Sades , condamné deu% fois au
supplice, et la seconde fois à être rompu vifj
le marquis de Sades , exécuté en effigie ; le
marquis de Sades , dont les complices subal*
ternes sont ^làorts «ur la roue, dont les for-
farts étonnent les scélérats même les pluscon- '
sommés; le marquis de Sadcvest colonel, vit'
dans le monde ^ a recouvré sa liberté | et ea^
Aij
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f
4 LETTRDrSrOmiG'INALES
jouit j k moins que quelque nbuirëlle afroch^
ne la lui ait ravie. ^ • . • • . .
Vous me blâmeriez ^ Monsieur , $i. je m'a^^
vîlissois jusqu'à mettre en parallèle M, de
Raiili , M. de Sades et moi ; mais je ferai cette
question simple. . . De quoi suis-je coupable?
De beaucoup de fautes sans doute j mais qui
osera attaquer mon honneur ? Mor^,
père , parce qu'il est le seul que je ne puisse
pas repousser et couvrir dUnfamie. Qu'il ar- -
ticule des faits , et que ces faits me soient
communiqués. Je l'ai demandé cent ibis j mais
il a trop beau jeu ^ tant qu'il parle seul , pour
changer de partie Cependant quelle-
différence de là situation des monstres que
j'ai cités , à la mienne ? Je suis dans, la prison
du royaume la plus triste et la plus cruelle ,
à la considérer sous tous les aspects ( je parle
de celles destinées aux gens de ma sorte ; ) j'y
suis dans la plus extrême pénurie , dans l'iso-
lement le plus absolu , je dirais le plus af-
freux, si vous n'étiez yen^ à mon aide. ....
, Ce mot vous rappelle vois bienfaits. Mon*-
sieur, et réchauIFe toute ma reconnaissance.
Souffrez que j'ajoute une. seule prière. Ma-
dame de Monnier m'a écrit le cinquième jour
de ses couches. N'en puia^ je espérer quelques-
lignes quand elle en sera relevée ? Ah 1 Mon-i
sieur, cette grâce me sera bien précieuse, etl
vous ne m'avez pas défendu m'en flafter.^
Jj,e nuage s'cloigne , mais il n'est pa,s cnjijè-,
*
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' D B- M i 11 A B E A U.- 9
ifmeut dissipé. RaàieAez tout-à-fait le calme
dans mon esprit , et <qtié Pétre h plus bîten-
faisant partage toutes les affections de mon
cœur avec l'être le plu» aiâiable:
J'ai l'jbonHeur d'être* avec un dévouement
respectueux ^ Monsieur , votre très-humblé et
tics-obéissant serviteur,
MlBAfi£AU fils.
» • -, • ♦
f •
' . ' >'J"' I ". ■ =5
A . M. L E N O I R.
3 jauvier 1778.
J'avais résolu , Monsieur, d'Imposer silence
à ma reconnaissance , dans Tincertitude oîi
j'étais, si vous vouliez ou ne Vouliez pas que
je susse ce que vous aviez daigné faire potir'
HLOÎ. Cette incertitude subsiste encore j mais
comment oserai8-;e vous- adresser une de-
mande sans vous remercier de ce que j'ai reçu?*
Yoùs ne pouvez vous oflSenserdç ma gratitude,
son expression fût-elle indiscrète. Je ne suia*
pas assez novice pour crcnre que certaine*:
grâces puissent jamais.m'étre accordées indé^
pendammeiit de vous j et vous n*avez sûre-*
ment point imaginé que je m'y sois trompé.
Recevez donc, à cet égard, mes remercimena
les plus vifs et les plus^ sincères» Vous ne
connaissez pas mon cœur j mais si vou^ aviez
quelque idée de sa^se4sibi[litéj^ vous nedou-»
• * A • • •
Auj
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terieas pas que ma Tle ne^iàt plus à vous. qu'il
moi ) si je pouvais ^u di&poae^ après un tet
bienfait.
MaiS) Monsieur^ qu^il me soit permis de
yfom tout dire. Sam doute ^ vous n'ayez pa»
'voulu n/accordejr une^grace incoxnplette; cat
elle serait bien cruelle.. La lettre de mon
«mie m'a appris que Je lo ou le 2q,( car je
li*ai pu lire la date ) elle n'était pas accou-
ehée. Mais je suis sur^ bien sâr qu'elle Test
à présent ^ et j'iguore absolument son sort.
Ah l Monsieur, je ne vis pas j tous les mou-^
Teiueus de mou cœur sont conyulsifs. Si je
n'eusse rien su ayant cette crise redoutable ,^
jl 'aurais à me plaindre de la rigueu]? de mour
$prt qui suffirait pour me mettre aa déscs:^
poil! ; eepend^nt j'espérerai* encore d^s la.
^^omesse qu^ yaus-méme avez, bien youlu»
me faire y que je serais infoimé d'un évé-
nement auquel assurénaent ma vie est atta^^
cliée. Mais la scène est tout^nfait cta^ée..
4e ne puis n^e persuader que vws me ]pefusiez
à cette époque s, ce que yoos m'avez accordé
imparuvatut; ^ ne fouarais donc que croire^
si l'on s'obstinait ^.u sHeiice , qw l'on mfe'
^ehe une perte après laquelle )e n'ai plus,
ïien a espérer ni à craind^e^ Souffrez donc que
je voua demande à genosm^ baigné d^ larmes %
et dams ù^e véritaiiie agonie de douleur , une
nouvelle lettre.
f çrmctte» que Je tou» représente a^ssî
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BEMIRABEAlff* 7*
qve si la mienne n'a dû parvenir k madame
de Moooier que par une voie détournée y il
est possible et même piubable qu'elle ne l'a
pas ; car un homme , et un étranger ^ pâr quel*
que moyeu qu'il se soit introduit oîi elle est^
k moins qu'il ne soit son accou^Ilemr9 ne p^
nètre sûrement pas jusqu'à son lit , où elle
est enchaînée en ce moment. Ahl Monsieur^
ayez pitié d'elle: elle est et par sou se&e^ et
par son pmonnel , bien plus intéressante que
moi , et les circonstances la mettent bien
plus en danger. Si elle a des torts , ils ne sont
que les miens ; et par combien de vertus né>
les rachète-t-elle pas ! si j'ai obtenu votre
compassion , que de titres n'a-t-elle point
pour la mériter! Je ne puis supporter l'idée
d'avoir reçu une consolation qu'elle n'ait pas
partagée. Ce n'est siurement pas votre intea^
-tîon : daignez dont y pourvoir. Hélas ! malgré
toutes vos bontés, nous dotxtoSs de l'exis*
tence l'un de l'atitre ^ et ce doute est un sup-^
plice auquel rien n'est comparable»
£n vain me dirait-on qu'il subsiste tant
qucr l'on est séparé. Quelle différence dé
toute autre occasion à celle-ci 1 Selon le cour^
naturel des choses^ il y a toujours à parier
qu'une femme de vingt-deux ans ^d'une bonne
santé, d'une excellente constitution^ vit et
se porte bien. Mais admettez les circonstance»
où nous nous trouvons. Supposez cette fenune-
exposée à une révolution telle qu'une pre-
Ai?
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fS X.XTTAJCS ORIGINALES
joaière couche, dans une prison ( aussi adoucie,
que puisse être* sa demeure , c'est toujours
june prison )) en proie depuis sept mois. à
toute sorte de chagrins , à la plus sombre in-
quiétude ^ ayant reçu dans sa grossesse les
secoussies les plus terribles , écrivant enfin
quelques jours 9 peut-être quelques lieures
ayant sa délivrance, suis^ au désespoir^
et l'adresse de sa lettre prouvant bien mieux
que sa lettre même combien il était vrai q^e
son cœur était brisé et sa tête perdue
croyez -vous que, d'après toutes ces doa*
nées , il soit certain pour moi, croyez-vous,
hélas ! qu'il soit probable qu'elle se soit tirée
heureusement de la plus pénible des révolu-
tions du corps humain ? ^
D'un autre côté, pette femme connaissant
toute la tendresse de son amant • toute l'ac«
tivité de son imagination sulfureuse, toute
l'impétuosit4 naturelle de son caractère, im-
pétuosité d'autant plus destructive qu'il fait
plus d'cffoiis pour la doniter, l'ayant quitté
au milieu d'un crachement de sang et djans
' un état déplorable^ le sachant depuis sept
mois voué au genre de vie le plus propre à
empoisonner la santé la plus florissante, enfin
se figurant toutes les horreurs de son in-
quiétude , tous les excès de sa douleur j cette
femme peut-elle être bien rassurée ^ur le sort
de cet infortuné ?
Daignez joindre à ces considérations toutes
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J
s
celles qui motivent p^ottp dévpMement réci-
proque, et le rendent juste , j'ose inéine dire
intéressant pour tous les hommes honnêtes :
vous aurez quelque idée de notre état, et.
TOUS ne vous étonnerez pas de l'ardeur de
mes instances. Monsieur , couronnez vos bien*
faits j arrachez de mon sein le trait qui Me:
• déchire ; rendez la vie k une ^emme digne
de l'intérêt de tous les cœurs sensibles j et
puissent tous lea bonheurs jr^unis récompenser
notre bienfaiteur ! . , '
J'ai l'honneur d'être avee aut^n^ derecon^
naissance que de respepl;^, Alopsieur, votre
très*humble et très-obéissant serviteur^
.M I A A B £ A u fils*
k
' ■ I ■ ■ I ■ j r
A M. I..E N Q I R.. ' ,/
' " , 7 janvier 1778. .
£ toutes les grâces» que vous pouvez m'aç-*
corder, Monsieur, celle que je reçois de vous
est 9 sans doute , une des plus sensibles. J'aime
ma mère ; je Faime tendrement } je. l'ai tou-
' )ouss. chérie, et. son malheur; âugmènte ^sori'
attachement i^our moi, conpune le mien exalte
ma sensibilité* Recev^ donc nOies ylfs renser*
cimeos pour la lettrie qui vient de me. parvenir»
Elle m'apprend que je la dois à vous seul;,
«tje rirais deviné 9 q^iand ma na^re ne me
A v
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icr EST TmBff ORf Gin ALSS ▼
Fanraitptts di4^ Un de mes-plns grands crîmeflt
daus l'esprit de mon père fut toujours d'aimer
ma mère ; paice cp3e la haine ou le inépriv
de sa rivale ^ semblait attaché à cette afiec-^
tionsi doace, si juste,, si sacrée. Daignez lui
faire passer la kttre que / -ai l'honneur de vous,
adresser poiir elle: les innoccns témoignages
de mB» amour filial ne contribueront pas peu
à calmer son cœur et sa tête.
- Plus je reçois' de vous , plus j*en espère^
Monsieur. Les mots ne vous abusent pas : votre
^meet totre esprit sVclaIrent niuluclîcment.
Yous savez i|ue,si les senti nrtens qai nous at->
tachjent aux- auteurs de nos jours soiU nos pre--
9uers.devDirs, puivsqu^ls^ont , pour ainsi dire ^
fxécédé notre existence^ et que nous ne Fa-
Vo»i8:rêçue en quelque sorte qu'aux conditions
de les remplir , ils jiesont pas les seules alFec*
lions de Vàmcy justes et'sacréi^s. te premiec
lien de la nature , et l'une de ses plus douces^
inclinations ^ se forme au sein des familles ^
msL}»- qu'est-ce qui- serre ce nœud? La con-^
foipmité d'éducation que l'on reçoit, et la res-*.
seBïblance des sentimens qu'elle produil; ordi«>
Q.wementjla communicationdes intérêts , des.
secrets^ des aipsttres^ les bienfaits, la reconnais-^
sao^e^ et r habitude y, -contribueièt plus q^ue la^
BAtuK^ j car les liens du sang sont soavent.
Ù»ce]Ptains,et toujours involontairement ti^susi;:
i.ç^ grand a<JE?ttd de rhumanît4,, c'est dpnc
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DE MI R A BEAIT.. »
l*Amoue, à prendre ce mot dans son aecep-
tion la plus étendue. . . • Vous m'entendez^
Monsieur : vous devinez Ce que je veux con-
clure. Daignez vous souvenir du sentiment
qui crie dans mon cœur , de inquiétude qui
le déchire* Je suis ami y je suis père. J'ignore
si mon amie existe y si mon enfant respire. . •
Ah ! Monsieur , soyez , daignez être mon père«>
Celui que m'av ait donné la nature m'opprime
et m'étouffe : sauvez-moi du moins à derài de «
sa barbarie J'ai déjà reçu de vous plus de bien
réel , qu'il ne m'en a fait pendant toute sa
vie; je suis pénétré de gratitude j mais le
cœur qui la nourrît , manque lui- même d'alî-
mens* Une autre lettre y Monsieur ^ une autre
lettre , et je baignerai vos mains des larmes
les plus douées que la reconnaissance ait
jamais versées. Depuis sept mois il n'en coule,
de mes yeux que de très^amèreè ; ét éi vous
n'avez pitié de moi ^ le désespoir en aura
bientôt tari la source.
J^ai l'Honneur d'être avec une reconuais»
sance respectueuse ^ Monsieur , votre très-^
humble et très^obéissant serviteur ^
MlRAB£AU fils»
A ri
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12 LETTRES ORIGINALES
A M A M È R E.
7 janvier «778.
M A boDRe 9 ma chère Maman , *î'ai reçu ,
j'ai baUé votre lettre chérie, rempile des ex-
pressions les plus douces de votre tendresse*
Je remercie M. le Noir, je le remercie du
plus profond de mon cœur de ce bienfait ^
et je le supplie de nous continuer sa bien*
faisante et précieuse condescendance. Hélas 1
Je ne suis qu'un infortuné jeune homme ca«
lomnié et méconnu ,.si j'ose le dire ; mais
auquel pn peut faire des reproches. Mais
vous j vous, ma Mère adorée, vous, malheu-
reuse 4ans l'âge du repos et des jouissance»
tranquilles ^ vous , séparée de vos enfans ^
1>annie de votre famille, privée de votre li-
berté ! vous êtes bien faite pour intéresser un
îiiagistrat juste, sensible et impartial. .
Votre lettre m'a fait un plaisir d'autant
plus grand, que je tremblais que quelque mé-
contentement n'occasionnât votre silence. Je
savais bien que vous n'étiez pas capable de
me bouder long-temps; je savais aussi que je
n'avais pas à me reprocher à votre égard la
plus légère pensée qui pût vous offenser, ( ju-
gez des aptions) : maison accuse si aisément
les absens , que je craignais les imputatiouâ
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BEMIRABEAU. l3
•
de quelque officieux calomniateur. Je suis
rassuré : votre lettre est si tendre !
Je laisse au temps le soin de vous, ins*
truire du lieu que j'habite» Ma plume doit
s'imposer les mêmes lois que la jirôtre ; mais
votre cœur vous dit sans doute que je sci als
ii vos pieds si j'étais libre.
Votre lettre est pleine de piété, ma chère
Maman. Puisse«t*elle adoucir vos malheurs
et dompter votre douleur ! mais qu'elle ne
soit jamais ni intolérante^ ni fanatique. Per-
mettez que je vous le dise , chère Ma^nan ;
les cœurs très-sensibles sont ceux pour qui
la dévotion , comme l'amour ^ a le plus de
dangers. Votre esprit sera, j'en suis sûr, votre
sauve-garde. Pour moi , ma bonne Maman ^
quand je connaîtrai un citoyen dé^ot, bon
mari et père équitable , remplissant tous ses
devoirs avec zèle et sans aigreur , tournant
sa piété au profit de sa famille , fe consul-* ^
ferai ardemment son confesseur. Jusques là^
j'ai bien des ralsous de me méfier dts dévots
et des prêtres* JVi tant entendu parler
^luimanité et de religion aux moins humains,
et aux moins religieux des hommes !
jMa sauté n'est pas mauvaise en ce moment y
vous êtes trop bonne d'y penser. Le coramun
des hommes trouve qu'il y a du courage à
ne pas craindre la mort. Ne diraît-on pas
qu'ils sont bien heureux ? Non ; mais la plu*-
part n'aiment qu'eux ^ quoiqu'ils soient tou-
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14 LETTRES OHIGtNALES
)ouT8 hors d'eux. La réflexion et la raison:
suffisent assurément pour rabaisser le prix
de la vie ; mais les maux du cœur ne lui en
laissent aucun. Eh \ qui Youdrait la posséder
poui* n'en plus jouir ?
Pour vous , Maman ^ c'est toute autre
chose. Votre vie est très-précieuse j vous vôus^
devez à beaucoup de gens. Daignez vous,
souvenir, au milieu de vos chagrins les , plus-
sombres, que celui que vous Voulez bien ap--
peler votre chéri j n'a de ressource qu'ea
vous ; peut-être soufFrirez-vous avec moins
d'amei'tume et plus de courage Hélas 1
ma chère Maman, les momens les plus, cruels
de la vie ne se comptent pas moins pour la
durée de Pexistence ^ que les plus doux. Ces
heures si tristes où le chagrin nous dévore ^
contribuent à remplir le nombre de celles
qui nous sont accordées par la Nature, et
elles paraissent iuiiniment plus longues que
les autres : c*est une grande misère, mais-
une inévitable misère. Modérez donc vos^
douleurs, et conservez la meilleure des mères.
9a plus tendre et au plus respectueux des^
fils* ^'
Mirabeau.
Daignez , ma chère Maman , me marquer
ti vous recevez cette letti^e : ce me sera une
|)reuve bien chère que Ton permet nôtre-
correspondance j et je m\*mpi:esi>eiaLde vousi
renouveler les- assurajices. de ma tendresse*.
Maïs 9 ma bonne Maman^ beaucoup Je cir«^
conspection ^ si vous voulez ^ue votre fils
puisse jouir de ce bonheur..
A SOPHIE.
Yendrcdl) 9 jaûvien
M A CH£A£^mon unique Amie l j'ai baigné:
ton billet de mes larmes ^ je l*ai couvert de
"baisers Q mon amie!- ma Sophie Lquel
"poids il m'ôte de dessus la poitrine ! mais
combien il y en laisse encore !: Hélas J t>t ne
me dis rien de toi, de ta sanlé. Ta lettre a
été écrite dans les douleurs , je le vois ; tu
n'as ajouté qu'un mot^ qu'vn seul mot après,
l^événement. Qu'il est tremblant ce mot l \
que ses débiles caractères ont déchiré moi^
cœur ! Divine , divine attention, c'est toi y
toujours toi 1 toujours ton ame 1 Mais hélas t
comment es-tu ? dis , dis-le moi ^.ma Soi)hie«
^ Comment veux-tu que je me contienne ?
Hélas ! mon cœur est triste , et il sort d'ua
état phis convulsif encore. Ne t'inquiète point *
du désordre de cette lettre, et de l'altéra-«
tîon de mon écriture ; ce n'est que le trouble
de la nouyelle^ rémotton trop juste et trop
forte qu'elle m'a causée. Je ne me donne
point le temps d« me remettre , paice que-
|e ne veux paa xetardei? jgar ma» £aute
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36 LETTRES OftXaiKALES»
plaisir que te causera la vue de cette lettre* •
Chère , chère Sophie ! te voilà donc mère ,
bêlas i et ton enfant ne te sera pas ôté !
Puisse-t-il adoucir tes raaux et tes douleurs !
Je dis ton enfant , ah ! je sais bien qu'il
est le mien. Jamais un titre si doux ne sera
abjurë par ton ami Cruelle Sophie ^ tu
te reproches mes malheurs. Grand Dieu l
n'est-ce pas moi qui ai fait les tiens ? et
crois-tu qu'autre chose puisse m'occuper ?
Maur calme<-toi 9 je t'en conjure ^ ô monbon^
beur 1 songe que tu es la moitié. de moi-
même ; que c'est sur ma vie qiie ta atten^
terais j en ne soignant pas la tienne.
T Li as^ besoin de tranquillité d'esprit , ma
Sophie ; je te conjure d'avoir soin de toi, de
te conserver pou^j^ des temps plus heureux • • • •
Ce me serait une grande consolation d'avoir
la certitude que tu recevras cette lettre ; s'il
t'est permis de m'en assurer, apprends-moi
ton état ) dis-moi comment. tu te trouves} et
sur-tout ne me trompes pas : ah î ne me
trompes pas. • . ; mais n'écris que quand tu
le pourras sans danger , sans incommodité
même. Mon cœur souffre ; mâis j'ai des forces
encore , et tu n'en as plus : ne te hâte donc
pas, dussé-*je souffrir plus long-temps. • • •
Ma fille a mes traits , dis-tu ? Tu lui as fait
un triste présent 5 niais qu'elle ait toù ame,
ah ! qu'elle sera riche alors 1 que la nature
Taura bien dédommagée des désavantage^
])« MIRABEAt;* 17
. de sa naissance! Hélas ! peut-être sera-t-elle
trop sensible; mais quelques maux que fasse
la sensibilité , elle fait encore plus de bien*
Oui, j'en Jure par toi-même. . . . Je ne veux
pas t'écrire long-temps ; je ne le veux pas,
je ne le puis pas. Je crains mon cœur , je
crains ma iùlc > je crains ton ctaL Mon amie^
ma Sophie , je te demande à genoux , j'exige
de toi, je te conjure au nom de ta fille, de
son père , de tous tes sermens , de toute ts^
tendresse que tu m'exprimes si bien en n'osant
l'exprimer , d'avoir soin de toi, de ne rien né-
gliger pour le rétablissement prompt de tes
fbl'ces et de ta santé, d'appliquer enfin à
toi-même une partie de cette noble et ad*^
mirable fermeté qui constitue ton caractère.
Adieu : adieu ^ mon bonheur et ma vie»
G A B & I £ L.
( L'Éditeur joint ici cet Extrait. )
Extrait du Registre des Baptêmes, Mariages
et Sépultures de Eglise rojale et parois^
siale de Saini-'Pierre de MoiUmarlre.
" Le jeudi, 8 janvier 1778, a été baptisée
ep ce lieu et paroisse , au lieu de celui de
Notre-Dame-de-Lorette , annexe de cette
paroisse, où je devais descendre pour des
motifs qui ont cessé, Sophie-Gabriel le, née
d'hier à onze heures et demie du soir ^ rue
de Belle-Foad de cette paroisse fille de
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l8 I.ETT&ES OUIGINUILS^
dame Marie -Thérèse -Sophie Richard de
Ruflfey 9 épouse de M"^*. Claude-François de
Monuier ^ chevalier^ ancien premier prési-
dent de la Chambre des Comptes de Dole
en Franche-Comté* Le parrein , Pierre-
René Gromet ; la marretne ^ Barbe-EIisabetli
Grimpréy femme du parrein^ tous deux de .
ee lieu et paroisse, qui ont sîgué avec nous y
excepté Ja marreiue qui a déclaré ne savoir
signer 9 de ce enquise* Gromet j Pichon >
curé 9 avec paraphe.
Collationné à l'original^ certifié véritable^
et délivré par nous soussigné prétre-curé de
cette paroisse ^ les mêmes jour, mois et ao
. ^ue dessus.
: PiCHQ N curé» *
m ga
V
A M. L £ N Q I R.
«
5^jaii?icr 1778»
. PAEnONNEZ, Monsieur^ si ma lettre de
• tiÉl^merciment n'est pas partie aussitôt que mon
,i>illet p9ur mon amie. Mes sens, mon esprit
, * et mon ame, étaient également bouleversés^
\ Ce désordre touchant , consolant même pour
> celle qui en est l'objet , approchait du délire i
SVn'eût point été déeent de vous écrire dans
une telle disposition. Je suis loin d'être ea-
core à moi-même ; mais la reconnaissance*.
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pr«.e mon $amr : permetti» qu'elle .'épaa-
On m^a beaucoup parlé àe yotre bonttf^
Monsieur^ et j'en avais une liaute idée. Jt
pourra» tous donner des preuves authenti^
ques que j'ai reproehé puàliqucmeiu k la ca^
baie y qui vous baissait ^ parce que vous n'en '
élies pas, d'avoir été à la Natim un bomme
tel que vous 9 si nécessaire dans une place
tmpoi^ante où Pou peut faire tant de bien et
tant de mal, où l'on a à sa disposition la li-^
berté civile d'un ai grand nombre de citoyenSi.
Jfe ne dépendais point de vous alors^ et je n'ea
attendais rien : c'éjtait un bonnaage rendu à li^
vérité 9 et une }uste critique des Economistesm.
Je ne vous aurais j^amals dit cela^ tant que
l^auniU été sous voa or Are^ ^ car un bonné^
bomme évite avec soin tout ce qui peut avoir
i'air de l'adulation*. Mais ce que je reçois de
vous, mVlève au-dessus de ce scrupule j ^puis-^
^ue, fut'^e le dernier de vos bienfaits , vovtB.
aériez encore l'boaime à qui je dois le plu&
de reconnaissance et d'attachements Je le dis
donc sans timidité : ce que je vois de voua,
surpasse infiniment ce que j'en savais. Les
grandes places sèchent trop souvent le cœurt
le votre est la, bienfaisance même. Que d'à un
très vantent vos talens ; pot^ir moi , qui pré^ .
fere un sentiment aux plus sublimes etforta i <
dèn génie, je révère, je cbéris, j'adore votre :
itou.lé ; puisse cette pcofessiQU d^oiiresxeï |
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tO i: E T T E £ s O R I G I N iLL E s ^ .
comme un monument durable' pour me con^^
vrir d'infamie, si je démens jamais l'assurance
que je TOUS fais ici de ma gratitude et 'de
moa éternel dévouement ! Oui^Mpusieur^ si
jamais je recouvre les droks éPhonème^,
sors de ce tombeau où mon père m'a plongé ,
je ne me croirai vraiment heureux qu'alors
que j'aurai employé pour vous la vie que vous
me conserver. i . . »
. Je vous suis caution que le cœur de mon
amie oe pi^oduît pas une reconnaissance moins
ardente que la mienne. Ah ! Monsieur^ lie lè
voyez-vous pas comme elle sait aimer? quel
torrent de sensibilité coule du «ein de cette
excellente femme, qui, en pi^e aux dou-
leurs physiques les plus violentes , était toute
ocQupée de moi, préparait isè écrit pour ma
consolation, et s'accusait de mon malheur ,
tandis que je ne souffre que dans elle, tandis /
'•que c'est moi qui ai troublé son repos et sa \f\
vie ! • . • Ce n*est pas tout , d'une main débile
elle a tracé après s^ délivrance, dans cet ins-
tant où Ton sait à peine si Ton est revenu à
la vie, elle. a trapé trois mots pour achever
de m'apprendre ce qui pouvait me toucher I
Quel courage et qqel amour ! quelle femme
ils ont ôtée à la société ses insensés persécu-
teurs ! Hélas ! c'est moi qui Pai poussée dans
le précipice , où du moins je l'ai suivie j mais
c'est eux qui l'ont creusé^ • • » « Ah! Monsieur^
teudez-^ui une main secoorable^ sauvez-la 9
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?^ MIRABEAU. ai
e& çi^yez qu^âti''coikquërant no%^œurs, vous
VPU5 êt^s/attaché deux étires bien sensibles.
' Votre générosité m|arr$lte et m*învite k la
£oia.D'un côté, je ne ^voudrais jpas vous pa-
raître indiscret ; de l'autre, jè me reproche-'
r^is de me méfier de votre indulgence. Voutf
^entez. Monsieur, qu'une femme, quoique
délivrée, Qst bien loin d'être quitte de tout
danger. Sa lettre écrite a.ntérieurement à son
QCCoticb^ment', ne m'en apprend pas les sui^
les..... Ces trois mots tremblans, qa'elJe a
suremént écrits après, sont gravés pour ja-
ijaais dans mon cœurj mais ils laissent à thon
ima'gination desinquiétudes déchirantes. Dat«
gnez permettre iju'elk réponde à ma lettre
d*auîourd*liwi : que j'apprenne que ses cou-
qhes et leurs suites ne mç laissent plus rien
l\ craindre. Sa lettre me fait entendre qu'elle
n'a pas reçu celle que je lui écrivis le 28 dé-
cembre; sans doute elle contenait quelques
idées contrastantes avec les arrangemenspris.
Si vous daigniez me faire dire dans quelles
bornes je dois me contenir, je m'y renferme-
rais religieusement, et du moins elle ne se-
rait psts privée d'une consolation si nécessaire
à son bonheur et à sa vie.
Et cet enfant, cet enfant que je vous con-
jure de protéger , et que vous protégerez sans
doute, (car enfin c'est un citoyen) ne per-
met trez-vous pas que je sache quel est son sort,
sous quel nom il est baptisé , oîi il est nourri,
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qui subvient à cette dépense ? C W ma fiUe^
Monsieur ; et quoique j'eusse regardé comme
un bonheur pour ce fruit de la plus tendre
passion ^ quUl fût d'un sexe nioins dépendant
des préjugés, et mieux pourvu de ressources^
mon attachement pour elle semble doublé ^
par cela même que Je lui suis plus nécessaire^
et aussi parce que j'espère qu'elle tiendra de
son excellente mère.
Monsieur^ mettez le comble à vos bienfaits*
Une lettre de mon amie qui m'apprenne son
état lorsqu'il ne sera plus douteux, des in-
formations sur ma fille , et je n'aurai point
assez de ma vie pour vous remercier. C'est *
de mon lit que je vous écris : je ne suis pas
bien , et la révolution tant désirée de ce ma-
tin^ ne m'en a que plus agité ; mais quelques
éclaircissemens de plus, et vous me rendrez
la santé j comme vous fn'avez rendu la vie.
J'ai l'honneur d'être avec les sentîinens res-
pectueux d'une reconnaissance inviolable ^
Monsieur, votre très-humble et très-obéis*
sant serviteur )
MijaABfiAU ills»
A M. Ll!;i4[OIR.
i8 janvier 1778»
Q U E VOUS dîraî-je, Monsieur, pour vous
exprimei' ma reconnaissance ? je ne suis point
assez heureux pour élre a portée de vpus la
ptouver, pas même de la témoigner. Si jWait
l'hoaneur de vous voir, mes yeux parleraient
mieux que mes lèvres. Malheureusement il ne
reste àl^homme le plus touché, que ces mêmet
expressions que prostituent les hypocrites et
les perfides. La franchise , cette qualité noble
et généreuse qui est la marque la plus cer-
taine d'une ame véritablement élevée^ et qui
presque toujours est accompagnée d'un cou-
rage indomptable^ la. franchise ne se trouve
plus, pas même dans nos romans: elle est
aussi loin de nos mœurs que les vertugadins^
Tout contribue, dans- l'état actuel des socié^
tés , à éteindre cette vertu^horsde mode. Vous
ne me connaissez pas ; vous ne savez point que
quelque dangereuse qu'elle m'ait été, elle est
€t sera toufoura mon idole. Oui, Monsieur^
jfaîété sincère dans le monde j* c'était me pré-
senter au combat avec des armes inégales , et
lutter le sein découvert contre des hommes
plastronnés qui me tendaient des poignards.
Les vains complimens, les pjerfides protesta^
tions qui surchargent aos discours, nous ac-
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4 LETTa£SORIGlM^AL£S
Coulumeut à tout altérer, à tout exagérer:
et je né puis penser sans indignation à quel
bas prix il faut réduire , dans le cours de cette
fausse monnaie, les expressions les plus éner-
giques d'ainitié) de bienveillance , de recon*
naissance , de soumission. L'on se dit le ser-
viteur de tout le monde , parce qu'on n'est
l'ami de personne, Ton ofFre tout, parce que
l'on ne veut rien donner. Ah 1 Monsieur,
n'évaluez pas sur ce pied mes protestations*
Pas un mot , pas un seul mot dans les assu-^
Ipances de mon attachement , de ma gratitude
et de tous mes sentlmens pour vous , n'est
jeté au hasard , et je suis bien prêt kles sceller
tous de mon sang.^
' J'espère que vous trouverez dans ma lettre
à mon amie la circonspection que vous m'avez
fait recommander. Je l'ai écrite bien rapide*
ipaent et sans avoir le tems de la réflexion ;
maïs je n'ai pas touché un seul mot d'affaires,
et je ne le ferai jamais. Quant à la formule
^e style dont je me suis servi ^ je n'ai pas sup-
posé qu'elle pût paraître sujette à objection ,
lorsque j'écris à une femme à qui l'on a per-
mis de m'apprendre qu'elle venait de me ren-
dre père. Cette ridicule méthode de traiter
une seule personne comme on en traiterait
plusieurs ensemble, est si évidemment une
adulation recherchée, et par conséquent une
fausseté manifeste , introduite dans les lan-
gages modernes avec toutes les autres céré-
«monies
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monies dont oq sVst masqué, qu*îl me ré-
pugae singulièrement de ne pas recourir à
la .simplicué de la nature quand je parle à
mon amie. Au fond, ces faussetés de eon-^
vention n'influeraieot poiuft sur nos senti-^
mens. Cependant maclarae de Monulcr serait
S&Kt i^iqulèle-si je changeabdeton avec elle^
sans lui dire pourquoi. Car elle sait que je
suis "plus capable de me taire que de me dé<«
guiserj et ces mots vous, voire ^ au lieu de
tu, Mn^ lui paraîtraient peut-ètré involon-
tairement ^u sy a\ptume de froideur. • • • 14 'im<^
porte, Monsieur: c'est bien ïe moins que je
TOUS moatre^^après tant de bienfaits, une
docilité sans bornes. Si vous trouvez donp
nécessaire que je ne la tutoie plus ^ ^ue cettie
j^ison., je vous en supplie, ne la prive pbiiit
die nMt' hture. Ayez, la bonté ^de «me iairt^ dîré
que jje çhân^ge de protocole, et permetleM
sieufensftnt qut je l^ansirtisse 'tfa^ «ë^feeprë^i
,crit. ' ' V. . » * .f .i^' . ' " '
J'ose me flalter , ei même entrevoir que
itous ne bornerez pas vos grâces aux deux dé<*
litieux billets que j'ai -reçiis ; et j!at(endg
wee me douée espérance, na vif désir, mai*
une parfaite résignation , là continuation dè
ws bontés. Je l*épête , MoAsîenr , j^al
peu ou point d'ambition j et tout conspire^
roit .à la décourager , quand il *mVn roste-
ralt encolle. Mais toutes les puissances de ià
terre , , £a«sé^e( aîpifde -de' leur? bien fàtts , nù
Tome IL B
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a6 LEtTRES ORIGINALES
sauratent me donner plus que )'aî reçu de
vous , une seule chose exceptée ^ que je n'at«
tends aussi que de vous. C'est à celui qui ui'a
sauvé la vie, à me rendre la liberté, pour
que je la lui consacre.
J^ai rhonneur d'être avec un profond et
respectueux attachement. Monsieur, votre
très-humble et très-obéissant serviteur,
MlRilBEAV fils.
N
»
A M. L E N O I R.
S4 janvier 1778.
*
J*A1 l'honneur de vous écrire, Monsieur , le '
pied sous la lancette; et quoîqu*il soit vrai
de àiie que, depuis sept mois et demi, je
l^'ifti pas eu huit jours de santé, la clrcons*
tance i|ctue)le de son dérangement me rend
nécessaires plusieurs choses dont j'ai supporté
jusquici avec patience la privation , soit parce
que j'ai xru que cela ne pouvait durer, soit
parce que j*avais honte de vous entretenir
4e tek ,4létail;5,î et de vous montrer quelle
^ç^rte de vengeance mon père, non content
de m'avoir comçtie -(^seyeli , exerce encore
jiur mou > - • '
J *ai des hémorragie^ continueîles , je verse
des jattes de sang, et je suis absolument^sans
Jinge, Dépouillé eaUoiiandej» i^sque jy fM
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1
B £ M l it A B £ A U« t'f
Arrêté, de la plupart de mes efieés, je n*ai
pas même mes malles oii doivent être les àé^
bris qu'on en asauvés.Voicidonc, dans la plus
exacte vérité, ceux dont je jouis» Vingt-deuac
chemises f dont douze seulement portables j
quatre mouchoirs j pas une servietté ; et pour,
toute chaussure , trois paires dê bas achetés
ici, les autres étant en locjues. Mop père n'a
pas voulu assigner un sou de plus que %it
cents livres pour mon entretien et les besoins
journaUers que je puis avoir , indépendant^
ment de la nourriture réglée par le Roi. •L'iihe
pension d'entrefien supposede preitnières a\ an-
ces j car on n'entretient que ce qui existe ^
cependant, comme j'étais nu^ je me suis fait
faire y sur le paiement des six premiers mois^
de grossiers vêtemens d'hiver qui l'ont ab-
sorbé. Que ferai-je maintetiaot ? J\>se vous
demander , Monsieur^ s'il est juste que je sois
plus mal babillé cfue les gens qui portent ma
livrée I que je n'aie pas une paire de bas à
changer; et que je nesache, baigné de sang,
oii trouver du linge, à moins d'être à charge
à M.' de Rôugemont ^ à qui je ne veux ni ne
dois en faire demander. U n'y a pas iti tiu
mot d'exagération : M. de Roiigeriioijt aura
la bonté'de vous le certifier: La pension que
l'on m'a assignée ne suffît pas pour nie four-
sir la moitié de ce qui m'est nécessaire ; et s i
je l'emploie à cela, que me restera-t-il pour
èt9 besoins imprévus ^ què mon état ^3eu t f^iirç
Bij
♦
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%8 LETTRES ORIGINALE^
BM'tre II tQntmooieiit? Daignez donc faire or*
donner, MoBsieur^ que roo-cue iaiu:r>i8«e le
linge et les effets , je ne dis pas çonveii^ble$
il un homme de ma^orte, je drs.iiécesaair^g
à jaia situation j je dis, seiw fiables à cev^x 4^ ^
flm obscur de mes compagnOna <i«'io£(>rtuiie» .
§ij3}oa père fait de$ difiicvlié^ (et il nV^ pat
dofitf^ quil en fera) , veaîliez^dîre mu Mi^
niâtre que je suis prêt à sigoer J'airêt de '
prison perpétuelle, «i le» feîts suîvans peuvent
être argués 4e. £aux : ils f décideront Xa quM^
t^on. '
. I ^. Qei)uis Tairnée 1776 j'ai q«at4v9e\tBtlle
€mq cents livres de renie. ♦ , ^ .
s^* En 1774, et non en 1773, Qoume ï'«
4il et im-primé mon père, j*ai été interdit ^ .
noff d'après une assemblée des parens de V^n^
etl'autre famille, comme il a osé hid^fç ei
Vi.vpnnur ; niais sur Tavis de c?nq perso^^aes
dévouées 'à lui,^ont l'une^n'éUitapjEtôndeJar
famille. Depjils celteépoque, je n'ai pa^ /Ait
de deUes, si ce n'est en Hollande pi^yetij^
aurais bien payées tout seul à la sueui; de «ion
front, si l'on m'en eût donné le temps r.perii
sonne n'était inquiet^ personne ne ^é^imît
mon père. • - *»v ■ c\\ j-ï
3"". Depuis le^'ii^ois dei no^embr^ .2.774.^
-époque de ma délentior», mon père niîâ réduit
à cent livres p« mois , qui ont été pâjréesc jus^
qu'en août 1775.
. 4^. Depuis le mois d'août 1775 je^n'ai'pftft
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louchéuti SOU de mon père ; desorte ^uequaad
î^ttie suis évadé du fort de Dijon en 1776,
( de4'aYeu et- par le cotiseil deq&iavt)ît droîl
de nie te? donner) , mon père me devoit huit
mola^éé c^te pei^on^ariniie]}^ d^dooseceiiU
livt^a; Vous- renil^rquerez^ s*il yousî plaît ^
^au^ inî^yiearâ^iirebé q>u^avaU4iu irrrmiget
it commsLnd&n^da £brt deDijoo avec'lecan^
tinter , j'étais à ^ne pension ^Hmentaîre dû
7Ô lirv're$ i>ar luois*^ ei-qir'il iallait m'entreteliir
et &i?bveriir aux ftiut fVais avec vtnjçt-einq li-*
Vw^»Età€^re^mt disait^oo, plaidez idéfeuét^^
; sans doute cela se fait sai^sargent. Som"*
me tout , depuis )e mois d'août 1776 ^ jusqu'à
Ce que^je sois entré à Vinceanes , je n'ai poâ
teçjà une obole de mon père^ veut dire de-mei
. dt'oiers perçus par mon père, qui ^ en 1774
^âÎ¥*é*é ïion*ti*'l*iôn tuteur. Apparemiûeû^
qu'il uf me portera pas en compte la scftîdfl^
des Inspecteurs de police. Les eût-il pajé^j'
magnifiquement ^ 41s n'ont pas m^4:]fbé pouir
mes menus plaisirs, et je n'ai pùint du lout>
provoqué leur mission^ Je pourrais dire 4peuP
près de^iMéme de V incennesy oud^on peut croire
que Je tt^ai patf'Vèlôntalremetft éhi^^omieile«
J Je" demande la plus graude alte^Uiout^pouit
les Âiiiel€«'suivan«l« ' . f
5*^. Mon père n'a pas rougi àHmprinier qu©
- j'iavaîs ofvoué , d^m l'interrogatoire prélimi-
lUiire de mon interdiction , ceni soixante di(x>^
hiiû mille lù res dedMe^^ OuluiounipiuQu&
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3ç LET.TRES OmOlNALES
mentons ; maïs fe veux passer pour le pliii^
iniame des imposteurs 9 si je n'ai pastoufoura
lelusé formellement de fournir un état de
, m$$ dettes et d*en dire le montant, l'usqu-à
(e. qu'on me donnât U certitude qji'elleg^
■feraient payées. Le juge a donc eu de moll
^u refus de répondre à cet égard ^ au lieu de
Faveu quernoopère allègue. L'interrogatoire
tii^iste} que l'on juge entre nous.
6". J'observerai que dans le même imprimé
que je cite , mon père convient que mea créan*-'
cii^rs sontpour la plupart des Juifs: donc leur»
créances pouvaient et peuveot être £actlemeat
7^ Mes dettes , dit mon père dans ce même
.écrit ^ montent à deux cent vingt mille livres#
Je remarquerai combien il a toujours cherché
il surprendre Tautoritét Sehm aon premier dire,
à M* de Malesberbes, alors ministre^ je de*
vais quatre cent mille livres. Dans ses mé-
moires y cette somme est transformée en celle
. de deux cent vingt mille: il n'est plus éloigné
de la vérité que d'environ les deux tiers,
îtlais supposons un instant qu'il l'ait dite : de-
puis 1774? époque de ma détention, jusqu'en
1775 , j'avais neuf mille livres de rente , dont
trois mille seulement éts^ent laissées à .ma^
dame de Mirabeau et à moi. Voilà d'une part
six mille livres pour l'acquit de mes dettes*
Depuis 1775 jusqu'en 1778^ jVi eu 14500
livres derente^tur lesquelles je a^aî jamais re^ur
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J) £ M I B A B £ A ir» 3t
^àns toutce teras que hults cents livres. Sup*'
posez qu'on ait laissé àmadame de Mirabeau
deux mille cinq cents livres de pension ,
quoiqu'on ne lut en dût ^ aux termes de*
son contrat de mariage , que quinze cents;-
voilà, d'une autre part ^In g t*qisatr6 millé
livres pour Paequit de ities dettes. Total ^
trente mille livres pour cette liquidation.
Tout le monde sait qu'il n'est point de créan-
cier juif à qui l'on ne rabatte plus de la
' moitié ^ tant leurs usures sont excessives ^ et
leurs prêts illusoires. Plus du quart de mes
dettes doit donc être payé , et il est facile -de
prendre des arrangemenspourle reste. Voilà
la supposition la plus défavorable pour moi ^
c'est-à-dire , celle de mon père.
Maintenant voici la vérité. En lyyS ^
vingt mille ecus auraient payé mes dettes^ et
même fort au^-delà. Elles sont fort peu accrues
depuis. Je demandai alors d'être autorisé à
laireun emprunt qui^ réunîssan^€es dettes
en un bloc , et me donnant la facilité de ré-*-
duire et d'éteindre avec de l'argent comptant
d'énormes usures , me libérât surle champ, et
me laissât un revenu moindre à la vérité, mais
neu Mon beau-père ^ qui me devait cette '
somme à la mort de sa mère , me proposait
4e • l'avancer , pourvu que mon père , qui,
suivant les termes de mon contrat de ma-'
riage , pouvait/euL recevoir les deniers de la i
dot de madame de Mirabeau , lui en donnât :
Bit
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3jr t^TTtftBiS OWl-OlVMhlLS
qmtVsinte. Montemirepèrerefasa; A%i lieu de
cet arrangement si naturel et si simple 9 oît
il ne lui ea coûtait que sa signature et <fui'
m'oi^lt le. droit àl'indulgenee en cas de re^
qhuta^ il provoqua mon interdiclîon^ se fit^
dt^ç^aj^er'SMH^ tutei^^et ne paya de laes dettes
^ue ce à quoi il fut contraint par autorité de
justiceJ
. 9". Enfin 9 supposez que l'accumulation des
iatér^ts fasse t(uë quatte^yingt mille livrer,
soient nécessaires aujourd'hui pour me liqui-
der («mon père 1 ui*méme est conrenu qu'il n^en
faut paa davantage,) toujours sera-t-il qu'il
faut montrer l'emploi des trente mille livres
p/erçuesi^sur mon revenu depiiis mon interdic*
tioii j et quand on ne voudrait pas les compter^
cç qui serait bisûtrre, et ne 'me surprendrait
cependant point, l'intérêt de quatie-vingt
nulle livres , on quatre mille livres , défalqué
de qualorie mille cinq cents livres à quoi
monte moir* revenu , me laisserait encore de
q^ioi acheter des bas , des serviettes et des
chemises, sans que mon père eut le droit d'en
murmurer.
; Yo'Jà, ISi'onsieur, le résumé de mes affaires
ptfi uniaîres que j*ai voulu vous expliquer en
une i'oh , pour n'être plus obligé de revenir à
des détails qui doivent vous être bien fasti-
dieux , puisqu'ils le sont à moi-mt-me. Depuis
tœis' mots j'ai «té occupé d'intérêts si supé-
rieurs^ que toute autre pensée m'ctait bien
, k MXR ABEA V«* 35^
étrangère. Maintenant qiic ,*gràces à véslion-
tés ^ moh imagination est calme et mon ame
fiiocilagée , j'ai le tems de m\>ecuper de ihôrf
corps qui se rappelle fort énergiquement à ma
itiémoire. Au fond , il y aurait plus que de la'
bonté à moi de le sacrifier aux passicrns de mes
haineux et cupides enneuils. ♦
J'ai prié M, de Rougemont de periiiettre
quelechirUrgièri^toajor vous rendit un compte
détailtéde mem ét^f, et Vous âit si je stiis un'
malade imaginaire. C'est à lui de vous appren-
dre si naa samié hè «l'âflPaiblit'pas à un poinf
inconcevablepdurmon âge, et ce qui lui serait
nécessaire. Pour moi je me contenterai d^
répéter eneoïe que l^on pourrait mecléienir ,
sans me détruirè : qu*une prison-înoins âustèréf
t^mpKrait lés ^ue^ de vxon pète,^ les seidea
du moins qu*il piiisse avouer; car il ne con-
*^iendra ni qu'il voudrait ^tre dé/aït de moi
( il' ne dit cela qu à ses intimes , ) ni qu'il crain-
draît liiés réclëtnktlQns',*'sî* etteaf ;|^(mVaient
par\renir; Que veiit-il' donc ? i]ue je soU &oue^
tatnuiA' dur Rôi^' i^y sérail tout de înéme ,
qnand j*aiirais* dé l'exercice ^quand je verraiif
de» humains j et le sang ne m'éioufferait
jtoînt ^ et- lûa pbîtriné ne s'âchetierâit p-asl
- Teut-il encore que je n'aie la manutention
de cpioï que. ce 80if*ku monde , què je né
puisse regarder à mes affaires ? qu^il nde fassé
donner des ordres supérieurs , je les exécu-
terdfi j et si j'y contréviens , je n'aurai pas pUis
V
Digitizeci by Google
Il I
34' L£XT&£$0&XGINikL£S
le pouvoir que je n'ai rintenlion de me sous-
traire à l'aatorité qui saura bien se restaish*!
de 'ifioi. QuUl fasse mieux. Assurément dan^
quelque coin du monde on tire des coups de
fusil \ qu'il m'y envoie j il sait bien que je ne.
m^y épargne pas : il se fera honneur de sa
générosité j et pçut-étre «era-t-elle utile k ,
ses vues les plus secrètes.
^ Yoye2 avec quelle confiance je voua expose
mes idées comme mes plaintes* Certainemei\t ^
Monsieur, tous ne pouvez le trouver mauvais $
Tos bontés m'y ont trop fortement encouragé»
Je finis par vous demander une permission.
f^Jti me serait d'un grand .soulagement ici. . t
Il y a plus de trois mois que j'ai épuisé la
petite collection des inepties privilégi^^^qui,
sont à l'usage des prisonnier^, .Vous çroirçz,
aisément qu un homme , qui a toujours eu 4
sa dif.position degrandesbibliothèques, et qui
a Fait toute sa vie ses délices de l'étude 9 est
çruellement isolé lorsqu'il se trouve sans
livres. Cette privation m*eût été terrible au
sein de la société 3 jugez au ^onjon de Yin-i
cennes où l'on ne voit que ses murs , et où le
tems est centuple de sa durée ordinaire* Je
n*ai ^as même, le secours du petit nombre;
* d^)uvragesqui sont dans mes malles, dont jd
n'entends point parler. Daignez permettre
^l'on m'abo'une à un oabinet littéraire à Paris.
QnA inçonvéniput peut-il y avoir ? on n'y Ut
que des c^ri|8 autorisés j et d'ailleurs vous
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]>£Miai.B£AV:« 3S
jugez bien qu'il me reste peu dechosesà voir
en fait de livres non tolérés* Ceux que Ton
m'enverra passeront par les mains de M. de
Rougemon^ : ye ne saurai pas même d'oii on leir
tirera , et je ne ferai que noter sur un catalogue
ce que jedésireraislire* Vousnesauriez croire ,
Monsieur, ce que meserait une t^lle rei^Qurce.
Vous m'avez permis l'usage du papier et des
livres ^ qui sont nécessaires ici pour ne pas
devenir l'ouj et cette grâce de vlpnt, malgré
TOUS 9 illusoire , puisque je n'ai absolument
point de livres. Si vous m'accordez la faveur
que je prends la liberté de vous demander «
elle n'ajoutera rien à ma reconnaissance qui
ne peut plus croître ; mais eUe diminuera
beaucoup mon mal-être.. ^
J'ai l'honneur d'être avec un respectueux
dévouement 9 Monsieur , votre très*bumJD]j&
et très-obéissant serviteur ^
A M. L E N O I
8 féf rîer i^8»
L> iHUTiLitÉ des lettres que j'ai l'bon*.
neur de vous adresser , Monsieur ^ me prouve
^Évidemment une de ces deux^clxo^es , 9^
qu'elles ne vous parviennent jgoiiijt , ou qu'on
voi^ass^ure que l'exposé o'en est pas vrai. Je
B vj
. kl i^cd by Google
36 L£TTK£S OKIGINALES
«
me puis croire la secunde : ce serait un men-
songe trop impndent et trop malin ^ et je n'ai
ni le droit, ni Penvie dVn soupçonner per--
sonnew Reste donc la première» Tant que je ne
vou« ai parlé que de ma détention , je pouvais
croire ou ^ue mes- d^fienses tous paraîssaient*
faibli^s etf incomplètes , ou que vous n'étiez
pas le iiiaitre de la terminer. Tant que je
VOUS Âi demandé des grâce», je pouvais tout
sfu plus lés espérer ; et votre bonté m'a ac*
cbirdé au-èelà' de mon attente. Mais quandf
. je parle de mes besoins, de mes urgens be-^
soins , j'ai le droit de compter sur ce que je
solHcite. Le Roi ne veut pas que les prison-
niers souffrent d'autre chose qure de l'a pri-
vation de leur liberté, et des peines qui etf
sont inséparables. Vous, si bon et si jusfe,
^usne le vouler pas non plus. Donc , ou vous
ne me croyez pas, ou vous ue m'enteflde2i
pas'f "tela- est évident*
Mais si mes lettres ne parviennent plus
fûsqu'à vous , c'est sûrement parce que M. dé
Rougemont a] cru ordre jde les retenir ; et
cet ordre , s'il est donné , à quoi suis-je réduit ?
comment^ l'ai-^^ mérité ? moi , si scrupuleuse-
ment soumis à ce qui m'est prescrit ! moi-^
si paisible, si tranquille, que je suis bien sur
qu'aucun hofame au monde dans tua pface
ne l'èst dàvàiièa'ge ! 3'ai un juge : c'est le mî-<
nistrfe. J'ai un i<ii^pbrtéur , et , si j'en augure
par vos bie&^aitrf i j'oserar dire ,utt interces-
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B£.MIRAB£A9* - 37
sew:} et est vqub^ Mousieur. ]!*ie suis-je pas
/ perdu, si je ne puis invoquer ni votre justice
i^i votre clémoace ? . . . Lesr réflexioas naissent
en foule j mais je les réprime. Je vous.sûp-,
plie de permettre qu'oo me déclare que mes
leUi es ne peuvent plus passer, si tel est mou
jiort. .Je xie me consumerai pluç én dç vaine«
plaintes.
Quoi qu'il en soit. Monsieur, j'ail'honneur'
de vous répéter que j'eus celui- de vous écrire
le quatorze , le vingt-quatre janvier et le trois
i!évrier que j'étais sans linge , et que la nature
de mes Incommodités me rendait encore cettç
priv&tîoa plus triste; qub j'waiB pouji tou(-
bien^viugt'deux chemises dont douj^e seule-'
'ment portabks , pas ufi^ secviette^ quatre
moucJioirs et tjcois paires dje bas, les autres,
étaot én loques ; que j'amis- toujours diSérét
dé vous le dire, ne voulant pa&, vous iuipor-
tnneD de tels* détails , et comptant k tout rno-*.
ment sur Tarrivée d^ mas màUfi» ; que ces*'
œalleSs m'élant refusées par des raisons in->
oodumes et non d«vinablesi^ je iiie imyais ré-v
duit à vous prier d'ordonner ou qu'on me iesr
* donnât , ou : qu'on me fournit les efi'ets qui
m'étaient nécessaires, ma modique pfnsion^,^
qui d'idlleurs n'était qued'entretien , n'y pôu^i
vant subvenir *f qu'il y avait plus detrQis*moij^
que j'arais épuisé la* coUectioo des livres qui
est ici } qu'au moyen de ;cela la permission^
que vousrm'avicz accordée d'en avoir était*
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38 LETTHESORÎftlWALÏS
vraiment illusoire ; que si je ne pouvais recou-
vrer les miens , je vous suppliais de permettre
qu'on m'abonnât à un cabinet littéraire à -
Paris 9 etc*
J'ajoute maintenant que mon besoin est
plus pressant que jamais ; qu'au moment où
je vous parle...» (mais comment dire des-
chosesaussi dégoûtantes à penser que diificiieg
à exprimer? il faut bien s'expliquer cepen-
dant ) ; au jnomentoù je vous parle , je suis
peut-être menacé d'une fistule , faute deliiige,
le satïg ayant pris un autre cours que les hé-
morragies ordinaires; que je suis au comble
de Tétonnement d'entendre un chirurgien-
major convenir avec moi que la propreté m'est
absolument nécessaire pour éviter toutacci»
dent, et Bie répondre, quand je le presse
de demander pommoi du linge , que cen^est
pas sou afiFaire : comme si tout ce qui a trait
à la santé était pas son affaire. Quant aux
livres , la dernière fois que j*ai vu M. Bru-
gnière , c'était le i5 novembre , je le priai de
vous dire que j'en manquais. M. deRougcmont
me dit que je n^en mani/uerais pas , et qu'il
aurait lu honié de rr^en trouver. 11 s'est écoulé
depuis cette époque près de trois mois ; M*
de Rougement ne m'en a pas procuré un seul :
d'où je conclus qu'il n'en a pas trouvé. Jugez ,
Monsieur , dans quel isolement je suis. Le
chirurgien-major me dit fréquemment que
jeme tue de tant écrire. Je p'y trouve qu'un
biyuizûu by GoOgle
Bfi BlIRABSAir. 39
inconvéaient , c^est que je ne me tue pas as-
sez Vite.
' Somme tout 9 je n'ai ni linge, ni livres 5 ni
santé. Je n'ai pas mérité que vps grâces me
fussent retirées ; car jamais conduite ne fut
plus uniforme que la mienne. Jamais il ne
m^échappa un murmure , jamais une impa*
tience» J'ai toujours été ce que je dois étre^
et ce que je veux être. Ces faits réunis for-
ment mon. état de situation. Je défie haute-
ment tout être vivant de le démentir avec
vérité ; et si, ce qui ne peut être, cela ar-*
rivait, comme entre deux témoignages con-
tradictoires il faut qu'un tiers établisse le vrai^
je demande d'être admis à la preuve. ^
: J^i beau chercher. Monsieur'^ jen^entends
pas ce qu'on redoute en me donnant mes mal-
lês ; un mot de tous me les ferait livrer , qui
que ce soit qui les ait, et j'y trouverais du
moins une partie de mes besoins* Pardonnes
si je reviens si souvent sur le oiéme objet.
Vous sentez bien que je ne puis prendre à cet
égard ]e silence, quelque loAg qu'il soit ^
pour un refus j car ce refus étant souveraine-
ment injuste lie peut venir deyous, et de tout
iautre je ne suis pas fait ^our en recevoir de
cejttie espèce.
J'ai, l'honneur d'être avec, un jespectueux
dévouement , Monsieur , votre très-humble et
4rès-obéissAnt serviteur^
Mm ABJE A u. fils»
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40 L£TT&£S ORIGIHALES
Je me crois obligé^ Mousieui, d'ajouter que-
}e suis très-loin de me plaindre du c^hirurgieit'^
major, parceque je m'aper^oiaf, m i^elisaiit
ma lettre , que vous, pourriez l'inftnpr d^une-
phrase où. je ue ie cit£ que pour vous- mettre
à même de vérifier le fait.
A M. L E N O I R.
tSfcvrîér 1778. '
J E VOUS dois toute sorte de remercliutns ^
Monsieur 9 pour ie& éclaircissemem qve vont
avez bien voulu mé faii c* donner. Je conviens
téns. répugnance que l'on conçoit trop faci**
/ement des inquiétudes 4aiis le triste lieu oii
il a plu au. Roi de me domiw éomiétle. li
est impassible de se figurer quel- chemin y
fait Pinn^p^i Dation, et ee ti^vi pas Iist moindrê
des sQuii:raD€es ' que 1^9». y endui^* i?lus ie
cœur est sensible, plus Tameest élèvée^plus
lessens^ont^ d'éo^rgie ^ et pUis-les touroiem y
sont aigus t-l multiplies. Ces précieux dons
delà naf «r^tillArn(^iyià4a ruttiedti Aialbeureux
qui est privé de sa lib^i^téi I/amitié et Famour^
ces bienfaiteurs du monde j devienireilt in^è
bourreaux*'* ;*«Âii 1 Monsieur, c'est un cruel
l^at, et vous avoue' que je nie tàie to«is*l««
matins pour savoir &i c'est bieA moi.: je m'iu*^
teKrogepouriJu'assurer cjuc je ne suii> pas fou:
B K M r R A B C A 0. ^ 4!
fp'relts avec curiosité d'immenses paperasses
pour y rechercher les vest iges de ma raison.
Je ne dis pas cela seulement pour éraou-
TOir votre coaipasiiion y Monsieur : je le dis
pour e\cUer votre indulgence. Veuillez re-
garder d^us" mes lettres le fond , sans vous
. arrêter à la foruie. Vous devez être bien sûr
de tout mon respectueux attachement ^ si vous
Be me regardez pas comme un monstre d'in*
gratitude* Les expressions ne font rien à la
chose. Je n'ai en vérité plus la force d'avoir
de Pes'^îrit , et je n'en ai jamais guère eu quand
fâi beaucoup senti,
• J'ai l'honneur de vous adresser un état du
linge qui m'est nécessaire. Vous pourrez ju^
ger vous-même , d*après ce que je vous al Jlt
,ée celui que je possédais, si je^uis trop exî-*
géant. Si j'étais à la charge ci u Roi ^ je deman-
éeralsavec moins d'assurante» Si j'attendaîsK
mes besoins de la^c/itrosilé d.e mon père, je
serais peu pressant ; ear, outre que je n'aime
pas la peine inutile , je ue v oudrais pas com-
. mencer si tard à lui avoir des obligations ; et
en vériîé ce serait la première que je lui au-*
r<ais: car la vie que je tiens de lui , et dont il
&it un si cruel emploi, est une charge plu^
tôt qu'un bienfait. Mais comme c'est de mes
deniers qu'il paiera ce que vous voudrez bienr
me faire fournir , comjiie je suis en avance
8veo lui de ciaq Gent«ni4Ue livres qu^il a envar
hles sur les substitutions dem^maisou, qui
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42 LSTTItSSO&I^iVAtl»
portent toutes sur ma tête ; comme il dispose '
aibltiahement de mon revenu-, je crois qu'il
ne me fait pas une grande grâce de me donner
ce qui m^est nécessaire.
Kon y Monsieur , quelque cliose qû'il ar-
rive ^ je n'en attends que de vous ou de votre
intercession; et fe recouvrerais ma liberté ^ ce
que je nVspère point du vivant de Vjimi des
hommes , que Je n'attribuerais qu'à vous cette
faveur,, qui , je crois, ne serait pas contraire
à la Justice. 11 est pour moi une grâce bien
plus précieuse que cette espérance éloignée.
( Je l'ai déjà reçue de vous ; et par une déli*
catesse dont vous ne me saurez pas mauvjiî»
,gré, je me sens moins de courage à vuus
presser de nouveau sur ce sujet , depuis que
vous m'avez accordé ma demande avec tant
débouté. Cependant^ Monsieur, j'oserai vous
dire qu'une lettre, un billet, un mot écrit le
quarantième jour après des couches ^ serait
bien plus rassurant que celle datée du cin<»
quième, et qu'on peut regarder comme un
eflPort de courage et de tendresse , qui n'em-
pêche pas la possibilité des accidens posté-
neurs* Je hasarde cette nquvellesupplicatioai
Monsieur , et j'ai autant de confiance dans^
votre bonté que de résignation à votre vo-
lonté.
♦
J'ai rhonneur d'être avec un dévouement
respectueux. Monsieur, votre très-humble
^t très'-obéissaat serviteur ,
MlHABEAV fils.
•
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B s M I B £ ▲ V. 4^
A SOPHIE.
J s reçois ta lettre du douze , ma chère
bien chère amie, ce dimanche dix neuf. Jjp
n'espérai» pas que tu pusses^crire sitôt , Atdlû
,hien aimée ! cinq jourssont un biea petit in*
tervalle poiir t'a^v-oir rendu la force d'écrire ^
et je te gronderais si jepouvais : mais comment
veux-tu que j^en aie la force ? J'espère en eflPet
que la lièvre de lait est passée j et les pre^
niiers accidens, qui sont les seuls redoutable*.
Mais souviens^oi, ^ou cher tout-, que la
santé des femmes dépend de leurs couches ^
e'est«À-'dire de leurssuites \ et ces suites dépens
dent absolument de la Conduite plus ou moins
prudente» Quandon ne nourrit pas , on« a be-
soin d'une bien plus grande circonspection y
pour faire supporter à la nature une contra-
riété si formelle à ses lois. Mon amour tant
bonne, j'étais bien sûr que ma lettre ne pour-
rait pas te faire de mal : et moi aussi j^en ai
versé des torrensde pleurs , et je sais combien
cette salutaire abondance soulage. Ah ! dans
^combien de momens un Tin voque vainement!
Je me sens presque absolument soulagé de
l'inquiétude vraiment dévorante qui me con-
fumait. Ton* écriture est ferme , et ta téte pa.'^
sait lib^e. MesplusgFandescciÛBtes portaient
sur> la situation de cc^uret d'esprit oii ta Xt
uiyitizûu by
44^ L£T.T&ES omroïKÂLEs
trouverais lors d'une crise telle qu'une pre^
mière couche. T'en voilà, sauvée. Sûrement, ô
mon amie ! c/ast un événement d'iieuieux slh-*
guie. Pourquoi la fort une ne nous cùt-cUepas
terrasfiâi f cHit 4'tmcoiip ? elle De peut pasnoua
faire plus de ma] quMle itous en a fait i noui
achever ^ p'ét«it oom guéiin Kspérom qnm
8es remèdes seront plus doui^; * !
Tu dira» tàut ce cpa^ lu voudras de larfi-*
gure de cette enfunt j mais je suis bien ^ùd
gue ce sont tes traits qnfelle aurii^ JJansimt
peiot reis^nblaBi* Alx! itii.ne me croirais pais
Ijien nialheitreiix , si tu savais quel charme et
quel attendrissement ceidoisit nom.de'ma iiile
jgorie jusqu'à luon tcjeur. Elle j}itijdradc ncua
deu% y mon amie ; de son père,! sa tentlresso
pour sa mère ; de mère, ses grâces et ses
vertus. Laisse^ , laîsse-là iaire : elle aura^ses
d'esprit pour se bien partager. .
. Je ce puis te diie ce que^ton at^enfloa de
m'écrire au sfin des douleurs , que j'ai xecon-
nue aussitôt , m'a inspiré dé reconnaissance 9
^çt de tendresse i non , je ne piriste le dire.* •
Je n'ai qu^'un moipent : ma plume court ^ nionr
cuepr. ne peut sVpaneher ; mais saclie seuL&«'
ment que jamais-, nou. jamais je ne t'ai ai*-
mée . , « C Vst djepuis Je 9 j aurvier que ^ sais ee
qu'est l'a mo.ur» . • Tu n'as souffert que vingt-»
quatre heures ? et combien vôulais-tu ilono
souffrir? Alii je couuaÂs ton courage^ et tui
connais inoa cœur ^ « «.Mais uiou imagiiiatrmit
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jpst unpeu calm(?e j ta seconde îeUi e la rassure
Jbeaucoup ;-je suispeisuadé que tune me trom*
pes pas : ta main , la bouche ^ furent toujo.irf
pour mol les organes de ton eoeun Qu'appel*
les-tu? égi,iL . . Il mVsi ég^I d'^ivoir un gari^
içon ou unefille ! • « . £ii ! non, non , Madame^
toi seule désirais un gardon : pour moi je n'ai
jamais formé des vœux que pour «ne fille ,
parce que mon cœur me dîsait qu'elle serait
Pimagede sa inère. Un garçou aurait eu mes
défauts : il est bien plus dan gereuiLde gâter
notre sexe , parce qu'il est plus violent ; et je
fens'bien que je ne pourrai jaimais groiider toq
enfant* • • « 8ans entier dans des détails d'a&
Êiires que je ne saurais toucher , et dont je
parlerais comme up aveugle-né des couleurs^
puisque je rte sais rien , je puis* te jurer que
je^n'ai-jamais^criu iletoi , et n'en croirai jamais
ijue ce qui en est cligne ; toi ^eule, toi seule
^en^ te calomnier dansioion esprit» La raison
. ^t 1]^ t,endresse confirment également tes prin*
cipes; piïis*je jamaisredout'er qu'Us se démefH
^at? J'aicomuuSophie^puisque jeraime^ le
cœur qui a parlé au sien nVn est pasr toiif^
à-iaU indigqe} il sait <lanc l'apprécier. Oui^
oui , ce que nous voyons de celui .auquel
sious gommes subordotinés , doit noits doaoer
bien; de lespérance. Tu vois que les grandes
.places ne sèchent pas tous les cœuis. J'impose
silence à ma gratitude; elle ne serait point
«Mezxirooit|peçte*;Maîft^ mon «am ic ^ix?hàre #
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46 LETTRES ORIGINALES
je suis bleu caution que tu la devines, qii^
tu ]a partages : une ame aussi aimante que
la tienne sait reconnaître les bienfaits. £h
quel bienfait 1 Ah ! nous auraèt-on autant
donné ^ en nous donnant la vie que nous ne
prisons que Pun pour l'autre ? • • ; J'ai eu dei
nouvelles de la santé de ma mère. £lle est bon-
ne , dit-on. Ëlle m'aime toujours : tu sais si fe
l'ai mérité. • • . Je ne suis pas moins pressé
pour celte lettre, que toi pour la tienne ; mais
j'ai lieu d'espérer que ce ne sera pas la der*-
iiière que je lirai , pourvu que tu sois circons-
pecte^ et que tu adresses à notre bienfaiteur
une demande que son cœur ne saurait réprou-
ver. Que je sache de temps en temps que tu
existes, c'est savoir la plus grande partie de
ce qui mMntéresse ; car c*est savoir la situation
de ton ame. Les attaires ne sont que des acces«^
«oires , et nous devons nous imposer silence
sur cela. Ta première lettre a été brûlée de*-
vant mes yeux } cette seconde sera soustraite-
-de mes mains. Point de copie non plus $ mais
ce qui est gravé dans le cœur n'échappe pas
à la mémoire.
. n est certain , mon cher toui, que j'ai reçu
des secousses' violentes. Les plus terribles
sont passées. Je n'ai pas 28 ans : la nature
m'a.donné une excellente constitution 5 j'âinie
la vie quand je suis heurçux ^ et je le suis
beaucoup quand je Us tes lettres. Le souvenir
s'en prolonge loog*-^mpsj et j 'espère quV»il«
Digitizeo ^jQOgle
I
]> E M I R A B £ ▲ 0 * 47
permettra de le rafraîchir. Sois donc tran<*
quille surma santé } ses chicanes ne soat pas
redoutables ; tu né dou pas t'étonner qu'elle
ne soit pas aussi bonne que quand je jouis de
mon être* Tu me grondes de ne t'en avoir pas
\ parlé. • . Mais songe donc à la circonstance;
crois-*tu que j'étais où j'écrivais ? crois-tu que
j'étais en moi ? mon anie a'était*élle pas toute
^ entière sur le papier? Mon amie, je ne sait
point te dire que je t'aime, quand je ne puis
pas le dire à mon àîse ; ainsi cette lettre ne
£nira pas tendrement; mais tu devines tout
ce que je sens j ah î oui , tu le devines : car
ton cœur et le mien sont des substances tout-»
à**fatt homogènes. Interroge-toi donc ,ô mon
en&ntl Je ne t^aipas toujours permis un si
grand triomphe , que celui dç regarder tes
sentimens jcomme égaux aux miens. Si tu re->
tois ton enfant , donne-lui tous les baisers que
|e voudrais lui donner. Pourquoi m'as-tu dît
qu'elle était jolie ? Crois-tu donc que ce puisse
être un éloge pour elle? Elle a bien d'autres
mérites, vraiment 1 Amie , c'est ta £lle , c'est
la mienne. Ah ! quand pourrai-je m'occuper
de soa bonheur ? Ce sera, tu le crois bien , le
second et l'un dès plus précieux objets de tous
mes soins, de tous mes effi>rts. Aujourd'hui^
je ne puis que lui offrir des vœux ; mais qu'elle
partage avec toi tous ceux de mon ame. . * .
Tu sais cependant comment le partage doit
#tre fait* Qu'elle ne prétende pas rivalis^
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48 LETTKES OILI^CII If AXES
avec sa mère ; en vérité , elle s'y troai{ierait
beaucoup. Adieu, nia bien chère, n^ou uni-
que amie. Souv>ens-tol de la promesse que tu
me fais de soigner ta sanit' ; lâche de m'en donr
lier des nouvelles, jet qu'il y ait toujours 114
mot de la pet Ile. Àh! tu ne Toublierais pas;
Sophie est doublée ; mon enfant , tu me ré-
ponds de deux Sophie ; mais siir-^tout ^ et à ja-
mais, de Sophie-Gabriel • • • Hélas ! mon amie ,
je suis tout consterné de laisser du papier
blanc; mais je ne suis pas le maitre, et je
suis trop reconnaissant pour être indiscret*
Adieu; lesplustendiesuJ/É^war^ san^jaombie.^
sans compter,
G A £ A J £ L. \
A .M. L E 0 .1 IL
2 maLS 1778. .
Je vous fais, Monsieur, des remerçîmen$,
très-empressés et très-sincères pour la lettre
que je viens de recevoir. Elle me rassure «ur
la santé de mon amie; mais elle me donne uAi
chagrin très-vif, je l'avoue, en m'apporta» tt
la preuve que madame de Monnier n'a reçu,
qu'une seule réponse de moi* Voici quatre,
lettres dVllequi mepai viennent , grâces à vos
bontés. C'est à-peu-près autant de fois que
vous m avez donné J a yie.ijjéla^l elle n'apojiît
' * * partagé
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B 8 is X m A 1 X IL tf« 4^
iMif tagé VM bienfaits et mon bonheur ; elle n'|i
»cuque dix lignes de moi. Quelle ne doit pas
être son incpiétude? Monsieur, fe tous <^onr
' jure de permettre que celle que je vous adresse
tombe^dans ses mains ; ousî, malgré nàes ef-
forts et contre mon attente , il s'y trouve quel**
que indiscrétion , daignez faire raturer tout ce
vons déplaira y et mêla renvoyer 9 pour que .
je la réécrive. J'ose vous représenter que toute#
]es lettres de mon adorable amie contiennent
des choses mille fois plus tendres que les mien*^
ces ; que toutes renferment des souvenirs ou
des proj ets dans lesquelsjem'abs tiens d'entrer^
«t par respect pour vos ordres , et par crainte
de moi-même. Pourquoi donc ma correspon-
dance paraîtrait-elle plus dangereuse que la
«ienne ? Moniteur ^ je ne veux écrire que ce
cjue vous-même ci donnerez; , et je suis prêt à
tout écrire sous votre dictée ^ si «ce n'ejt ces
deux blasphèmes que vous n'êtes pas capable
de me demander ; à savoir : QueJenePmme
plus , et qiileUe ne doit plus nUaùner. Que
disent mes lettres ? Que je Vaimc / . • . Eh i
;si je ne Taimais pas^ ne serais^je point ua
monstre ? Si cet amour n^était pas juste^ dai-
gueriez^vous compatir à ses inquiétudes? Si
vous ne sentie:?: point au fond de votre cœur ^
^ue oet amour ayant été jusqu'où il a été , il
«le doit pas finir ^ me feriez-vous passer des^
écrits qui ^ fen jure par l'honneur, sont aussi
nécessaires à ma-Yieque le souffle ? Monsteur,
Tome lu C
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'5e LETT&ES O&IGIIfALES
je- VOUS le demande au nom de tout ce qui
^ vous es( cher , que mon amie ne soit pas pri-
vée du bonheur que je vous dois. Il est bieà
eiupoiôouné, si elhe ne le partage point* Sou
«me n'est ni moins sensible , ni moins ardente
qué la mienne. Ah 1 ne croyez point que le
silence en puisse amortir ^les feux. Sophie
Y>eut périr ; mats je ne crois pas qu^elle puisse
changer.
J'ai l' honneur de vous adresser un volumi*
neux paquet pour mon père j c'est une exposi-*
tion exacte de ma conduite et de la sienne à
mon égard. C'est un aveu naïf de mes fautes ^
et une réfutation complelte de ses calomnies ,
au moins de cellea que je connais. Si j'avais
aflPâire à tout autre homme , ^u si l'ame de
' celui->là m^élait moins dévoilée .^îe me Croirais
sûr qu'un tel écrit remuerait sa conscience:
je n'ai point cet espoir ; mais voici: mes vues.
. Je ne me flatte pas qu'un homme aussi oc-
cupé que vous, et dont le temps est si pré-
cieux y puisse lire, un mémoire ibrt h^ng ^ et
peut-etie très-ennuyeuif ; mais j^ose vous de-
itiander de vous en iiûre rendre un compte
exact. Tout n'y est pas, parce que jele destine
à mon père ; ainsi je l'ai ménagé : mais mon
çœur y est développé ^ et l'on y peut deviner
le sien. 11 doit vous paraître probable , ce me
semble ,que desfaiu dont je lui adresse le ré-
cit, et de la vérité desquels je le somme do
convenir , ne sont pas çoutrouv^. L'^Vonte-i
Digitized by
*
DSMIRABEA¥« 5x
rie serait trop forte , et la t^piérité extrême ^
caj: il m'aurait bientôt confondu. Or , ces fait$ ^
sont tels , que j'pJ^e, soutenir qu'un père qui
aurait de& e^ntrailles ou £yeu]lemea|. de Téquité^
ne me laisserait pas quinze jours au Donjon
de Vincennes , après avoir lu mes défenses.
Quoi qu'il en soit, il résoudra , ou il ne ré^
poadra point* SUl répond 9 jje m'en fie k moi *
pour répliquer. J'ai un grand avantage sur
lui , la force de la vérité. S'il ne répond point,
je vous supplie d'observer gue se taire n'est
pas réfuter ; et qu'encore une fpis y îl n'a point
]^e drjoit d'éluder le combat , puisqu'il est l'a-
gresscur, et que sou agiession l'a rendu ma
p^tie« Dans toutes'lessu^ppisitîons, daignée
|<^fre \aluii ou wes raisons^ pu son sileuce aur
pr^s duministre^Jenecrois piis pouiroir faire
xjne démarche plus n^ettç q^e, ^e dire à mon
pèr^: yous êtes injuste ^ en voilà la preuve :.
^Qus en ai^ez iuipo^ié^ en ^oilà la preuve j^ré-*
tractez- vous et réparez voire injustice ou
réfutez jne^ raisons mes preuves. Voilà e^
trois mots mon niémoire j et mon,'bujt unique
est de mettre cet homme ^ si éloquent quand'
il parleUout seul , dans la aécessité ou des'ex-
pliquer, ou de convenir tacitement, qu'il
a tort.
Maïs pour qu'il soit réduit à cette alterna-
tive , j'ose vous supplier d'apostiller mon mé-
moire , c'est-à-dire , de demander àmonpère,
. en votre propre nom , le lire ; sans q[uoi ^
G ij
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8i LETTRES Ô klGlKALEfi *
il le lira bien, mais il dira tie l'avoir pas lu^
parce qu^il ne reçoit rien dé ina paii. Ëtratrge
prétention cependant ! conduite bien tyrah-
mtfoit , que de juger et eôndatnner quelqu^air
ians l'avoir entendu ! Depuis six ans il ne m'a
pa^ Vu \ depuis trois il n'a pas reçu un mot de
moi \ ce n'est donc que sur les clameurs de
mes ennemis , sur des actions non expliquées ^
souvent travesties et empoisonnées ^ qu'il m'a
condamné à une mort civile. Il est temps, ce
me semble , d^en appeler^ et de demander!
être entendu dans nia cause.
Si , par un hasard très-possible, mon père
^vait obtenu du ministre que rien de ma part
îieiui parvint , vous voudrez bien regarder la
Vedette comrme non-avenue ; et alors malettré
lîevient un mémoire. Encore une fois, je n'en
fespère rïen , sî vous ne daignez' pas'Pappuyer,
tes ministres ne peuvent parcourir, que quel-
Iques lignes , et quelques lignes iae sauraient
Tendre*compte de beaucoup de faits , ni des
'dîîtails qui les caractérisent, et bien moins des
'causes et desint entions qui éclairent souvent
plus q^ue le fait même. Ce quHl y a de certain ,
c'est que cet écrit, tracé >ahs art, mais^qui ^ ^
ti'est pas dépourvu de l'éloquence du moment^
de la chose , et de la vérité, est ou mon^tefr-
f ament de mort , ou lé titre qui me vaudra
*Padouc)ssement de mon sort, et que je<n'rm-
«portuneraiplns pet'$t>nnre par ces longs détaUs
^dojji je suiôxuui- uiêAue^i hdi i abîié. Je suis très-
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B K M I RAB£.AIU 59
résigné^ Monsieur mais ausaije suis fort ré-*
salu j. pourvu que je n'aie pas à me repçocbeJî
d'avoir rien négligé : le mt ordonnera du[
xest6«
J^al rhonneur d'être j a,vec un reapeçtueuï
dévouement, Monsieur , vatM tres^iimblie«t
taès-ttbéissant serviteur y
Ml R ABE Air fils*
» ■
*
mars 17^*
J E re^is ta lettre du dix-neuf février , ma
dbère et bieA obère amie, le ne sais plo!» tê
Aire ee gue j'éprouve en^^yant ton écri*
lure: mes semtimras sont trop Sum^iMeM ^
Êê ma téte et mes se&s trop faibles* Mon cœnx
kioedé de tristesse et d'amour déborderait
mw doute j si je lui donnais le moindrè cours.
Je sens, beaucoup phis que je ne puis le diré^
eombien il est nécessaire de ne contenir
pour que la satisfaction qu'elle me procure
ne te soit pas refusée» II est jnresque xaussl
cruel pour moi de recevoir un plaisir quA
tu ne parttiges pas , qu'il me le serait de
eauser volontèirement tes peines* Tu sais-ifiie
je ne suis pas fort exposé à ce genre, de
ehagriks ; mab ne te déroberais-^je point isd#
douce consolation^ ai je prenais dansoette
•• •
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^4 LETTRES ORIGINALES
lettre une liberté qui l'arrêtât ? Je me con-^
tiens donc : hélas ! je me contiens ; et ce
nVst pas le moindre des sacrificiEft ci ne j'aurai
faits à toi , aux circonstances à la re^on-^
Haissânce même que^.je 4^i^ pour la pré-
cieuse/ condescendaoci^ qui pofte k mes yebx
ton écriture 9 que de tracex ces lignes si
froides ^.si glacées, pour un cœur de feu tel
que celui-de ton Gabriel.
' Si ta santé est yrain\ent bonne ^ j'ai une
grande inquiétu4e de moins. Mon imagina-
tion m'avait beaticoup grossi les dangers de
ta nituation. Jamais on ne subit une révolu*
tion plus terrible^ dans une dispositions de
^ur et dVsprit telle cfue celle où tu as ac-»
Qouché. Je t'en .çrois^ je veu^ t!ea .c^î^e*
Soigne ta santé , soigne-la ^ ma chère amie ;
gue la moitié, la plus chère moitié de moi
ne soit pas souffrante. Tu veux que je te.
parle de l'autre ; il le faut , puisque tu le
veqx. Je ne %uis pas fort bien , mais je ne
suis pas ce qu'on peut dire mal non plus* JuSi
yie sédentaire mVpuise, et le travail con<*
tinuel n'y contribue pas peu.^Le feu que
j'exhalais au dehors , et qui ne produisait ,
au moyen de celteVessource , que la multic
de son effet au dedans , me ronge, cela. esfe
inévitable i mais je suis jeune , et il y a de
Fétotfe pour souffrir. Ma poitrine est mieux
.que par le passé f^Fusage du lait et des ra-
ficaîchissans jcae délivre à cet égard des dott-*
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• X>£MIBABEAlr« 55
è •
leurs vives. Le sang l'oppresse ^ maïs des hé-
XBorragles me soulagent. Mes reins souflTrent
davantage. 3Cu sais que les coliques néphré»
. tiques m'ont toujours menacé ^ souvent at«
teint : elles me déchirent plus fréquemment^
et c'est encore une inévitable suite de la vie
sédentaire. Voilà le détail que tu me de-
mandes : )e ne sais- pas te déguiser la vérité ^
celle-là est assez désagréable et peu utile. . •
Oui,, mon amie y conserve-toi pour notre fille,
La pauvre enfant 1 puisse Tétoile de son père,
de ce père qui , P^^ inconcevable fata*»
lité ^ s'est sacrilié toute sa vie pour des ingrats
et des perfides, et n'a sacrifié que ce qu'il
, adorait ; puisse cette étoile*, unique en sin«
gularités et en infortunes, ne pas la pour-
suivre 1 puiss'e-t-elle ramener sur le sein de
sa mère le bonheur que j'en ai chassé 1 J'e$<*
♦ pèr« ^ j'ose espérer qu'on permettra que tu
me dises quelquefois que tu respires 9 et cette
même voie me donnera la double consolation
. d^étre, assuré de *ton existence et de la
sienne Au reste , mua aiiiie, je te le
répète pour Ja cent millième tbis , point de
projets, poim d'illusions , point de calculs j
les mécomptes sont affreux. Ton imagination
est trop active: quand un foyer tel que celui'
là est associé à une ante aussi sensible que
la tienne^ il s'y forme des exhalaisons sul-
fureuses ; un rien les'enflamme , et la foudre
sort de x:e tourbillon destructeur* Sophie 1
C iv
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46 LETTEBS' 0JII0I9 A&ES
Sophie ! ne preiida pas coufiancç dans I»
fortune j ne sais-tu Jonc pas combien j^es
«armes sont peifdes ? x^igae-tol «i tu peux ^
at ne te forge pas de nouveaux f ounaaens par
des chknères qui n'ont de véalHé que dana
la téte et ton oœur^ agités.
Je ne #e suîirrai point dans tes déchîransi
fOUTenirs \ je ne le dais point , et je crois que
je ne le pourrais pas . . . *,Un seul mot sur
la jalwme. Sur quoi porterait la tienne ? sur
des verrous. Certes^ à moins que tu ne croies
aux sylphides^ aux beautés aériennes ^ tu
ne peux qu'être fort tranquille. Quant à la
iDÎenne , t'en ai«je parlé ? Oh I oui ^
snon cœur te reste \ si tu le prises , tu peux
te dire : Je ne perdrai jamais ce bien-là^ tant
fti^un souffie animera mon Gabriel» • « • • »
faible coosolatiou .sans doute ; mais cepe^-»
^a^t idée qui n'est pas sans, douceur ; ^ai^
l'amour 9 i^amour déBin^téressé, est le seul
hommage qui satisfasse en même tems Va^
xoour propre et Tame* • • • • J'ai découvert
une larme sur ton papier j j'en ai bâîsé Ja
trace ^ ô ma Sophie l Mais pourquoi verser
des larmes isférîles ? Hélas 1 elles dégonflent
le cœur» £h bien 1 pleure , mon enfant ; je
t'envie cette félicité. • . . n Ce n'est pas de
répondre aux choses charmantes que tu
in'écris qui m'embarrasse , c'est de n'y pas
Tépondre* Tu as bien de l'esprit ^ ma Sophie^
C^alt^iell trojp même mais il ^st si naturel^
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BX ICIEABSAir. tf
^pse je me flatte qfue ce n'en est pas. Se suU
81 béte avep toi! pourquoi serais»-! a si ingé--
niense aree moi ? . . . • Tu as trouyé une
amie 1 je t'en félicite : c'est un rare et délU
deux bienfait du cîeL Qui plus que toi est
«Hgne d-en trouver ? qui en a trouvé moina
que toi ? Sophie , le malheur n'a pas séché
tmi' coeur ) cette intarissable wuree de sei^
sibilité ; mais il faut être à la fois sensible et
biroonspecte : sonde le terrain où tu marches $
souvent des roses cachent des épines^ acé-^
rées et des précipices sans fond • • . • Le ciel
me {nréserve^e te donner d'injustes soupçons*
Tu sais si ton ami est trop méfiant; tu sai».
même s'il Pestasse^:. tu sais s'il est porté, à
^érir ce que tu aimes ; mais helas ! ei^ por^
tant les ye>mt en arrière , je me rappelle 1er
fautes MUS nombre que le beau défaut de*
. la confiance, delà généreuse confiance, nous
a &rt commettre. Jè suis^ fort aise cependant
dete savoir une sociétés Les distractions sont
•ans prix dans Ifes grandes douleurs , quoiqûe
rarement on les ainae • Je ne parlerai nî
de tes désirs à morf égard , ni des permissions*
que lu me 4onnes , dans des suppositions qui
n'auront pa.s lieu. Eh non! non, je t'assure^,
on ne me proposérà rien qpi pitîsse te donner
de nouvelles inquiétjudes. Boston était un
asyle sûr pour toi • • » lidnorable pour moi r
Mais pourquoi parler dU' passé ? je ne sau'-
yais iii m'aecufer^ ni me repei^tir. ie sfysi»
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58 LETTRES O&IGIirALSS
du présent. Oui y j'en gémis ; je voudrais au
prix (le t^ut mon sang te donuer et la liberté
et ce que tu' desires : ce sacrifice serait une
douce jouissance. Il est aisé de le croire ;
et, si tu yeuic y réfléchir un Moment , tu
Venras que tu m'écris à cet égard des choses
déplacées • /• • 3e te supplie , ma bien aimée y
de te soigner , et d'obtenir ^ ai cette lettre te
paivit^nt , qtiVlJe ne soit pas la dçmière que
tu reçoives. Cela serait ^ ce me semble , fort
nécessaire à tous deux, et dans tous les sens»
Mais quoi qu'il arrive , scos sfire , sois bien
sûre , Sophie 9 que/ ton nom sera^ le dernier
que proférera ma bouche j que les sentimens
que je |e dois \ qjae tu m'as coiinûs, qub séot.
devenus l'epiploi et la fin de mou eue , seront
les derniers que produira mon cœur^ et l'é.
chaufferont jusqu'au terme que le destin a
marqué à sa dulrée. Adieu,* ma Sophie-Ga-
briel j adieu ^ xnon tout et ma vie* Je sais
que tu devineras tout ce que je ne dis pas ^
et j'en ai besoin* MUle et mille baisers à
ton enfant, si tu la vois. : .
A B E l E '
s \ ' Dimâtic^e 17 mars 1778,
ANS des tempp orageux où tout le monde
«e partiàlise , les ^cavains |eaplus.sattriques ^
\
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rùE MIAAB£AV. Si)
les plus irrités contre l'autorité , ont fait de
vmis y Monsieur ^ un éloge bien flatteur. Le
voici tel quUl se trouve , si je m'en souviens
bien , dans le fameux ouvrage intitulé la
Correspondance. « M. Lenoir a donné à ses
confrères les porteurs d'ordres , des levons
pour leur apprendre à concilier l'obéissance
que l'on doit au Roi ^ avec les égards qu^il
.convient d'avoir pour ïes citoyens et les
hommes. >» J'ai su peut-être apprécier mieux
qu'un autre la vérité de cet éloge , parce
que fai vécu dans le pays où^ en portant
4^3 ordres sinistres, vous avez* montré tant
,de générosité . et - d'humanité ^ et que j'ai
appris les détails de votre conduite par les
magistrats mêmes qui avaient été frappés
de ces ordres. Cela me parut bi^n respecta-
ble , alors que je ne pouvais savoir ni deviner ^
que j'éprouverais moi*même si essentielle^
.ment la bonté de votre cœur. Lorsque je me
trouvai sous votre dépendance ^ ce souvenir
aai'inspira de la confiance, et enfin les dé-
marches que j'ai hasardées et qui m'ont réussi^
Aujourd'hui que mon estime s'est changée
€n vénération , ( car la reconnaissance a dû,
exalter jusqu'à ce point Qc sentiment , puis-
que le premier de tous les titres d'un homme
envers un autre honucne est celui de biei|-
JFaiteur) j'ai plus de sécurité et de hardiesse ^
et jje vous adresse des vérités, que je ne.dirais
assurément à aucun autre honia^e en place*
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4
S& ££TTEXS ÔEIGINAXES
£t ce n'est pas , je vous jure, par respect
que je m^eii abstiendrais: c'est seulement^
parce que je n'aime pas à parler aux sourds;,
il faut crier trop haut et trop inutilement^
Vous qui a¥ez un cœus pour sentir , des yeux
pour voir y vous qu'un sentiment naturel et
lionnéte a droit d'intéresser ^ vous que la
^érité n'ieffarouche point , parce que vous
«^avez rien à en redouter , daignes m'écouter*^
£>a liberté , cette idolie des âmes Sortes ,
qui les rend féroces dans Tétat sauvage , et ■
£ères dans If état eivilisé ; la liberté ^ ce doi»
iarévoeable du ciel , ce germe de tout boui-
lleur et de toute vertu , la libtrt<é règne eé
«ègnera toujours dans mon esprit et dans:
mon cœur. Cé cœur sensible et honnête^
mais trop' inflammable, a constamment été
aigri par la pîus eiciréme sévérité ^ et mon*
caractère s'en est cruellement ressentir. Sans,
an grand fonds de gaieté naturelle , et sur-
tout , sans l'amour qui a conservé , mis e&
eeuvïe et perfirctiouné toute la partie douée*
ile ma sensibilité y si je puis parler ainsi , je
serais devenu insupportable y sombre^ fareu-^
cbè : mais je n^avais jamais passé par l'épreu^
que je subis. Pour me punir de m^étre montré^
konnéte et généreux , de m'étre dévoué à
Famitié et à une soeur que mfftk 'pèrè bai»-
sait ^ parce qu'elle aimait sa femme et mé-
' priait sa maîtresse ,^ on m'^avait |jeté dansk
wx ËQiact ^ XLSii repaire de scélérats ^uL sQ-
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DE MIRABEAU» 6l
coirampeat réciproquement, et où tout jeune
homme qui s'y trouvera sans principes et
sans caractère , c'est-à-dire , avec les deux
apanages de la jeunesse ^ qui sont l'igno»-
lance et ka. facilité^ deyiendra un sujet dé-
testable. Mes réflexions et Pétude étalent un
nntidote assez sûr contre un tel poi«on. Mais,
je n'en connaissais point un plus funeste
encore, sli est possible, dont ^'étais destiné
k être abrjBuvé. J'aixété jeté dans une prison
d^état , ( ces deux mots font un horrible con-^
tra&te J j et là, j'ai éprouvé et j'éprouve des
maux tout-i-fait nouveaux pour moi» Si j'étais-
Eé> pour ramper , sans doute je souffrirais
moins dans la situation où je suis. Mais la
iNtture m'a donné du ressort , et ce ressort
tourne à mon tourment et à ma ruine. Je
jn'étonne moi-même du tumulte intérieur
çui m^agite , et qui briserait mon être moral
et physique > si je ne me sauvais^ pat des dis*^
tractions. Or ces distractions m'échappent ^
ou du moins je tombe dans l'impuissance de'^
m'jr livrer. Plus jte suis esclave plus je m'in.-
digne 4le l'esclavage : en valu je m'aperçois
que je ronge inutilement mon frein ; je ne-
puis cesser de le rongèr et de lé couvrir
li^écume.
Les sept premiers mois que j^ai passés icu
en proie aux angoisses de la solitude, auit
iiCMfTeurs de Pineertitude , aux atteintes poi-^
gnantes de la plus vive iaquiétude pour ce-
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LETTRES 'ORIGINALES
que f aimais ^ et ce que je devais aimer le
p]u$ tendrement^ en un mot, à tout ce qui
sert de cortège au désespoir ; ces sept mois
terribles ont épuisé ies forces de mon ame.
Si je n^eusse continuellement lutté contre
moi-même avec toute l'énergie que m'a don-
née laT nature, je serais devenu insensé 9 ou
je me serais déchiré le sein. Vous m'avez se-
couru , .Monsieur. Votre main bienfaisante
a versé un b^^me salutaire sur les plaies de
mon cœur : vous Jui avez donné du ressort }
vous lui avez très-exactement rendu la vie. . .
Mais, hélas 1 je vais retomber dans cet état
horrible que je viens de vous peindre, si
vous n'avez pitié de moi , si vous me retirez
vos bontés que je n'ai pas mérité de perdre ;
et la rechute sera d'autant plus cruelle, que
je l'ai moins redoutée. J'ose le dire , Monsieur,
parce qu'il faut oser dire tout ce qui est vrai :
la vertu la plus courageuse , et même la plus
pure, peut s'aigrir et s'indigner jusqu'à l'atro-
cité«^ Grâce ^ ciel, je ne me reproche pas
jun crime. Si mon esprit est plein de repen*
^rs , mou cceiy est exempt de remords ; mais
en vérité, je ne puis répondre de lui} je ne
sens pas, sans frémir, la fermentation qui
bouillonne en moi. Tout , tout dans la na-
ture m'abandonne excepté vous et mon amie :
que deviendrai-^je , si vous aussi me repoussez?
TVIon père est mon bourreau. Il a coui-
mencé par vouloir m'asservir \ et ne pou-
V
t
B£MIRAB£AU« * 63
Tant y réussir , il a mieux aimé me briser que «
de me laisser croître auprès de lui ^ de peur
que je n^élevasse ma tête ^ tandis que les
4imiées baissent la sienne. Ën vain lui ai-je
dit souvent , Mum j mon père ^ iCeussiez-vous
que de amour propre , mes succès seraient
encore les vôtres loin de rentrer en lui-
•luéme 9 il ne m'en a que plus bai , *quand il
sW vu deviné. Seul' peut-être entre tous
les pères, il a été humilié des dispositions,
des talens naissans qu'il a cru voir dans son
fîls, et c'est sur ce fond d'orgueil vil et atroce
que se sont élevés tous les resientimens ac»
cessoires. Il tâche de persuader aux autres ,
et peut-^tre à lui-même, qu'il est dirigé,
entraîné, contraint par de tous autres motifs }
tandis que c'est une basse jalousie et Pab«*
jecte avarice qui raiguillonnent , et qu'il
complète les vengeances qu'il veut tirer: de
ma pauvre mère en les exerçant sur ma téte«
Jl a eu la barbarie de m'écrire que mon
portrait était dans cette épigranEMade faite
pour Tibère , et qu]il a altérée au gré de sa
passion : ♦ i
^sper et imn^is j brêviur vis omnia dicAm? :
Dispertam » si te patcr amalrt potesr*
Non , mon père^ lui ai-je répondu , yotre
haine tralût votre mémoire j \l y^. a muter
dans ces deux viers terribles , et non paiera "
c'est la mère de Tibère cjin ul^ pouvait Intimer,
et non son père Dieu juste 1 c'est moi
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€4 LETTRSSOlIGINALES
que le marquis de Mirabeau appelle dur ei
cruel ! c'est celui qui a fait une de ses filles
religieuse malgré elle à quinze ans \ qui a
frappé sa soeur d'une lettre de cachet ; qui
a fait interdire et dépouillé sa belle*-mère
mourante ^ qui a poursuivi un de ses frères
yusques dans le pays étranger , pour se pas
Jui payer sa légitime } qui a obtenu dis let^
très de cachet contre sa femme ; qui en a
laneé huit contre son fils ainé ^ qu'il étoufiSs
dans un cachot ; qui refuse le nécessaire à.
son fils cadet , et lut eût fait (aire une marche
dans toute la longueur du royaume ^ à la
«suite d'un régiment , à pied et à la gamelle,
si. le frère de ce pauirre jeune homme n'eut
été averti à temps pour payer ses dettes ;
e'est eet homme qui ne parla jamais à ses
cnfans que de les charger de fers y ou de
les envc^er au--delà des mers ; c'est cet
homme qui a plaidé contre sa signature , et
sauvé sa bourse aux dépens de son honneur,
en se mettant à l'abri des formes*} c'est cet
homme qui m'appelle 6?«r et cruel! • . . Qup
dis-je ? il m'appelait ainsi , lorsque je n'anâjs.
montré encore que des talens et des germes
de vertus. Voilà mon père , mon tuteur y
ma p^tie , mon jtémoin , mou juge et mon:
hounreau ! je n'ai mille sauve-garde* contrb^
lui«
La mère de mon fils m'a horriblement
Auahi et calonmiéj et l'insolent^ cruauté de-
B £ ft A B B A V. 65
«m silence , .dans un moment oii je doute
' de la vie de cet enfant , ne m^apprend que
trop qu'elle eit biefi sûre dWÂr réussi à
me perdre sans retour.
. Ihi oncle Tertueui, mais débilité par Vâgé
et des accidens sans nombre ^ m'abandonne
après m'a voir aimé et vanté jusqu*à Pen-*
thousiasme. Si «je le voyais un instant , il
toe couvrirait de larmes et me tendrait une
nain s^ôurable ; mais il ne sait pas disr*»
puter avec mon père y dont la politique cons*
tante a été de nous séparer.
Mon beau-père est un homme honnête i '
mais il aime uniquement sa fille qui est son
' aeol enfant* £lle parle ^ et fai touiours dé«
daigné de parler ; il la croit ^ et je ne l'ai
famais détrompé. Il est £ûble , elle est pré*
l^nte «I et jp sui^ absent j il m'a pris en haine«
Mon Arère •••• il est si jeune , et entOaré
de tant de séducteurs 1 Je ne me méfie pas de
son cœur , mais bien de sa raison. D'ailleùirs^-^
que peut-il ? tout au plus n'être pas complice
de ma ruine.
Une sœur , e? des amis pour qui j^ai eX"-
posé plus d'une fois ma vie , et perdu peut-
£tr^ pour jamais ma liberté t ont lâchement
déserté ma cause • t • • Heureux encore s'ils
n'avaient £ait que cela !
L'autre , trompée et conduite par le plus
vil des hommes ( car elle n'a par elle-même
l^eai^rît de n'être ni méchante ^ ni bonne ^]
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66 LETTEES OEIt^INALEâ
ourdit ma ruine pour saisir ce qu'elle pouirft
de l'héritage de mon père. *
Lf reste de ma famille paternelle et les pa-»
rens de ma mère ne me connaissent que par
un éclat propre à les prévenir contre moi-
Ceux de mes amis qui auraient le courage
et la volonté de me servir, le marquis de
Tourettes , le marquis de la^Queuille^ mais
sur-tout madame la marquise de Veuce et
Dupont, ignorent ou je suis. Eh ! de qui puis*
je me réclamer ? à qui puis-je adresser mes
prières et mes plaintes ? « . • *
,Voilà ma situation j Monsieur : en cou^
. Vlaissez-vous une plus affreuse ? Je ne tiens
au monde que par mon anàê i fUe seule
sauve de la haine de la vie , et mê retient
aux bords de Tabîme du désespoir* Mais e^e
est aussi esclave , aussi malheureuse que
moi. Nous ne pouvons nous entendre que par
.Vous. Vous seul avez soutenu jusqu'ici notre
Il espoir. Ah ! Monsieur, denientirez-vous vos
'bienfaits ? ?avons-nous mérité , nous , si pé*
nétrés de vos bontés , nous , qui vous avous
voué rattachement le plus tendre, conucne
le dévpuement le plus entier ? Monsieur ^
ne nous abandonnez pas : continuez-nous vos
secours, si vous voulez que nous ayons la
force d'attendre des mpmens plus prospères»
Hélas I jej^m'éteins dans les entrave^ de la
servitude ; il ne reste point à mon esprit assez
d'énergie pour exprimer les vœux de qiou
*
i^ur^ mais^ j'espère tout du vôtre: je youm
demandé de^ nouve^^les de mon amie ; jtr
TOUS eu demande dans une occurrence bien
délicate , oii mon inquiétude porte plu$ en-
core sur la date de son silence , que sur ce
silence même : accordei-moi cette cojiaola**
. tlon si inQoceoîe. Je ne parle point à uu
de ces homMies ^onit le cœur, aride et l'et^
prit étroit regardent tout sentiment. ardent
comme une folie dangereuse , et toute pas-
sion commç un seutier de crimes 9 de mal-
heurs et de peines* 11 est trop vrai qu'en
dénaturant 9 qu'en, profanant les a£Fections
humaines , on en est venu à les rendre dan-
gereuses» Il est trop vrai que toute ame forte
est déplacée dans un pays où l'arbitraire
pressure ^ dévore , anéantit tout. Mais qu'a-
t-on à CAftindre des ames tendres ? que peut-
il rester de redoutable en moi ? J'aime , j'aime
* uniquement. Je suis voué tout entier à ce
premier^ à ce plus doux sentiment de la na-
ture : elle m'en a fait un besoin ^ et l'hon*
neui m'en fait un devoir. Vous l'avez senti ^
vous l'avez avoué «même ^ si j'ose le dire ^
, puisque ^ vous avez daigné condescendre à
' mes ardentes prières ; je les répète , je les
répète baigné de larmes. La source en se,ra
bientôt tarie si elles ne vous touchent pas.
Je n'espérius qu'en v.ous ^ si mon attente est
trompée. • . . Mais non, vos bienfaits passés
me répondent de votre indulgence t y^u»
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68 LXTT&XS OKIGIIf ALES
imnetez les tyraàs hisâisiblet , froids^ durr^
impérieux j traiter les sentimeos , les vœux
d'un edeur homiéte de délire j peat-étre même
li^allentat* Vous compatirez à mon ioquûé*
tude , à mon amour y et mes désirs seront
exaueés* Mais , )e vous en conjure , que ce
mois y que ce redoutable mois ne se passe
pas j sans que )« re^mye cette ii&jportaïUf
faveut.
J'ai PhoAneur d'être aveo le dévoaenwiLt
ié plus respectueux , Monsieur | vôtre trc^^
•béissant serviteur ^
MlKABEAU fils.
A SOPHIE.
O HOR AMIE l j'ai reçu ta lettre^ ta déli»
çieuse leUre ^ j'y ai imprimé liiille et mille
Ibis mes lèvres brùlantei| ^ où mou ame errait.
Chère Sophie ! comme tout ce que tu écris est
Baiurel et touchant I . * « comme tusaisleche^
min du cœur de ton tendre ami !••••• Moii
amour unique ! elle est triste cependant celte
lettre qui fait mon bonheur. Tu entends bien
ce que je veux dire par là. Je ne saîsquetrop
que tu ne peux pas ne point être triste y mais
tu me parais inquiète > sinon de me&sentimens,
4u moins de mes penséest • • • Toi ^nK»i tout i
uiyitizûu by
SSMIRABEAir. 69
toi ^ mon bien i ne «ais^tu donc pas que je m
saurais mettre en doute ni ton amour, ni ta
4k>nstance) ni délicatesse, ni la bonté de
tes attentions ? Ne sais-tu pas que je te révère
atitant que je t'adore ? Ah ! si je doutais de ma
Sophie y pourrais-je vivre ? Chère amie , si
quelques expressions de ma dernière lettre
t'ont paru ambiguës , c'est que j'avaia dee
raisons de craindre que le moindre défaut de
^rconspection t'en privât ; et que 1^ bonheur
de recevoir de tes nouvelles était tout-ii-iait
empoisonné pour moi par Pidée que tu aeraia
peut-être moins fortunée. O mon amie 1 je
puis 'sans doute, sans.eom*it ce danger^ te té^
péter ce que j'écrivais à tonsujet à celui de tous
les hommes qu'il était Je moins naturel d'en
entretenir. Ce fragment .t'offrira en-peu de
mots la profession de foi de mon amour } et
crois qiTe les sentimens qu'elleexprime vivront
autant que ton Gabriel. « Je ne puiii croire^
"Mditais-je, qu'^I me failAe^m'exeuear d'av<^ir
W'aimé ce qui était aimable. Quel hoinwe
•«'Oserait se mdntrer sévère pour une passion
^ qui 9 plus ou moins ^ergique , est cetié de
« tous les humains ? J'étais très-malheureux^^
«< et le malheur double la sensibilité. On me
««' témoignait de l'intérêt j on me développait
«tfou8 les charmés qui peuvent me séduive
fortement et long'-^tems ^ ceux d'une ame
génA-eiise et d'bn esprit agréable. Je cheiv-
« chais un consolateur! eh l quel cQosoLateur
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70 {.ETT&£S ORIGINALES
M plus délicieux que l'Amour ? Jusque là^ je
« n'avais connu que ce commerce de galanterie
M qui n'est point l'amour , qui n'est que le
««mensonge de l'amour. Âh ! la tiède passion
auprès celle qui commençait à m'embrâ-*
» ser ! J'ai les qualités et les défauts de mon
tempérament. S'il me rend excessivement
«« vif, il forme le cœur de feu qui alimeatei
«•mon inexprimable tendresse. Ce n'était plus
«* cette forte invitation de la nature>. fondée
sur les délices attachés aux plaisirs des sens,
« qui m'entraînait ; ce n'était pas même le
M désir de plaire à un juge d'un goût exquis : je
^ sentais trop pour avoir de l'amour^propre.
n La convenauce , la conformité des goûts , le
« besoin d'une société intime , d'une eonfi-*
'« dente que l'on maîtrise toujours plus que
«l'on nVn est maîtrisé, n'entraient presque
« point dans mes vues. De plus puissans atr
. -« traits avaient remué mon auic. Je trouvais
«« une femme qui , bien différente de ptoi ^ a
«toutes les vertus de son tempéramrat, et
«t aucun dé ses défauts. ËUeest douce , et n'est
<t ni pusillanime ni nonchalante y comme sont
u tous les naturels doux ; elle est sensible, et
« n'est point facile ; elle est bienfaisante^ et
«csa bienfaisance n'exclut ni le discernement^
« ni la fermeté* Hélai! toute) ses vertus sont
M à elle : toutes ses fautes soi|t à moi. Je la
«I trouvai cette femme adorable et^tpute at^
M mante ^ et elle réunit tou^ les rayons éx)a2:s
Digitized by GoOgle
DEMIRABEAF. 71
•ide ma brûlante sensibilité. Je la trouvai,
« et mon cœur impérieusement entraîné , fut
«fixé, fixé pour jamais. Je l'observai dans
t> toutes les circonstances ; je Tétudiai profon*
« dément : je m'arrêtai trop à cette contem*
K plation délicieuse. Je sus ce qu'était* son
«• ame, cette ame formée des maias de la aa»
M ture dans un moment de magnificence. Si
•c c'est un crime de n'avoir pas su résister &
tt^ une séduction si puissante, ce n'est pas Je
« crittie de ma volonté, etc. . • • » Je n'ache*
verai point , chère Fanfan ; reconnais le
'crayon de ton ami , quand c'es( l'amour qui le
guide y mais sur-tout reconnais sessentime^ns,
et ajoute à ceux-ci , tout ce que tant d*événe-
mcfis postérieurs, qui auraient cncbainé ma
plus profondegratitude et toutes les affections
de mon ame , si tu ne les eusses déjà entière-
ment absorbées , ont dû produire. O ,Amie !
si jamais tu trouvais dans mes lettres, hâtées
et contraintes , une teinte un peu sombre ,
attribue^la à ma situation, & ma géoe, et
nullement à des inquiétudes relatives à tes
sentimens. . . • Eh ! ne me déshonor^rais-je
. pas moi«méme si je te soupçonnais ?^
Ma Sophie, il y along-tems que je*sais que
tu es une Encyclopédie vivante de recàiies de
bonnesjhnimes ; mais, n'en déplaise à les po--
Peaux 9 ils n'ont pas le sens commun. J'ai ou
je n'ai point la pierre* Dans la première sup-
j^ositiotti patience jusqu'à la certitude , et puis
uiyiiizeu by GoOglc
■
7» tETTKES OitlGINALSS
ropératioo Dans la seconde y des coliques
néphrétiques ne sont que douloureuses , et on
vit très-*biei; un siècle arec* J'use de régime et
de ref raîchissans : d'ailleurs, le|>eu d'exercice
que je prends, depuis que le tems le pernxet,
Xne fait du bien. Ne te mets donc pas en dér*
pense d/éruflition , je t'en prie : tu ne vaux
rlenderien comme médecin conmltanf .Qu^nà
tu étais médûfim agissmii , ab 1 c'était toute
^utre chose. M^is hélas ! je te permets d'en^
graisser ; mais non pas de grossir à ton âge»
JMénage uppeu ton estomac , et conserve pré-
cieusement ta santé , le seul bien qu'on n'a pu
t oter. Prends peu Ou point de café , et beau«
çoup de rafraichissans ^ si tu veux dormir»
Four ta téte 9 elle est si mauvaise, que je ne
sais quelle recette lui donner j mais sérieîise**
ment 9 mon Amie , soigne-toi , comme si
c'était moi-même. Modère tes inquiétudes sur
mon compte. Au fond , je me porte comme je
dois me porter, vu les circonstances ; il y a,
du ressort encore y, et de tout moi , il n'y a.
gue ks yeux de très-vieillis.
Oui, encore une fois, oui : tes dissertations
de guerre m'ennuient ; i^. parce que toutes
tesbelles phrases à cet égard ne m'avancent
pas d*un pouce, et que cela mange la placede
choses beaucoup .plus jolies ; parce que \%>
p^en peux pas parler à mon aise , et que les
afl^res politiques sont aussi loin de moi que
4es morts. SurJ^e^tput^ je te répète <iue Aforj
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B E M 1 R A B E A V. 7?
respecteraùl'AiHoWj et qu'on meurt beaucoup
moins aux coups de fusil qu'en prison. Ne t'ai-
)e pas dit mille et mille fois il fallait être
prédestiné poiir Rencontrer un boulet ou une
balle brut aie sur son chemin ? Une ctose très-
paradoxale , maïs très-vraie j qui t'impatien-
tait autrefois , mais que je voudr^iis te persua-
der, c'est qu'il se tue moins de braves gens que
d'autres : c'est en flottant qu'on trouve la
mort. . . Mais encore une fois , poIiti<jue toute
seule^ et sois bien persuadée que l'on ne pense
pas plus à me faire guerroyer , qu'au fond tu
n'as envie de me voir sur la garette.
O ma généreuse amie ! je sais que tu n'im-
putes aucun de tes malheurs à ton Gabriel. Il
mérite ce sentiment par la pureté de ses inten-
tions, par retendue de son dévouement, par
sa droiture 9 par sa tendresse inconcevable
peut-être pour toi-méiiie j mais comment
yeux-tu qu'il voie d'un œil sec les maux dè)nt
tu es la proie ? Mon Bonheur ! je sens tout ce
que tu me dis de noble et de tendre k ce
sujet; et c'est pour trop le sentir que je n'ose
t'en parler. Sois sûre seulement que toi seule
peux ^accuser ajaprès de moi j que j'ai la plus
entière coufiauce , je ne dis pas dans ton hon-
neur , je lie dis pas dans^on amour, je ne dis
pas dans ta fidélité , en un mot dans tout ce
qui a Irait au respect de toi-même, car cela
n'a pas besoin d'être dit ) mais dans tes dé-^
marches : sols sûre que j'approuve d'avance
Tom9 II. . D
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74 LETTRES ORIGINALES
■
tout ce que tu feras , quand il le sera permis
deiaire^etqueje suspecterais Puniversentier
et mol-uiêine , avant de former le moindre
doute sur ma Sophie-Gabriel. Je connais son
ame ^ et ses principes , et ses résolutions ^ ou
pour tout due ta un mot, je connais ses de-
voirs ; c^est assez pour être sûr qu'exile ne s'en
écartera point...» Au reste vante mon amour ^
mais ne vante pas ce que j'ai fait pour toi.
Yeux-tu me louer de ce que je ne suis pas un
.monstre?
Non, non , Vertueuse Sophie , 5rn'étaitpa8
une question ; mais crois-tu donc que je Vécx'uà •
avec une rigueur académique ? j'ai une demi-
heure pour te tracer quelques lignes. Mon
cœur bat si fort, qu'on dirait qu'il veut s'é-
lancer hors de moi 5 mon imagination bouil-
lonne 7 et tu veux que je pèse mes mots ? £h !
mais vraiment, si j^avais du tcms , je remploie-
rais bien plutôt à t'écrire plus longuement
qu^à arranger ce que je t'écris^ je cause avec
toi, mon enfant j mon ame s'épanche ou vou-
drait s'épancher. • . • Hélas 1 hélas , qu'un mot ^
qu'un regard en dirait bien plus que mille vo-
lumes ! c'est alors qu'il n'y aurait ni doute , ni
crainte^ ni incertitude , et que le bonheurseul
serait en tiers avec. nous.
Mais , mon Amie , n'injurie donc pas ton
esprit ; sais-tu bien que c'est le meilleur outil
d'un bon cœur ^ ou plutôt qu'il n'y a rien do^
si rare qu'un bon cœur sans esprit ? Quoiijue
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B E M I R A B E A U. -
mon imagination soit séchée ^ quoîcjue je n'aie
plus ni facilité , ni coloris quand mon cœur
ne parle point, je sens plus que jamais le prix
dePéléganceet delà simplicité; mais sur-tout
cle la simplicité. Hien n'est si aimable j c'est
lecQstume duseutiment et de la vérité: c'est
cè qui fait le charme de tes lettres ; c'est ce
qui les rend si touchantes. Cette simplicité
n'exclut point la force } au contraire , elle la-
donne si elle n'est pas vide de choses. Il nfy a
qu'elle qui soit propre à rendre les^^rais mou-
vemens des passions. Elle proscrit les faux
brilians , ces antithè^es^ces idéesrecherchées^
ces jeux de mots pointus , ces tours d'expres-
sion forcés , toutes ces affectations enfin que
chérisscat si fort les beaux-esprits ^ et qut
vont si peu au cœur. Voilà ce que j'abhorre de
l'esprit 9 et c'est assurément ce que tu ne coû«
nais pas. Ces vains oi*nemens, ces choocs qui
ne sont mises que pour briller, et qui décè-
. lent la sécheressse de l'ame et la corruptioa
du goût, sont à mille lieues de toi. Tu ad
sur-tout ce qui est du ressort du sentiment ^
un taet bien exquis comme tout le reste de
ta sensibilité. La vive nature", la délicieuse
ingénuité, la douce Ce adresse respirent dans
tes lettres ; et je ne me méfie de toi, mauvaise
petite flatteuse , que quand tvt me loues. . . •
Va, ne change ta manière pour aucune autre>
ma Sophie j tu ne pourrais qu'y perdre. Tu es
étonnée sans doute que Je te parle ainsi j car ,
Dij
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7^ L£T T^R£$ OAIGINALES
outre que ta sotte et charmante modestie ,
(sotte parce qu'elle est excessive) n'alUlbue
qu'à ma prévention tout ce que je dis de ton
style magique, tu ne crois pas qu'il y ait le
plus petit mérite à bien écrire une lettre ; à
exprimer tout naturellement ce que l'on
peuse., ce que Pon seul. Mais , mon Amie, tu
te trompes* La véritable éloquence consiste
il dire les choses convenables à une situation
donnée , à donner à chaque sentiment , à cha-
que pensée un coloris analogue ; en un mot , à
dire chaque chose comme elle doit être dite.
Voilà tout le secret de Tart oratoire , ma
Sophie ; c'est d'être passionné : ainsi tu es.
bien plus savante que tu ne croyais. . • • Tu es
toute surprise de me voir disserter dans cette
lettre ; mais ne compreads^tu pas qu^au
moyen de cela je t'écris plus long-ieiîis^
et que je ne risque point de mettre ici des
choses qui déplaisent à notre bienfaiteur ? T. • .
Ali ! mon amie , que nous devons le chérir ! Il
nous rend la vie , que ceux qui nous l'avaient
dçnnée nous avaient ôtée.
Que tu es aimable de me donner de bonnes
"nouvelles de ma petite Gabriel-Sophie ! Ah l
jiion amie , c'est bien l'tiifant de mon cœur y
comme celui démon sang. Si tu savais com-
bien de fois un songe favorable me l'offre en^
lacée dans nos bras ! nos lèvres la touchent
ensemble ; nous l'enveloppons de la vapeur de
nos haleines.) comme elle naquit de celle de
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notre amour : elle sourit à nos cateAes. • . • O
mon amie l comme ma tendresse est centuplée
depuis que tu as-domié Têtre à un autre toi--
même 9 qui est aussi ud autre moi-même ! . • •
Sotte que tu es 1 d'avoir été me dire qu'elle
me ressemble . • . . fen al une peur 1 Mais non ^
je n'en ai pas peur j je suis sûr qu'elle, ressem-
ble à loi 5 tout-à-fait toi, Fussé-jebeau comme
Adonis , je voudrais qu'elle te ressemblât uni^
quement.. . . Sais-tucequ'elle fera, la petite?
( car elle aura tout plein d'esprit ) elle pren^-
dra chez nous deux : chez toi, le teint, les
-traits, le genre d'esprit, le caractère , les
grâce», les vertus : cbez moi , la voix que fa-
vais, quelques talens acquis, et le tendre ,
l'inexprimable, l'Immortel amour qui brûle
pour toi dans mon sein : chez tous deux , le
courage , la candeur , la générosité , la sensi-
bilité : en un mot, la petite Gabriel-^Sophië
prendra de sa mère tout ce qui est aimable et
boa , ses qualités et ses charmes J et , laissant
respectueusement les défauts de monsieur son
père, elle lyii empruntera seulement ce qui a
plu à sa maman j enfui sa devise sera le vers *
qui semble avoir été fait pour ma Sophie:
Chirede in bel corpo anima bella. . . 1 Oui , ma
Fanfan, jé me conserverai pour elle et pour
toi, tant que jé serai sûr de ton existence , et
qu'il me restera quelque espoir de consacrer
ma vie à tout ce que j'aime, ... Ah ! tu n'es
D iij
i^iy u^ud by GoOglc
78 LETTRES ORIGINALES
point inquiète de la fortune de ta fille ^ si je ne
spis pas mort civilement l • . • .
Sans examiner tes espérances et tes calculs ^
ô mon Amour bien cher ! jeté prie seulement
de croire que je ^uisbien loin de vouloir t'as-
sombrirles objets.
Moi ^ que Je f ereproclie tes larmes ! moi qui
les fais couler ! . • . • Âh ! Sophie ! tu as bien
mal interprète ma dernière lettre; peut-étre
aussi était-elle trop triste. Je souffrais , jVtais
pressé 9 et je doutais que tu eusses reçu les
mêmes consoîalions que mol, ce qui me na-
vrait le cœur. Tu vois qu'il s'est bien élargi
aujourd'hui. O mon Àdoratiun bonne 1 puisse
le tien s'cpanouiren lisant ce petit nômbredft
lignes dictées f^ar l'amour , mais par l'amour
enchaîné par la prudence !
Mon Amie , j'écrivais il n'y a pas long-tems
à propos de mon amour : » Orgueilleux philo*»
«sophes ! infortunés ambitieux! passionnés
«< amateurs de sérieuses bagatelles ! hommes ^
M quique vous soyez ! osez melancer anathême;
si vous avez une ame, nommez-moi un bien ^
^ un objet plus digne de ma poursuite , plus
«propre à me conduire au bonheur, qu'un
« être qui pense et qui «ent comme moi ; qui
«• partage les mêmes idées y la même exis«
f tence , les mêmes transports j qui m'enlace
w de ses bras ^ et réchauffe mon coeur contre
«son cœur idgnUes voluptueuses caresses ont
t» clé oulvi w4 tic l'existence d'un autre être sem •
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D £ M 1 & A B K A U. 79
« blable àTuo de nous , qui devait croître soiis
i« nos yeux , sur notre sein , que nous aîmerOM
tide l'amourmême le plus tendre aprës celui
« qui nous unit, dans lequel nous nous verrons
« revivre , et dont la naissance a doublé nos
•« sentimens et nos liens. Montrez*-moi une
« passion plus noble, plus douce, plus juste,
<t et même plus sainte , tu les circonstances ,
" et je vous proinels de lui obéir; mais trouvez
« auparavant des raisons pour combattre à-Ia-
« foislanature, rhonneucet l'amour. . • • •
Voilà , madame Sophie-Gabriel , coniuicnt
)€ r(5pond$ à la laconique déclaration qui finit
ta lettre , ou il y a deux grandes pages de
papier blanc Tu vois que je mets lui
terme à mon amour ; ne t'en fâche pas , je
t'en prie. ' ^ *
G A,B RIHU
A M. L E N O I R.
N
^9 mars t778.
J E reçois de vous une nouvelle grâce , Mon*
sieur j (car n'en est-ce point imeque de m'ob-
tenir justice de ceux qui ont tant de peine à
me la faire?) et je vous en remercie biensîn*
cèrement. Il ne s'est point trouve de linge
dans mes* malles , sans doute parce que c^ut
qui les ont faites en avaient plus besoin que
de livresj mais pour moi qui ne! mets point;
D iv
. ,j .....d by
* £o LETTKËS ORIGINALES
«
de comparaison entre ces deux sortes d'effets^
je. me liouvcrals ^beaucoup plus riche tout
aau.au milieu d'une bibliothèque, que cou-
vert d'or et maître de tous les magasins de
la compagnie des Indts sans ILvres. Us seront
l'unique agrément quitempérera l'amertume
de mon sort. Je n'ai plus ai projets littéraires,
ni coloris , ni esprit. Ce présent de la nature ^
dont on se^ fait une si fausse idée , qui excite
l'envie et n'en dédon^mage point, et semblable
à la fleur brillante produite par le printemps ,
J9eurit avec éclat , se lane et périt dans la
même journée j ce présent de la nalurc, dis-je,
m'a été plus funeste qu'utile ^ et les secousses
de toute espèce , dont je §uis presque ren-
versé, me l'ont tout-à-fait ôté : mais du moins
i} me reste la faculté et le besoin de xu'oc-
cuper, et jamais faculté ne fut plus pré-
cieuse ni besoin plus impérieux que ceux-là ,
dans la situation où je suis«
Il se trourait avec mes malles une petite
caisse qui contenait deux moules de plâtre^
l'un desquels représente ma iriste figure. Toute
agreste que soit cetle effigie, elle ferait un
grand plaisir à celle qui porte dans son cœur
cette image, et aime de sou ami jusqu'à sa
laideur, parce que c'est une partie de lui.
Daignez permettre que je lui fasse passer
cette froide représeptation du plus ardent
des hommes. Ne trôuverex-vous pas bon que
j'y. joigne quatre lignes d'envoi ? Hélas l Tia»»
Digitized by Google
9
DE MIRABEAU^ Si
• rejition des lettres ^ due sans doute à un in-«
fortuné , est Punique soulagement d'un aiul
captif. Jugez quand son amie n'est pas libre ,
et que c'est là son unique consolation l Cette
inappréciable faveur a nourri notre espoir^ et-
.non point.assouvinos désirs* Souffrez que nous
trompions quelquefois l'absence; que nos sou^
pirs franchissent la distance des lieux et l'é-
paisseur de «nos murs* ' '
M. Boucher m'a dit que votre intention
^tait de me faire rendre mes papiers aussi
bien que mes livres; mais j'avais pris la pré.
caution de n'en pas laisser un seul dans mes
malles; Ils sont tous chez M* Brugnière ; et
je voudrais recouvrer du moins ceux qui ne
contiennent que des travaux Uitéraires ou
des ouvrages commencés. Que les autres res**
lent en dépôt chez les personnes qu'il vous
plaira dénommer ; j'y souscris avec joie ^ bien
sûr que vous ne consentirez pas qu'ils tombent
dans des mains capables d'en abuser,
J'alPhonneur cî'élre avec une l e.spectuense
Vcconnaissance ^ Monsieur , votre très-bumble
et très-obéissant serviteur,
Mirabeau fils*
D V
uiy u^ud by Google
9l L£TTE£S ORlQlHi ALES
I - _ . m. - - - ■■ ' 1 mut- ■■_ ■ -
A S O F H I K
O M ON amie si tendre, quel bonheur iuaU
lendu ! quel torrent de volupté coule de mon ,
sein ! jereçoîsta lettre : jela reçois au monu ivt
oîf je fermais celle où je la demandais. Elljs
est douce, elle est tendre^ elle .est aimable
comme toi ; elle me rassure sur la santé de
tout ce qui m'est cher, ou du moins de tout .
ce qui m'est plus cher que le reste du monde:
elle allume mon sang; mais c'est une chaleur
viviQante qu'elle y pQrte. Oui, chaque fois
que Gabriel reconnaît ton caractère , chaque
fois qu'il lit les assurances de ton amour j
chaque fois que le toucher de ton haleine^/
de teç niains, de tes yeux, peut-être aussi
celui de tes lèvres, empreint sur un papier
quejenegarde point, Il clas ! assez long-temps^
maisque je jonche de baisers aussi long^tem»
qijiUl est en mon pouvoir ; chaque fois que tous
ces trésors frappent mes regards, il me semble
que je puise àla source de la vie, que j'arrête
la faulx du temps, que je repoussé au moins
pour quelque temps ces poisons dont Pinfor-
tune voudrait m'abreuver.
Oh non , ma Sophie ! non , tu n'as rien Fait
qui me déplût* J'étais triste lorsque j'écrivis
la lettre qui t'a serré le cqpur, parce que je
çroyais m'apercevoir que tu n'ayai? pas. reçu
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B£MIRAB£AU« 83
]es miennes^parce que je tremblais de n'en pl us
recevoir des tiennes, parce que je sentais la
vie se retirer de mon cœur avec l'espoir. Tu
sais que mon esprit prend toujours la teiute
du sentiment qui m'agite ; juge si mon style
devait être assombri : mais^ mon amour si cher^
aucun mécontentement personnel a (oi n'in-
'fluait sur la noire disposition démon être. Ma
confiance n'a pas été altérée un instant j je
te le jure, . . . O ma Sophie-Gabriel ! c'est un
délicieux bonheur que d'avoir une amie ehar<-^
mante, et de jouir d'autant de sécurité que si
c'était une laide qui ne fût désirée de per-
sonne; et tu m'as fait connaître ce bonheur,
Helasl il en est un plus doux encore j c'e^t
d*étre avec elle; et la privation de celui - là
* flétrit beaucoup les autres. Au reste , quand
je dis sécurité j fanfan , je n'exclus point là
jalousie , mais la méfiance. La méfiance , se* '
Ion moi, déshonore les deux amans. Pour
cette inquiète passion que j'appelle jalousie ^
qui n'est que la crainte d'être aimé moins ^
je soutiens qu'il n'y a qu'un faible amoiirqui
en soit exempt. JSfe crois donc pas que j'en
guéiisse, ni que je m'en défende; mais ne
crains point que je conçoive jamais ces odieux
soupçons qui changent l'amour en fiel , l'em*
polsunnent et fléu Issent ses roses.
T u me parais fort enthousiasmée de ton ca-
taplasme ; à la bonne heure, mon amie ! je
Bi'échauderai même pour tè plaire , quand
Ovj
^ ^ Digitized by Google
84 LJETTRCS OAl^XKALES
rgccasiou s'en présentera « mais le plus tard
que je pQuirdi; car tu ne veux pas cj^ue je^soîs,
malade pour te donner l'honneur de ma gué-
tison j et dans ce moment ^ je me porte bien*
Les saignemens de nez que m'apportent les
approches du printemps 9 ne sont cpie l'excès
d'une sanlé superflue..
Mon amie si bonne ,tu te sers d'un mot fort
impropre : tes joues ne sont point grosses ;
elles sont potelées, et je les défends, sll te
plaît, voire même quandilneteplairàitpas,,
envers et contre tous. Engraisse, engraisse ;
peut-être un jour y meltra-t-on ordre j mais
à présent, ma tendre* amie , prends autant
d'exercice que tu pourras , je te le demande
en grâce, et soigne ta santé : sur-tout, dis-
moi la vérité à cet égard comme à tous les
autres.
O mon amie ! qui sens si bien et qui t'expri-^
mes si tendrement , il y a long-^temps que j^e
saisque tu n'as pas bosoln des distractions or-
dinaires de ton sexe. Une femme incapable de
réflexion peut trouver du soulagement dans>
la petilesse de ses vues , dansl'étourdissemeut
qui lui fait oublier ses peines et user le tempsu
Absolument concentrée dans le tourbillon qui
l'environne , si elle sent quelque trouble in-
térieur, pour y remédier elle augmente au-
tant qu'elle peut l'agitation du tourbillon^
Elle ne voit rien au-delà du présent, étouffe
sa mémoire , et détourne les yeux de l'avenir*.
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''be m.xaabcau* 85
Mais Sophie^ qui pense, qui médite, quisent^
He connaît pas et redoute peu Tennui. Peut-*
6(re, hélas! n'as-tu dans ton cœur que trop
de moyens de t'en guérif. Au fond, je ne
pourrais ni te conseiller ni te souhaiter des
distractions j car ou veut être constamment^
regretté de ce qu'on aime , quand on ne peut
plus faire son bonheur : ce sentiment très déli«'
çat , quoi qu'on en puisse dire , est dans la
nature une grande passion. S'il est un être
humain que son cœur inspire autrement^ qu'il
ne se croie pas plus désintéressé que nous ;
il n'est que moins amoureux. Hélas 1 le goût
du plaisir est bien chassé de notre ame; et il
n'y peut renf riEïT qu'en j alllissant du sein de
l!autre partie de nous-mêmes. Au reste, je ne
ne puis croire que cel amour exclusif nous ap--
pauyrisse. Ceux qui font leur unique œcupa»
tion de ces plaisirs vains que tu persillés,
n'en trourent aucun qui les satisfasse : il suffit
de voir revenir tous ces prétendus voluptueux
de leurs parties, pour deviner que le plaisir
n'est pas pour ceux qui le cherchent hors du
Sj^ntiment ^ et que rien ne le remplace. O ma
Sophie! te rappelles-lu ces jours de rigueur
où tu refusais de couronner mon amour , de
peur de le perdre ? L'amour, me disais^tu, l'a*^
mour , soumis comme tout le reste à l'empire
de la nouveauté, émousséparl'habitude, s'en-
dort sans volupté et périt de langueur au
«ein de la jouissance. J'osai t'assurer que cette
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a
S6 LETTRES OEieiîfALES
opinion tant répétée n'était qu'une erreur ;
c/ue Thabltude augmentait cette délicieuse'
bienveillance appelée amour ; que tous les
faits contraires à ce principe ne prouTaient
rien , si ce n'est qu^on prenait les émotions des
Sens pour de !a tendresse ; que l'habitude ne
tuait l'imagination'que dans les affections pu-
retxieut physiques ; que les qualités de Tame
et de l'esjorit, entretenaient toujours un feu
nouveau dans de beaux yeux « • • T'ai-je trom«
pée , ô mon amie ? Sans ces atli^aits durables ^
on est inutilement belle : jeune sans amant ,
.vieille sans ami , envaia on poursuit le plaisir
avec fureur j il échappe, ou se flétrit plans
la main avide qui le mutile. Mais toutes ces
femmes citées dont on fait des exemples, sont .
précisément celles dont Phistoire ne prouve
rîen. La toilette , les intrigues , les cartes , les
spectacles, voilà le cercle de leur vie. Que
peuvent produire de telles occupations? sa-
vent-elles aimer? savent -elles choisir? De
qui vols-tuoes beautés galanles éprises?
de quel ques fats qui ne s*en occupent que pour
les tromper, ou de quelques novices qu'elles
n'attrappent pas long temps. Faut-il s'éton-
ner qu^elles vivent dans le ridicule et meurent
dans le mépris ? Qui nombre.rait leurs folies^
ne trouverait pas qu'elles méritent une autre
récompense. Mais celle qui , laissant aux
femmes vaines renvlc qu'elles ont d'éblouir,
méprise les fats et dédaigne les sots , con-
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I>£MIKAB£AU« 87
naît un autre art que les manèges de la ca-
quelterie, sait toucher le cœur, diarmer
rèsprit^ s'élever arec douceur ^ briller avec
modestie , embellir sa raison par son imagi-
. nation , modérer son imagination par des prin-
cipes; cette lemme adorable , que je peins si
ressemblante parce qu'elle est là sous mes
^ . yeu^^aura un ami sûr, un amant constant,
et le temps la vengera des injustices du sort
et de la calomnie.
Mon amie! je t'assurequecçtte auguste mai*
son-ci est précist^ment un de ces lieux dont on
vante Pair, faute d'en pouvoir vanter autre
chose. E^tssure-toi donc j Tairy est excelleijt ;
et déplus^ on y prend des précautions très-
recherchées contre les maladies épidémique»:
aucune contcigion malfaisante ne m'enlèvera,
je t^assure»
Quoi 1 4u croyais la iieigé exclusivement à
Pontarlier ? Il me semble que tu dois n'en
avoir jamais tant vu qu'à Amsterdam; mais ^
hélas 1 il est bien vrai,, il est (lop vrai qu«
la situation de Famé change bien les ob-
jets ,
Qh !pour mes beaux jeux , je^ne saurais le
les passer , quoique j'en aie ri comme iin fou.
Cela m'a rappelé Je signalement qu'une belle
dame de ta connaissance donnait de moi à
quelqu'un chargé de me retrouver} au che*
luin qu'ç]ie prenait, elle aurait bien pu man-
quer son but. Je jiie disais à moi-toême : i>
%
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88 L2TT&XS 0&IG1NAL£S
faut que cette dame n'ait jamais lu la fablé
qui nous raconte que l'aigle croqua un jour
de petits hiboux, ne pouvant se figurer que
des monstres si laids fussent les enfans dont
«on cher ami lui avait vanté la beauté. On
ne signale pas bien dans ta famille. Madame
de R. me peignait assez mal , comme tu sais ;
etqnand elle m'eut vu, elle ajouta aux traits de
son tableau raird'un pajsan, dont jen^ai pas
ouï dire que beaucoup d'autres qu'elle se fus-
sent aperçus. Cet te autre faiseuse de portraits
voulait faire de moi un Adonis } et ne pouvant
Tpas trop déguiser la ciselure dont dame na-
ture m'a orné, elle citait de si beaux yeux ^
qu'à les ehercher sur mon visage tels qu'elle
les décrivait, j'aurais fort bien pu ne pas me
reconnaître moi-même, si je n'eusse aidé à la
lettre : maîsPamour-propre, qui est un ingé-
nieux interprète, m'aidait et n'aidait pas ceux
quimecherchaieut. . .Quoiqu'ilensoitdemes
beaux yeux , je te prie de ne pas te moquer
demoienparlantàmoi,ou^si tues de bonne
foi, de te taire pour ton honneur. Au reste,,
j'aimerais bien mieux qu'il fussent bons que
beaux ; et ils deviennent si mauvais, que je
crains de les perdre. Le droit, toujours noyé
d'eau , pour peu qu'il s'applique, ne voit plus
qu'à travers un million de points noirs. Le
gauche est affaibli ; et je compte (ïeroander un
oculiste pour le consulter sérieusement sur
ces: inquiétans symptcmes, Fussé-je aveugle ^
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B £ M I R A B£ Air. 89
je n'en aimerais* ni plus ni moins; mais avec
fout cela , }e ne ressemblerais pas à ramour*
Il faut donc conserver ses yeux.
Mon bon amour 9 demandé du papier; )e
^uis sûr que Ton t'en accordera. Dans ie^ mai*
sonslesplussévèies,ou en donneen le comp-
tant j et assurément Ton ne nous traite pas
avec sévérité. ïu aimes le travail et IVtude :
il faut faire des notes et des extraits, quand
on. veut lire avec fruit. Je ne voudrais pas
que tu négligeasses ton italien, cecbaim^rit
idiome si propre à exprimer Pamour.
Kassure-toi sur ton griffonnage. D'abord, au
tumulte que la vue de ta letUe excite en moi,
tu écrirais comme Coulon ou Rossignol, que
je ne pourrais rien lire : je parcours , je baise, je
savoure, et ne lis pâs ; quand je suis un peut
calmé, je devine yje déchiffre ensuite, et je lis
enfin. 11 n'y a que tes larges lignes qui me
déplaisent. Une de mes pages en tient beau«
coup plus que n'en tiendraient quatre des
tiennes. D'ailleurs, mon écriture est k peuprèlB
aussi illisible quela tienne, vu larapidité avec
laquelle je cours, et l'application avec la-
quelle je serre.
U mon amie ! je le sais, combien il t'a peu
coûté le sacrifice de ces biens de convention sî
însufBsanspourle bonheur. Je sais combien peu
tu la prisais , cette fortune , première cause de
ton malheur , puisque , sans l'appât d'un riche
douaire . • • • Mais ne parlons point de çela : je
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L£TTE£S0&IÔINAL£S
ilirai seulement que tu m'«ls fait de bien plus
grands sacrifices , puisqu'il est trop g^érale-
ment vrai que ton sexe place ji'amour- propre
dans PhypOcilsie. Quand c'est là Thommage
qu'on rend à rhènnêteté, il n'y a plus de res-
source : la corruption a gagné le cœur j Fima-
gt nation et les sens sont le foyer d'où s'élèvent
continuellement les vapeurs fétides qui l'eu-
tretiennent ; et l'on finit par le plus honteux
cynisme et l'eiFronterie la plus cornplète. O
ma Soplile ! voilà oii conduit la galanterie ;
et c'est là cependant ce que l'on pardonne le
plus aisément aux femmes j et 1 amour, l'a-
jmoursi chaste el ni pur^rainourqui élève Tanie
€t asservit l'imagj|}ation et les sens, l'amour
qui.neconnaît de volupté que celle que le sen-
tîraent appelle, est proscrit comme une pas-
tîon tumultueuse et destructive du bonheiin
Laisse, laisse prononcer ces blasphèmes aux
dévotes ffuî ne le sont devenues que par le
maléfice des années ; laisse - les calomnier
l'amour. Les vaines apparences qu'elles appel*
lent sont des complîmens qu'elles adres<^
sent à la veitu : dans leur jeunesse elles l'ont
fait consister à bien cacher leurs intrigues j
elles croient ensuite tout réparer par des mo-
meries, et sur-tout par^une aigre sévérité;
elles te damneront, parce que tu as un amant,
tandis que le reste de ton sexe te traitera de
romanesque ou de folle : car cela revient au
même dai^s le langage commun» Ces êtres
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BEMIEABE AU* 9X
pétris de petitesses et de perfidies, en tout
ce qu^engendre cet intérêt de rivalité qui
est leur première et leur unique passion ^ te
prendront en pitié j mais les ames sensibles et
les esprits éclairés, qui saventquele sentiment \
n'est janoiais lascif^ que la pudeur a sa faus-^
setéet le baiser son innocence ^ tout en plai-
gnant les premiers excès de ta passion ^ te '
Juueiottt, t'estimeront, te respecteront d'avoir
honoré ton choix et justifié ta conduite par
ta persévérance , verseront une larme sur
notre sort , et feront des vœux pour nous.
Pourquoi donc ^ mon amie 9 pourquoi dotic
ta Gabriel-Sophie est -elle délicate? tu es si
saine et si vigoureuse! Hélasl'ell^a crû au
milieu des orages* Ne me cache jamais rieu
sur son compte, je te le demande en grâce j
car si je soupçonnais ta véracité à ce sujet ^
ou sur celui de ta santé ^ je n'aura.is pas ua .
moment de repos. Elle est bientôt assez âgée
pour qu'on la règle. Alors le lait sera plus
élaboré et noieux substantiel, et elle en re-
jettera moins. Au reste, cette avidité et cette
évacuation est conunune à tous les enfans#
J'aurais mille choses à te dire sur ^et impor-
tant sujet car j'en avais fait une étude pro-
fonde , lorsqu'il nje naquit un fils. Mais hélasl
tu n'es pas à mêmed'y veiller, et je sais trop
qu'on n'obtient rien des nourtices. Ce seul
mot de démallLoter » qui me prouve qu'elle
est emmaillotée » lu'apprend assez que l'on ue *
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$i LETTSXS orioikales
suit point avec elle la moindre partie <Pun
système raisonnable. Qu'y faire? patienter et
espérer, La nature sauve, malgré dos sottises ,
tant d'enfans , que nous pouvons croire qu'elle
sera du nombre. • « • Ob! si tu savais tout ce
qui me passe par la tête tout le long du four
pour cet enfant , cet enfant chéri ! j en raf-
folle } je ne pense jamais à toi sans penser à
elle; ce qui^ dans d'autres ternies ^ veut dire
qu'il n'est pas un moment où vous ne soyiez
toutes deiix dans mes yeux et mon imagina*»
tion^ comme vous êtes à jamais dans mon
cœur. Tu rirais trop si tu savais sous combien
de formes je me représente ce charmant en-
fant ^ etj^el portrait je m'en fais ^ en vérité
c'est ta rivale. . . ah 1 tu as pris le moyen d'en
avoir une. £Ile est \k y devant mes yeux, dans
ma tête y dans mon ame. Je m'entretiens avec
moi-même , de son esprit , de sa figure^ de
son inoculation. • • .que sais-je moi ? j'anti-
cipe exi tous les sens sur Pavenu . Mon ima-
gination délirante franchit tous lies espaces >
tous les obstacles; je projette continuellement^
et bâtissant de supposulons eu suppositions y
j'élève l'édifice d'un bonheur , hélas ! non
moins imaginaire que séduisant, et dont il
ne dépend pas même de nous de jeter les
premiers fondemens. O amour i père des
- UJusîons, bâte -toi d'en réaliser quelcjues-
. unes! ■
Tu me fais une question bizarre : Coimntuê
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B£MI]IAB£A¥. 93
Je me iroui^t ici? Je commencerai par te dire
fort sérieusement , qu'on a autant de honiCs
pour moi qu'on peut en avoir , vu les cîr-
constances et la règle de la maison. Quant
au reste, je te répondrai par une pasquinade;
car comment veux-tu que je te réponde au-
trement ? Les prisonniers de Londres chantent
pourse désennuyer! « Alexandre était prisoa*
nier au milieu de l'univers j le roi d'Angle-
terre l'est dans son lie , le sultan dans son
sérail , le moine dans sa cellule , le savant
dans son cabinet y le seigneur dans sa voiture^
le marchand dans sa boutique; tous les
hommes enfin sont prisonniers ^ et la terre
entière est une vaste prison. »» Tu vois qu'il y a
manière d'égayer tous les sujets ; mais j'avoue
que de tous les prisonniers^ nous sommes les
plus prisonniers. Ma tendre et bonne amie ,
tranquillise-toi un peu sur mon sort ; il est et
sera très-tol érable, tant que je recevrai de tes
nouvelles. Tii te demandes trop souvent dans
l'amertume de ton cœur : Hélas I qvHa donc-
fait mon Gabriel four être si malheureux ?
tu ne te comprends pas dans cette question ^
quoique tu sois bien plus innocente que moi*
Mais non, Sophie , il faut tâcher de seper*
suader , malgré les préjugés de l'orgueil et
les pieuses rêveries dont on nous a bercés ,
fju'il importe fort peu à la nature que tel ou
tel individu soit malheureux , souffrant ou
détruit^ poui vu que les espèces se conservent.
DiQitized by
94 LETTRES 01treilfAZ.ES
Nous avons reçu d'elle là vie sans savoir tiî
comment ^ ni pourquoi ; nous la perdrons de
même , et nous ne saurons pas davantage
pourquoi ^cet te carrière est si hérissée de rocs ^
quoique nous ne méritions pas un chemin
aussi raboteux. Je sais bien que cela ne con-
sole pas^ ô ma trop aimabje amie! mais cela
doit arrêter nos inutiles . murmures, La fin
de notre être, de nos passions , de nos ac-
tions nous est à jamais inconnue ) mais je ré-
ponds bien de Temploi du mien tant qu'un
sou jffle l'animera; ce sera de t'adorer.
Mon amie^ il est eer.lain que ta mère a eu
des torts y et de très-grands torts avec nous ;
mais ne te refuse point à son cœur s'il pa*
raissait ser'ouvrin Elle a fait un faux calcul,
et perdu la tête; elle peut la retrouver* Pour
tout ce qui m'est personnel^ je te voudrais
autant de philosophie que j'en ai mol même.
Hélasl le ressentiment ne réparerien* Madame
de R. • • trouve avec raison que je lui ai fait
un grand tort : elle n*a pas le courage de
s'avouera elle - même qu'eite m'y a forcé.
Elle me hait : à la bonne heure 1 cela n'est
pas fort singulier y et jeie lui pardonne du plus
profond de mon cœur , pourvu qu'elle ne
haïsse que moi. Je te prie qu'il soit le moins
possible question de moi entre vous, et que
dans tout ce que tu peux accorder, promettre
et tenir, l'humeur et les tristes souvenirs ne
te rendent point âpre et dii&oile«
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BEMIRABEAU.
Je croîs que tu te vantes, orgueilleuse So-
pliîe, quand tu parles du bonheur de tes rê^
V€3. La nature ne t'a pas donné au même de->
gré toutes les sensibilités , quoîque cepen-*
dant elle ne t'en ait refusé aucune : et biea
que tes sens ne soient pas indignes de ton
cœur, ils sônt bien loin de lui être propor-^
tionnéâ. SaU--tu à quoi j'attribue cette inéga-*
lité qui m'a quelquefois presque attristé?
L'bumeur, ce premier ressort des mouvemens
de l'ame , est si égale ea toi, qu'il faut biea
-que ton sang soît très - modéré. Cependant ,
pourquoi tç$ aâections sont^elles si énergi^
ques? N'est-çe donc pas aussi le cours du
sang qui les produit? Ton cœur est pénétré
de tendresse et dç passion, et tes sensations
sont, sinon froides, ^u moins tièdes • • . La na«
ture ne peut rien ff^ire de complet , chère
Sophie! elle s'est épuisée à former ton ame,
et n'avait plus le même feu quand elle a fait
tes sens. • • • Au reste, c'est presque un bon-r
heur j mais ne te fais pas valoir, et ne pré,
tends , je te prie, qu'à partager noies, sentîmena
et non mes sensation^.
Ma bonne amie , je n'aime plus du tout
la guerre , à moins qu'elle qe me fasse sortir
d'ici. Ceux qui me çanuaissent ne croiront pas
que l'amour m'ait rendu poltron. Oh! non ,
f pas pqltron, mais on ne saurait moins ambi-
• tieux ; çt àraisonner de bonnç-foi et dç sang*
froid , quoi de plus fou au monde que la fu^
96 LETTRES ORIGINALES
reur guerroyai! te ? • • . . O ma fanTan ! que ne
fait-on des hommes , et sur-tput des heureux,
aulieud^en tuer? Tu es bien de mon avis, chère
et pacifique amie^ et tu ne souhaites du mal
qu'aux traîtres et aux persécuteurs. Mais ma
Sophie n'est pas poltronne non. plus ^ quoi-»
. que si douce ; et notre fille sera toute brave.
3e veux qu'elle monte à cheval , qu'elle aille
à la chasse, qu'elle manie nos armes, euhu
qu'elle réunisse aux charmes de son sexe les
avantages du nôtre } mais il ne faut pas que
cela la rende homasse, car cette affectation '
dépare tout. Il faut qu'ainsi que toi , elle soit
homme et paraisse femme. L'ame n'a point
de sexe, mais le corps en a un ; et l'une ne
doit pas empiéter sur les droits de l'autre.
Ma Sophie-Gabriel, si charmante et si bonne^
si courageuse et si douce, j'ai bien sincère-
ment admiré ta fermeté 9 j'adore ta résolu*
tion, et ton mépris pour les préjugés de ton
sexe et même du nôtre; mais aussi , combien
ta charmante ingénuité, tes grâces naïves,
et jusqu'à ces riens délicieux qui seraient ri-
dicules dans nous autres hommes et qui em-
bellissent les femmes, combien ils m'ont rendu
heureux! .... Ah , Sophie! Sophie-Gabriel ! il
n'appartenait qu'à toi de donnera la fois à ton
4mant la maîtresse la plus aimable , l'amie
la plus sûre, la compagne la plus utile. Toi
sçule pouvais réunir la fermeté et le dévoue*
ment d'un homme y aux délicates tendresses
d'une
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D R A B E 4 U. J-J
d'unç femme ; les fruits les plu$ sayoureuic
de l'àmitié ^ aux fleurs les plus suares de I'$t»
mour.
Je dis trop de bien de toi : apparemment
* que j'en pensée trop aus$L ; dajr a$suréi»eiit yt
ne disque ce queje|>eDse. Qaoi qu'Uea SQÎt^
)e ne sais si je dors on si ;e yeiUe-; mais c'eat
UD beau songe : il ser^ long ^ et jetrembleraî»
si je pouvais craindre le réveil j cax rieu 4^
peut remplacer une erreur si chère»
BQmie, Boiane, je yQudxais que tu fisses ra^
serde trcs-boune liturc ta fille: Içs raisons,
seraient trop longues à d«^4uire mai^
une€hos.e très-salvitaîre ^ jet tu^sai^ quejren^
suis pas savant en recc Ues de bo^ne''femmç i
mais 9 ne fût-cp que pour lui faire avoir dct
beaux cheveux , ce serait bien assez. Je saii
bien que les- savans assurent qu'il faut être
chauve pQur avoijr^f^aucQupd'^piÛt } ilsfitf*
testent l'antîqwiléido^t la plupart de^ gran,da
personnages étaient ainsi. Ils chencl^ept aussi
daus l'histoU e jraodf rue , £oit:Qc e^eiippLe^ ^
t#te^ gelées et r<?rt illiislix;» j m^il^ peu m'ipi--'
porte le géjiie de ma fille , pourvu.q^A^elije ^.t
un cgeuLu: ; et jeTaiiAerais iiiieu^^ uii peu f^jtw
jolie et un peu luoUs ^y^pte, iVu reMe^ il. if
a des rai^pn^ de santé plus sérieuse^ que j'ior. .
térêt de iax^Ueyelure, quijread^ivt cçtte pra^^
tique reçunfxnandable.
Oh 1 oui , mon aœie<^ j^eiqprime^iya xmmr- -
naissance de mou uûcu^ à ^/>i^e ,^i.enfaii^ t -
Tome II. %
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■I
9? LETTRESORIGINALES
et je cautionne bien la tienne. Hélas! que
fu88ions*nou8 devenus , s'il n'eût pas été sen-
sible ? Toi qui sais de quelle Qammemon cœur
est fornaé, puisque lu lui donnas la vie,
imagine dâns quel état était ton Gabriel, lors-
qu'il ignorait ta vie ou ta mort, ta délivrance
ou le^ souffrances. • . • Ah ! je rongeais mes
fers y et j'invoquais la mort sans oser me la
donner, de peur d'élever une barrière éter-
nelle entre moi et le bonheur , dont le re-
tour n'était pas encore impossible. . . . Mais
murais-je pu soutenir cet état violent que l'a-
mottr nourrissait , que le temps , l'esprit , l'i-
magination, la vivacité ne faisaient qu'ag-
graver?. •• Que dls-je? la raison même eu
aiguisait la pointe , et c'était mon devoir de
me désespérer.
Tu veux savoir à quoi je travaille ? A beau-
coup de choses : mais en vérité la facilité et
le coloris m'ont presque absolument aban-
donné. J'ai traduit pourtoi les Baisers de Jean
Second , que le bel-esprit Dorât n'a pas très-
bien imités. J'avilis commencé un très-grand
travail pour mon fils, que je comptais laisser
comme un monument de ce que j'eusse voulu
faire pour son instruction si j'avais vécu avec
lui ; mais les matériaux nécessaires me man-
quent absolument, et j'ai été obligé de le lais-
ser. J 'ai mis en dialogues une histoire qui fin-
téresse ; et cette forme , qui m'a permis des
discussions ^ les rcud un manifeste important
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DEVIRABEAV. 99
pour nous* C'est ce que j'ai fait ici de moins
mauvais, parce que le sujet a sou(ei)u
verve* Si la mort t'enlevait ton ami, cet essai
^ prouverait du moins que son cœur fut hon-*
nête, et ses ennemis très-méchans : J'ai cru
devoir eettefustificationàtonamour.Âureste,
il n'y est question de moi que relativement a
toi» J'ai ébauché un essai sur la toit rance ci-
TÎle , d'oîi il pourrait sortir un bon ouvrage ;
il y a des vues et de Ténergie : ce morceau et
uu discours sur un autre sujet ^ forment un
supplément à mon Essai sur le Despotisme ,
fruit trop hâté de la jeunesse , où il y a des
idées et des principes , mais rien de rangé ni
de complet. Je me repens d'avoir mutilé uu
si beau sujet j et si je meurs ici , si je n*ai ni le
temsnilaforce d'écrireen grand , et comve je'
la méditais 9 l'histoire du despotisme, le plus
bel ouvrage qui reste à faire, ou trouvera du
• moins dans mes papiers la preuve que ce
n'est ni par ignorance, ni par pusillanimité^
ihaîs seulement par hâte et négligence , que
je n'ai rien dit du despotisme sacerdotal.
Quant à Tibulle , Catulle et Properce , que je
comptais te traduire , je ne les ai point , et je
tâcherai de me les procurer. La traduction
que tu as lue des deux premiers est de M. de
Pezai , qui a sûrement plus d'esprit et de ta'-
lens que moi, mais qui est beaucoup r. oius
amoureux ; et c'est l'amour qui doit traduire
Tibulle. Quant moment présent^ j'ai eu*
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lOO LETTRES OAIGIMALES
trepris aussi pour toi un très^grand travail,
peut-être au-dessus de mes foi ces; c'est la
traducticm d'Homère, d'après Homm^e 9 mais
plus eocore d'afuiè« ia niagaiâque traduction
que Pope en a l'aile en veià anglais. C'est un
€hef*d'œuvFe oii Homère est iott embelli,
quoi qu'en disent les fanatiques adorateurs de
l'antiquité. Si l'on n'y trouve point d'inconve-
'ftieiis, je te ferai passer son iiiackr , livrç par
livre- Demande aussi si tu peux lec^vglr les
Baisers de Jean Second ; alors fe travaillerais
àTibuUej mais n'oublie pasqalLneikut point
être importun , et que la dlsciétiun fait partie
de ia reconnaissance. Tu t'étonnes que je tra-
vaille à tant de traductions ; mais que veuK-4tt
que je fasse ici , où je n'ai point de naatéiiaux
ni de secours Jitli^iKs? X>'ail)eurs^ cosune
je les destine, l'intention m'en est cbère ;
et cela me soutient* J'ai éfoaucbéaussiuQe tra-
gédie, mais qui p^obabiement si^a fêtée au
feu avant de pouvoir pai ailie au jour : elle
sent un peu trop le viedi homme ; le sufet est
trop tragique , et les pinceaux trop ^œbires.
Si tu te rappelles que j'ai été presque toujours
malade, et huit moisetttiersbrisé^ledouleurs^
t u trouveras que je n'ai pas perdu mon temps.
Je te traduirai le divin Richard?.an , je puis
me le procurer, et tout oeqve M« de ia Place a
eu l ' isolenee de laautiier da^ie Tom-Jones
de Fielding. Ce sont des morceaux charvUians
dont U lui a [du de priter ««slçctettN» -
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DE MIHAB£Arr« JOZ
Je ne sais , madame Sophie , si tu trouverai
qaema/terfée^i mal placée aujoard'hui; maié
je sais bien que cette feuille contient plus
d'écriture que jé n'en trouverai dan» din die
tes lettres. J'espère , j'ose espérer » et c'est
avec une reconnaissance aussi vive que mon
désir, que j'en recevrai encdre , et qu'elles me
donneront de temps à autre des nouvelles
sûres de ma Sopbie-Gabi Ici et de mon pré-^
deux enfant* . . .Ah! si elle était dans tes bras^
tu l'embrasserais souvent pour son pèrej tu
lui dirais de m'aimer, et elfe m'aimerait;
car tu me peindrais bien atmdble à ses yeux ^
et si aimable 9 qu'en me voyant^ la petite créa-
ture dirait sûrement: Quoi! ce nest que
cela ? par ma foi maman est bien bonne K • #
Je t'y attends : va , sois aimée seulement la
inoitxié autant que j'àime ta mère, et nous
verrons si cela ne bouchera pas à teâ yeux
bien des trous de petite vérole, . • . O ma So-
phie ! tu embellis Tame et l'esprit de ton Ga*
briel , et quelquefois même aussi ses traits,
au gré de ton imagination et de ton cœur.
Mon amour ^ et sur-tout le tien, sont le voile
qui cache mes déiaufssans nombre. Jé souris
de ton enthousiasme ; je le prise infiniment ,
comme une preuve irrécusable de tatendresse;
maïs je ne m'en juge pas moins comme je le
dois* Ah ! je suis sûr du moins de ne t'a--
voir jamais induite en eneursur morf propre
compte , de n'avoir déguisé aucun de mes
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10% LETTRES OniOlNALES
défauts 9 aucun de mes sentimens^ aucone
de mes pensées. Tu ne n/accuseras jamais
d'avoir voulu te paraître un auj re que je suis ;
Biais j'espère bien, ô mon Amie bonne! que
tu FiC l'apercevrxispasiilCiiiC de taprévention,
parée que Pamour qui te l'a donnée l'entre-*
tiendra toujours. La véritable base d'une pas-
sion durable ne te manque pas : tu estimes
fe que tu aimes* J'ose croire le mériter : mes
défauts appartiennent à mon esprit ou à mon
humeur ; mes bonnes qualités sont à moA
cœur. C'est ce cœur qui te touche : c'est ma
seni>îbili<é , ma droiture et mon dévouement
qui ont fait ta conquête ; ce sont eux qui
ont achevé mon bonheur. Et ces charmcs-là,
les seuls dignes de toi, durent toujours c*t ne
se flétrissent jamais. Adieu, mon Tout. Adieu,
ma Vie. Adieu , ma Sophie-Gabriel. Hélas l
adieu.
Gabriel.
A M. LENOIR-
I avril 1778.
u N £ des choses que je crains le plus , Mon^
sieur , c'est d'être importun , sur-tout à ceux
dont j'ai reçu des grâces ; car la discrétion
fait, ce me semble, partie de la reconnais*
sance. Vous m'avez accorde des choses si pré-
cieuses , qu'il me paraîtrait presque aussi in«
décent, qull serait en elFçt mal-adroit, d'iu^
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BEMimABEAir* lo3
sistersur (}es demandes moins intéressantes ,
quoiqu'elles le soient beaucoup. De ce nom-
bre est la prière que j'ai osé vous adresser y
pour qu^un masque de plâtre ^ qui n^'est arrivé
avec mes malles, fui remis à madame de
Monnier-, à qui il aurait fait un très-grand
plaisir. Ou m'a dit que ce n'était pas votre
intention , et je cesse d'eu parler j mais j'es-
père que vous permettrez qu'on me laisse
le buste de mon amie. Il est mutilé 9 et mal
ébaucbé; «^importe : Pînlentîon seule m'en
est chère, et je ne crois pas qu'il y ait aucun
inconvénient à ce que j'en jouisse. ^Personne
iru monde , dont on puisse craindre des indis-
crétions 9 ne me voit. Mon porte-clef np saura
point ce que e'est que celniste, et s'en inquié-
tera fort peu t c'est là le seulhumain qui sachr
ce qui meuble mon cachot.
• Je prënds la ltberté de joindre ici une bro-
chure que madame de Monnier m'avait fait
demander par M, Brugnière , et que je n'avais
point aléif^. C'est ime des bagatelles qui me
délassaient à Amsterdam d'un travail plus
sérieux.* "Mtin amie garde oureclierche pré-
cieusement tout ce qui est échappé k ma plu*
me, et ce désir innocent sera à peu près satis-
fait , si vous voulez bien permettre que cette
petite pièce lui parvienne: je crois qu'ellè a
presque tout le reste de ces bagatelles 4 qui
* n'ont d'àlitré prix que celui que leur donne s*
tendresse.' '
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Je yoûs arôue , Mousieui , que j'ai des rai-
pouf désirer que tous mes
pa][>iers soient entre vos mains. M. Brugnierc
ACfîtiq paquéts cachetés de mon chiffre. J es-
l^rè que VOûs permettrez qu'on me livre ceum
qoi n'ont de rapport qu'à mes études.
MoA* plut grand regret danslaproscriptioa
Ûe mon biisfe , c'est de perdre l'occasion d'u»
billet dVnvoi j et uu seul niot^ si vous dai-
gniez lê dire, pourrait m'en consoler ; car ou
peut écrire sans rien envoyer, Je l'attends 51
ye ne dirai pas sans impaliençe.j mais je dir«ti
^ec une grande confiante dans votre houié
naturelle, une profonde gratitude pour vas.
Bienfitits, et une parfaite soumission à vos
volontés que je croirai toujours ou équitable»
€ft douces, ou forcées.
l'homieur d'être avec un dévouement
respectueux, Monsieur ^yptietrè^^-humhk e*
t^ès-obCissant serviteur,
MiRABEACr film
A M. L £ N O I A.
. 5 avril 177^1.
J 'a I les bustes que je de&irais , Monsieur >
et c'est un nouveau remercîmeot qiwa Je v^nff
dois. Le ciseau, le burin, le pinc<^au:^ et la
plume même que guide le génie, ont beau s'tf-
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BXMJlIlBiÀtr; iàé
Ibrcer ; les um nesaureut de Poublî qfue quel*
ques traits ^ et l'autre ne conserve le souvenir
•^ue d*un simple fiom. Le cœur est un dépôt
plusraste *. il réchauffe ]a mémoire des vertus
et la rend un sentiment : il renferme et nourrit '
le^ affectiobs Ira pluè tendres et la reeonnats*
sance des bienlîiits. Tout cela durera-t-ilplus
que lui ? Eu vérité je rignore, et beaucoup
'd'autres Pignorent aussi ; ce que je sais bien ,
c'est qu'aussi long-teuaps q ue le mi m ani-
mera mon être 9 vôtis^seressine^acablement
gravé.
Je finis , Monsieur, en vous suppliant de
vous rappeler que ceux qui aiment vérita^
b]ement) sont d'autaot plus àvides qu'ils ob*
llcnneiU davantage , ce qui ne doit certaine-
ment pn^s donner envie deleur accorder moins;
car c'est précisément la vérité et l'énergie de
la passion qui iatéresseen sa faveur; etPa*-
niour nu , uiais décent , plaît k la pudeur
même.
J'ai l'honneur d'être avec une reconnai»-
sance respectueuse ^ Monsieur , votre très-
humble et très-obéissant serviteur,
MlKABEAU ûls,
Je fermais cette lettre , Monsieur^ lorsque
l'ai reçu celle de mon amie. Les larmes d'une
f 9
reconnaissance bien pure et bien vive se sont
iuelées à celles de l'attendrissement et de la
joie. Je laissé partir ma lettre telle qu'elle
était-, pour vous montrer que je sens chacun
Et
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lo6 LETTRES ORIGINALES
de VOS bienfaits. Mon cœur uage dans le plai-
sir ^ mais ma lettre à mon amie a épuisé mes
foices.^ Elle vous apprendra mieux que je ne
pourrais rexpriroer, le bien que vous m'avea
ialt ^ et la gratitude dont je suis pénétré* • •
Je vous supplie qu'elle lui soit remise. Si ,
malgré toute mon attention, quelque exprésr
slon indiscrète m'était échappée ^ qvi'un trait
de plume la proscrive, sans priver mon amie
du reste Mais n'éprouvé-je pas chaque
jour que votre bonté devine et accorde ce
que je demande en tremblant ?
A M. L E N O I R.
la avril 1778..
J'ai tout le temps ici. Monsieur, desonder
le plus intérieur de mon arae ; et portant mes
regards sur la langue carrière que j^ai four-
nie , quoique assez jeune, je me fais justice à
moi et aux autres r oui , j 'en ai le pouvoir et
le courage.
Une phrase de la dernière lettre de mon
amie , qui* renferme une observation auss»
'profonde que le sentiment qu'elle exprim,e
est tendre, m'a donné beaucoup à penser.
C^esi le père, me dit-elle, qu^on aime dans
^cs ciifuns.» t • Oui , plus je m'examine, et
plus }e m'en convaincs: on aiïne dans son
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K.JflL I R A B E A V* IC7
epfant l'être qul,ljLiL,donDa le jour , et Vaïïec^
tîon parliculièreà l'enfant est proportionnée»
àcesentiment primitif : j'en pourrais donner
mille raisons. Ce penchant inupérieuiL est natu-
rel , et n'est point injuste ; mais au-delà d'un
certain point, il le deviendrait. £n méditant
sqr les limites qu'on doit lui donner ^ pour,
qu'il n'en résulte pas des préférences dénatu-*
ïées , je me suis sévèrement interrogé* J'ai
deux cufans : l'un doit le jour à une mère que
J'oublie pour ion propre intérêt, et qui n'a
aucuns droits à réclamer sur moi. L'autre est
née dans les flancs d'une femme que j'idolâtre,
qui m'enchaîne par tous les liens de la ten-
dresse^ de l'estime et delà recouaaissauce. Il
est bien difficile, il est impossible même que
je n'aime pas mafiUe plus que mon £Is. Cepen*
danf ce fils n*a et ne peut avoir aucuns tort»
envers moi : je le crois vraiment mien ; je dois
le chérii', et je le chcris. Mais chaque jour ,
chaque instant offre ma fille à mon imagina^
tibn } et je suis forcé de m'avou^r à moi-même
que le souveuh de mon flis m'obsède beaucoup
moins. A près tout, puisqu'on ne daigne pas
m'en donner des nouvelles , je suis heureux
que mon'înquiétude àson sujet soit modérée»
J'ai sacrifié jusqu'ici le désir de m'iuformer
de lui il une répugnance trop juste. Ce n'est
pas ce qà'il y a de moins cruel dans ma posi-
tion , que d'être obligé de demander quelque
chose à une femme que je méprise , que je
Evi
Digili^ua Ljy GoOgl
fcB X ET TU ES OKïbifNAÎES
haïrais 9 $i je savais haïr ; qûi ^ me devant
fo-it j est un de mes ennemis ïeà plusachar-
ifA, et dont k perfidie dupKeité (je nVxa-
gère rien^ Monsieur,) m'a plus fait de mal que
les manœuvres de tous mes autres persécu-
tent*^ rëunis. é * N'importe i il rte faut pas sa-
crifier Tamour paternel, ou du moins sasoi*
lîcitude , à une répugnance, quelque foiidte
^'elle puisse être. Cette femme n'est plus
mon épouse ; mais sou fils est mon fils : ainsi
je romps le silence , quoi qu'il m'en puisse
«Coûter.
Je crois la lettre que je lui adresse , sage
et model ée , et je vous supplie de la lui faire
{)asser. Je suis bien sûr de ne produire aucun
effet sur une ame gangrenée et familiarisée
av ec les remords. Ce serait le plus grand dé
tous les efforts sur moi-même que de le dési-
rer , et je ne me flatte pas dpi être capable j
mais je ne serai point mis à une telle épreuve.
Tout ce que je veux , ce sont des nouvelies de
mon fils ) et j'imagine que madaine de iVlli a;
beau n'osera point m'en refuser , quand elle
réfléchira qu'elle n'est pas la seule dont ma
lettre aura été vue. Au reste, mon parti es,t
pris: si elle ne répond point, je m'adresserai
au Roi f que je veux croire le père de toup les
Franc^ils. Je lui demanderai si rhonnêteté de
son cœur lui permet 4e sA^iff^îr àei telles rii-
gueurs, que sa délicatesse i'empéche san?
doute de jpiésumeiii Je lui montrerai quels
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élres prostituent sa ^ignâtuté pour opprimer
un malheureux jeunehomme qui n'a puuimé-
rîtef, ni détnérîter deluî , et qu\ bfule de le ser-
vir; je lui dévoilerai les odieux succès que les
plus viles passîonsrecueillent àroiiîbiede scm
aoïtï. Soustrairic-t-dn ce que j^osetai lui adtes*
ser? Je ne soupçonne point une telle pré varica-
tion^qiâ reiait un in eu formel qu'oncraint que
la vérité ne perre ; car enfin je ne crots pas être
en démence^ et tout sujet ^ puisque sujet est, a
droit de s'adresser à son maître. Me taxera-t-
on d'imposture? Cette calomnie serait d'au-
tant plus atroce, que loi n de me réfuter, on ne
ma pas même écouté» Q^oi qu'il en soit ^ m
cette voie m'est fermée, .comme me le^nt
toutes celles qui ne dépendent pasluamédiate- ,
ment de vous, sans doute je n'aurai plus rien
à dire; car un hommeà qui l'on met un bâillon
est aussi muet que celui qui n'aurait point de
langue^ et je ne connais pas de remède con^
tre l'imposôibililé ; mais avant d'y croire , je
dois et je veu« iFaire toutes les épreuves-
Pourvous, Monsieujr, dont je recherche
l'estime , parce que je révère votre bonté,
pmrce que j'ai la plus haute opinion de la sen^
sibilité de yotre ame, daignez lire la lettre
courte 9 mais substantielle , que j'écris à ma-
djame de lyUrabea^.- Il vous sera aisé de devi:*
41er une partie des choses que je ne lui dis pas ;
et si vous voulez connaître à fond ma conduite
à son égal d, et nos procédés réciproques, je
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IIO LETTRES ORIGINALES
duaneraia vous, niaisà vous seul, des éclaircîs-
semeps qui vous apprendront dequel complut
je suis la victime^ et par quelles machinal ions.
. on a opéré ma ruine»
J'ai l'honneur d'être avec un dévouement
respectueux, Monsieur, votre très-humble
et très-obéissant serviteur^
Mirabeau fils.
Permettez que je vous rappelle mes papiers
qui sont entre les mains de M. Brugnière.
▲MADAME
LA COMTESSE DE MIRABEAU,
9
^ ' ii Aix.
x3 avril 1778»
Je prends la plume pour vous adresser^
Madame^ un petit nombre d^observat ions que ^
je vais TOUS offrir avec autant de modération
que de simplicité. ^
Je ne sais si vous avez réfléchi un peu prop
fondément sur voire conduite .envers moi j
je ne sais si vous en avez envisage les suites^
sinon certaines , sinon probables ^ du moins
possibles^ sur-tout "si je suis tel qu'on s'est
efforcé le persuader : je ne sais si , en rert^
Irant dans vous-même , en vous interrogeant
de bonne foi dansle silence des ^^asûiuns et deîà. .
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i)£ MIRABEAU. XII
préventions 9 en écartant les illusions de l'es-
prit, peut-être aussi celles de la conscience ;
en mettant à part les opinions contractées par
habitude , ou adoptées paj: commodité } je
ne sais, dls-je , si vous vous croyez asse^ de
vertus pour me trouver dés crimes. Mais quoi
qu'il en puisse être , je vous ferai une seule
question qui ^ dans toutes les suppositions , me
parait n'être susceptible que d'une réponse.
Si quelqu'une de vos amies avait des rela-
tions de parenté avecunbomme soustrait au
commerce des humains,. condamné à la pri-
vation la plus entière de toute correspon-
dance , et dont le fils'fùt auprès d'elle , saus
qu'aucun autre en pût donner des nouvelles
à ce malheureux p^re ; que conseilleriez-vôus
à votre amie ? Ne lui diriez-vous pas qu'elle
doit, je ne dis point à la parenté , je cils à
la simple humanité d'adoucir au moins à cet
égard le sort de l'infortuné captif, et démo-
dérerl'une de ses plus vives inquiétudes? Mais
si cet homme avait partagé pendant deux ans
le lit de votre amie, si son fils était né dans
ses flancs i si elle portait son nom , si le lien
le plus sacré qui puisse unir deux cires peja«
sans les avait attachés l'un à Pâutre, croyez
vous qu'il eût moins d^ droits sur elle?. ...
Cette femme est vous , Madaïue j cet homnxe
est moi : et je vous laisse le soin de répondre
à ma question , qui ne serait pas dlËicile à ré-
soudre, pas même chez les Irot^uoio et les
Carabes.
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11% LETTRES ORIGINALES
Vous m'avez écrit dans un bulletin ^ daté
du yingt-neuf septembre mil sept ceat soit
xanle et dix sept, que Af. le comte de Mi-
rabeau serait emictement informé des prn^
grès que ferait sou JiU. Si vous u^avez pas
entendu par ce iwol po^v^les (rois périodes
delà vie bumaine ) l'enBince, l'adolescence
et la virilité, il me semble , Madame, qu'a-
près sept mois de silence, il serait presque
temps de m'appreudre si mon enfant existe.
Vous ne devez pas me trouver importun, «et
je le serais moins encore > si je pouvais mV
dresser à un autre y mais , Madame , cela mVot
a-bsolument irjtcidit. SI vous avez beaucoup
de répugnance a prendre la plume pour m'é-
crire quelques lignes, ne poiu riez-vous pas
dicter un bulletin pareil à celui dci 2.9 sep-
tembre ? cela vous coûterait peu de peine et
" peu de temps. Votre fils est mon fils, Ma-
dame. Il est possible qu'il ne connaisse fa-
mais son père \ mais n'en devez-vous pas à
celui-ci quelque compte ? J'espère que vous
n'alléguerez point, cet te fois, des ordres de
M« de Marignane. Je counais la bonté de
ion cœur et ses procédés , quand il nVcoute
^ue lui. DViUeurs , i]^ a trop de lumières pour
ne pas savoir que cette défense , aussi bien que
toute autre relative à moi, excède sès droits.
Madame, je ne veux de pitié de personne,
et je serais fort content d'obtenir justiee de
ceux-là même qui me doirent infiniment plus $
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' DE MIRABEAU* Il3
maïs Je dls^ sans exagération et sans huméur^
qn'i) y d de l'fnhumanitéà me refuser des liou-
Veiles de mon fils.
J'ai rhonneiu d'être, Madame^ votre irès-
humble et très-obéissant serviteur,
Mirabeau fils* '
\
9
A M. L E N 0 I.R.
î msû 1778.
J* A ï î'hotiftéut' de vôûé adressé*, Monsfeur,
des lettres que je n'envôie point sans quelque
craînté. Dépourvu de conseil , aiguillonné par
l^kiûôiir éi naturel éf si pressant de la liberté 9
que l'habitude de Pesdavage ne saurait affai-
blir dans un cœur honnélc , pressé par des
seAtlmens plus énergiques encore, s^îl est pos*
slblej obsédé des idées sinistres que Ja cou*
lifâis^ance parfaite des projets , des craintes et
. des désirs de mes ennemis me présente ea
foule, je hasarde peut-être trop} mais que
péut-il m'arriver de pis que ma situation pré^ •
sente? Si Ton vtut m'opprimer tout-à-fait ^
puis-j'e éviter mon soi t? et n'es(-ilpasdéjacon-
somtné? Malgré de nombreuses expériences ^
je ne saurais encore imaginer qu'on puisse
faite le toal sans iôiérét , et en voyant qu'on
fàU ma). Je n'ai jamais offensé M. de
Màurepas, Je n'ai pas plus le pouvoir que la
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9
TI4 LETTRES ORIGINALES
Tolonfé de lui nuire. Il ne peut donc avoir
aucune animosité .personnelle contre moi.
Pourquoi me refuserait-il toute justice? J'ai
de quoi dessiller \e% yeux les plus prévenus ^
pourvu que leur prévention soit de bouue foi.
Jusqu'ici je n'ai touché qu'indirectement la
partie la plus esseniieiie de ma défense. £a
vain je sentais la nécessité de dévoiler lesin-
trigues et les vues de ceux qui Vacliarnent
contre moi , et sur- tout de montrer les res-
sorts qui les font mouvoir; je reculais* tou-*
jours j j'aurais voulu éviter^ sll eût étépos*
slble, de .rendre impraticable une recpnci-
liation au moins apparente ; mais je suis en^.
£n convaincu de ce que jVi toujours fortement
soupçonné. On ne veut met tre d'autre terme à
ma prison que celui de^a vie ; efr^cela^ de,
peur de mes vengeances, autant çfue parla;
haine* envenimée que l'on me porte. Les pré-
cautions odieuses et ridicules que mon père a
prises pour soustraire mes papiers, ou du
moins pour empêcher que ceux qu'il n'a pu
enlever tombassent .entre mes mains, prou-
veraient assez à quiconque voudrait réfléchir
sérieusement sur sa conduite , qu'il m'attaque
par des impostures dont j'ai la démonstration,
* ou qu'il craint pour lui et ses protégées, des
récriminations capables de changer la face
de mes affalies. Ces deux choses sont é^a^
lement vraies; mais je. connaissais trop bien
les intentions de mon père , et ce dont lut
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DE M I R A B E A ¥• 1x5
et ses conseillers étaient capables , pour por-
ter avec moi des papiers importans dans le
leinpsqiic je mcsàvals suivi d'un inspecteur
de police, et exposé à être enlevé chaque jour.
Il est temps de lever le masque, et, puisque
l'on m'attaque à outrance, de me défendre
de même* La défense de soi - même est de
premier devoir, et j'avoue que l'orgueil de
mes ennemis m'irrite autant que leur impla**
cable dureté m'indigne. J'use doue, Mon-
sieur , de la seule ressource qui me resCe 3
et je contrains M. deMaurepasàm'entendre,
ou a convenir lacilenient que j'ai, raison ,
mais qu^ii ne veut pas que j'aie raison ; .car
cet aveu , ou le refus de recevoir les expll-
cations que f offre ^ sont absolument syno-
nymes*
Voici, Monsieur, quel est mon vrai dessein ;
car j'ai peu d'espérance qu'on laisse tomber
ma lettre dans les mains du monarque. La
^vérité est trop agreste pour parvenir jusqu'au
pied du trône. 11 faut tout au moins lui don**»
• ner le costume de cour, c'est-à-dire, l'habil-
ler en masque , pour ne pas dire plus. Si cepen*
dant, contre mon attente, cette lettre oii il
y a beaucoup plus de courage et de piubilé
que d'esprit , étoit lue du Roi; si elle donnait
l'éveil àsa justice et àsa pitié j s'il m'accordait
'Ce que je demande, ce que je désire du phi$
profond de mon cœur , à savoir , que vous
soj^ ez aulgri$éàrapporter et juger définitive-
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Il6 LETTRES ORIGINALES
ment mon afiaire ^ daî gnêz tie pàs tous re-
fuser à mes vœux :que j'aie, du moins une
fois en ma vie^ un juge tout à la fois intègre
et sensible* Je dois ajouter ici ^ Monsieur ^ que
si, par des raisons personnelles a vous que j e ne
saurais deviner, mais auxcjuelles je déférerais
aveuglément, vous désapprouviez les lettres
que j'ai l'honneur de vous envoyer , vous en
êtes le maître absolu. Ce serait un bien petit
sacrifice fait à la reconnaissance que je voni
dois , que celui de ndon opinion.
' Je ne saurais pentfer à cette reconnaissance,
Monsieur, sans l'espoir et le désir de vous en
clevoii: bientôt davantage. Pardonnez si j'osê
demander. La connaissance de votre bontë
m'y encaurage; et il y a bien long-tems
que je n^ai eu de nouvelles de ce que j'ai de
plus cher àu monde.
j'ai Phoniieur d*être avec un dévouement
respectueux , Monsieur , votre très - humble
et très- obéissant serviteur,
Mirabeau fila. >
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9SMI&ABI^A9* .117
A M. A M_E LOT,
UIKIST&E ET SEC&ÉT AIRE O'ÉTAT.
X mai 1778.
Je crois vous devoir communication delji
lettre que je prends la liberté d'adresser au
B.02 ^ en la faisant passer par les mains d^
monsieur le comte deMauiepas, et de celle
que j'écris à ce ministre. Forcé de le regar<
der comme le protecteur de mes ennemis^
je le respecte trop du moins pour craindre
qu'il étouffe ipes réclamations dans la vue
d'obliger sou ami^ et j'ai cru que dans la triste
nécessité de me plaindre de lui, je devais
déppser exitreses mains mes représentations^
afin qu'il pût mé&ire/ustice de son propre
mouvewriiti s'il le jugeait à propos.
C est à votre département que je devrais res-
sort ir uniquement , Monsieur; mais , par des
circomtanceddoubleoieot malheureuses pour
moi, il est trop vrai que ju Ucciiioa de mon
sort ne dépend pas autaiit de vous que je le
dâsirerais^persu»déjCQmmi.'jelesuis de votre
éq^âté^quinevouspejmettiail sûrement ppint
de me jugejr sans m^enteindre. Ma défense est
longue et compliquée ^ par la multipUci^ des
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1x8 LETTRES ORIGINALES
îiicidens et des prétextes dont on a eiubar--
rassé mcnaflTaire , et je ne puis en entreprendre
la discu^;)Ion dans une lettre. Mais si vous
daignez lire celles dont j'ai l'honneur de vous
envoyer les eopies , vous sentirez aisément
que je suis ou un imposteur bien elFronté, ou .
un infortuné très-cruellement opprimé. C'est
la décision équitable et régulii re de ce point
si iui|)ortant pour moi , que je désire unique-
ment; je l'ai demandée mille fois, mais en vain:
laon-seuieuienton n'a point voulum'admettie
à répondre aux accusations dont on me charge^
mais elles ne m'ont pas même été communi«>
quées. J'ai répété sans cesse qu'on me calom-
niait dans des vues intéressées et perfides :
j'ai oÛert et j'offre de Je prouver. J'ajoute que,
jfe ne suis certainement point irréprochable:
eh ! quel mortel peut se vanter de l'être ? mais
que mes fautes sont exagérées; que la plupart
des imputations de mes ennemis sont con-
traires à la vérité ; que leur animosité est
fondée sur des craintes qu'ils n'oseraient
avouer; que toutes les raisons qu'ils allè-
guent y au défaut des véritables , pour mo-^
tiver leur acharnement, sont des prétextes
Tains ; et qu'enfin la peine que je subis est
infiniment disproportionnée à mes torts. Tou- •
tes ces représentations ont été vaines. Je re-
cours à la justice de mon maître ; c'est mon
unique ressource : puisse-t elle ne m'étre pas
dérobée !
■
V
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B E M I R A B E A U. 119
Si VOUS croyez. Monsieur , comme je n^en
doute point, qu'il soit contre toute justice
qu'un ciiOyen , quelque criminel qu'on le sup-
pose, soit condamné sur cette supposidoD sans
' être entendu, daignez intercéder pour moi j
obtenez que je sois confronté k mes accusa-
teurs, et instruit de toutes leurs imputations.
C'est Punique grâce que je sollicite j et je
suis bien malheureux d'être obligé d'appeler
grâce ^ ce qui n'est que le droit de tous les
hommes.
Je suis avec un profond respect ,
Monsieur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur ^
Mirabeau fils.
AU ROI.
Si RE,
Je suis Français , jeune et malheureux :
' ce sont autant de titres jjour iatcicsser Votre
Majesté. Je porte un nom connu. Vos ancê^
très accueillirent , il y a près de cinq siècles,
ma famille, que la fureur des faction gavait
chassée d'Italie. Depuis ces temps reculés ^
mes pères ont obtenu des grâces que leurs
services seuls ont sollicitées* Leur sang coule
dan^ mes veines ^ et je suis pénétré des sen-
timens qui les animèrent. Mais , par un en-
Digili^ua L/y Google
Za9 LETTKfiS O&IGIlîALES
çhaîn^mea}: d'injustices ^ je me ti ouve en*
£ermé dans une étroite prison , où je con-r
ftume inuillemeot le prîntemjis de vî« t
ft où j^U finirai s^ios doute, si je ne par-
tWos à me faire entendre de Votre Mafesté»
Sire 9 ce n'est pa^ seuleÂneiit U bonté dt
yutre cœur paUiuel que je prétends iatc^
vessier ; je défère k votre équité un d^éni de
jiistice que Votre MajeMA^ ignore » et que s»
délicatesse ne lui permet pas de présumer.
Mon père poussé par des conseillers vîo»
lens 9 tro^npé par deux peri^jutte^ <?gaieuat^nt
intéressées et perfides est l'aveugle instru-
ment d'une cabiile domestique acharnée fi
ma perte. Ami particulier du ministre qui
a la plus grande part dans votre confiance j
il a fait intervenir le nom sacré de mon
Roi dans une aflPaire qui n'a aucun rapport
personnel à Votre Ma^est^, m même à Pordre
public. IVl. le comte de Maurcpas^ qui ne me
connaît point , a cru mon père incapable de
Xtompex 9 et s^os doute sums de se tromper.
J'ai jété frappé 5ucceasivtwe.n4; depuis cia^
.Ma de sept lettres de cachet , presque toiip
jow:^ aciciqmpiigaées d'iia ordre qui m'Ânit^r-i-
dit toute corr^poudaiice. Exifiu 9 m'a
plongé dans la prison d'JBUat la plus secrète
et la plus sévère > et j'jr laogois depuis quz§
jcnois. J'ai voulu prendre mon ]>ère pour
juge dans s^ pjopre cau^ç ; il n'a pas daigné
m!eat^ndi e^ ou dujaioiasme réjjoudre. J'ai
^ fidt
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i. i
fait demander au ministre d'être confronté
à mon accusateur y et ma demande a été
inutile* J'ai prié qu'on mît sous mes yeux
tous les griefs dont je sitis chargé: vaines
supj^llcations! il faut que je m'accuse moi-^
^léme^et que je devine tout ce qu'on m'im-^
pute. Tout m aiuioiîce une proscription ab^
soluc : ma mort civile est prononcée , san$.
qu*oû daigne m'admettre k me fustifier. Il
me reste qu'un seul espoir , Sire ^ c'eat
de mettre aux pieds de Votre Majesté mes
tjrèç-humbles réclamations, '
. . O^i .ffi^ïCseutexa aaos doute ^ Votre Ma^
jest<^, <ïiie je suis un sjijet indigne de. ses
grâces } j(uais je ne le suis pas du moins de
sa justice: car c'est la dette des bons rois,
tels que vous , Sire ; et Ton ne peut sans
uye énorpie iaj ustice. condamner un hooun*
Sï^ns l'entendre. Jusqu'ici l'on n'a écouté que
«oi^. ennemis :, est-ce, un moyen bien sûr/
pour savQir ce que je mérite ou ne mérite
P^»? '.. .
. On dira pçut-être à Votre Majesté que j'ai
écrit , dès ma prcmièfie j^unesçe., 4w «hosp»
Wdiessur le gauvernement qui a méeéçléi
ipjf règne. j,,ijiais on n'^jout^ra pai , .Sire ,
que je .n'ai; p^rlp. de i votre a4ipit,iMiatiott
qu'avec le respect qui lui est dû ; qué je
aie,,me çuis. élevé qye contre é$8 ttiaanmeA
dont yotije,fiqn4uite.es<i.la. criliqu* pi*»
sévère. On ne you« âira pas sur tout quK
Tome II, j'. .
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122 LETTRES ORIGINALES
les sujets les plus courageux sont toujours
les plus essentiellement soumis.
On apprendra à Votre Majesté ^ vague*
ment H sans détails , que j'ai enlevé une
femme qualiiiée^ et que j'ai fui avec elle dans
Je pays étranger. L'accusation d'enlèvement
est une calomnie , Sire. Cette dame est venue
me trouver: je n'étais pas même en France^
lorsqu'elle en ést sortie ; je n'ai pu ni dû lui
' refuser mes secours dans les malheurs que je
îuî avais attirés par une passion trop ardente.
D'ailleurs 9 ce n'est point là la cause de ma
m
défentix)n*' J'étais constitué prisonnier pl'us^
de deux ans avant cet événement j et Paf-
faire , qui m'avait conduit dans un fort,
était telle , que tout homme d honneur à ma
place s'y serait exposé comme moi. On la
fraresf ira peut-être aux yeux de Vof re'Ma-
jesté j mais j^ai toute une province pour té-
. jïiour de ce que j'avance y et les jv^^'cns dé
mii partie seront les premiers à më défendre*
Quant à ma sortie du royaume, je n'ai fait
que suivre le conseil du ministre au dépar-
tement duquel je ressortissais alors. Ce fut
un piège que. mes ennemis tendirent à sa
l^onté. JWîiis trop d'avantages sur eux eâ
te momei;lt ^ et ils voulurent m'jéloigner* -
On alU guera des dettes que j'ai laites très*»
. inconsidérément il y a plusieurs années }
isaaii^^Aiii n'c;?^|)liquera ppiut à Yptre Majesté
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quelles circonstances m'y entiaîuticiit , et'
comment j'ai expié cette erreur»
Que n'ajoutera-t-oa point encore | $i vous
ne daignez pas ordonner , Sire , qu'il itie
sait libre de répondre , d'éelaircir les fawts ^
de réduire les exagérations , de détruire les
impostures ? Ou peut tout oser contre un mal-
heureux contraint au silence. Il est sans douté
m
des traits répréhensibles dans ma jeunesse ;
mais on se garde bien de dire ceux qui me
soat honorables } on ne fait aucune mention
des circonstances qui diminuent mes fautes ^
en excusant les unes et justifiant les autres*
On punit des erreurs comme des crimes ^
parce que mon crime est d'exister , parce
qu'on veut ma perte. S'il fallait être irrépro-
i^iable pour conserver sa liberté ^ il est trop
vrai , Sire ^ que tous vos sujets seraient pri*
sonniers.
• Mais peut-être, sans entrer dans tous ces^
détails^ se contentera^-t^on' de dire à* Votre
Majesté que ma famille craiqt le déshonneur
que mon inconduite peut faire rejaillir jusque
sur elle j et que ses larmes vous demandent ^
Sire , de me soustraire à la sévérité de vos
tribunaux. Celui qui vous parlera ainsi , vous
dira ce qu'il croit : car il ne connaît pas. l&s
vues de ceux qui prostituent votre signature
pour opprimer un malheureux jeune homme
qui n'a pu ni nsériter ni démériter de Votj e
Majesté , et qui brûle de la servir. Il ne sait
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Ï24 LET.TRKS OEICIN ALES
pas quels odieux succès les plus viles pas-
sions recueillent à l'ombre de son crédit. Mai»
pourquoi ne le sait-il point ? o!stfy .}^ Xe ré-
pète , parce qu'il, neveut jrt|-»'entendre,
Cejeudant , s'il est vi alm^Oonvaitacu de
Mies torts, pourquoi ne m'^ute-±-il pas ?
H i^MjuiUexait les dévoies dç' la justice, sans
• crainte d'étie forcé de désobliger son ami.
J'ose suppUer Voîkre Majesté de foire une
Kéflexionbien simple, et dont les conséquen-
ces sont tr^s-étendues. Quiconque ne craint
pas la lu|»ière , se mooitre au grand jour v
ipon pèie ne s'opposerait pas à ce que j'em-
ployasse tous les moyens d'une légitime dé-
fense, il n enlèverait pas mes papiers, et ne
me ferait point refuser ceux qu'il n'a pu en-
lever , il ne déroberait point la;Connai8sance
de mon sort à toutes les personnes intéres-
sées par le sang ou par l'amitié à me sauver
de ses vengeances , s'il n'était emUarrassé de
prouver ce qu'il avance , s'il ne craignait ce
que je puis lui répondre , si la vérité ne lui
était redoutable. Le .motif de toutes les pré-
cautions qu'il prend , ne saurait être de me
sauver de la sévéïité des magistïats. L'ordre
de Votre Majesté, qui me constitue prison-
mer, suffirait à ce but, sans y ajouter tant
d'injustices et de rigueur, pour ne pas dire
davantage.
Mon père emploie sop crédit çour me
soustraire à la société, mai». non pas pour
«
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]>£ MIRABEAU» 125
me sauver un atrêt. Il ne redoute donc point
cet arrêt qufil a laissé proriancer ? J'ai été
eondamné pa¥ contumace , au même moment
où l'on m'a arrêté en Hollande sur la ré-
clamation de Votre Majei^té ; ainsi l'on m'a
frappé de tous les coups à la fois , en me
garottant de manière yueje n*en pusse parer
aucun. Je ne sais qu'est deirenu depuis ce
foneste procès , puisque j'igiK)re tout ce qui
sè'passeltors de l'enceinte de dix pieds quarrés
gui est mou univars* JMais , quoi qu'il en
puisse être, je supplie Votre Majesté décon-
sidérer qu'il est entièrement injuste de me
décider coupable d'aprè$ un jugement par
contumace , et sur la simple a.sscvtlou de
mon père ^ et de me punir plits sévèrement
quelle pommaient jamais faire les magistrats
dépositaires de votre autorité pour juger vos
sujets , puisque leur arrêt le plus rigoureux
ne m'ôterait qu'une fois la vie , au lieu que
)e soufire une mort lente ^ qui durera ^ aussi
long-temps que peut le désirer la haine de
^ncs ennemis.
• Ce n'est pas4out , Siret mort sort, ^éja si'
cruel par la privation absolue de toute, li**
berté et la nature de ma prison , est encore
aggravé grâce au .ressentiment implacable
de mon ptTe. J'ai perdu ma protectrice na-
turelle , car ma mère gémit aussi sous, les
liens d'une lettre de cachet : mais eniia
clic vit , au moins je l'espère; mais je n'e^a
F» • «
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V
1^6 LETTJIES ORIGINALES
puis avoir la certitude. CVst un cvinie qucr
de lui écrire ; c'est un crime que de l'aimer ;
oui 9 Sire , et l'un de mes plus grands crimes*
, J'ai un fils, et tout moyen de savoir Je
ses nouvelles m'est interdit. £n vain je de*
uiande, baigné de larmes amères, si cet cn-»^
fant existe ; on veut que les plus dévorantes
inquiétudes achèvent mon supplice* . .
Apres un clxagrln de cette nature , je ne
parlerai point de ceux qui lui sont infini-
nient inférieurs^ Telle est la pénurie absolue
où l'on me laisse j tandis qu'on dispose arbi-
trairement de mon bien ^ sans travailler à
l'arrangement de mes dettes , afin d'avoir
toujours ce prétexte à alléguer contre moi.
On exagérera excessivement ces dettes ; on
dira à Votre Majesté que tous mes revenus
sont saisis y que ma subsistance est à la
charge de mon père^ qu'il se dérange pour
payer ma pension alimentaire. Sire, ce sont
autant de faussetés que je puis facilement
démontrer. Mon père jouit de cent mille
livres de rente: jamais je ne me suis lessenli
de son opulence ; mais je n'ai nul besoin de
ses secours. Le paiement des intérêts <le mes
dettes n'abaoïberait pas le tiers de mon uio-
dîque revenu.
Je ne prendrai pas la liberté de mettre
sousles yeux de Votre Majesté tous ces détaUs
longs et fastidieux. Je. ne tenterai point de
>v£\V<^r dans celle lettre le tableau deavcivA'
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D£ MIRABEAU* I27
lions (le toute espèce que j'âi éprouvées ^ et
des tramés ôurdié's contre mou Je me horM
4 vous supplier ) Sire, de rendre la conuals-»
sance de mon affaire à meâ j^^g^s naturels^
si le procès criminel intenté contre moi est
la vraie cause de ma détention. S'il aVn est
que le prétexte , daignez ordminer que motl
père explique , sans ambiguité , pourquoi il
s'acharne à ma perte , et que les lois pro^
noncent entre lui et moi qui jsommes tous
deux citoyens. Les magistrats , dépositaires
et organes de ces lois y ont le temps d'exa-»
mjfier j c'çst leur ciiarge et leur devoir* Ils
soiit iacoiisciencede Votre IVliijesté y si j'ose
parler ainsi ^ et ne pearent para1?tre redou*^
tables qu'aux criminels et aux calomniateurs*
Vos minîstrés, au contraire^ surchargés d*a^
foires importantes 9 i^egardent les discussions
pa.rticulièïés comime aussi frivoles qu'elles
sont ennuyeuses^ Quelles, que soinrt tevité
iu^ntion^^ Us sont exposés à toute^ sorte de
surprises', parce qu'ils ne peuvent entrer
dans les détails qui seuls caractérisent loi
faits et constituent la vérité. Lire les mé-
moires d'un homme dont on n'esta point obiigé
d'écouter les raisons , puisqu'on ne le . voit
pas , tandis que des geçs accrédités et pré-
sens l'accusent, balancer, les objeicitioiis è*
les répliques, c'est une occupation à laquelle
les malheureux qui gémissent dans des forts
espéreraient en vain que desministres pussent
FÎT
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ia8 LETTRES OaiGXNALES
te livrer* Hélas i Stre , j^ose deuiauder k mon
loaiUe quel est le délit d'un citoyen qui^
ne pouvant recevoir sa condamnation par les
lois ^ perd sa liberté par un ordre particu-
lier. Et quel motif, déte rmine Votre Majesté ,
à me soustraire à mes juges natirreis? Aucun
autre sans doute que la boqté dé son cœur^
qui ne voit dans la demande qu'on lui adresse^
que la grâce qu'il est toufour» porté à ac-
corder» £t vçilà comme on siirprend jusqu^à
la bienfaisance des' rois l Mais, Sire , votiâ
sere^ bientôt dëtMmpé^ si vou& daignez pen-
ftér que la prétendue crainte de mon père ^
soit vraie , sôit affectée j ne lui donne pâs
le.dfoit d'ordonner ma mort civile j qu'il est
cruel de me punir aussi sévèrement que je
le itns ^ parce. qTîe jalon père imagine que
les lois me puniraient ^ $î j'étais libre j et
qu'enfin une suppositiottue samrAït légitime^
]a cdnditimidt^on d^iin cijbbyen.
. Si Aepefudant voii» ne jugez point à propos ,
,Sire, que mon afikire soit portéfe devant le*
^ibunaiibc réguliers ^ j'ose* vous supplier du
moins d'ordonner que je sols entendu, con-
fronté et jugé par ^'autves personnes que
celles devenozes çn quelque sorte mes par(u \s
par le dépi de justice doiit fe ftie plains. Je*
4is confronté ; cal» taon père ne i^ut reiuser
avec justice de me communiquer ses griefa
et de détruire mes réponse^ , puisqu'il ip-
toque contre moi votre autorités Je ne suis^
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SE U113L AEK A V. 1^9
. pas son esclave : il n'y en a point dans votre
royaume. Nous sommes tous deux vos sujets:
SI mon père a des droits sur moi , j'en ai
sur lui } et nos devoir^^ quoique difFérens ^
sont -réciproques. Enfin je suis honune, ci-
toyen et père; C^ett à tous ces titres quç je
xéclame la protection de mon Roi , et 1^
propriété de ma, personne dont il est le ga-
rant et le défenseur ^ et que je ne dois perdre
ijue par un jugement légal.
Monsieur le lieutenant de police de votfe
ville de Paris , est le commissaire départi
par Votre Majesté pour l'inspection des
prisons d'état. Sa vigilance et son équité sont
assez connues. Loin de prétendre nie sousc
traire à sa jurisdiction , je vous supplie , Sire^
de l'autoriser à entendre mon père et moij
et je^souscris aveuglément au ..rapport qu'il
fera ^ après avoir examiné nos raisons et nô8
défenses respectives. Mais , Sire , tant que
l'on nVcoutera qu'un de noi}î deux , per-
sonne au monde ne peut nous juger 'sans
injustice, . '
J'ose 'demander-encore à Votre Majesté^
d'ordonner que les moyens de m'intormer
exactcuunt et rréqucnunent des nouvelles de
ma mère et de mon fils me soient dCçordé%»
Vous ne prétendez certainement pas.^ Sire)i|
que les prisonniers d'état ^ ou plutôt les .ha-
bitans des prisons d'état ( car je n'ai jamais
eu le ottullxcur dç jçuéritçr la premicje de
Fy
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t3o lettres originales
épichète» ) à qui votre justice ou votre t lé-
mence laisse la vie, n'en aient que lesoufile^
que je sois traité aTee infimment plus de
aîgueur que des scélérats aux familles des-
quelles Voti e Majesté a daigné accorder leur
grâce ,'en les mettant à Vabri du glaive de
]a justice dans des forts ^ ou ils jouissent de
toritvs les consolations , de toîis les agrément
mêm^ que comporte la privation de la liberté.
J'en pourrais cher un grand nombre 5 et ^
graees- an ciel ^ ou ne m^y comptera jamais»
Mon honneur et ma probité sont exempta '
de toute tache. Je défie les plus effrontés
calomniateurs de prouver que j^y aie donné
la plus légère atteinte j ( pardonnez, Sire,
cette expression peut-être trop vive d'un cœur
froi^é par Tindignation et la douleur ; )
et si Ton me convainc de mensonge , je
«ignerat volontiers l'arrêt de ma prison per**
pétueile.
Sire , j'implore votre clémence , parce que
^e me reproche des fautes : je réclame votre
justice y parce que je n'ai point commis de
«crimes , et qu'il est affreux de punir des* er*
reui-s de jeunesse comme des forfaits atroces;
C'est rendre les hommes indifFérens au crime
et 4 la vertu ^ et leur faire de«irer et cher-
cher la moit comme l'unique remède a leurs
maux ; car «qui voudrait suppcirter lee coi?ps
cl les injures du sort , les torts de J*oppres^
«e^T , les déJaui:> de i'org.ueiiicux , les oa-
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DE MlRABEAtJ^ • l3l
(rages d'un ennemi, les angoisses des Inquié-
tudes les plus cruelles , les délais et les dénis
de justice , lorsqu'il peut en un moment s'afc
franchir de tous ces intolérables fardeaux ?
Daignez , Sire^ me sauver de mes persécuteurs
qui m'ont fait trop de mal pour ne pas me
haïr , et à qui ma perte serait trop iitile pour
qu'ils cessent d'y travailler. Laissez tomber .
un regard favorable sur un homme âgé de
vingt-huit ans, plein de zèle et d'émulation v
qui y ensevtîii tout vivant dans un tombeau ^
voit arriver à pas lents Ja stupidité , le dé-»
sespoir , et peut-être la démence au milieu
de ses plus belles années. On dit trop sou-
vent que la perte d'un homme n'est rien *
pour un puissant moinarque* Ah l Sire^ cette
maxime funeste, également fausse et barbare^
n'est pas faite paur le .cœur honnête et gé^
néreux de Votre Majesté. Puissiez-voua ne
consulter que lui pour prononcer sur mou
sort !
»
Je suis avec le plus profond resp^ct^
S I R £ f
i>£ VOTRE Majesté^
le trè&-humble et très-obéissant
serviteur et sujet,
Mirabeau
Digiti^ua L/y Google
a3a LETTRCS ORIGINALES
A MONSIEUR XB COMTH
DE M A U U P A s.
^IûNSI£UR LE COMX£^
r
Sï je n'étais pas très^persuadé de voti*Ô
âroiture, je ne hasardx^rais assurémirat point
la démarche que je fais aujourd'hui : cai'
enfin 11 ne tient qu'à vous craclievcr de inop-
prinier en dédaignant mes plaintes, ou en
Arrêtant mes réclamations } mais je ne saurais
craindre une telle prévarication de la part
â'un homme généralement respecté (tarses
qualités personnelles , plus encore que par sa
qualité de ministre dd Âcii. J^ose dône me
plaindre à vous de vous ; et je vous supplie
de ne point vqus laisser aller, en Usant cette
lettre, à un premier mouvement, ou, ce qui
me serait plus funeste aux suggestions de
Tamitié. ^ '
U ya plus de cinq ai%B , M* le Comte ^
que je suis frappé d'une lettre de cachet : il
y en a quatre qu'elle est maintenue par
TOire crédit , et qu'on m'^a traîné pour la
première fuis dans un fort j enfin je suis en-
seveli depuis onze moins dans une pdsoa
d'état , oii toute espèce de liberté et de cor-
xes^ondance m'est interdite» Le prétexte
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9& MIKABE Atr? l33
qu'on allègue aujourd'hui pour motiver uoe
détention sriongue et si cruelle^ n'est pas
même spécieux ^ puisque ^événement sur le*
quel il est fondé est postérieur, de plus de
deux ans à l'ordre qui m^a constitué prison^
:.^liîer ^ et que je n'ai jamais pu faire révoquer^
Mais ce n'est point de cette discussion dont
il e'agit ici ; je n'entreprendrai dans cette
lettre ni ma défense , ni mon apologie. Je
vous représenterai seulement que depuis qua*
tre ans entiers , j'ai demandé mille fois qu'on
ddigbât m'entendre ^ que les accusations
dont je suis chargé me fussent communi*^
quées, a hn que je pusse examiner et réfuter
les preuves, dont elles sont appuyées. Ce ne
*dot pas. des grâces que j'ai sollicitées 9 M»
le Comte ; c'est une simple justice^ que
l'hotonie le plus criminel a le droit d'attendre
du juge le plus inexorable et le plus sévère# ;
C'est ce qu'iiii superbe bacLa^un çadi ab- !
soin y ne refusent pal^aux malheurèi:^ sui^
le sort d^rsquels ils prononcent 1 eepenr
dant je n'ai pii l'obtenir. '
M. le Comte , vous ne croyez certainement
point à l'infaillibilité de qui que ce soit au
monde ; et si vous supposez que mes accusa--» .
teurs sont incapables de tromper , au moins
devez-vous soupçonner qu'ainsi que tous les
. antres hommes y ils peuvent se tromper. Pour^ '
quoi donc 7 j'ose vous le demander ^ pourquoi j
lue coAdamnea^ vous ? pour(^uoi m'ôtez-vous^
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l34 I£TTAES OAIGIITALES
toute liberLé ? pourquoi me punissez-vous du
supplice le plus lent et le plus cruel , sans
écouter ma îustification ou mes eicmes ? *
Pourquoi traitez -vous un iaiortuné jeune
homme ^ dont l'âge ^ la naimnce , lesmaW
heurs 9 tout Y jusqu'à ses fautes ^ qui décèlent
plutôt encore une anie forte et courageuse
qu'une imagination bouillante et eathou*^
sia&te 9 devraient vous intéresser ? pourquoi
le traitez-vous^ dls-je , corame vous ne tral*
feriez point un de vos valets , que Tons nef
feriez pas renvoyer ou punir , sans Tad-
mettre h se défendre ? Vous direz peut-être
qu'on vous a rendu compte de mes lettres ?
Ah ! qui ne sait qu'an froid et insensible
papier est jeté au rebut, ou du moins qu'il
n'émeut ni ne persuade , au lieu qu'il faut
bien entendre celui qui parle? Tout fixe l'at-
tention j tout peint alors : la vérité a soit .
-accent , et la physionomie son éloquence ;
les objections aussirot communiquées sont
aussitôt répondues ; on résume en une heure
ce qu'il faudrait rechercher dans cent lettres
éparses.
D'ailleurs y M. le Comte , et ceci mérite
^olre attention , mes lettres ne renferment
que la plus petite partie de ce que }e pois
cpposer à mes ennemis y soit parce que je ne
réponds qu'à ce que je devine j puisqu'mBOn»
corps de plainte ne m'a été commumqué }
soit, j^arce c^u'un homme délicat et ^^u^ibi^
9
D S M T S A B C A 9; t3I
recule . aussi long-tems qu'il peut avant
d'entrer dans certaines explications. Cepen-
dant , comme la défense d« soi-même est de
premier devoir, comme il s'agit de mon hou--
neur et de ma liberté , comme je ne pulj
supporter plus long-tems le genre de vie
que je mène , et que je suis très-décidé à
en voir le terme de quelque manière que ce
soit , je vous le déclare nettement , M* le
Comte , que vous servez, sans le savoir , les
plus Vf les passions et la plus odieuse cabale;
que mes. accusateurs couvrent sous de grands
mots d'horribles perfidies et des calomnies
atroces. Aucune de ces épithètes n'est hasar<>
dée, aucune exagérée : je n'articule rien que
je ne puisse prouver , et que je n'offre de
prouver, Puis-jeles défier plus formellement ^
ces ennemis c^ui m'attaquent dans les ténè-
bres ^ et n^osent se montrer au four ^ parce
qu'ils redoutent la lumière ? Oui , je les défie
de lutter contre moi. C^iVst que par mon
silence , ce n'est qu'en étouffant ma vovx qu'ih
triomphent j avec quelque soin qu'ils aient
soustrait tous ceux de mes x)Qpiers^ qu'ils ont
'pu atteindre^ avee quelque ingénieuse ironie
que, m'ayant dérobé tout ce qu'ils ont pu ^
ils me fassent refiiser ^ grâce encore à vQfre
crédit, M* le Comte , tout ce qui a échappé
à leurs recherchea > Is n'ont pas si complè*-
tement réussi , qu'rl ne me soft resrté de»
jauo^ens de dévoiler la calomaM et de déceXeir
le cafomniateuip..
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136 L£TÏ&£S OKIGIKALES
D'après cette décUralion claire etpr^cise>
n*obtiendrai-je pas même, M. le Comte, la
grâce d'être admis à ce triste combat où il
me faudra lutter contre ua père? J'ai fait
ce cfoe j'ai pu pour éviter cette extrémité
cruelle. J'ai voulu prendre ce pèjre si sévère
et si prévenu pour juge dans sa propre cause.
Je me suis borné à lui demander d'adoucir
mou sort) de me donner quelque société^
quelques ressources littéraires , quelques
moyens -de faire de lexeicice. J'ai accordé
plus encore à sa haine implacable j j'ai of-
iert de me bannir volontairement , d'aller
même dans un autre hémisphère poMr re-
trouver ma liberté. ïl n'a daigné me répon-
dre ) ni peut-être me lire ; c'est ma mort
civile qu'il veut j c'est plus encore : mon
crime ^ le plus grand de mes crîmès à* ses
yeux , c'est d'exister j et il sait très-bien que
mon tempérament peut moins que tout autre
résister long-t.emfè à une vie absolumept
^•enrermée. Il faut bien que j 'appel Je de sa
sentence , puisqu'il nie veut pas la révoquw.
Il est père ; mais je suis père aussi : ses
droits sont les miens : mes devoirs ne sont
pas {Jus sacrés que les siens : je suif ckoyent
je suis homme : on uie doijt donc entendre»
Les uilnistres ne sont pas faits seulement
«pour trouver des cou|>ables ; il est encore
jpluâ de leur devoir de secourir l'innocence ;
et comment décauyriiront^ils la vérité % s'ik
Digitized
IIE MlRABEAir. l37
ne prêtent la même attention k Pacciisé et
' à rac€U3ateur ? Il sera aisé de me convaincre
de mensonge, si je mens. Ce père, ce père
<t éloquent, qui aura sut moi l'avantage de
q^uaiité de père, de son âge, de savéhé-
jTience , qui se permettra tout , tandis que je
ne me permettrai rien 4 doir-il redouter une ,
con&ôntation k laquelle il a dû s'attendre^
lorsqu'il a invoqué l'autorité contre moi,
puisque , de ce moment même , il est devenu
ma partie ?
Mais enfin 9 M. le Comte , si , par des raî^
sons que je ne puis deviner , vous jugez à
propos de mettre en oubli cette lettre comme
toutes les autres que j'ai écrites, souffrez que
je me réclame de mon maître gui estle vôtre*
J'ai riionneur de vous adresser une lettre pour
lui , que je vous supplie de lui remettre ;
vous savez aussi bien que moi que tout sujet
a droit de s'adresser à son souverain , et que
tout ministre doit respecter cet appel.
Ah ! M. le Comte, daignez me faire Jus-
tice sans remettre cet écrit qui paraîtra sous
de très-défavorables auspices, si vous vous
déclarez contre moi. Il me serait bien doux
de vous devoir des remercimens plutôt que
des reproches j je révère vos vertus et vos
lumières , et c'est à cause de cela même que
j'ose vous dire que vous n'êtes point à l'abri
de l'erreur, Nesavez-vous pas par votre pro-*
pre expérience combien il est aisédesurpreu*
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l38 LETTRES ORIGINALES
dre les grands ? votre lotigne disgrâce en est
une preuve Irrécusable et frappante. Sacrifie*
rez-vous aux suggestion^ de Tauniié un ci*
toyen auquel on ne refuse pas des connais*
sanceS) ni même quelques talens , et qui a
du moins toute l'émulation possiTile ? Sa jeu*
nesse a été trop fougueuse ^ il l'avoue; mais
le feu des pasvsions est souvent celui du gé-
nie; et quand leurs plus grands écarts n'ont
porté aucune atteinte à l'honneur^ ils ne sau-
raiciit mériter une proscription semblable à
celle que l'on a si légèrement prononcée
contre n^oi. J^ose dire qu'il est aussi încon^
séquent que rigoureux de me garotter au mo-
ment où ma vivacité ^ amortie par 1^ malheur
et le tenaps aux mfiius amollissantes, ne me-
nace plus d'auoun excès , et ne me laisse que
le ressort peut-être nécessaire pour valoir
quelque chose..
. M» le Comte ^ votre devoir ^ comme homme
public ^ est sans doute de faire justice. Votre
devoir , comme ami , ne serait-il point encore
de vous défier des préventions de votre- ami ^
et de les dissiper si elles s^nt mal fondées ?
Avant qu^un nouveau règne vous appelât à
de plus hautes fonctions, vous vous occupiez
à remettre. la paix dans les familles : pourquoi
mutileriez-vous la nûenne ? Mettez-moi donc
àjnême de vous fau'e connaître la vérité , ce
mot si redoutable pour les méchans ^ et si
consolant pour les malheureuxt C'estrlà
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D£ MIRAB£AU^ iSq
que^'e demande avec le courage de l'Inno*
cence , avec la confiance que méritent VOS
vertus*
Je suis avec ub profond respect , etc«
■ - ■ \ ■ r r T - Il I I M * rrf
A M. L E N O I R.
Il mai 1778-
J E SUIS peut-être plus las, Monsieur, dé
parier de mes afiaircs qvie vous de m'entendre :
je sens combien ces détails que je trouve fas"
tidieux jusqu'au dégoût ^ moi de la liberté
duquel U s'agit ^ doivent importuner ua
homme aussi occupé que vous , et qui , mal-
gré sa bouté 9 trouve pénible sans doute d'être
distrait par les réclamations mutiles et mono-
tones d'un prisonnier qu'il ne peut relâcher
de sa seule autorité. Je laisse donc ces inu<- *
tiles complaintes que Je n'aurais pas tantmul^
tipliées si fe n'eusse suivi que mon opinion ^
bien persuadé que ceux qui m'oppriment ont
pris toutes leurs sâretés, aussi bisn quêtons
leurs avantages ; je crois vous l'avoir déjà
dit ) je n'ai jamais vu qu'on persuadât lors-
qu'on était obligé de prouver ce qui est évi->
dent. On ne veut pas que j'aie raison, je n'aurai
pas raison: on peut m'étouffer sans risque,
on m'étoufiera sans risque y et l'on se gardera
bieu de me met li e à même dei^ixe partagée
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140 LETTRES DE MIRAAEAV.
le danger. Rien n^est si eoimnode que de
pouvoir être injuste impunément > j'en cod-
viens. Ce sont les grands défenseurs de la
justice pat esçence s de lu loi naiurelh s * de
VoTure , de la propricié ^ etc. et autres grands
et petits mots qu'ils arrangent ensemble le
plus gigantesquement qu'ils peuvent j ce sont
les légibluteurs des rois , les amoureux fous
de rhumanité , ou amis des hommes j qui sol-
.liciteut et obtiennent ces injustices: j'en con-
viens encore Quis tulerit Gracchos de
àeditione querentes P Mais ce n'est pas
de cela dont il est question ici.
Je demande atec eonfianeece qui ne dépend
que de vous 9 Monsieur , parce q ue j 'ai éprouvé
que vous êtes juste, et seniûble , ce qui est
bien meilleur que juste dans une place telle
que la vôtre. Un sentiment naturel et hon*»
nête a droit de vous intéresser. J'en ai la
preuve ^ et j'en recevrai de nouvelles ; j'osé
l'espérer. J'ai des raisons très-fortes de vous
supplier que ce moîs-cine se passe point sans
que j'aye une lettre de mon amie , et sans
qu'elle en reçoive une dÉs miennes j je vous
*n conjure par vos bienfaits pasisés , que vous
ne voudrez pas démentir ou rendre inutiles.
Si mes inquiétudes et mes afFectîons iie
T0u#^eu$sent point paru justes et honnêtes ,
elles ne vous auraient pas touché. Elles
liront point changé de nature, et n*en sau-
raient changer : ce qui vous intéressa il y a
4»
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DE MIRABEAU* 14I
six semaines ^ a droit de vous intéresser en-
core. C'est donc au nom de vous-même que
je vous adresse mes supplications nouvelles.
Ëlles ne sont pas seulement le fruit du désir
coutiuuel de Tauiour toujours avide ; elles *
sont en ce moment l'effet d^une inquiétude
trop bien fondée. Quelque part où soit mon
amie, dont je n'ai pas entendu parle i depuis
plus de deux mois, je vous demande un mot
d'elle , daté et signé , et je bénis d'avance
mon bienfaiteur*
J'ai l'honneur d'être avec un dévouement
respectueux ^ Monsieur ^ votre très-humble et
très-obéissant serviteur,
MlUABEAU fils. %
'•rj ' ; I . . '"ni. I I ■ " ' I I ■■ -T
A U M Ê. M E.
r
»
^4 mai 1778*
P.OUKQUOI n'avons-nous, Monsieur, qu'un
idiome pour exprimer toutes les affections de
notre cœur ? Qu'il serait heureux \mxr les
honnêtes gens, qu'on distinguât, à dW'sigîies
certains, la franchise de la duplicité , l'affec^
tation de la vraie sensibilité ! Je ne puis vous
dire quel bien vous m'avez fait. U faudraijË
être dans mon cœur pour voir quels traits de
feu y ont gravé vous , vos bienfaits et
reconnaissance. Yoas sauvez des maJheiireiif
Digitizeu by <jOOgle
142 LETTHES aEIGINALES
du dé&espoîr ^ en leur donnant la force de
porter leurs chaînes , et d'attendre un avemr
^lus prospère, Puissicz-vousne perdre jamais
le bonheur qUft vous daignez ramener sur nos
pas ! puisse tout ce que vous aimez être pour
yous une source intarissable des plaisirs les
plus pursi Je vous supplie. Monsieur, de
permettre que ma lettre parvienne à mon
^ amie avant la fin du mois j ce sera le. gage
Je plus précieux de notre sécurité mutuelle.
La pauvre Sophie souffre, à ce que je vois:
]aélas! elle est si délicate et si sensible, elle
n'était pas faite pour sa situation ! c'est une
rose que le vent de Padversité flétrit : elle
exhale encore tous ses parfums , mais sou
coloris se fane. J'espère que ma lettre , où
je lui ai montré plus de sérénité qu'il n'y en
a dans mou esprit et dans mon cœur , la tran-
quillisera , et lui fera faire des réflexions
utiles. Mais ce qui soutiendra , sur-tout , son
courage et sa patience, c'est la continuation
de vos bontés. Si la gratitude la plus sin-
cère , la plus active, la plus ardente j si Tat-
laclierâent le plus vrai, le plus à Tépreuve,
sdftt dés titres pour les ^ériter , nous ne les
"perdrons jamais. Nous vous dçyonstout j nous
^ nous ferons gloire en tout temps de le dire :
*^'étude de notre vie sera de le reconnaîtra,
et notre bonheur ne sera jamais complet
qu'alors que nous y aurons réussi. Ah ! Mon--
^iei^ 9 vous-même ne savez pas combien il
V
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BEMIRABEAU.
nt vrai que nous vous devons (out , et quel
droit vous avez sur nous.
J*ai l'honneur d'être avec un dévouement
respectueux, Monsieur , votre très-humble
et tiès-obéisoaul serviteur,
Mirabeau fils.
A U MÈ M £.
3 Juin 1778.^
J E conviens , Monsieur, <jue rien ne doi t être
aussi humiliant pour un homme qui aurait , je
ne dis pas quelque honneur, je dis quelque «
araourpropre, que de voir ses principes avoués
et publics, mis en opposition avec sa conduite ^
former le contraste le plus tranchant., sur-
tout lorsque sa réputation n'est fondée que sur
tout cet étalage de beaux sentimens. En consé-
quence, les extraits que je prends la liberté
de vous adresser pour mon père , sont lajplus
cruelle des satyres , mais aussi la plus inno-
cente : car, enfin , ce sont ses maximes èt ses
propres expressions que je lui rappelle; et
s'il a à se plaindre dé quelqu'un , c'est de lui.
* Je n'ai mêiîie choisi que dans celui de ses ou^
vrages où il a été le plusietenu par le rçspeçt
humain ; et sa véhémente Tliéorie de Vlmpot
m'aurait fourni infiniment plus de passages
ani^lQgues à mes vues. Peut-étr« penserez-vous
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T44 X'ETT&fiS OEIGINALES
que c'est l'irriter inutilement que de lui faire
passer cet écrit. Je ne suis pas de cette opi-
nion , et voici pourquoi :
i^. Si mon père était seulement aveuglé par
la passion , et qu'il restât quelque équité au
fond de son cœur , il rougirait assurément |
en voyant comment il a parlé de ces violences
qu'il exerce aujourd'hui sur moi ; violences
qu'il a déclarées, en cent endroits , abaminoF'
blesdei^ant Dieuel les hommes : violences dont
dix siècles offrent à peine, selon lui , ujie occor
monpiste et nécessaire î et cette réflexion pour*
raltle faire rentrer en lui-même» J'avoue que
je ne compte guère sur cette ressource; ce*,
pendant elle est dans l'ordre des possii^les j
et quoique je connaisse bien Thomme à qui j^ai
affaire ^ je ne saurais concevoir encore^ quand
)e lis ses ouvrages ^comment il a eu le fr^^it de
dépouiller le masque au point qu'il l'a fait, .
a*** Deux ou trois phrases en jargon écono^
miste , et deux ou trois choses flatteuses pour
son orgueil , au moins quant à son esprit, fe-
ront passer les vérités dures que j'ai été obli-
gé de consigner dans mes notes* Je vous^
assure que ces observations ^ bien plus Uardier
que ma lettre du premier mars , seront vues
d'un œil moins simstie, grâce à ce petit ingré-
dient , que ne le seraient les clioses Icsplus no-
bles , les plus respectueuses ^ les plus touchan-
tes y écrites dans un style simple^ naturel et
correct. S'il était susceptible d'être touché par
ce
Digiiizeo by
ï> E Ml K A B E AV. ^ " i^S*
cie genre d^élocution y peut-être suffirak-il de
l'apostrophe qui termine mes notes y jgour re-
iftuer'^es entraiiiesJ- • .
II sait que tout ce que je lui écris passe^
sous vos ywix. J'ignore, Monsieur, sî Voug'
aimez tendrement les économistes^ auquel cas''
vous êtes excessivement généreux ; j'ignore si
TOUS estimez leiir coriphée ; maïs je rie crois pïkk ^
qu*il s'en flatte. Oir i vous êtes homme en
place, fait , à tous égards, pour monter pliis^
liant , ^et d'ailleurs a mêihe , selrifa les cifedn^*^ ^
tances rfui peuvent n'être pas toujours au^s/^
fovôtaWW à iriô!l*'pei*e, 'liPexjioser là vérUè"
que vous êtes digne d^entendte et capable dè '
connaître. Cette considération peut lui fairè'
gardèr qttelquè mesure. ' * ' ; ^
4^<ÂËnËn , quand j'aurai tenté auprès (le 'lui
toutes les démarches possibles ppur rappeler
la justice et l'humanité dans son cœur , si mes,
efforts sont vains , je n'aurai rien k ^net repro-
cher. Lé reste de scrupule involontaire et non
raisonné, qui niWréte encore en ^ert'ainsrmo* *
mens , seradissipé j et je pr<^fiterai de Tgcca- .
s^ion , q^i se prééelitera peut-être de vbus voir *
pour vous confier ce que l'on paraît avoir tant '
de peur d entendre ; sauf à votre prudence ^ *
à votre justice et à votre bonté, à .eh faii-e
l'usage qui vous pàtSîfra équitable e^ conve-r
nabrle; Cet eë épo^^iè' sera décisive ppur^ mon
«oi*t; car voui ê(6s,e^ tout sens', m'onimiqtik
ressource ; et j^avorue de bien boa cœur , que
Tom0 II. G
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14<S LETTRES ORIGINALES
vouà êtes mén^e le seul àqui je desireavoîrobll-
g;atiûA de ma liberté > ou ^ si cela est imposai-*
blende radoucissement de ma détention. De
fyus. autres 9 jcf n'attends que dureté, et ne
, defuande que justice J et je leur verrais exau*
""cer mes vœux , que ne.leur devrais encore
rien. Mais cefasi qui seul m'a $ecouru , lorsque
tout lemonde.m'oppnmait , qui , dédaignant
les clameurs de mes calomniateurs , .ne n/a
point aveuglément jugé sur leurs imputa-
tions j et m'a donné des preuves si précieuses
d'intérêt 9 ayant que jVusse pu les mériter,
parce que mon titreauprès de lui fut mon in-
fort une : celui-là est mon bienfaiteur, mon
génie tutélaire/, l'objet de to^tema reconnais-
sance et de mon attacliementt Je peux lui de-
mander des grâces sans iii*liumilier ; et^ je le
prie^ comme je prierais un père chéri et vé*
uéré, • . . Voilà , Monsieur , l'exacte situation
de mon eœur« Quant à ceux dont je dépends,
; je ne suis ni fauX|, ni complimenteur j vous
avez pu vous apercevoir que je ne prodigue
pas le^ éloges , que j'entends xomme un autre
Tart des phrases formulaires qui ne disent
Tien , que je n'écris pas toujours , ni à tous ,
avec la même onction 9 et qu'enfin le malheur
ne m'a ças avili. . .
Je reviens au paquet que je vous envoie ;
daignez fe faiofs passer à mon père* Ce petit
recueil n'est intéressant que pour moi^ et je
n'espère pas qi^. v^us jetiez les yeux amr des
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DS MIEAB£AK« 147
n(AeSj où mon unique objet est de mettre
mon père ea contradiction avec lui-même.
V0U8 savez bien i sans les lire ^ qu'il ne fa«t
pas juger des hommes par leurs livres ^ que la:
vérité est fille du fems, et non de Pautorité^
et que VAmi des hommes n'est pas celui de ses
enfans.
J'ai Phonneur d'être , avec un respectueux
dévouement^ Monsieur , votre très-humble
et très-obéissant serviteur ^
Mirabeau fils.
Si '
« >i II ilriim lîiTlii/. ' I
» ' ♦
I
/.♦il •
«
* ■
• • I
« ♦
y ■
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PRINCIPES ET MAXIMES
DE UAMI DES HOMMEâ>
o u
..I' ' '1
TRAITÉ DEJaA frOi'JULA.TLON,-
Eduion iQ-c3b| de 1759.
tF E n'ai rien à ajouter à la lettre que j'ai eu
l'honneur d'adresser à -BMA'f ère le premier
mars ^ tant qu'on ne daignera pas m'indiquer
d'autres motifs de ma détention ^ que les griefs
sur lesquels je suis excusé ou justifié. Il faut
me réfuter ou me convaincre de faux ^ ou
avouer tacite ment y si ce n'est en termes ex-
près , qu'on m'étouife ^ parce qu'on veut m'é«
touffer: or, comme je suis assurément le plus
faible , je dois subir la loi du pltDs fort : loi
qui fait de la xéyaUc le droit de^ gen^ ^ ami
des hom.,/o7n» 3, pag. 33. ) loi des vautours,
des tigres et des tyrans , tous animaux du
;méme genre ^ quoique ceux de cette dernière
espèce soient assurément les plus odieux et
ies plus destructeurs*
Je ijuppliet mon père , que je jlois croire dans
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. D X Mil R A BjEJUU* ' Ï49
Perrpur , et- noa>cUias des prmcipêfii de tyran-»
Hommes. 'Oed le «euljtfe ^ ouv^rAge^ ^que
* f ne pu mé -prcfmnr m^f tiii rsws daa$ la
disette de tout, Fcm ^aèvoéptelesaUiQena ^
.q«'Miit*Ie tBKHmidm dejnes^oMiftyiAra-rctte ,
•i^m T^ère dmt ^aApépXîtâtk». . Au . ç[ii€ 4e
(wl TU^ V ^7^64 dans code d e poli-
.tique tmiTerMUè la prédictiob çl«ûre et
priécûe jde ce '^i ieur .atn?e ltiifj9iir4'lM2i 9
«c'est celui de^es^ouviCOgea gui i ne ippur^
points i3« lidis ^Oftamiii* fèverai 9é9è90Mtnt
*icjriàqué^<kj^iâ&js0s'ppeni^s» tiraloayk^f ivaîs
crititfoeiîporfei liuîquieiiitqt sur ce ^qu']l
avak étadbài'le iittmicipe-ifipindai^ Ifi
population^ et.par €anft^qiiiQQit4ôJi'éQO}KMuite
ptrliriqu^ y dans son inverse 9 et noii pas di^
:teetiriiu»tv Xiis 3MàtM aijirfts]^/e€t
ide ] a pr^oriété ^ à la Jièf mt idroit urçl
'«tâ Ja^pistiee;^ vc^tèsie floiiO; dam toute l^eur
int^giiité ^ el ce aont celiearià >seuiw€UPNt q^^
j'ai ipcueillies. Loin qu'elles soient exagé-
jrées , il serait jaifé de;iiSQiitrer qa'iélles ^oot
fort loin d'être assez .étendues ^ dey^lop-
p^es f qSe' les : usagés établis sont ménage -s ^
•dan&c et ouwage'oélèbrd^*Tjecla plus grandi?
naodéfàtipn , et mÊmeîavec quel^jje.timidii^î
'qtf odi ■ y «olèfre ^ qu^on y fcbnttillè naéme q^el-
G.iij
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iSo LETTRES OKIGINALES
ques restrictions relatives à Pexcrcice partî-
«ttlierdelft libwté, contre lesquellesile&éco*
•BOiDîistes GOt fortement réclamé depuis. Us
préfieiliAeirt que ieiÉr doelriiie n'est autre
cbose gue le développement de la laide piro^
•priété; titre simple, décisif, irréfragable ,
déterininé par lajseule éûdence de l'intérêt
> ^jiéjpal 9 conforme au dro\t naturel et ii Tor-
•die social, .^^sn]QiXi à la justice par ess€W€*
«Cet lé- 'loi fcoidamentale 'dç toiit^ société,
Jh'eiit susceptible ni d'interprétations spé-
cieuses , ni de circpnloeutioiw Tersatiles , ni
deNrestrk^tions d'aucune espèce. Une. fojs^
d*accord de ce principe , nous ne saurions
Variwsifr* 1m •eoQséqiienees), Im^ue jé bfs^
'prétebdB l'appliquer jq«}'au droi^ incoi^testa^
ble que î**ai sur la propriété de ma personne,
origine de toutes^ mes^aEÛtves propriété. £1
f'agit de décider, non si j'ai mérité de pein-
dre ce droit , mais si je l'ai perdu. Je prie
qi]^Dn «aisisse cette diitîaelion.très<4impleQt
'très-4sécessaif e« Je puis étr^ coupable; j'af
même avoué que je l'étais v en.me contentant
de 'ptvwet quema punition n^était .pa^ pro-
portionnée à mes falotes : mais tout con|)able
qui est illégalement puni j est injustement
puni J et oeluiJàmômequiprononce un arrêt
juste, est un tyran , s'il n'a pas leMroit de
•le prononcw. C'est cè qti*il s'agit d'établir
d'après les pmncipes de mon père ^ et par ses
propres maximes. Il a attenté à nw libertif
Digitized by Goo^^k
comme s^il en avait le droit ; et moi je lui
clémoutre j en me servant de ses pensées et
de ses expressions ^ qu^il ne l*a pas , et que
personne au monde ne Ta , que les juges ordi-*
iiaucs et légaux des citoyens. J'ai recueilli
peu près LX fragmens de Vjimides Hommes,:
j'en aurais pu amasser deuK ou trois cents
pour appuyer ceux-là j mais ua seul suffît ^
et c'est le xxxv*^ parce qu'il traite très-
complettement , quuiqu'en résumé , la ques-
tion dont fe cLerche la solution ^ et la décida
tiès-nettement. J'ai noté quelques phrases
dc5(achées, qui pourraient, par induction ,
contrarier mes vues , pour faire acte de bonne
fui. On verra qu'elles sont formellement dé-
menties ou expliquées par les princ Ipes. C'est
donc ici le code de mon père ; code qu'il à
dicté et promulgué. Il ne se récusera donc
pas lui-même. Il sait bien que j'aurais fait
une récolte plus abondante dans la 2'héorie
de VlîTvpot , qui est son chef-d'œuvre, etque
je n'ai^ ni ne puis avoir. N'importe , je^m'ea
tiens à VAmi des Hommes ; je den^nde à
être fugé par lui-même, selon les lois qu'il
afaite#Je transcrirai le texte, en ne suivant
d^autre ordre que celui des pages^j et les-x>b^
servations , parsemées dé ses pensées , que
J'ajouterai en marge, indiquetont l'appliw
cation , très-directe et très^naturelle , que
j'en prétends fairei . s
Gir
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l5a LKTTjaKS OEIGINALES
T £ JC T OBSBRF^AT IONS,
I
, Onabeaii dire,Vhom'
me est un insecte de
telle ncUure , quon ne
saurait tant le presser^
qu^it rie se retourne
pour piquer le talon
qui V écrase ; maïs il
est pareillement sen^*
sible aux bienfaits , et
il n^est férocité ni ma-
liçe^ humaine ^ que la
yer/u et la, bieifai-^
sauce n'apprivoisent.
Jamais je n'ai piqué
le talon qtêi m* écrase >
et je Taurais pu* Ja-*
mais On n'a essayé
avec moi le régime
des bieiifuils, et je ne
crois pas qu'on.me dé-
£e de démontrercette
allégation. Je ne sais
si je suis un être féroce
et malicieux , moi qui
ai été conduit à ma
perte par le. dévoue-
ipent et la générosité
de Pamour ; mais dans cette supposition ^
selon les principes du texte j les cachots se*»
raient un mauvais nK>yen de uck^uppri^oiser.
1 T s X T If^
- Lès geMs plume
et cVécrùoire ^ q^a ont
àforcedepro}els, éP'or^
donnancee et dé règle^
'mens ^ changé lançons*
titution subalterne de
VJùtat ^ et^ qui eux^
OBBMJUrATToNS.
II.
Mon père sait mieujc
que moi^ que , dans
cet ancien gouveme-
.ment, dont il regrette
souvent quelques ins-
titutions ^ et même y
à certains égards, la
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mimes etwelappésda -obnstitiition ^ fout
faibles déiris de leur Fxaoiçaîs jugé par
lAif^Saê j, but aussi jsw pairs lie pouvait
promptémfnjU. qiœ i» étxe cin^ÀsoKiQ^pofir
JuuiteTjwbiesse , fait quelque sujet que ce
/xZâKTA ^ftam l^s 'ptdi^ fut à tabins di%iR cri*-
ro/zs que . ^a. faveur # jxt^ c«|ût«l et Aotoir^
Pintrigue > 7a rapimel {oxàpnnancc&ytofn.
fimimti'Ufiéièuenii été pàgyj%,^ jBo) } qaW
toutes jfort^^ i, ont éià^ igngiait i^hralAmeiit:
^^)tiii yfréjugi/\TùMme ^ors ce que c^^tait
-l'amieMnc^manêtiêu^ qiies d^^xe^fueet^rj^
•#ioa /a Mioadrchiei ordres 4j:hitrai$^4 et
wf. . mette . opinion i ^e #iir-téu|: .que' t*é}*
tnaUce ch€Z eno^f^^ «tkit que de ^e» soUiei*
depertuet ; igrwmm^ ^er j que éi ùo citibyen
<luifo^l^piê^p^r^i. «herdeçaaiii^d^Sîof-
^ai4j auirefoU mille or dojÇLpapc es ^
^raw jd^m fti^^IQ^ pug, 17 ) : j
timsiioji M di^puW du droi^.uWtMi:el ç^t •
mr, ii^rç&Méémm public révoltait ht |
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2^4 L £ T T R £ s €>K I & I L £9
jf^ défibrais les Juris^ pas< qvie ^ êom la rér
consultes les plus ha^ gence de la Reine-^
J^ileB en droit pubUù y Blanche y les. Grands
de ^i^y démontrer les requii^entqu^ayant le
maux de laiyrannie , jour du-sacre de Saint
don^ les efffAs soiÉt Louis:, cm accordât
toujours parïans. Qui J'élargbsement des
de nous s^chargersaU eomtes Ferrand de
-auj&urd^Jmi de fyire Flandres» et Jblenaud
dire à un auteur an-- de Boulogne^ détc*
glais ^ ce que dit^Ma^ «ûa ^ prisonniers de*?
thieu Pâris en parlant fms^ douze ans^ au ni&
de Smnt Louis : Le pris des libertés /ran^
Seigneur y roi - des jkiism; que Pon rendit
Français y qui est le les terres violemment *
roi des rois delaterre, oeoupées sur pli»,
tant en vertu de ^cM sieim d'entre eux:^ et
onction céleât^e, que qu'il Mt pa^sé une loi
par la it^p^idrtté éè &àe y poui^ qu'à l'ave^
sa Jttiliée. i^i^oA r^s^ 5nî)r nul ne *p^ 4tre
peclé de la sorte le privé dé sès droits
SàUperain d^un peuple quelconques y sans le
liiiTé^ausc brigandagèe jugement « précédent
de V anarchie P de ses pairs. Les ter-
^ ^ . iaMs*deMatbiie0pâm
*sont r^marquiÉtbles \ ««.Pars maxima^ Opti-
matum petleruut consuetudine gallieà^
omnes incai^ceralfos^' à« oarcéribos Jib^^air^
qui, in subter^ionem libertaty^ regni , jaia.
Dig'itized
î> E MIRABEAU. lS5
perannos duodeciin myincuiUtenebanhtr....
Adjiciunt quod iiuUus de r^no Frcuicorum
debiiit ab aliquo jure suo spoliari nisi pcrju"
dicium âuodedm parium* »
Saint Louis y qui iatrodulsit de si giaads
cbatigemena dans notre jurisprudence \ et
même dans no(;re législation } .Saint Loula
qui fît sans doute de3 choses grandes et uti-
les ^ mais dont le règne mémorable fut trop
Souvent 9 il faut Ta vouer t celui des clercs et
des moines j Saint Louis, dis-je^ qui , tout
Sakit qu'il était ^ n'aimait: pas ^le* Goucy^
ayant fait arrêter Enguerrand IV 4^ npm.^
'et celui-ci réclamant la justice des pairs,
Monarque se fit justice ^ répar^ sf|.faute ^ çt
^ assigna j pur au sir de Coucy pour répondre
. en parlement. . , ^
MoAi père sa)t que dans des le^s^j^çaucoup
plus q[^odernes ^ ^uqs Souverai^s^^^e soat^ep-
gagés pajr tine loi, formelle ^ accordée sur jia
,réquisitiqn;46S.£t^ts , à ne po^t re.tenirua
de leurs sujets prisonnier plus de vingt-quatre
heures sans lui faire son procès y et que la
^ fameuse déclaration , enregistrée çt publiée
, le ^4 octobre 1648 , porte : que Vot^ne -powrm
plus ^enîr^i^cun j même par ticiàlier^du^Xox^'^
me j en prison plus df trois jours sans^^l'ùuer^
rogâK Cette loi n'a jamais été abrogée,.. et
ne pourra jamais l'être sans démence ; car
on ne ditpasà des peuples qui veulent bien
se croire librci ^ qu'on prétend les gouvernei:
par des principes orientaux.
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tS6 tETT^ÏS OftI«lRALES
^ Mon ^re- nlgridre pas que l'asage et la
dénomination même des lettres de cachet est
très-moderne, pqi^^e ce mot a été employé
pour la première ioii dans l'ordonnance d'Or«
léansde i56o. Mon pète sait que depoîs nos
éodéft de lôis bai^batM ineltisivemmt , jn^
qu'aux ordonnances du règne passé, on trouve
*une tradition constante et des textes précis,
qai défendent à tous juges d'avoir ëgard aux
ordres particuliers délivrés sur le fait de la
justice ; or , il rie faut pas réfléchir beaucoup
• 2>dut voîr que les lettres closes ne cfaiàigeiit
point de n^iture pour être adressées aux par-
ticuliers ^ plutAt'quWx juges ; qu^elles sctnt
^également contrà'nres à l'équité dans l'un et
* Pautre cas, et même plus funestes danslepre^
mier , par mille et mille raisons trop longues
' h déditite ici \ et qu'on aurait assurément ré-»
'Ôuit eh lôi cette jurisprudence si commode
imx puissaiîs^ si elle n^était paà^ ^vtdemineât
' attentatoire au droit naturel et à notre droit
public. Mon père sait, enfin ^ que depuis le
^ commencement de la monarcble , jùsqii'à l'o-
' dieuse et infâme administration des Italiens ^
^ si l'on excepte le règne de Louis XI, que mcm
père appelle quelque patt uh i^onarque ha--
^ hite , Thaïs qui nen fut pas moins le Tibère
dè la France ^ aussi mécfiànt et moins éclairé
qjuele Tibère de Rome , et le plus ingénieux
geôlier dont les fastes de la tjrannie fassent
mention ,rusage des détentions, illégales fut
Oigitized by
•î râre qp^on jtimt le 4ire nuL. C'est sous le
ministère du sanguinaire RicJbelieu , que mon
père a si bien femt ^ quoiqu^en beau y dans
. $es heitr€9 sur la dépramtion.de P ordre légal,
et suMout sous celui du donx et pacifique
-cardinai de Jfieiiiriiyqui fut le plus despotique
des ni'nmtixs despotes qu'on a commencé à
se servir des lettres de ea^ het , avee Peicès
dont nous voyons aujourd'iiui ie dernier pé«
riode, dont je suis la victime, moi, ctquel^
ques milliers de citoyens*
Maintenant, s'il est vrai ^ commele montre
tout le corps de l'histoire ancienne et moder»
ne j qu^micuw Société n^a péri que par Pinfrmc^
tiondes lois qui C aidaient çonsolidée ;ifu' iljaut
pn tout chercher le principe, et dire. Cette ehoé0
est- elle dane le droit cjompiun P pour s'éviter
toute sorte d'injustice y de sollicitude et de
^rpriseef que si la Ghose- proposée esÈ con^
trairç au droit , elle est une tyrannie-; que si ,
elle y est conforme, il faut aussitôt en authm^
tiquer la contexture, les ressorte, la marcJ^e et
les règles; qu& c est en. vertu de cela que les
' trilmruiuaB réguliers furjent de tout tems tes pim
fermer apput^ dahon osdre ; que ^habitude de»
fauteurs de C injustice , ennemis de ÇaulJien^
ticiêé > est de les représe^dier conmze àpjfosés à
I^auiorité, et d^ entraîner tout le gouvernement
national vers un régime de com ulsions subites
idont le pnndpé est caché, s dont les consé^
quenççs sont dégtffisées^^ dont. Les ejfais sont
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ê
è
l58 LETTRES ORIGIKALKS
palliés i que d&4à suivent Us abus , jusqu^à ce
que Vexccs des abus opère V épuisement entier ,
et quelquefois U démembrement de la Société i
( Ânil des hommes ^ tome pag.
23. ) si toos ces principes . sont vi^s, je de-
mande comment' un philosophe ami des
hommes, défenseur du droit naturel , sen-
sible patriote , qui regrette nos anciennes li-^
bertés et respecte l^s lois, peut se croire
permis d'autoriser , de légitimer autant qu'il
est en lui , par ses demandes, des coups d'au'-
torité si contraires, je ne dis pas à notre droit
public qui est anéanti , et ne nous appartient
-guèipe plus qu'aux Chinois j je dis à la justice
naturelle , à laloi des nations, de l'humanité,
cette loi immuable , imprescriptible , qui
fonde nos droits inaliénables; je dis à toute
espèce de liberté polidque et civile, publique
et particulière : coups d'autorité , qui néces-
si teut plus tôt ou plus tard , selon le caractère
des gouvernans et des gouvernés, leur modé-
ration respective et les àutres circonstances
accessoires, mais infailliblement, la dissolu-
tion de l'organisation sociale , et Pétablisse*
ment pur et simple du plus complet, du plus
désastreux despotisme. Assurément mon père
convient assez de tout eela dans le passage
cité , et nous verrons bientôt combien , plus
formellement , il en profère l'aveu ; mais je
consens de plus à mettre ma téte sur un billot ^
si j e ne démontre cette allégation à la rigueur.
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et )e prends pour jugea tous autres que les
ministres et autres gens intéressés au maintien
decette jurisprudence asiatique^ les frippons,
les fous et les buses* Mais ce n'est pas à mon
maître que j'ai besoin de prouver des choses
guUl m'a appris à prouver. Je me doute bien
que s'il daigne lire cette note , il rcl^pétera ce
qu'il a dit à propos de l'Essai sur le Despo-
tisme : quUI/aui étrejnsensé pour écrire de ces
choses'-là ^ quand on est sous les liens d'une
lettre de cachet ; et je réponds , comme je ré-
ppndis : Quesi tant est qu!il y ait à cela delà
4>]ie) jamais il n'^ en eut une plu^ nobl-e et
plus magnanime ; qu'elle est même respec-
tueuse pour, le gouvernement ^ que je taxe,
d'erreur et non de tyrannie, sans quoi je ne
hasarderais pas des vérités si hardies qui ne
pourraient qu'appeler sur ma téte la hache du
jbourreatit Cwtes y si j'étais^ homme public
( ce dont le Ciel me préserve à jamais ! et il y
a mis bon ordre) je voudrais trouver beaucoup
d'hqn^mes capables de, parlçr ainsi dans les
jÇers^ car je sais.(et je l'fti dit aux puissances
delà terre ) que les sujets les plus courageux
sont toujours les plus utiles et les plus essej^*
tiellc^ent soumis.
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t
i6o
LETTA£«4lttt6l«À]:.ES
î ;
I ri* ^ *
T JB X T Mn
III.(tom.L 139.)
III.
Ce qu^on voudrait Q mon père ! vous
appeler bon ordre et a\*ez écrit ,cela , et
policé^ • . 5tf/o» moï, vous tene2 votre Jils
ressemble assez àcelle auxfei^pac lettre de
çwe /'o/z yÇii^ observer cachet ! Oui m'a fait
dans le serrait. connaître àu Sultan?
qui, aux B^cha& ? Il
ne me manque plus que (Je voir arriver les
muets; envôy e2 « moi, le cordpn , ce sera le
terme de mes maux. Ali ! je ne* l'aurais pas
attendu \ si l'esprit dé cett^ po//r^ orientale
n'était tempéré par la bienfaisance de celui
€iui en a la directioa.
ly,
Il est contre mes Pourquoi la sollî-
principés de cbnseiltèt eit ez*vou$ ? Eh' în'est-
la violence j en quoi ce pas la plus tyran*
que ce puisse êiré. * nique des violences
que j'endure? Quoi !
c'est donc pour votre famille seulement que
vous approuvez , que-vuus invoquez cesju^e»
mens sans loi et sans appel , ces condamna^
lions sommaires et par corps , atlribution
qui, faillie donnée à (t équité mime j si cellë^
^ .d by Google
D s M 1 R A Bj; A U. I$X
ci ne reculait (Tliorreur de ["accepter die la
venait dégénérer en tyrannie dans ea main f
( VoL pag. 7a.) Quel tableau, ^rdud
Dieu ! et cjuelle préfci eace !
■ •
»
Y. ( ibid. X70. ) V.
Honorez les -pçLit$. Et inûî, monpère^jc
ÎLe« larmes m& vicn^ suis ^o/i'e sang, tous
nefUaua^j^eucc^ quand m'av-ez donné letre^
Je songe à cette inté^ etvous me condamnez
ressante portion de à mourir lejatement
V kumaniié , on quand dans un cachot, vous
de ma fenêtre , conme qui n'avez pas , dans
d'un trône je con^i^ nosLoU^plosde jurif*
dère toutes les obliga-- diction sur ^oi^main-
tians que nous lemr tenant que jejiiisnu-
. Oisons i quand je les xïé^ que je n'en ai sur
vois suer sous le faix , vous, et qui n'en eûtes
el qués me tâtaut en^ jamais dans tout ceqvi
suite , je me soutiens est affaire criminelle !
quejesuisdeUimémfi Vous m'avez donné
pâte qu'eue:. l'être^ et par cela
même vous aye?; con-
tracté le devoir sacré de travailler ^ mqn hon^
heur } devoir qui est le seul titre qui fonde v^s
droits : car qui dit droite place ai' Cint un def^oir^ •
c'est UA des i^emiers a^ipnies sw Jesqueb voiis
avez ibndé i^s,cience économique^, J uge;&-vous
.vous<-méme> comment pe tr^ite^^in^w ? Je
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l6a L£TTK£$ OEIGINALSS
SUIS le jouet infortuné de vos pa$sious et dé vos
vengeances : vous me livrez à toutes les hor*
reurs du désespoir; vous m'avez cherché la
prison la plus sévère, ]e supplice le plus cruel ,
puisqu^il estleplujs Icut. Vous me refusez tout
ce que vous n'êtes pas forcé de me douner ;
vous m'ôtez tout ce que vous pouvez atteindre :
loin de me défendre , vous m'interdisez tout
moyen de défense ; vous me baillônez ; vous
me privez de toute consolation , de tout se-
cours } vous ne voulez pas même que je sache
•t mon fils est mort ou vivant ; mon fils , dont
je suis le père, comme vous êtes le mien , doj^t
Vous n'êtes le père que par moi ; mon fils, sur
lequel une loi folle et barbare vous donne un
droit exclusif, mais que vous ne tenez que de
moi j mon fils , a qui Ton apprend, au sortir du
" berceau , ;à haïr celui qui lui donna le jour ! • • •
Mon père ! mon père ! voudriez-vous être
traité ainsi ? — Mais je suis coupable^ et vous
êtes innocent. ^ — Êtes^^vous mon juge? non,
vous ne l'êtes point y vous êtes ma partie. Mais
quand vous seriez mon juge , m'avez-vous
' entendu ? non ; et fussé-je coupable ^ votre
' arrêt fût-il équitable , vous auriez encore fait
une très-grande et 11 ès-odieuse injustice en
le prononçant sans m'écouter. Ce n'estpas vous
sans doute qui vous défendrez par cet adage
insensé, quoique tant répété , Que peu importe
MmmùfU le bien se Jmee ^ pourm quFil se
fusse : principe faux dans tous les cas , sans em
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excepter un seul , absurde daps la théorie ^
tyrannique dans la pratique ^ attentatoire
aux, droits des hommes et des nations. • # •
Les larmes vous ^iennenl aux yeux quand
TOUS Toyez un homme coufbé sous le faix
que TOijis ne lui avez point imposé \ Que vos
cheveux dressent sur votre téte en pensant
à celui dont vous m^aves chargé , et sous le*
fjuel je succombe 1
T X T
Persuadé que les
"plaies en écrit demeu^
rent ^ je tâche décrire
comme je 'voudrais
Vai^oir fait le jour qu^il_
me faudra rendre
compte à Dieu*
VI.
Est-ce parce qu'elles
demeurent ^ que mon
père m'a frappé de
ces terribles plaies?
et que , ne disant pas
dans son mémoire un
mot injurieux des per*
sonnes qui l'avaient
attaqué , 11 s'est efforcé de déshonorer son
fils qui se taisait y et avait mieux aimé fuir
oue se défendre ? . .
T S X T »•
• VIT. a78. )
. * Que la justice sojf,^
d^fis tous hs cas j reuf^
du^es s^tr Les lieux ^ san^^
qu^la juiisdiçtionde^
VII.
Voilà les principes
d'adotinistiAtioa qu«
Toi^ayez^ pesés > moipi
pè^e, €11 idciiant d^4^
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Compagnies à ce des^ crirecomme vous v<m*
tinées êoil jamais en^ dricz Vai^air fait le
fiteinêê; que la police jonr quPH vtms fiiudra
y soit tellement oIh rendre compte à Oieir.
sei vée^ que la faiseur Je vous supplie de
y soit même inutile ^ vous demander , dans
et que la plainte de votre eonscîence ^ si
t opprimé troupe un vous y avez conformé
vengeur et un juge sur votre conduite, si
leskeux. TOUS êtes d'accord
avec vous-même lors-
que vous me sous(rayez aux tribunaux y vous
qui savez si bien , que les abus ne sauraient
inoir un plus prompt et plus sûr trioyen de
s^introduire , que sous la forme spécieuse de
r ordre' allié avec la contrainte , et indépen^
damment des cours juridiques. ( YqI. VI ^ pag«
jSç. ) Que si , par des motifs que je ne veux
ni apprécier 9 ni même deviner^ vous avez
laissé pgroooacer mon arrêt , tandis que vous
m'ôtiez tout moyen de me défendre , en me
plongeant dans la caverne ou je suis^ mort au
nioiide ; y a-t-il , je ne dis pas de la justice,
je dis de l'humanité dans ce procédé ? Vous,
mi qui que ce soit an monde ^ ârt4l le droit
d'être plus sévère que la loi P d'apprécieirppar
moi le prix de la liberté et de la vie , ou le
poids de la servitude et de la torture conti-
nuelle que vous me faites subir ? Demandez*
vous enfin , si votre fils cfui , coupable oa non,
«ttsi crueilemejit opprimé^^peut tit^uver dans
%
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QS MIR:A'BEAU, i65
les lieux où vous Tavez fait confiner , je ne dis
pas un vengeur^ je n^en veux point ( et de
qui me vengerais-je ? d'un père? ) je dis un
juge , auprès duifuel la Jlweur soit inutile P Je
demande ce juge^ je demande un juge quel«
conque j et ne puis Tobtcuii , grâce à votre
crédit.
è
TE X T E. OBSERP^ AXIONS.
VIII. ( f a8o. ) VIII.
X^tainesévocatwna * - Mais la méthodé
purUsifuelle^onijorna , ^ que voui employas-.
jmdis' le f^ma^oir éhe*, estreUe plus juste et
OampOgkiics \, 4epieit^ plus, salutaire ? Yo¥Si
dkaituiUsi communes , portez votre procès^
ifwe tifUtB affmtm liti'^j osfr.le mien devftfit ua\
gêèuM re^iemkuit ^om- j ii|^qai> tt^ea a ai lesv
poTila forme ^ aa pur droits ^jai la mission^.
lefifnâ'^ à imOàpémle^, m - J€S kiMtères ; qui \
aà ,^ parnmum mOlion. piâiide* sor dix^huit.
dtanws^t (Rx-rmlUons': millions d'iiommes et ^
à'Mffdàwm^hhmedroÊÊfs dea) iwllMiHs^\d'a4Ett^t
€knéuessaii'fimeaAJête»\ rM\ : itiMt- bîea aàr>
de ta\pmm à troupefTy qiJih yous eui croira
Péiifjf/mHà^^ran^ sut yotre parole^ et
' \ ^ » \> a'caâiequevous vou%
lA r r ' • • ;A lèrf**:. ; Mais 1.4 vic-'-
I ' .1-;^ , Mi <^ ; - m)âiiS\ elia béiej^.^siiAi
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x66
I.x;TT&S8 OKI6IKAI.SS
T S X T S,
lX.(r«a.a8o-3o6.) '
Peu^à-peu , à forcê
éPaiUrer Us affaires à
soijf legoui'ernementj
au lieu de la sîtpi'éma^
tîe qui seule lui con^
çient ^ attrait V intérim
dance et le district des
déiaiis qui l^absorbe^
raietii y et réduiraient
' ses chefs à être de
simples comntis aux
signatures i tandis que
les intrigans dans*
leur air natal j siùôs
qu'ils nagent en eau
trouble , assiégeant
les > ^commis et leurs
sou^rdres ^faciliie"
raient le cours des
choses wfs Hankrclm
M'ie remerssmenU • #
jhifdstre rendis dans
son redoutable càbi^
jietjsenut tout étonné
dfopoir faU > mUie'*
grâces , et de n^aimt
IX.
■
Et tous ces hoiméies
gens-là sont-ils sanc*
tifiés lorsqu'ils vous
sont'utiles? Devien*
neot-ils impassibles ^
infaillibles^ incorrup*
tibles at juges , légl-
tioïes des citoyens ^
pour votre famille
seule? Quels magls*
trats 9 juste Giel 1 que
ces courtisans dont
vous a^ez petntrà soo^
vent l'iniquité: et la
bassesse , avec une
plume de fer î A quel
tribunal irons tradiii-tj
sez votre fils , vous
qui savez si bien que
M sensit un» aiiitude
forcée U impossible à
la justice même , que
d^oêfoir la btslanee et
leglaiçedans la même
main ! ( Tom. VI ^
pag. 87. ) Hé ! qui )a
tient % cette balanee
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167
pas une créature, pas dans laquelle vous
unamidesapersonne j xnettez votre fils ? • . . .
mais seulement de sa Jenemelivrerai point
place , parce (juil ne à ma verve j je ne lais-
voudrait pas se per^ serai pas déborder
suaderquHl serait mis mon indignation si
à Venclwre par ses juste et si profonde J
. eniours , et qu^on yen^ mais rappelez - vous
drail ses audiences , quelques anecdotes
son repas j son som^ qui disent ce que je
meU,sesdisiractionss veux bien faire* • • • •
etc. En min il ferait Le surintendant d'O
alors maison neme ^ avançait dans une au^
et noupeau cabinet à guste assemblée , que
tous égards ; les moU' le peuple ( et tout ce
ches qui succède^ que ces gens-là n'ai-
raient , plus apides ment ni ne craignent
que les premières , est peuple pour eux )
C assiégeraient plus estune bête de somme ^
étroitement encore , qui ne va bien . qfue
pût^'il réussir à faire quand elle est bien
venir du Congo des chargée. Le sùrinten^
commis et sous^^om-^ djmtd'Ëmeii disait ea"
mis, muets et sourds plein conseil : que la
eftdurcis enfin à toute foi riétait ' qu^ pour
comiagion de Par. « • • les marchands y etiqum
V intrigue et la cor- . les maîtres des requê*
rupLion descendront tes qm alléguaient'
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9
l68 LETTRES ORIGINALES
. T B X T OBSERTAT ion S.
*
alors (TuJi cran ; les pour raison dans les
vç^lçts vetidroiit les affaires dié Roi, méri*
sous-ordres les pre^ faienld'éirepunis.Stt-
miers j et ceux-ci le vien , dans le même
chefi tous sans le conseil ^ fut d'avis
• sat^oin' d^ôterlecoutrepoison
que la duchesse de
Leftdiguieres avait mis dans detix petîteaboites
dcsti nées au cardinal de Kt^ti ^ alors prisonnier
danslabienlieui euae maison ou je suis , et d'y
mettre du poison a la place. ... Je m'abstiens
de mille et mille traite plus récens., la plupart
desquels je tiens de vous. Les digues juges que.
oeuK qui parlaient ^ et devant qui on parlait
impunément ainsi ! Que les lettres de cachet,
c'est-à-dire , des jugemens sans Loi sans
appel» ébss cofudumnatioits somnmires et par
corps, aUribulimi^ui seruit donnée â l^énfiâiâé
même, que j si elle ne reculait d^Jwrr^ur de
Uisecepter, eUe lawerftût dégénéra éstiiy'rannie
dans sa main ; ( f^axez ci^d^ssus ) cj^ue les
lettres de cachet sont sagement confiées à de
tels bommes l^ Mais ces teœs ne sont plus.
Je l'ignore et je veui- le croire; mais ils
peuvent n'être pas aujourd'hui, et êtie de-.
vuMU £b !-qm- empêchera ces hoùnêtes ccm--**
MfiUeKs démettre leurs abominaables maximes*
en pratique avec rcjLpcditive et commode
juiia|)iudeiîcc
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I
jurisprudence des lettres dosées ? De tels mons-
tres n^approclrassent-ils jamais, des Rcis ,
toujours sera-t-il que quiconque s'adresse à
des ministres pour faire justice des cUcyeDs^
et aux citoyens, ne veut qu'injustice. S'il
avait une intention droite , les voies légale*
hii suffiraient ; il respecterait les lois et les
formes de sa patrie. Eh ! mon père , c'est
vous qui l'avez dit : En quelque partie qùé
ce puisse être « Vinspeciion des détails nè
saurait sentir au gouverneme nt ijiià être plus
facilement et plus irrémédiablement trompé.
(Tome III ^ page i53. ) Pourquoi suis -je
obligé de vous compter au nombre des trom-
peurs que vous avez si bien signalés ? Mazarin
n'était qu'astutieux , cupide et fripon^ ét
9ullement sanguinaire, ni même dur à un
certain point, quoiqu'il n'aimât que l'argent.
Lorsque Saint-Ëvremont alla le remercier de
l'avoir tiré de la bastille , il l'assura bénigne-
ment , quil était persuadé de son innocence s
mais que dans le poste quHl occupait , on se
trouvait obligé d^ écouter tant de choses ^ qiCoit
distinguait bien difficilement le vrai du faux.
Voilà le propre aveu d'un minisf re« Cette ex-
cuse n'est-elle pas fort consol^ntë ? et le régime
qui la nécessite fort saiu ? Un honaête homme
peut-il demander justice d'un autre homme ^
à un tel juge ? peut-il reconnaître la légitimité
d'un tel tribunal ? Mais, mon père, je
prêche àPamlral Coligny la religion reformée*
Tome IL ' , U
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17^
LETTEE S' ORIGINALES
TEXTE.
,,X. {Ibid. Si 5-)
Mon principe poli^
%ique serait de
respecfer tellement le
droit public > çae tout
titre de ^ propriété j
viême la phis mal ac^
guise quant au passée
en fui un de pjossessioii
assurée et paisible ;
que tous engagemens,
même lesplUs onéreux
et forcé a > fussent
sacrés dans la société;
et ce rCest que par des
jiioycns justes et
doux j etCn
OBSERrATIONS.
X.
Lu propriété de ma
personne n'est pas '
moins sacrée que
toutes ces autres pro*
priétés. Ah ! j'aban-*
donnerais loutes les,
miennes j sauf les
droits de mon fils j
pour recouvrer crfle-
là* Mais comment l'ai^
je perdue ? où est mon
délit ? qui Ta cons-
taté ? qui m^a en-
tendu ^ confronté et
jugé ? en vertu de -
quelle autorité légale
suis-je proscrit? quels
çont les moyens justes et doue qui m'ont
^meqé dans un caphot ? Les bienfaits sont le
bras droit de P autorité, dites vous. ( Vol. II ,
pag, 53. ) Les lettres de cachet se distribuent
$ans doute du bras gauche. Je ne sais de quelle
main elles se signent , et je suis très-persuad^
qu OD en épargne^ autant qu'on peut ^ la peine
au lloi.IVlais vous, mon père , comment avec
detels principes , comment les sollicitez-vous?
Vous failes agir^votre maître contre ses in«
I
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1
BEMIRABEAtr. I?!
térêts, dan» votre propre opinion ; puisque ,
selon Vous, il vlest aucun attentat à la pro^
prié té qui ne soit un germe de destruction > eé
qui ne porte son fruit de ruine. (Tom. VI, pag*
83. ) Vous le faites contrevenir au serment de
son sacre , où il a juré de se conformer aux
Ibis j sauf ce qui regarde V usage convenable
de la miséricorde , ( salvo condigno œiseri-
cordiae respectu. ) Une peut donc s'éleicer au
dessus des lois que pour verser les trésors de
sa clémence. Croyez-vous qu il Texerce en-
vers moi? eh l qui a attiré ses foucUe^ sur
na téte r
XL ( tom, %. 56. ) ' XL.
Ils ( les éiraiigèrs ) Quel sont ces scan^
nous disent arbitrai-^ Assurément on
riment gouvernés en ne, serait embarrasé
tout sens ; et il faut- qu'aies déduire tous ^'
avouerque. cer^ sansenoubliéraucun;
tains scandales de maïs vous n'avez pu
détail, nous donnent ni voulu désigner par
assez Pair de quelque cette expression ^
chose d^apprwJuint* scaHdahs de détail ^
' que . les emprisonne-
mens illégaux. Un bon citoyen tel que vous ^
mon père 9 veut-il donc contribuer à étendre
cette 4ache de notr^ administration ? Un
¥P;>pectable Suisse niait que nous fussions ,
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JJ% L E T T a ES OmiOINALES
TOUS et moi , père et fils , parce que j'étais,
prisonnier au château de Jeux à la réquisition
de mon père. Lorsqu'il* eut la preuve cjue
y Ami des Hommes était ce même marquis de
Mirabeau dont le prisonnier de Joux était
jCIs y il me dit ces propres' mots : Je conçois
qu^un père peut être tenté de tuer son enfant^,
si celui - ci est un monstre de scélératesse /
mais Je ne comprendrai jamais comment Use
résout à attenter sur sa liberté. • • • Je n'écrirai
pas ce qu'il ajouta ; mais j'avoue que je pense
et sens comme ce SViisse , qui ^ au reste , est
connu de toute l'Europe par ses talens et
yertus.
T B X T s» OBS^ERrATXONS^
XIL i^lbid.%0.) ' XIL
Qjerai-je demander
à iiion père lesqui^ls
des miens il ^ res*
pectés ?
xiii.
. En conséquençe ,
prouver que l'exercice
de. la .justice est in-'
compatible avec • les
emprisôimeméns ilié^
;auxr^ c'e^t prouver
ue les lettres de ca-^
cliet sont destructives de toute, justice^^ dc^
Lajustiçe n^est au^
ire chose (jiie la cou--
sensation des^ droits
respectifs de chaque
indi^idu^
Xlll. {lùiil.)
En couséijuencc^ qui
dit justice j dit tout >
et toutes autr^ parties
du régime pQluicjUc ne
sont que des^ subdi--
tfisiofis de celLe'là%
Digitized by Goc^^^L
l9É M I R A B E A f^. 178
foiife liberté , de tout gouvernement régu-
lier. Or je demande à vous , mon père , si la
preuve es^t idîfficile ^ si la chose est problé--
matique , si elle n'est pas évidente de soi,
-pour tout homme qui a les premières no-
tions des droits de rhumauité, des lois na-^
tuielles et positives , de l'objet et de Tor-
gankation des sociétés j enfin , de l'histoire
des hommes et de Thomme ? UAmi des
hommes a déjà répondu , il répondra plus
tietttment enctoei
«
T^E X T . OBS ERVATIO^ S.
• » I ' .
.XhY.{Ikid.^&.) XIV.
La distribution de la Je ne discuterai
justice serait ( dans point la valeur de
^otrè plan ) càmmè 'eette exception , quî^
chez ri0us im droit de . si vaguement énon*-
la soui-eràinetë ; mais Xîée , renverse elle
à P^^dminiettation du^ seuie le principe que
quel' le prinoe wraii vous posez. Ce - n'e^t
obligé de préposer des pas à vous qu'il est
tCommitfanSjKré^eV" nécessviîre d'observer
vant nbiquemetit'Ves- que la distribution db
<?a!s lînajeur^ ef'pjrivi- Ja justice n'est le droit
légics , et dowtajît du souverain , que
ttaiUeurs à ses pré^^ jiarce que îe *'corps
posés > vjie autorité social lui a délégué
sans bornes pour tous tout son pouvoir pour
ï« autres cas. * l'exécution des lois }
• qu'ainsi ce droit n'est
H.iij
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il74 IIX.TJIXS ORIGINALES
;€t ne peut être que celui d'ériger des cowt
de justice pour l'admimslrer dans tous les
cas possibles en son nom j qui n'est autre que
la nation prise collectivement ^ selon les lois
admises dans cette société j car il se^^alt im-
possible et absurde que le souverain exerçât
. .personnellement le pouvoir judiciaire «dans
les affaires civiles^ et injuste, et même ty-
rannique qu^il jugeât dans les affaires crimi**
nell^ , puisqu'il est partie publique dans tous
les délits 9 comniQ préposé poijr les ^ourspivip
par le corps social :
Que s'il pouvait être des cas majeuts ei
-privilégiés qui intervertissent le .cours des
îois, ces exceptions funestes scralcnl néces-
sairement arbitraires , et p^r consé^queiit pro-
jpres à. couvrir toute soite^de Urîgandages^^
.puisque ces mots magiques, ^ Le secret de
V administration , arrêteraient jtoutje sorte df
jf^clanoiations , et, liyreraient .im* i^essQurce
un citoyen à la merci de se§ eiiuemis accré-
dité :
Qu'on ne peut dejoiander à qui que çe soit,
sous prétexte du bien public, le sacrifice de
sa liberté naturelle^ puisque la société est
engagée* à la maintenir ;
Que le monarque qui peut faire arrêter et
conduire un liomnie à Vincennes, peut égale-
ment le livrer aux tribunauic intéressés à dé-
fendi e l'autorité dont ils sont dépositaires ^et
jque si l'accusé est vraiment criminel d'état 9
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c^e«t une raisoti de plus pour que leêhef
IVtat ne s'arroge pas la coanaissauce exclu*»*
«ive de son délit j ce que je pourrais iippuyer
demilleet mille preuves tirées des plussimples
uotioasde Téquité
«« Que les mystères d'état n'en Imposent plus
« à Phumanité , qui s'est fait des révolutious
u passées un tableau de proportion pour^uger
« du vrai mobile des grands c v t'iu inens présens
« et futurs» Nous Voyons que des misères d'in^
.« térêts ou de passions particulières ont de
«(oui tems décidé les plus grandes choses >
« et Je masque de la politique est désormais
•« percé à jour. » ( tom» 3. p. ay* )
w Que si l'homme était asservi au code des
«t maxiimes d'état ^ composé d'axiomes bar^
H bares qui partent tous d'un principe fau*,,
M il s'ensuivrait que depuis que les monar-
• ciliés existent 9 "ce n'est au fond que la loi
«« du plus fort civilisée ; que les peuples ne
songent qu'à éluder ou à restreindre cetf«
Cl loi , et que les Rois ne doivent penser qu'à
« rétendre. » ( tom. 4. p. lo. )
* Que quant à ces circonstances subites , et
lieureosement si rares ^ oîi il faut absolument
s'élever au-dessus des formes , et mettre k
l'écart , en faveur de laliberté , les maximes
qui n'ont étéétablres que pour la conserver 9
l'évidence en est le caractère propre et uni-
que , de sorte que personne ne k s 1 év oque en
^oute, et que le citoyra le plus obscur est
Hiv
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276 LETTILES OaieiNALES
ausfti bien au*d«ssus des lois dans ces crises
funestes que le priace lui-même,
« Qu'ainsi la nécessité f Véviâcntô née et"
«I sité , sans tfUioi on pourrait toujours la pré'»
M texterj et lè danger peuê^ent seuls autoriser
M la violence cojilre Li liberté naturcLle des
^ hommes ; et que sans ces motijs pressans
M la ^mination > qui violente la propriété
i* personnelle , dégénère en tyrannie'; ( toai,
i« 6. p. et qu^à peine dix siècles fournis'^
-H sent un ejcemple de ces occasions extrêmes.
H ( lom. 4, p. i56»)
^ Mais qu'en général il importe infiniment
à la société que le droit de chaque individu
soit piotégé, non parnne force particulière^
^ dont l'action illégale blesse les droits de la
communauté ^ mais par les forces réunies de
cette société, c'est-à-dire, en vertu du pou-
^jroir_sôuvèrain réglé par les lois ; et qu'ainsi
jamais et en aucun cas ( car la nécessité
li'en est point un qu'on puisse prévoir ) au-
cuii jugement ne peut éir-c légitimement
rendu contre un citoyen , et par conséquent
aucune peine infligée, si ceji'est par les juges
ordinaires , légalement préposés pour être les
organes et les interprètes des lois*
Cette discussion étendue et développée se-
rait la matière d'un ouvrage très-importaut,
Ëh I qui le ferait mieux que vous ? mais la
restriction que contient le passage cité , n'in*
fine en rieu sur la conséquence que j'en \ eux
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BE MIRABEAFt ; I77
tirer. Mon affaire est-elle un de ces cas ma^
jeurs et -privilégiés dont vous réservez la con-*
naissance exclusive au monarque ? suis-je un
criminel d'état?* • [
TEXTE.
OBSERVATIONS.
X V. ( Lbid. 93. )
làB'priiice n& doit que
ce qiCd peut ; il doit
Û tous ses sicjeis la
justice laphis prompte
et la plus commode.
Les abus de, détails
appartiennent à la na-
ture corrompue : il ne
^iient pas ait souverain
*qu^j4dam rCaitpéclié ;^
mais tous les maux
ide corruptiorè, dè]fèè^
^çeut j d! ignorance, de
hâte , cC impuissance ^
qui naissent Su' dé^
placement ; tous ces
maux j dis-je j soAt
des vices du gouverné^
wôhV .* il tte Saurait
donc trop réserver sa
'vigilance pour les oh*
jel$ principaux , H
* XV-
Mais tous ceui: ^uî
le surchargent de non*
velles demandes , et
détournent son atten^
tion sur des objets
qui ne ^ont pas de
sa compétence , se
croient aussi bien fon-
dés , aussi dignes d'ê-
tre écoutés que vous.
Il faut donc des règles
*géfiérales sans excep^
'tioft ^ des principes
généraux sans a^ccep-^
tion y pont éviter Par-
bitraire et les dépla^
cenicns; et quiconque
sollicite ces excep-
tions manque an de«-
voir de bon sujet et de
digne citoyen, puis-
qu'elles sont funestes
H
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I7St l ETIRE s OaiGIÎ^ALES
T E X T £^ OBSEUrATIOIi 30
renvoyer les déiaiU à a l'état. Mau qui doit
leur aouTce. . pratiquer, ces maxj.;-
mes, si ce n'est celui
qui s^est fait tant d'Jhonneur en les publiant ?
Pourquoi contribuez-vous à ce déplacement
dont vous feitcs si bien entrevoir lesconsé-
quences ? Pourquoi vous rende^--vous com-
plice des vices du goui emement après les av^oir
•indiquas Daignez me dire s'il est d'un bon
citoyen de contribuer au renversement de
-l'ordre ? On sait que les exemples Joui tout ,
et les préceptes rien. ( a*, vol. p. 227. )^
T JE X T JS. OBS EUrAT T O M s*
^ .XY.Î.iZbid. ()().) X V I.^ / ^
* Ces gens"^ là les II y a une manière
intendant ) seraient de gouverner trente
tvui dans Pétat, s'ilf et une fois plus cour-
élaient ce que porr ie j c'est ^u'u» seul se
^Êaien^ leurs iii tes ef^ charge jde celte beso-
leurs prt tentions ; et il gne , embarrassante
^ne faudràit que (renr ou- non , et que ses
te-deux hommes pôur amis obiieaneut^out
gouH-rner le royaume j ce qu'ils peuvent dé*
mais, fût-ce le royau^ .sirei; dç ce magistrat
^es taupes , ils y se-- uniquç, Quaiid i| ra
raient bien embarras-^ trop , emUqxias^é ^ il
sés^ jemp'liia Ja .Bsstijle^
Yiûceanes et auttea
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MIRABEAU* 17<>
lieux de plaisance ; or, là, je vous répond»
qii^une fois les portes fermées^ un enfant gar-
derait dix mille personnes* — Mais les autres
se fàclieront. — Oh ! que non ; nous sommes
patîens;au pis-^aller, vous mettrez tout le
royaume en prison d'état : cela sera un peu
cherj mais le bien des détenus y pourvoira
de reste : on ne vous contrariera plus : vous
serez maître , maître absolu par la grâce de
Dieu et desverroux, et le deopo{.Iouie pro-
menant ses regards sur de vastes déserts s'ap-*
plaudira d'avoir tout opprimé.
T E TE.
XVII. {Ibid. io6.)
*
La justice et la po*
lice sont des ressorts
trop précieux et trop
sacrés, pour devoir cri,
'confier jamais la di^
recUoii en chef à des
mains profanées par
la rouille des met aux w
X V 1 1 L {Ibid. io6.}
Quel contre-poids !
guel remède aux vices
naturelsd^uti gomer-
nement militaire en sa
constitution , que fin^
O BS JuR VA TX ON S,
XV IL
Ne peut-on pas ajou^
ter , à des cœurs cor-
rompusjpar Vinirigue ^
lafup^uretlacour? '
X V II L
Sans n ier ou débat-'
tre le principe , sans
relever cette singu-»
lière expression de
bien voulu , je démit»-
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L£TTE£S OAIGINALES
T E X T M.
troductioh des trihu^
natéx toujours fixes et
agissmis, scrupideua: *
consenateiir^ dcà/or^
mes auxquelles le pou^
%'Qir éclairé a bien
O^oulu s^aslreimlre ,
prévoyant le rogne dié
-pouvoir aveugle!
XIX. {ibia.x\i.)
OBSI^R VATIO N S.
deral seulement de
m
quel droit vous m'ar-
rache:& cette sauve-
gardedes tribunauxsî
précieux ^ selon vous ^
si nécessaires pour re-
médier aux vices du
pouvoir aveugle ?
X I X.
Qaç Vuutgrité se
rappelle les siècles de
fit, oà Von établit et
muUiplia les jugemens
par Commissaires»
Hélas! on est jugé
du moins lorsqu'on
Test par commis-
saires, et quelque ef'>
frayant que soit ce
dernier outrage que le
despotisme puisse faire à la justice^ qui est
d'emprunter son costume pour déguiser sa
tyrannie, du moins il délivre les victimes
dévouées ayx vengeances ministérielles du
poidû de rincertltude, le plus horrible, le
plus intolérable des tourmens* Convenez..,
convenez , mon père , que ceux qui , dans les
prisons d'état, peuvent être jugés , sont beau-
coup plus malheureux que ceux qui sont mal
jugés. Je demande pour toute grâce un arrét#
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9£ UlRAEM AV0
l8f
T E X T B.
XX» [Ibid. 1 14-115.)
Les juges ordinaires
et les trif^unaua: natu^
rels eussent-ils toutes
lespréientions ensem^
ble, des vues d^ ambi-
tion de toute espèce ,
un esprit de despotisme
habituel, une fierté de
mœurs incompatible
açec la véritable équi^
té, le tranchant^ et le
dur d*un prévôt enté
sur la morgue du tri^
nal, une balance énfin
à tout poids et à toute
mesui'e, etc.; Je ne sais
sur quoi ton poun^ait
espérer de trouver
mieux dans ]es juges
d'attribution et de
cour. LVtat de riiom-
me en général est une
maladie habituelle
mais les plus mal-
sains de tous ^ sont
ceux qui respirent Pair
le jplus corrompu.
OBSERFATIO N s*
x»
Pourquoi donc me
soumettez - vous à
ceux - ci ? Je ne suis
que votre fils, il est
vrai ; mais enfin je
dois bien peser dans
votre cœur , autant
qu'un individu dupau'^
i re peuple.
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^8a LETTRES ORIGINALES
T E J[ r JS. OBSERVAT 10 2^
»
XXI. (c, 4. i^%.Ibid.) XXL
La contrainte est le O mon père ! pour^
plus défeciueux des quoi j'emp] oyez-vous
nssoTis de Vautorité^ si souvent ? pourquoi
a-t-elle été dans tous
les tenas la cheville ouvrière de votre admi-
nistration domestique? £n quatre ans de
f ems vous m'avez frappé de huit lettres de
cachet. Ce n'est point à moi à vous rappeler
que vous en avez obtenu trente en votre vie ;
vous qui avez -avancé^ coinme nous le ver-
rons bieiilot, iju a peine en dix siècles se
présente-t-il une occasion juste d'en décer-
ner une. Vous avez mené tous vos enfans ^
excepté un seul , parla terreur, comme si
c'était du sang d'esclave qui circulât dans
leurs veines. Ah ! mon père ! je vous e|} con*
jure, abandonnez, ces ressorts défectueux ;
ces moyens durs H violens, qui, selon vous j
ne peuvent en aucun genre produire rien de
Ion; (2^vol. p. 377.) ces voies forcées que
vous abhorrez comme détestables défiant Dieu
et les hommes. (401* Ibid. )
TEXTE* OBSERVATIONS^
XXIL {Ibid. 149.) XXII.
Par-lout sans en ex- Que vous proposez^
cepierricujlesmojcns vous par les moyens
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SX MIRABEAU. M
TEXTE. OBS MRrATZQNSm
coéi'cilifs sont les plus que vous employ ez
-propres de tous à faire envers moi? ma mort?
sur homme un ejjf tt Donnez-la moi moins
coniraire à leur objet, cruelle et moins len-
^ te : Pacte de m'égor»
ger ou de m'empoisonner ne sera pas plus
criminel que l'intention de me faire mourir
de désespoir, et sera moins barbare que ce*
lui de m'y contraindre. Désirez*vous ma ré*
si^^Uc exice? pur-iout ^ sans excepter rien , les
moyens coërciiifs sont tes plus propres à /aire
sur l'homme un ejjf et contraire à leur objet.
Décidez - vous : accordez - vous avec vou^-
méme, osez dire ce qtie vous voulez. Môh
père^ avant ijue entreprendre de faire res^
pecter le droit naturel dans L\nm^ers , il faut
commencer par le faire régner chez soi* (Ami
des hommes^ vol. 3, p. 2j3.)
T lù X T E. OBSEMFJTIONSm
XXIIL ( Jbid. 238. ) XXIII."
Le droit des gens en Grand dieu 1 c'e»t
gi'andet en petite c'est ♦celui qui a écrit aiiir
là le point de pue qui si , qiii^ iih mépris du
abrégera vos travaux .drçit n^tvo^^l.et de«
et Tfos spéculations ; .sentimens les pl^s
quifivera vos irréso-^ doux de Ja patwe ,
butions, qui élaguent livre so« fiJsà^€# O7
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184 LETTRES ORIGINALES
T JS X T
OBBEHrATlOir S.
les sophlsmes du pour
et ducontre, malheu*
reuK efforts de Tes*^
prit humain ^ destiné»
.à cacher les trahisons
de riotérét , qui oba-
^curcisscut des vérités
plus claires que le
jour, et font quelque-
fois subsister chez des
peupksjjollcesdcsty-
jraDnies de détail^ dont
la barbarie aurait rou-
gi. Aj ez uniqueiuen t
en tout ét par^ioul le
droit des g&ns en vue.
La loi naturelle j em*
preinte dans tous les
vœurs , se présente
sans cesse aux j eux
même qui le Jiiieni >
et le fait briller sans
-nuage dev ant ceux qUt,
le cherchent dans la
pureté de cœur et ^in^
ieniion. Il vous dé--
Cidera ■ dans les plus
petits détails* -
munies de détail dont
la barbarie aurai trou-
gi« Quis iulerit Grac^
chosde sedifLoue que^^
rentes ? Mon père
relisez ce beau frag-
xnent^ et tâtez votre
cœurt
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B£ MIRABETAV* l85
T X T E. OBSER FATI03HS.
0
XXIV. XXIV-
(C. 5. p. 3 12-1 3. IW.) ^
Parmi tous ces mo^ Traitez moi en
dcrnes , je suis peut^ père ^ ce qiii est plus
être le premier qm ail d ire qu^en frère ;qbt les
prétendis enseignerai devoirs de la f ratera
physique que tous Les iiité ae sont que re*
hommes ëtaient frè^ latîfs : ceux de la pa-
tes; que nul ne pou^ teroité sont directs*
Tfuit faire son propre Vous m'avez donné le
avantage exclusive^ jour.C'est à vousiiTOav
ment à celui ^autrui; , efforcer de me rendre
^e Les principes de la heureux , et à plus
justice s'accordaient forte raison de n'être
en tout et par^tout à pas l'artisan de moa
ceu<x: du véritable in^ infortune. ^ -
térét; que le$ bienfaits Suivez envers moi
étaient les seules chai^ Jes principes de la
nés propres à rhoni" justice naturelle ou
me; que Vlianuonie posirive,àvotrechoiy« *
politique a des règles ^ L'une et l'autre vous
simples ^ fixes et pré^ diront que vous ne
cises j aiù - delà des-- pouvez être mon jug4>^
quelles la puissance car un. homme n'a et
ne peut rien contre ne peut avoir aucuns
elle-même^ droits de juilscliv lloa'
sur un autre homme i
le pouvoir d'administrer la justice apparte-*
* *
Digitizeci by Google
l86 L£XT&£SOBIGIKAL£S
nant évidemment à ]a. société réunie pour
luaînfenir les droits naturels de chaque indi^
vidu y qui né durait les comerter sans Pas*
sistance de ses semblables» Un seul hoji«me
est le dépositaire de ce pouvoir dans les mo-
narchies ; mais il faut qu'il le délègue ^ s'il
ne veut être un oppresseur. Les lois positives
Tous diront que depuis la fondation de ceroy au-
mejusqu'axe jour^ un jugeu'afamaispu juger
seul : ce que vous pouvez voir , dans les lois
Mliques, dans les capitulaires/dans les pre^
aniers écvivains de pratique de la troisième
race ^ et enfin dans toutes les ordonnances
.«le nos rois 9 depuis qu'ils se sont arrogés le
flruit d'en faire. Ben dez*dônc justice à vous**
onême et à moi 3 respecte^ les lois de la na-^
fure, et celles de votre patrie; otez^moi
,c€s chaînes, dont vous m^avez tyrannique*»
ment chargé , et auprès desquelles la mort
serait un bienfait.
T ^ X T s,
XXV.
Il
( C* 7r p. 41 4- 1 5« Ibid. )
Qu^on ouvre ces cé^
lèbres prisons,, oih y
iTou<^cra quelques
prisonniers à! état, ou
autres dont les crimes
jie doivent pa^ étreré^
QBS ERVATI 0 2i 5.
*
Je pourrais vout
dire 9 mon père, que
vous* traitez bien, lé-
gèrement l'article de
ces célèbres prisons >
et qu'assurément vous
Digitized by
BX MI H
T M X T JË.
yéle$;ceux4à seraient
> aussi bien à Pierre^n^
^ 2^. Quantitéde scé-
lérats qui n^aiiendent
,gue la liber lé de se
faire gendre , et des
liberiins ifui a^ instruis
sent sous de M bons
viaîires. Nous par--
lions tantôt des ^ra»
^uux publics. Pour*
quoi ces gens-là , at-
tachés à des ûhatnes^
.ambiélanles j, ne sont^
ils pas . employés à
céàxdeeestrdpouscqui
paurraient être mal-
sains pour des ouvrier»
volontaires? Ils ser^
^iraient ii^exemplo ,
au lieu qiûils sont ou"
bliés dans leur obsùiir
rèpaite ; et le malheu-
reux qui, opprimépar
de faux rapports j et
des surprises faites à
P autorité , se^ trowe
quelquefois corfonida
ABSAV« l37
OBSEMFATION Sb
ne les avez pas exa-
minées de près, soft
dans leur constitu'-
lion , soit dans leurs
inconvéniens , quoi^
que vous en ayiez ha-
bité une ^ et c'est celle
où ]e géBEïis :
Qu'il n'y a pas un
homme au monde que
je ne défie de prouver
que de» prisonniers *
d^état, des scélérats ,
des libertins , des
fous 9 des vieillards
ruinés , fassent , je ne
dis pas le plus grand ^
nombre des habitans
des prisons d'état, je
dis le tiers ^ le quart ^
la dixième partie :
Que ce que vou5
appelez les surprises
faites à l'autorité ,
peuplent ces lieux de
douleur , et que la
plupart de ceux qui les
habitent ont de, l'es*
prit et des talens , ce
by Google
i88
LETTKÏSOBIOIirALXS
parmi les juéchu/is^ qui est très-naturel €t
serait plus en éiatde -se cochpreiid facile-*
réclamer 1^ secom^ ment ,1e feu des pas-
delsi^iiïéeidi^^ctlair- sion$ étant presque
cissemenê. toujours celui du gé-
3\ Des insensés : nie , et le génie exci*
ceux-là pem^enl végé^ tant constainmciit la
ter yuir^iùup aiUeuns naine de la médie»
comme ici% «rité t
4*^. Des enfans • Que dans le seul
des jeunes filles aban^ château d'if ^ j'ai vu^
données n • • * ' trois hommes dont le
S'^.Desfillesdejoie crime unique était
quij transportées dans -..d'avoir de jolies fem-
des manufactuxee de mes protégées par
jJTOinnce y pem^ent d^ quelques - uns de ces
^nir filles de travail, bas valets que l'on
Des meilUirdsenfn -appelle grands sei-
^uiyajaiit consommé ^gneurs^apparemment
dans ia débauche et la par antl - phrase , et
dùstsipatmn tout le qui sont tout à la fois,
firuit du trm^aiL cou- comme cela est de
rant de leur vie ^ et droit, les plus lâches
apyant toujours eu esclaves et les plus
Vamhitieusù perspec^ impitoyables tyrans.
tive de mourir à Vhô^ J'ai tiré un de ces pri- "
pital, y parviennent sonniers de ce fort par
anquUlemeni. une démarche un peu
hardie j mais enfin ^
Digitized by Googl(
die a réosai j et je n -al paa été aussi hett'^
reux pour moi*
Je pourrais vous dire , que dans ce même
fort 9 j'ai vu un ancien armatear américain ^
âgé de soixante et dou^se ans , criblé de vingt
coups de fusil , aimé^ estimé et employé par
mon oncl^ , lor^ de son gouvernement de la
Guadeloupe,) qui^ pour piix.de ses travaux
çt de son sang , était détenu dans cet affreux
séfour 9 àla séqûbition de sa tendre, et respec*
tueuse fille qui avait représenté que son père
«candalisait le public et se clcslionoralt par
9e9 fréquentes ivresses ; qued^aîllears il pQU^^
v4it > se tuer en. tombant , et qu'il fallait ren-
fermer pour qu'il ne tombât pas. En effet ^
vieux bon homme ^ à qui j'ai connu eiH
core un esprit très-sain, des vues y de 4' au-
dace , et des lumières étonnantes entassées
par Texpérience et enibuies dans un peu
d'abrutissement , aimait le vin et l'eau de vie
en déterminé marin, et nullement les callus j
et sa fille en était une fet^ Tintenda^t, ou
êon Siubdélégué) ou ses laquais , la proté-
gçaient j et le père ayalt eu l'imprudence de
«Mfiacer, eton Paii^àiipDévemi ; et cetexbn^lff
que j'ai, vu dans un fort , peut se retrouver sous
d'autres formes dans cent autres. Tout lé mon-»
de sait Thiatoire du Sfîeiàr -Rivière, que j*ai
connu homme honnête et dous# Kn 17^6 il
avait été soupçonné plutôt qu'accusé , lot e*
SQii père , d'un assassinat } l'un et l'autre , ai>
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I
190 ^ LETTRES OaiGINAtES
rétés en vertu d\in ordre du Roi ^ avaient été-
conduits à Bicêtre, où le malheureux vieillard
est mort de chagrin et de xnUère , et où le
fils a langui neuf ans. Ses parens , nageant
dans Topulence et qui avaient jeté leur dé-
Tolu sur son bien, affectaient des alarmes très*
vives sur son sort* Le hasard a fait connaître
cet infortuné au digne M. des Ëssarts, qui
a fait paraître un mémoire à consulter tnr
sa faveur ; le prisonnier a obtenu, en 1 776 ^
la permission d'être transféré dans les prisons
de Bayeux, où son prôcès lui ayant*été fait ,
sa liberté lui a été rendue. Vaut mieux tard
qu^e jamais j mais tput le inonde n^a pas la
force ou Ja faiblesse d'être eseiave di% ans ;
et, si le^ sieur luvière eût été au donjon de
Vinceqjges ^ il y serait mort, parce qu'il n'au-
XBit pas pu connaître M. des Ëssarts* Je cite*
quelques-uns des exemples que j'ai vus: com*[
bien de milliers je n'ai pas vus! ^
Je pourrais vouç^dire que dans ce liaéme'
château d'If ^ il y «avait, trente prisonniers ^
dont un .seiil de la lie du peuple était un
* scélérat, dont à peine six pouvaient passer
|iôur de mauvais su jets. - A iaiVérité ^ les autres
prenaient le grand chemin de le devenir ; et
c'est encore un avantage inestimable de ces
augustes ^maisoat« Lés prisonniers se com-*
mujaiquent-ils? une seule iialeine empestée
infecte toutes les autres. Sont-ils enferméa
MIRABEAir* I9X
toujours et à jamais à part ? ils devieiment
sombres , atroces , fous ^ enragés.
Je pourrais vous dire qu'il est trop vrai
qu'il faut cacher à la société ceux qiû , par
une suite de la faiblesse de notre triste na-
ture ^ ont perdu l'usage de la raison ; mais
que Ja plupart des fous que renferment les
maisons de force et les prisons dVtat , le sont
devenus par l'excès des mauvais traitemens
et de la douleur, ou l'horreur de la solitude;
qu'un régime doux et sain , et quelque exer-
cice leur remettraient la tête. J'ai vu à Ma-
nosque un digne et respectable religieux , qui
n'avait de son état que l'habit qui n'eu man-
quait pas un» Six insensés lui sont tombés
dans les mains pendant que je l'ai connu et
observé , trois desquels on était obligé de te-
nir à la chaîne : tous sont sortis d'avec lui
bons et paisibles citoyens.
Je dirais encore qu'il serait tyrannique et
, barbare de condamner des liberiùis à des
travaux mal -sains pour des ouvriers volon^
taires ; Car ils le seraient aussi pour ces li-
bertins ^ et c'est une horreur c^ontre nature
d'attenter lentement sur la vie des hommes
qui n'ont pu être condaxnnés légalement à
•la perdre* Vous vous êtes rétracté à cet égarà
dans votre sixième volume ; mais non pas
par la raison que je prends la liberté de vous
objecter. -,
Je dirais enhn^ qu'un écrivain sur la po*
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LETTRES O&IGINA LES
puiatioD y aurait pu réfléchir sur le nombre
des générations enfouies dans ces tombeaux
appelés prison» d'état; que je connais six
forts qui contiennent trois cents prisonniers ;
qu'à envisager la chose seulement en calcula-
teur 9 on s'assurera qu'il n'y a pas un de ces
gommes ^ quif dans l'ordre^ je ne dis pas
possible , je dis naturel de la continuation des
générations 9 n'eût pu donner k l'état, à l'hu-
inanité, un nombre inhni d'hommes : car à
la vingtième génération, par exemple , cha-
cun de nousà un million ^quarante^-huit mille,
cinq cent soixante et seize ancêtres dans le
degré direct , et deux cent soixante et qua-
torze billions , huit cent soixante et dix-sept
millions, neuf cent six mille, neuf cent qua*
rante-quatredansle degré collatéral. Ce cal-
cul est effrayant pour des yeux non éclaii es ,
et un esprit non réfléchi ; il ne le sera pas
pour vous: il est bien simple , bien évident,
bien incontestable , si deux ci deux font qua-
tre ; et s'il paraît incompatible avec le nom-
♦
bre deshabitans de la terre, vous sentez biea
qu'il faut observer que les mariages qui se
contractent entre divers descendans d'un mé-
me père , réunissent peut-êti:e et consolident
cent mille modes différens de consanguinité,
ce qui n'empêche pas que le terme possible de
la population ne soit inassignable et même
litconcevable.
Peut-être suflirait-il de celte réflexion , qui
offre
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offre une preuve si simple de la fralernit^
physique de Phommë ^ pour ne pas enterrer
•légèrement des hommes vivans. A voir I9
chose en philosophe, en politique, en légis-
lateur 9 combien dfautres considérations s'of^
frent eu foule, qui doivent inspirer la plus
profonde horreur à tout être éclairé et sen-
sible , pour ces homicides dont les ministres ^
leurs commis et certains pères se rendent
journellement coupables ! Je ne veut pas faire
un livre de ces notes jetées en courant j et
je ne mourrai point , sans avoir porté sur ce
sujet les vrais principes à un degré d^évidence
auquel les aveugles volontaires pourront seulsr
se refuser. Probablement cet ouvrage aura
le même sort que moi , celui d'être enterré
tout vif. Quoi qu'il en soit , je me content erar
de vous observer ici, que si le malheureua^
opprimé par de faux rapports et des sur^
prises faites à V autorité peut se trouver con^
fondu dans les prisons d'état auec ceux qu'il
vous plait d'appeler méchans , lesquels ma/-
heureux opprimés doivent réclamer répara-*
tion et justice 9 et non les secours de la pitié,
c'est une raison suffisante , indépendamment
de toute autre , pour proscrire à jamais l'u-
sage des lettres de cachet ; car le crî de Thu^
inanité, que confirment la raison et Texpé-
rience, nous apprend qu^il vaut mieux que
dix coupables se soutient que si un innocent
périssait^ u L'axiome Salus reipublicœ ^pre;^
Tome II, I
♦
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1^94 LETTRES ORIOIKALES
*r ma lex esta , ne peut jamais s'entendre que
« des lois de forme ou de règlement ^ et dans
« ies occasions ejttrémes , et si rares ^ qu'à
u peine dix siècles en fournissent^ils un exem^
^ «r pie ; mais c'est d'ailleurs un principe exé-
u crable 9 et sujet aux plus odieuses applîca-
« tions 9 dès qu'il peut intéresser le fonds.
II déchaîne en effet l'audacieux et le fort ^
« disperse tous les liens dp la loi naturelle,
u enchaîne le droit à la suite du fait au gré
u d'une imagination échauffée , ou sous les
« ordres d'un çpeur impur. Le véritable axiome
politique , le principe de la sûret^é publique
« et privée , l'axiome éternel , le voiçi : Que
« plutôt tout r£tat périsse 9 que si la main
u sacrée du souverain signait la plus petite
u injustiqe ( tom* 4, p. iSo.) Âprès cet ana«
thème terrible prononcé par YOus*.uême,
qu'iest-Il besoin de disserter cncoi e ? J'obser-
Tjerai cependant , qu'indépendamment du
<|roit , quand bien même les lettres de cachet
feraient autant ou même plus de bien que de
mal ^ elles ne font pas exclusivement celui là
que le cours qaturel^des lois opérerait bien plus
sûrement ^ parce que la stabilité et Vuiiifor^
mité de toute règle est ce qui en assure le
plus Vea:é€ution ; ( tom* 4 9 p« 2^08* ) et elles
&nt irrémédiablement celui-ci, parcequ'il n'y
9i aucun moyen d'appel contre Pautorité qui
}çs lance. Je ne puis entrer dans le détail des
preuves j mais ce moi vou§ suffit ^oui co^-» .
m
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. DE MIEABBAir. t<jS
prendre la force et l'étendae de ce raison-
nement»
TEXTE.
XXVL {Ibid. p- 425.)
«
Ce ne sont poinê ici
( dans les hôpitaux J
comme Von dit les en^
fans de la débauche :
la débauche ne fait
point d*enfuiis : c^est
la misère , le malheur
ou la faiblesse , qui
^ous apportent leurs
enfans. De ces trois
choses, les deux pre^
mières sont respecta^
bles ; la troisième ,
excusable pour des
anges j attendrissante
pour des hommes.
OBSERVATIONS^
XXVL
J'ai le CG0ur trop
serré pow çammen-*
ter cet article, . . Ahl
mon père ^ Famour
TOUS a donné plus d'un
enfant : je puis vous
le dire , puisque vous
en avez plusieurs fois
plaisanté devant moi.
Si je les connaissais ^
le ciel m'est témoin
qu'ils seraient mon
sang , mes amis , mes
frères* Hélas 1 les fai'»
blesses de votre fils
sont ^ elles donc les
seules criminelles ?
Le malheureux enfant qui est né de moi y et.
que je ne puis secourir , est-il coupable de^
mes fautes ? Vous voulez tirer des hôpitaux
tous les enfans trouvés ; y laisserez- vous le
mîen? vous voulez qu'on veille sur eux, qu'ils
intéressent le gouvernement , qu'ils soient
soigneusement protégés : celui qui porte votre
sang dans ses veines | sera-t-il le seul qui ne
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196 LfiTt^KE^Sr 0Ar&ï N AL£S
Touft-intéresseta pa^ ? Ah ! que je serais plus
tranquille siu: moa sort, si j'étais rassuré*
SÛT le sien !
OMSERP'ATIONS^
XXVII, '
Selon les principes
dugrandnainistreque
à tous, opprimés qui rous^ citez ^ iHâffai^
demandeiU > justice , blusez^vous pas Vé^
T JB X T S*
XXVII. ( liid. 407. )
' Mefus. d'audience
aux complaignans et
affaiblÏBsèmeni d'état.
( Tiré des Mém. de
tai^ autant qu'il est
en vous , en me faisant
refuser toute audien^
; c*^^ Je ne crois pas
que cett« mftxtme de ânlly soit jamais Té^
pigraphe d'jun traité sur Tavaniage des let^
très de cachet.
TEXTE. OB3 ERf^ATION S.
É
XXVIlL(tojn..9.34o-4) X X V III-
' Les peines dispro^ ' Or les emprisonne-
pchrilonnées aux cri^ mens iHt^gaux nepro^
mes sont un àbus con-' portionnent jamais la
traire aux mœurs ^ et peine au clélit^puisque
îjid apilit les lois.^er^ la punition qu'ils inflt«
sonne ne connuît gentestla même pour
viieux que moi La y tous ceux qui la su-
wité de cet axiome. bissent. C'estainsique
la tyrannie égale tout,
en tout opprimant ; état forcé qui passe en un
clin-d*mil^ et fuit place à V anarchie, (tom
4' 17^0
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r
T X T E. OBIS B liFA^lO
XXlXé ( vol. 4. 3a0 ' XXIX.
Noire pei[soniie eut. Je comprends bied
à nous, et l^uiaiienUU que tous sous-eoten-
contre celle propriété dez injuste, et le mot
est un sacrilège. attentat ewjj^orte slyqq
lui cette épîthète ;
mais ce n'est pas même injuste qui doit être
«ous-enteiviu : est illégal. Car enfin si la lé-
galité n'est pas dans la société la sanction de
la justice 9 tl£rat mèttré en fait et prouver que
les mandemens fixes ;£i/t^$ont point nécessaires
pour légitimer Fautorité , et même l'obéis-
sance ^ et distinguer celle-ci de la servitude ;
qu'ainsi toutes lois, toutes formes de juge*
ment, toute magistratHte , tous privilèges,
«ont un fatms.tturtiie et'- des mots vides de
sens et de réalité } que tout doit étire réglé ^
fugé , exécuté par la volonté arbitraire d'un
ées^te, parce que cette méthode est plus
juste, comme plus simple et plus rapide:
of , personne au monde, excepté deux ou trois
jfous et sept ou huif scélérats , n'ont avancé
ces horribles blasphèmes depuis qu'il existe
■ des hommes. Je m>n tieqs donc à la lettre
de votre principe. Il ne vous avancera de rîen
de dire que ^e suis coupable ; que j'ai mérité
de perdre la propriété de ma personne* Je
a^épéterai pour la centième fois , que vous n'ea
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398 LXTTJ^ES O&IGIITALES^
avez pas la preui^e légale , et que , Peussiez-t
vous , vous n^êtes pas mon juge légal, et que ,
le fiissiez-vous , je suis illégalement, c'est-à-
dire tjranniquement pifiiL On ne peut sans
une atroce tjrannie , s'élever au-dessus de
la loi pour aggraver la peine d'un délit.
T M X T OMSMRrATIOli
XXX. ( J*w/- 38.) X XX.
JJéquité est un être _ D'après cette d^«*
moral bien réel : elle uition claire 9 «impie
ji^esiautre chose qiCun . et incontestable , dai*
sentiment de respect' gnez examiner si vout
pour tout droit, et par êtes équitable envers
là elle est excluswe^ moi. Mais si vous» ne
riientpropre à Pénonr^ l'êtes point ^ comme
dation et coneertfo^^ je croiji l'avoir évi*
tion des droits qui denuneat prouvé et
constatent lapropriété que la force qui agit
de chacun. Si*... la en un sens opposé de
force agit en un sens V équité soit tyrannie,
oppotié aujj -vues de vous êtes tyran envers
t équité, eUe déifient moi; et si la fin de
tyrannie ; la fin de la toute tjramie est la
tyrannie est La desz destruction de ce sur
trucHon de ce sur quoi quoi - elle agit , vous
elle agit. êtes .mon bourreau ^
et même mon aiisas*
«în ; car le bourreau n'^orge qu'en vertu de
)a loi • » t • O mou père l je frémis de la CQUn
Digitizp
9S MIAABSAV. 199
$éqaencei mais voa8<*>même m'y avez cou-
dait.
T M X t JS. OBSERF^ATIONS.
XXXI. {Ihid, 69.) X X X 1.
' Ce n'est point là so- Tout ceci est un
eiété qui donne un tisau de faux princî*
droit au père sur son pes , dont la discus-
^Is : aji contraire , il sion me mènerait Uè;>*
est tout simple qu'elle loin ^ et sertît -fort
lui en été ; car la so^ inutile; car ?ous savesà
ciéié est une réunion bien par où ils pé-
êtres qui consentent chent.Vous savez bien'"
à sacrifier quelque que nous avons beau-»
chose de leurs droits coup acquis en noua
solitaires , pour les réunissant en société ^
échanger contre des et rien sacrifié: vous
avantages de réunion, sentez bien que dans
'Dansxme f online seu^ la loi de nature, le
le ^ le père serait le père n'a droit de juri-
souverain de son fils; diction qu'à raison de
dans la société ^ per-- protection y et qu'où
sonne ne peut Tétre finit l'une, l'autre fiàit
d^un citoyen , si ce aussi j bien entendu
n^est Vétat. Ce nest que la douce soumis*
point la société qui sion de la reconnais-
soumet réponse à son sance continue. Vous
mari; âest V ordre de sentez que la souve-*
la nature qui veut raineté ne dérive pas
qu^en toute réunion plus de la paternité ,
I ir
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^00 L£TTfi.£S ORIGINALES
TEXTE.
OBSERFATÏON $•
de qualités diverses,
V autorité soit du côté
de la force j la dou^
ceur et^ le. conseil dw
eôté de la reconnais^
wcmoe èt de PaUachè^
meni^ Co rCest 'point
la société qui dévoue
ie filsà son père ; au
contraire eUe partage
ce devoir uniqm etsa^
eré ; mais tous ces
droits du père au fils,
du mari à la femme ,
sont autant de por^
iions inaltérables de
la propriété^
que de tout autre de-
gré ;âe parenté ^ puis-
que le père n'est pas
immortel ^ et qu'après
lui, personne d'entre
les frères, les cousins*
germains ^ etc. les*
quels ont besoin d'un
gouvernement , s'ils
sont très-multipliés y
ne sera père; qu'ainsi
Tutilité et le vœu de
la famille sont les
seuls titres de souve**
raîneté, etjc» De tout
cela vous n'avez con<^
servé que le vieux rév0
(je dis vieux ; car il
a plusieurs milliers d^années) des soweraàns
pères de leurs peuples ^ ce qui fait une phrase
assez ronde , et puis voilà tout , et se réduit
€n dernière analyse à dire que le roi, em-
pereur , monarque , mandataire, messier (tout
ttomme il vous plaira le nommer ) maïs tou-
jours et uniquement le salarié de la société ^
doit servir ses commettans fidellement, pa^
ternellement , si mieux l'aimez pour son propre
intérêt, etc. etc. etc. Mais enfin ladéfectuo*
<iité des prémisses. n'a pas influé sur les consér
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DE M I R A B £ A ty# 201
quences : car, semblable à tous les bons es-
prits ^ qui «'égarant dans les principes ^ «e re^
pressent d'eux-mêmes dans les cooséquences ^
vous les tiriez excellentes , avant d'avoir fixé
les vrais akîomes. Il suit donc de ce que vous
avez établi 9 que vous êtes^ par la loi positive,
comme par la loi naturelle , mien comme je
suis vôtre; que vos droiis énoiaueot de ¥oû
devoirs , et mes devoirs de mes droiis^^ Voilà
de Véconomisme tout pur. • . • Encore une fois ^
je vous supplie d'appl i quer vos maximes àvotre
conduite ^ ou de pratiquer vos principes»
T K X T E. O BS ERTAT lO N s.
XXXII. {Ibid. 76.) X X X I L
Les^Rois de la terre Je ne transcris cette
doivent être aussi re- étrange maxime que
tenus que le Roiduciel pour vous montrer
à faire des miracles , que Je cite de bonn«
et les opérer dans la foi ; car enûn vous en
même intention , lors^ sentez mieux que moi
qu^iis sy croietufar^ Tabsurdité ^ et vous
cés. ' apercerez les consé*^
quences atroces que
les vils partisans du despotisme en pour<«
raient tirer* Si le Roi du ciel a jamais fait
des miracles , ce qui , pour un véritable et
respectueux adorateur de la divinité ^ parait
impie à croire et absurde à penser ^ il était
certain d'avoir rai&ou. Eh ! quel homme a
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lOft LBTT&E9 OKIGIKAIES
cette certitude ? Dieu rien a point créé ^ et
tCen créera -point dont le génie »oil assez
étendu» et les vues assez sures pour préuoùr
toutes les conséquences sowent^ destructii^es
résultantes du bien apparente (p. 84») Qui
s'airogera donc le droit de s'élever au-dessus
des règles consacrées par le vœu et le consen-
tement général? Sera*cele plus faible ^ le
juxoins éclairé, le plus ignorant des hommes?
celui qui est entouré des passions les plus
actives et les plus corrompues ? celui qui se
trouve le plus éloigné de la vérité? N'est-il
pas évident que la cupidité des souverains et
de leurs entours ^ vdeviendra la raison d^Etat
et décidera de la nécessité du miracle ?. .
Ah! mon père 9 point de comparaison des
choses célestes aux choses terrestres ; ce sont
précisément des applications de ce genre qui
ont créé l'inquisition. <• Tout est réglé et fixé
«< dans l'ordre naturel , et par la loi fonda-
•« mentale de la société humaine. La propriété
tt décide tous les cas , borne toutes les juris'-
«* dictions > établit et circonscrit tous les de-
•I voirs ^ ceux du père, ceux du fils, ceux du
•t maître, ceux du salarié. » Voilà ce que vous*
même avez dit dans les Lettres sur la dépram^
tien de Tordre légal ^ qui sont un de vos meil-
leurs ouvrages, quoique ni le public ^ ni peut*
être vouMaaême ne s'en doutent.
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MU MIEABSAV. 2o3
TEXTE. O BSERrATION S.
xxxm. {.rbid. 85.) X X X 1 1 L
Les Bois tiennent £t Id loi de nature
leur pomoir dé Dieu ^ n'est donc pa$ la pre-
et ils Tien sont comp- niière de toutes , ou
tables (fu* à Dieu. La plutôt la dominatrice
soumission ifui fait de toutes Loin ^
tendre le ion à des loin de nous ces ma-»
barbares sous le cor^ ximesaumoinsincon*
don envoyé par le sou^ sidérées y qui des pas«
'Verain est la sublime teurs des humains fe^
vertu y si elle est rai^ raient d^impitoyables
sonnée ; mais cette bouchers : les uns et
• soumission est dans les autres conduisent
^ Tordre du devoir, puis'^ les troupeaux; mais
qu^il ïCy a point de loi les premiers au* pâiu^
dans Céiat qui assure rage ^ les autres à la
^ la vie du citoyen/ mort. (vol. 3. p. 23a.)
Je dis et je soutien-»
drais à toutes les puissances d« la terre , que^
l#s esclaves sont aussi coupables que leurs
tyrans ; et je ne sais si la liberté a plus à se
plaindre de ceux qui ont rinsolence de Fenva-
hir, que de l'imbécillité de ceux qui ne savent
pas la défendre \ oilà votre vraie doc«
trine^ mon père, et celle de tout nomme dîgne
de ce nom. Tout ordre marqué au coin de Pop^
pression, porte avec lui le droit de résistance^
( tom. 4. p. 242. ) • . . Mais ce débat est inu-,
♦
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2^04 L£TT&£S0EI6IKAL£S
tile^ nous ne sommes point en Asie ; noixt
avons des lois positives qui garantissent ou
deyraient garantir notre liberté et notre vie^
c'est-^-dlre , nos premières propriétés, ori-
gine et fondeikient de toutes les autres j et ces
loi9 ne sont que la loi de nature écrite. «« Les
«•iois françaises ne sont autre chose, à les
M considérer dans le point de vue politique,
•< que l'obéissance des membres au cbef d'une
«•part, et de Tautre rengagement du chef
au maintien et à la conservation du droit
« public et des lois particulières des membres.
H Yoilà nos lois à cet égard; et quand à des
««lois on ajoute desm^xla^es, on nVutendsaiis
41 doute qu'un régime de détail émané des
.««lois, correspondant aux lois; sans cela ce
«mot maximes exprimerait ua sacrilège.»
(tom. 4. 179* }
T x X T
XXXIV.
XXXIV-
\
( Ibid. ^7. 98. ffçS)
La police comme plus ,
subordonnée ( que la
justice J moins guidée,
duns ses démarches ,
plus subite , plus tran^
chante et p^usfréquen*
te A doit être^ plus at^
Vous ne vous atten*
dez pas , mon père f
que je commente cet
aiticle*... Qui serait, .
assez lâche. pour bat-
tre $on eunemi à ter**
re ?» » ». Ah ! (juand cet
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B ]& X J.E A B £ ▲ V« 20B
T M Z T E. OB& ERFATI O Xf S.
leniwe encore à iieja- ennemi est un père»
niais blesser les lois on yole à lui pour le
de titre , sous peine de relever et baigner ses
scandale et de tyran^ mains de larmes • • . •
nie. Le remède à cela C'est vous-même qui
est de ne connaître de avez écrit cet excel*
moyens que les lois de lent morceau que j 'au»
règlement. Qu'on se rais dû vous envoyer
soutienne que le pire sans les passages pré-
dea abus est la vio^ cédens qui deviennent
. laiion de ces lois; que inutiles* Il contient ^
les abus de déiailsont avec une énergie qui
une défectuosité insé- .vous est propre y iu^
parable de tout ce iinimeiit plus de cho*?
qui est humain^ mais ses que je n'en al dé-
que le gouvernement * layées dans ces notes» .
se poignarde lui-mé'^ Il est le résumé de
me quand , pour parer mon ouvrage sur les
auœ détails , il abuse prisons d'état ^ ouvra*
engranU et attente sur ge qui n'est ^>as sans
la loi de iiUc* Si la Loi quelque mérite ; car
ne fait pas les excep^ mon ame enhardie paf
lions de personne ^ de la persécution a élevé
" quel droit Vinstruinent mon génie abattu par
de la loi peut-il s'arro- lessouffrances^ Jecrot»
ger plus de- pouvoir , si peu avoir dépassé
se livrer à plus de pré-^ dans cet écrit les bor-
voyance P Onveutsau^ nés du devoir d'un
^er la honte i et L'on bon sujet ^ et la mo-*
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2o6 LETTRES ORIGINALES
V
ir E X T M. OBSMMP^ATION 3.
owre la porte au dé^ dération d'un citoyen
sordre ^ jrrincipe de sage , que je Padres-
toutes actions hoiUeu^ serai inceisamment à
ses ; on veut y voir celui-là même qui a
plus clair que la jus^ rinspectlon des lieux
tice , et Von se livré à oùr vous m'avez con*
tous les prestiges de la finé ; il est digne d'en-
déception : on veut un tendre la vérité , et ca-
/reinpîusprompt splus pable de la connaître.
assuré que les lois j et Je sais bien que je ne
Vonmetune arme dan-' changerai pas lesprin*
gereuse aux mains de cipes du gouveme-
VorgeuiL et de Vinjus^ ment qui croit de la
tice ; on veut faire res- meilleure foi du mon-
pecter et redouter la de avoir Pintérét le
police , on la rend odi- plus grand , et le droit
euse par une inquisi^^ le plus légitime au
tion absolue ,ou^ pour maintien de cette pra-
mieux dire, par des ju- tique commode , par
gemefis quiontprécédé laquelle tout citoye;i
l'' inquisition ; enfin on dont la physionomie
^a fait paraître ridi- a le malheur de dé-
cule j en antissant les plaira à un ministre^
coups d^ autorité par peut être pour jamais
leur multitude ^ leur soustrait à tous les
déplacement et leurin^ yeux ; mais j'aurai fait
fiimité^ ha société ne l'acquit de ma cons-
pouvant porter que sur cience, qui me dit que
' des règles , il ne sau-^ jusqu'à mon demie'
Digitized by
BS MXIABEAV;
ao7
TEXTE.
rait rien eoeUter utile
ou de nuisible j (jui
riait à côté sa règle
protectrice ou répri--
mante. Tout a donc été
jjréim par des règles ,
et elles ojffrent un re^
mède à tout. Tout peut
donc se faire par des
règles qui ne gênent
que les déréglés et les
ignorans , également
indignes de la con^
fiance et de V autorité.
OBSERVATION S%
soupir 9 je ne doia dé*
serter ni ma cause
celle de mes sembla^-
ble$ je serai peut-»
être utileparquelques
détails ignorés • • • • Je
n'ajouterai rien à ce
que je viens de trans-
crire , mon père ; car
des répétitipns se-
raient superflues j no*
fre procès est jugé par
vous-même ^ et l'arrêt
clair et précis ne laisse
aucun moyen d'échap»
per • • • • • Ah ! mon père ^ évitez qu'on vous
applique/ces mots que vous adressiez à un
misérable critique : w Citoyen adorateur du
» bien public ^ et brûlant de zèle pour léser*
" vice de votre prince ^ c'est dans le droit
^ public , c'est dans les pactes solennels de la
« société 9 c'est dans les lois de titre' qu'il
«< faut chercher la base des lois de règlement»
« ( tom, 6. p. 162. ) L'ignorance a des erreurs
«« et des préjugés ; mais . que sous ombre de^
«( civilisation , on calcule, on modifie , on dé*
« montre, on apologise rintérêt , TinjusUce
« et l'oppression , c'est alors que* jnos vices
M sont tout entiers à nous 9 les fruits iufects de
%
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\
ao8 L £^TT R SS O AIGIHALKS
<t la corruptîoa de notre cœur ^ les dignes
tt fantômes du délire impie de notre esprit^-
M et qu*il en résulte^ une détérioration tnai-^
M verselle et ses tristes effets» Le brigandage
« féroce a ses limites xirconscrites par la
i* nature méaje de ses fureurs : le brigan-
«f dage civil étend sar tout le masque de son
« hypocrisie. L'homme exposé aux attaques
« de Plijdre, sait où diriger ses coups j mais
« celui qu'un ver rongeur dévore dans le sein,^
M s.uccombe à la fin à des atteintes dont on
«€ lui dérobe le secret, et dont on lui caclie
« la nature. » (tom. 6, p. 148.) Mon père!
la leçon serait bien amère , car c'est vous*
même qui Favez dictée. O mon père ! de quel
brigandage vous vous rendez complice indé^
pendamment des devoirs et des jsentimens de
la- nature ! Qjiel crime dç lèse -patrie comme$
e^ué qui persuade au prince que /a justice est
çompatibLe a^ec Içt violence! ( Ibid. p. i6i«)
Quel scandale pour le public, que de voirie
défenseur des droits de l'homme attenter à
eeux de ses enfans 1 Mon père , m tout écrU
Vciin de génie est magistrat-né de sa patrie^
s'il doit l'éclairer quand il le peut , ne doit-
il pas encore plus , quand il a fait ce digne
us^ge de ses talens , respecter ses propres
principes, et donner des exemples, après leô
préceptes ? Votre droit à la réputation fiit
votre talent ; mais votre titre à l'estime pu-
blique , c'e3t votre ponduite j et vos propres
biyitizûo by
S£MimAB£AU« 209
succès bot jeté le but bien loin* Tout se tait,
tout se découvre : on vous jugera en raison de
yos lumières : votre tribunal sera la nation
entière , et ce nVst pas le crédit , ni le .suf-
frage d'un ministre qui la détermine
Qu'il me soit permis , en finissant , de ra«
mener vos yeux sur cette loi sainte de la na-
ture 9 maîtresse suprême des mortels et des
immortels. C'est vous qui en serez; encore
l'interprète, et j'oserai ajouter quelques trait»
à votre tableau.
<« Grands et petits , avez-vous dit dans
» votre résumé général , (p. 5i5 ) grands
^ et petits , interrogez • vous vous - mêmes*
« Vous voulez être aimés: ce sentiment qui
• tient en vous de l'essence divine , est le seul
» ^ par lequel vous soyie^ susceptibles d'une
^ véritable ji^ie : aimez si vous voulez Tétre;
» ^îmez yos semblables ; c'est Tunique recette
« contre le vide , l'inquiétude et l'ennui ;
V c'est Tantidote des passions dévorantes ^
w et le seul remède contre le désespoir de
#t se seatîr dépérir soi-même sous les coups
<t du tems : aimez vos semblables , et ne crai#
« gnez pas de multiplier les craintes et les
« afflictions de la vie. L'amour-propre est le
a principe de tout excès , et change en dou«
« leur les senuiices cle bonheur que nous te-
<t nons de l'Être suprême. Si ce n'est pas
ât V0U3 que vous aimez exclusivement dans
« les objets de votre attachement 5 ceux qui
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%10 LXTT&SS OAIGIKALJBS
M VOUS restent adouciront la perte de ceux
qui vous sont enlevés. L'amour-piopre au
tt contraire vous fait vivre en ennemis au mi-
lieu de vos frères ^ vous arrache les biens
«• présens par l'appât de plus grands biens ^
« rend plus perçant Paiguillon des maladies^
M plus lourd le fardeau de la vieillesse, plus
«I effrayant l'inévitable et toujours présent
«t abîme de la mort.
Mon père, vous avancez dans la carrière
que vous a destinée la providence j et puisse-
t*elle la prolonger 1 Ymis voyez croître sous
vos yeux les enfans d/une de vos filles : eux
seuls sont élus; la nature en avoit appelé
davantage ; mais- enfin , vous feraient-*ils ou-
blier votre fils ? Mon père I vous n'avez^point
Voulu en être aimé , puisque vous ne Favez
point aimé ; et cependant vous en avez été
tendrement chéri : vous le dépréciâtes ton*
jours : jamais vous ne Pencourageâtes : ja-
mais un mot d'éloge, qui pût Panimer au
bien ^ développer et élever son ame ^ ne sortit
de votre bouche ; et le seul tems où vous
ne lui refusâtes pas toute justice , fut celui
où 9 seul avec vous-même, vous ne le jugiez
que par vos yeux et votre opinion propre.
' Il a lutté contre la prévention , contre la
' , froideur , contre Tin justice : il s'est découragé
enfin , il s'est indigné , il s'est égaré j mais il
n'a point cessé de vous aimer , pas même dans
des momens où il l'aurait voulu « où cela
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«
D £ MIRABEAU. lit
était juste j pas même dans ceux 6\\ il ce
pouvait point ne pas ressentir vos procédés»
Mon père! votre cœur n'est*il jamais oppressé^
lorsque vous réfléchissez que vous - mêmç
avez mutilé votre famille ; que vous ayez con-
damné votre fils sans l'entendre^ sur des rap«
ports intéressés et suspects , et peut-être sur
]es calomnies les plus atroces ; que vous
avez étouffé ses talens^ détruit toutes ses
forces , anéanti son être moral , abrégé sa vie *
physique?. • « Mon père, je vous en conjure
au nom de vous - même ^ n'attendez pas un
repentir tardif qui empoisonnerait vos der-
nières .années , que vous n'auriez pas la force
de manifester 9 'mais qui aurait bien celle de
vous déchirer le sein. N'aggravez pas sur
votre tête y par ces images terribles ^ le far*
^eau de la vieillesse à laquelle vous touchez :
ne mettez pas entre vous et P inévitable abîme
delà mon le remords qui la rend si effrayante:
adoucissez la pente rapide de vos jours par
le charme d'un bienfait ^ si vous voulez ap«
peler ainsi ce que je crois un simple acte
d'équité : qu'à vos derniers momeos le sou*
venir de votre fils consumé de douleur, ou
mort de désespoir , ne soit pas la furie ven-»
geresse que déchaînent contre vous la justice
violée et la nature outragée.
Jamque dolor vires adimit : nec tentera vitet
Zonga mea superant , primo que extinguor in cero*
«
Je^tie qu'on pardonne les ratures et bar*
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%t% LETTRES OKIGIKALES
bouillages de cet informe écrit : je suis bien •
loin d'avoir mes aises ; d'ailleurs ma vuek'af'
faiblit chaque jour 9 et je ne puis transcrire
plusieurs fois, quoique je n'en aie que trop
le tems.
A SOPHIE.
24 juia 1778*
O MON amie! c'est le mois de mai qui
m'a horriblement pesé. Ah ! j'étais aux abois ;
ttsans le secours de notre bienfaiteur , c'était
Ëiit de ma raison* Grâces lui soient rendues :
je tiens ta lettre , elle est là : elle a rendu
du ressort à mon cœur ; je respire à présent;
et si je ressens nn trouble universel , ce sont
les palpitations de l'amour et du plaisir qui
le produisent. O ma Sophie , mon adorable
Sophie ! que j'avais besoin de ta lettre ! que
tu es tendre ! que tu exprimes bien ta ten-
dresse , alors même que tu es obligée de la
contenir ! Elle doiJne la vie à mon cœur a^f-
famé d'amour^ cette lettre délicieuse, quoi-
que si triste. Oui , mon bonheur ! je puise à la
source de la vie , quand je reçois les assu-
rances de ton amour ; et cette ingénuité tou-
chante , cette inimitable simplicité , si éner-
gique y si ardente , exalte au même degré
tout mon être* J'oublie ma situation et la
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tienne, mes maux et les liens, mes înquté*
tudes, mes craintes , j'oublie tout, jusqu'à
nos malheurs ; je t'entends , je te vois ^ mais
hélas! je veux voler dans tes bras, et Pii-
lusion est détruite , et mes yeux retombent
sur nos fers^ et mes larmes inondent mon
visage et mou sein : larmes salutaires cc^
pendant ^ adoucies par l'espérancé que
tes lettres entretiennent au fond de moa
cœur. Âh ! Sophie ! mon amour est le souille
de ma vie.
Cruelleamiei quel jour tu te rappelles ! • • • •
Ah! Je ne serai pas si courageux j je ne t'en
parlerai pas , la plaie saigne encore. Hélas t
nos cœurs étaient unis et confondus le
glaive de la douleur les a divisés en deux
parties. . . . • qui pourrait cicatriser une telle
blessure ?
Ah l oui, puisque tu l'as compris, je l'a^
voue : les lettres que nos iu^prudences réci*
proques ont arrêtées , m'ont causé bien du
chagrin. Mais j'espère que nous sommes sau'^
vés de cet écueil. Nous ne pailons plus que
dessentimens si justes, si naturels, dont on
comprend toute l'énergie^ puisqu'on daigne
compatir à nos inquiéiudes. Qu'on efface ce
qui pourrait déplaire, ce sera de nouvieaux
remercimensque nôrus.devrons , puisque nou*
aurons une preuve précieuse qu'on veut nous
HCcQrder tout ce qu'on peut nous accorden
On a trouvé^ tes^ettres loiigues 3 hélas 1 le^i
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214 LETTRES ORIGIITALES
amans ont une optique toute particulière ^
apparemment ; je les vois si petites , si cour*
tes 1 Mais c^est la faute y vois-tu , ma Sophie ?
avec ton caractère que Ton croirait échappé
du sabbat 9 s'il n'était griflPonné ^elamaiffde
Pamour même ^ on est toujours dupe. On
croit, tant il est menu, qu'il y a beaucoup j
et il n'y a presque rien. Les lignes sont si
écartées, les motssi larges, que rienau monde .
n'est si hypocrite que ton écriture.
Ah! que tu m'as rassuré sur. le compte
de mon enfant! elle. entrait pour beaucoup
dans mon inquiétude , qui avait tant et de si
justes motifs. Mon amie, pourquoi pleures-
tu, en me parlant d'elle ? sont-ce des larmes
de tendresse ? pourquoi seraient - elles eflPa-
cées avec tant de soin ? tu as voulu mes les
dérober, Sophie : pourquoi? pourquoi, tout
mon bien? Ah I tu étais bien triste quand tu
m'as écrit. Cependant la lettre que tu as re«
eue était uou-seulement calme, mais encore
gaie; car il est certain que lorsque j'ai eu la
preuve qu'enfin mes lettres n'étaient pas ar-
rêtées , j'ai eu un sentiment de joie si vif,
qu'il m'a réellement donné une teinte de
gaieté; et certainement mon style s'en est res-
senti. Ne l'aurais-tu donc pas partagée ? Hé-
las ! voilà bien des questions auxquelles tu
ne répondras point ; mais je t'ea prie , au
nom de toi-hiême , c'est-à-dire , aii nom Je
tout ce qui m- est cher et sacré | dis-moi tou«
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DS MI&ABEAIU 2x5
jours la vérité sur ta sauté et celle de taiiUe^
quelque terribles que pussent être ces vérités.
£h ! ne vois-tu pas que le seul gasyant de mon
repos ^ est l'espoir que tu ne saurais me trom--
per? Cependant kii détalU que lu me
donnes sur la petite sont satisfaisans* Qu'elle
me ressemble , puisque tu le veux : toujours
sera-t-il que ton sang qui coule diins ses vei-
nes l'aura infailliblement embellie. £lle a sans
doute aussi mes beaux yeux /j'y consens ,
mon amie , et même que tu m'en parles ^
puisque cela te fait tant de plaisir. Peut-être
passeras-tu pour un peu folle auprès des per-
sonnes qui m'ont vu j mais cette folie est très-
innocente. Us sont bien tendres, ces y eux, s'ils
i^e sojat pas.beaux. Te souviens-tu, ômon tout !
de la crainte qu'ils t'inspii oient, sotte , sotte
Fanfan ? Ab 1 tu t'es bien familiarisée avec
eux ^ mais tuas été forjt; long-tems qu'il sem-
blait que tu craignisses quelque maléâce.
Vraiment oui, amie^ leur feu devait être
contagieux ; je le savais bien , et voilà pour^
quoi je voulais que tu les fixasses : j'en suis
venu à bout , à la fin : les tiens ont été pu«
QÎs de ta méchante timidité \ les vengeances
les ont attaqués les premiers. Elles se sont
très^multipliées , le$ vengeances. ...
Ah i qu'en deux mojts tu traces un plan.
d'é4iication bien touchant ! Oui , Sophie^
oui, c'est par le sentiment qu'il faut for-
mer^ d^velo^per , élever l'ame des çnfans»
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• I
2l6 LETT&ES OHXGXlfALES
Hélas! une telle institutrice n'est pas réservée
à ma pauvre fille . . . . C'est tout de suite qu'il
faut la raser ( mon fils Tétait à trois mois } ,
et successivement à mesure que les cheveux
reviennent : sa tête sera toujours propre 9 la
transpiration point arrêtée , et elle aura une
forêt de cheveux. Recommande qu'on la lave
beaucoup , et toujours avec de l'eau froide :
ifu*on Ty plonge; elle frémira d'abord, elle
s'y plaira ensuite : rien ne renforce comme
cela les enfans j j'ai pour moi Texpérience et
la théorie.
Ma Sophie ^ tu dois savoir que mon esprit
est toujours à l'unisson de mon cœi^r^ ainsi,
quand tu vois mon style aisé et facile, tu
peux te tenir pour certaine que mon cœur
est à l'aise j que je suis content de ma So-
pliie-Gabriel ; que mon bonheur est pur. Une
chose que tu peux croire , parce qu'elle ^st
très-exactement vraie, c'est que je suis moins
jaloux en absence qu'en présence , quoique
je le sois toujours beaucoup ; et cette diiié*
rence est une grande preuve de mon estime.
En présence , l'amour l'emporte sur ma rai-
son : un ri^n qui l'o£Pusque, est un monstre,
une hydre redoutable. Je voudrais presque que
tes jeux n'eussent lafaculté devoirquecommé
moi. En absence, où la raison es t comptée pour
quelque chose, parce que les sens sont moins
émus , je suis si convaincu que tu ne peux être
(jue fideli^ Y et mêmei^onstante 5 que mes droits
sacrés
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'demikabeau» 117
sacrés dont tu es la dépositaire sont impres-
erîptibles , et sous une garde inviolable ; qu'un
cœur tej que le tien ^ ne peut que chérir dt «
devoirs si saints j qu'un amour tel que le nôtre
ne peut être remplacé pai» quoi que ce soit
au monde ; qu^un être capable de la passion
qui nous embrase, ne IVst pas d'une perfidie;
que qui a goûLé les délices dont nouj nous
sommes enivrés ^ ne saurait trouver quelque
saveur dans un sentiment qui, pût-il être
aussi actif, aussi profend que le premier , ce
qui n'est pas dans la nature, serait toujours
empoisonné par les remords : tout cela se pré-
sente si dwinctement à mon esprit et à mon
cœur , que ma jalousie en est très-émoussée#
Je ressens bien ses atteintes; mais elles me
pressent sans me déchirer. C'est d'être aimé
moins, que je crains, et non pas de n'être,
plus aimé. Ah! ma Sophie, cette idée suffit
pour m'oppresser. Jamais, non jamais je ne
conseutirai à perdre la plus petite partie de
ta tendresse. Ce trésor m'est nécessaire tout
entier , et je périrais , si Ton m'en ôt^it la
moindre partie.
J'ai eu une attaque assez vive de néfrétîque
compliquée de fièvre. Lacriseétaît trop près-»
saiitepour ne pas obéi^ à la faculté, et nos pro-
fanes docteurs n^ont pas eu autant de respect
que moi pour tes par eaux. C'est pure envie
de leur part, chère Sophie ; mai§ je te pix>-
mets d'en essayer avec toute la vénératiott
Tome II. K
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possible pour Cordouueusiç , si ce xk^^t pour
V ordonnance^ Pardon encore une fois de la
liberté grande que }Vi priâe de me*moquêr
de ta recette avant ta permission ; c'est pour
m'en punir que tu mets aujourd'hui en jeu *
les Grandjean. Ne sois pas si humble , ma
Sophie f ne donne point à d'autres Thonneur
de tes rectlles. J'ai oublié de te prier de
pi'en faire un recueil ; oui ^ mon amie ^ un
çecueil, dont le titre sera : Mecueilde rçcelies
de bonne s-Jinunes , par une jolie femme. Je
t'avertis cependant que Ton sèra uâ peu
^tonné que cette jolie femme qui devrait n'a*
voir rencontré sur son chemin que de brillan-
tes santés 9 ait eu le teras de s'o«ïCjuper si uti-
lement des infirmités de la vie humaine. £n.
oonscience , ma fanf^n , tu me dois quelque
réparation dans Ion discours préliminaire;
car enfin y on sait trop que tu as fait avec
»oi ton cours d'études, et je ne suis pas en-
core d'âge à avoir besoin de caiendrier.jcii de
recettes. Arrange le tout pour le mieu^^mou.
amour bien chère ; mais ne prive pas plus
long-tems ta patrie du fruit de tes travaux. .
J'espère que l'académie de«*«, te donnera
la survivance de ton père. On y aime beau-
coup les gens experts eiii médecine, et je me
souviens que le président de Bourbonne se
défendait d'aller aux séances , de peur d'y
Être disséqué.
Piaiikiie à part ^ ma chùre amie, (car Je
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BEMIRABEAU. II9
lie ris que du bout des lèvres, c'edt*à«^dire^
de bien mauvaise grâce ) , je me porle beau-*
roupniieuXé Letemsest beau,, et ta lettre va
bieu l'embellir eucoieé Tout invite ài'«uaour )
tout porte la livrée du prinicms : tout fleurit ^
tou t s' unit^ tout s'en] ace : nous seuls, nous seul4
hélas ! de tous les amans , ue nous joignons que
par la pensée ^ le désir et l'espoir. Mais enfiii
la beliesaison répare les désordres de masaqte^
Je me piouièn^^ chaque jour ; c'est flepuis 8
heures jusqu'à 9 du matin ^ c'est bieo ciMlrt j.
mais je quitte sans regret le jardin^, en pen-^
saut que je fais place à quelque maliit m eux
compagnon de mon sort. Cbàreetï tendre So^
phie 1 tu voudrais marcher aux^cines heure*
que moi: liélas , deux amans obligés de se,
quitter > se promirent de médiier chaque nuit
à l'aspect de la lune, et de^lrompti vunsii'ab-»
senee par une conversation muette [: Ton idée
^stplus fine encore, parce que toujsentimeub
csL plus (Cxidre, * ♦ t • ,
_ Quant à mqs yeux , c^e^t Texcè* du travail
qui les affaiblit* Depuis la ppintQ^di^ jour, qui»
je me lève V j^î^qu'à dix heures du soir ^^je.
Ils ou j'écris sans aucune int^rruplj^a ^ ^as
même l'heure des. r^pg^ç^j. car , outre que j'y,
emploie à peine cinq minutes ^ je lisën man-
geant : lu sais que c'est une ancienne kabi^
tude quand je ip.ange seul. Les melUcurs
yeux du monde ne tiendraient pas à xse ^ré-
^ime y et les^^ miens çpnt trèo-mai^vais, ^ ,
. k), i^ . j uy Google
dfiO LETTRES ORIGINALES
Pauvre toi i tu as Thistoire du signalement
sur le cœur. Mais, mon amie, peibonne n'eut
tort, pas même moi. On se trompe en voulant
fleviner, et on se trompe à son désavantage.
Sans rancune , je t'en prie ; je suis beau , très-
beau , puisque je te plais: ah! près de toi , je
suis rayonnant d'amour. Avec cela l'on est tou-
jours beau. Oui, mon amie, je le crois en eflfet^
U est peu d'hommes qui vaillent Gabriel pour
Je cœur j et c'est là ce qui touche : le reste sé- .
duit,et k«édu€tion n'est pas plus durable que
^illusion j or Thabitude détruit l'illusion. Je
puis donc inspirer et mériter de la constance;
mais aucune femme n'est capable comme toi
de ce sentiment qui demande autant de cou*
ri^e et de raison que de tendresse, lorsque
par des circonstances funestes tout conspire
contre notre amour. Les ames v uigaires pren-
nent les difficultés pour des impossibilités,
et se croient dégagées de leurs devoirs j parce
q^e les contrariétés ou la persécution les ren-
dent pénibles : Padversité est ta saison brîlr
lante ! Eh l de combien peu de femmes , et
d'hommes aussi, peut-on en dlie autant ?
Te voilà donc encore trompée, trahie et
ealomniée ? Je devrais te gronder , car tu m'a-
vais bien promis de n'êtrepas confiante. Mais
je te plains seulement ; cai- je sais combien un
bon cœur retombe aisément dans de telles
méprises , et combien elles sont cruelles. Je
t'en supplie , pi^iite de cette nouvelle kéon ^
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1>£ MIRABEAir. lit
f et surtout dédaigne'la caloiiinie* Ce soot dei
coups tirés de bas en* haut , ils ne sauraient
atteindre. Quoi ! Sophie, des tracasseries de
ieaime ,et d'une femme que tu méprises , t'a^
iectent? Ne sais-tu donc pas qu'on a toujours
toit avec les ingrats? N'as -tu pas vu inllle
et mille fois travestir les faits les plus elairt
et les plus notoires? et devais-tu être uc^uve
à ce point ? Quelles horreurs n'a-t-on pas dites
de toi et de moi à P/^ ? Ëh! qui lesdébitait ?
nos redevables en tous sens. Pour tout dire
en un mot, Brugnière ne t'a«t-il pas assmré
qu'on avait juré à lui et à l'ambassadeur de
France que je te battais , que )e me ruinais
en filles ? Tu t'es mise bien en colère ; et moi
j'ai eu la betise dç m indlgner une seconde)
et la seconde d'après, j'ai ri. Tout cela a été
.écrit en France } et tu ^ais bien que tout cela
aura été soigueuscmcat répété, divulgué^ ré-
pandu. Qui le croira ? des fous , des sots ou
des fripons. Eb ! que m'importe l'opinion de
telles espèces? De même, ô mon amiel qu'y
a-t41 de commun entre toi et certaines txévr-
tuires ? Ëlles ont eu ta confiance^ on les croira«
Quelle bélise ! J'ai eu la confiance de madame
une telle j et ifoicice qu^elle m^adit. ~« Vous
êtes un monstre, répond toutepersonue sen-
sée , de trahir la confiance de madame une
tel le 9 et de vous en vanter : ainsi vous n'é^
tes pas croyable. Voilà le calcul le plus na-
iturel qui se présente* Quoi ! parce qu'im rér
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222. LETTRES ORIGINALES
ftiglc français^ après ui 'avoir 1/ien Yolé , rne
Toyant disrpararU^e^ et voulant faire sa cour
à uu inspecteur de .police qu'il voyait cher-
chieriles rensoîgneraens- bien noirs àur mon
compte, lui a fait clea contes. de moi aussi
riVlîcuk\s qu'odieux, |e me d(?scspérerai ! Quoil
parce cfu'one femme galante que, dans la
simplicité de tou cœur, tu croyais aussi sen-
sible et délicate que toi ,c]ierclieàt'assimiîer
è elle 'pour* pallier ibes Insolences et la honte
de sa rupture ^ tu gémiras ! Ah I mon amie,
sous avor^s tant de malheurs iroj) réels, pour-
qïioi en chercher d'imaginaires ? Sois toujours
toij. ne te livre point a la douce et impru-
dente^ffabilité; ayedes connaissances et non
des amies , dans un lieu sî peu fait pour fea
oiTrlr j envèlôppc-toi dans ta conscience, ap-
pelle-au tems, dédaigne sur-tout le^ apolo-
gies, et tranquillise ta tétej je dis ta téte^
car je ne puis croire que de pareilles choses
aillent jusq'u'À ton cœur. *
\ Quant à cette Julie qui fut . autrefois
tiemie , et que sa naissance , son esprit , ses
Jialetts, etimille circOiistances rendaient tout
^autrement intéressante et touchante, je vois
<iue'je Pal trop bien conntie. Heureusement
je t'ai détrompée à* temps j je voudrais avoît
réussi de même auprès de l'honutte houiine
•qu'elle a si cruellement «dupé*
' .jVlon Amie , ne cherche pas bon plus |l ré-
-paadrè tes pri^iicipes. Que la ^oléraqce soit
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D£MlItAB£Atf. 2^3
*
en tout ta religion* Tu pourrais bien avoir
pris de mol le défaut très-gr$nd , très-nui-
sible à soi même, de ne pouvoir entendre
déraisonner de sang-froid. Je me suis fait
plus d'un ennemi et j'ai usé nies pouuions en
m'efforçant de donner du sens à des bùzes
et de Phonneur à des coquins. Ne va pais
suivre ce tuauvals exemple avec les femmes.
Je te Tai dit : en général , elles n'ont point
decaraetèrei ce sont des arbustes charmaus,
ftitsf pànir 'porter des fleurs ; rarement on y
rencontre des fruits ; et leur qualité dépend
toujours delà greflfe, qui rarement est bonne ;
car il ne faut pas croire que notre sexe vaille
mieux que le tien. Il est |)eu d'ames assez
fortes pour n^avoîr aucune notion de froideur
eri amotit , soit qa^on Papp'elle prudence , oft
qu'on lui donne tout autre nom : et peut-
être n'est-ce pas un mal , car tant de matières
combust iblespotrrraient causer de furieux em-
brâsemens. Nous sommes notre univers, cbète
Soj^^lile ; il n'est pas étonnant que nous ayons
nnèi Ipuguc parlîculière; Les autres tie peu-
vent cjc>ûçeyair m^ transpoirts,* Nous ayons cet
avantage sur îeux^que nous nous figurons ai-^.
sèment Ji^fSfplffisâi^ , qmitetsoîit qu'une par-
^l^itrcsrSiubOsirdQniaéé^des^nôti^s. 11 n'y'a poiztt
de branche d'urbre qui Â^offre dans cç mois-ci
ptn^ieura ç^upleâf d'anane de cette espèce.
i^aiss^QM^f^^r .ptrôfârep ^eucs amours Bsal^
«iîWUr^Us *^pn t pl uâ difiçrets et^n^oii^s péni
KiY^
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î24 LETTRES ORIGINALES
à ce qu'ils croient. Ce sont des aveugles qui
nient la couleur purpurine des roses ^ parce
qu'ils ne peuvent la voir, et qu'en tâtonnaat
ils sentent lehrs épines* Tu connais une chère
dévote j qui prétend qu'un amant vraiment
amoureux est un homme haïssable , parce
qu'il est trèsT-incommode , très* jaloux ; parce
qu'il ne peut cacher sa pas^on y et qne la chèr^
réfutation croule. Quand lu trouv es de telles
raisonneuses , appuieleur arguaient. Conviens
sur ma parole qu'un homme en vaut rare-
ment-deux ; qu'ainsi un amant n'a nul droit
de prétendre à des momens qu'il ne peut euF-
ployen Tu vols jusqu^où va ce raisoiineraent ^
auquel se rédtdt en dernière analyse la mo-
rale moderne de l!ainour* Si un lu>mme en
yaut rareipent deuA , jijimaL8.U.n'en vaut qua-
tre , encore moins trente. Le ciel fait rare*
ment des miracles^ même pour les dévots;
l'esprît est fort , et Ia chair est faible : les ac-,
çidens^ dérangemens^ cas fortuits , etc» doi*
vent être prévus \ il faut donc ùés ressources %
et plus elles sont muUiplIées.^ moins le public
s'en aperc^^it. Mais comme, si toutes les fem*
étaient au même régime ^l'autre sexe ne
serait assurément paa as^ez nombreux pour les
servir, prie ces dames d'êtare tolérantes: Ht y
Ta de leur intérêt. Quelles ]ais»eiit les femmes
tendres, romanesques ou folles, comme il leur
plaît de les nommer , qui n'oût de» 'desit« cjtae
pour un objets .parce ^ë^kBuricc&urqa- est tou^
1
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]> £ M a A B £ A 2^5
ché que pour un objet , qu'elles tAissent ces
femmes 9 dis- je, dont Pame et les sens sont
toujours d'accord 9 être dupes de leur passion
et se borner à leur amant. Voilà le traité qu'il
faut faire avec elles , ma Sophie , au lieu de
les prêcher. Pour toi , retiens ces jolis vers :
Gsrtrnde dès ce four , plus sage et plus heureuse |
Conservant sou amant et renonçant aux satDts.
^tittale vain projet de tromper les kumaiiis.
On ne les trompe point ; la maliee envieuse
Porte sur voire masque uncoupd'œil pénétrante
On vous devine mieux que vous ne savez feindre ;
Et le siérile honneur de toujours vous coiitcaindre»
Ne Taut pas le plaisir de vivre librement.
Mon amie si bonne, je voudrais bien que
cette lettre te rendit un peu de sérénité, et
qu'on tepermît bientôt de m'en écrire une<}iii
me rassurât sur la situation de ton esprit et de
,ton cœur. Chère enfant , tu es fort malheu-
reuse. Hélas ! tu sais bie^ que je le sens au
moins autant que toi; mais roldis-loi contre
les désagrémens et les dégoûts inséparables
detapositioa.BépendS'tu ducaprice> del'in-
, - solence , des bavardages d*une de ces fVmiiies
.Qui sont tes compagnes ? Hcfù sans doute. Oïi
m'a dit de ta par t toute sorte de biens de cel les
sous la direction d^Uelles tu e^» Assurément
.iLn'a pas dû leur-ê^re diiiiciie de t'apprécier
et de le metUeà ta place. Je t'en conjure ^ 6
. mon amour ! un peu de force d'esprit ; tu en
as taut dan^raxue l Serais-tu comme moi^ dont
Kv
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' LETTRJES OMIGINITLES
^ fermeté et lesaug-froid sont à toute épréuvje
jddns les grandes occasions , et que les plus
j:^eti(c*s cpntrai le u's tiueuvent c^uelquefois rii
'diculement? O Sophie 1 tu es si douce 1 si
bienralbanle 1 si égale ! si bonne ! malheur à
<jui ne peut vivre avec toi; joiais.ne te tour-
mente pas des sottises des autres. Hélas I
notre mi^jL i e nous suffit j ne'Paggravons point
par des riens auxquels uqus ne devons cjue du
mépiis.
, Si tu obtiens une permission pour que je
t'en vôîe quelques-uns de' meç manuscrits , je
t'en ferai passer successivement quelques-uns;-
mais il y en a qui ne peuvent suilir de mes
maii?s.* Celui de <?e$ ouvrages que je crois le
^mqsQS ^x^uvais, et qui peut être utile y sera
«f^dié à notre l>lenfaifeur , si jamais je me
*trouv«*\ à .même 4c le faire paraître. Quant à
.Tibi:Jle H à Homère > je ne les continuerai
qu'autant q}ie jepcuii ai te les faire passer j
.oarxîVs* un ourrege pénible et ingrat que des
; i^iciuctions} ^t lepiaisirseul detravailler poiu
40! peut'm'y ejicluuue^'^ d*autant que j'ai un
, grand projet qui m'oecupi^. tout entier. Avairt
iqu^ gtou^e la, vigÉi^f ur.de jeunesse soit éteinte-,
,il faut du moins essayer de faire voir ce qu'on
:,^u|iait pu faire. Au;re«te , je t^dvertis que mofi
^(yle, devient de ploanbi^ et que mon talent
cb^isse précisément» m proportion de. ceijqtie
xfUQfX goût: d<jvie«ï plus diibûiieç . ce: qui n'est
.p$s im.médiocre touruaLcntJ à. , ^ >
<
I
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: VriS M I R'A B E V. l 2^7
• Ma Sophie-Gabriel^ je Youckais' bien que
tu m!assuras$es bientôt que tu n'a^ pas de iiou^
Teaux chagrins ; ah ! c'est irop des anciens. Je
Toudraîa retrouver dans ta lettre prochain^;
( tu vois que je compte sur le» bontés de celui
à qui nous devons tant) ce je ne sais quoi
qui manque danseelle-cî, et m'inquiète sur la
situation de ton ame. Hélas ! tu jiepeu:iqu'étrç
triste ; mais , ma Sophie , ta tristesse ne de-
vrai trelle point être un peu moins amère^
loisque tu écris a ton Gabriel? Adieu^ mon
bonheur^ mon bien , ma vie 1 Je ne t'écris pas
plus long-tems aujourd'hui } non que j'aie
-reçu la même injonction que toi, (et je tâche
que la simplicité de mes lettres fasse dispa-
raître toute objection) maii parce qu'on at- '
tend ^ parce que je ne veux point retarder cet
envoi 9 que je demande en grâce qui fe par-
vienne avant la fin du mois. Il me reste quel-
ques momens que je dois à tous égards consa-
crer à celui dont la bienfaisance est notre
•unique ressource, et le seul fondement de
* notre espoir. Adieu^ ma bien aimée. Je ne
' saurais.te dire trop sèchement cet adieu ; car
cYst sur-tout à la fin de mes lettres que je me
. crains. Hélas ! c'était à cet endroit que tu
courais autrefois. Donne-moi de tes nouvelles
j bien exactes^ mafche beaucoup : des'détails
: sur la santé de ta filie.
Est-ce anciennement quetu as coitsulléles
Granfijean,? Tu m'as prësquQ inquiété sur
Kvj
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tes yeux ; mais apparemment tu me Vauraiê
dit. Sophie, Sophie, point de réticence sur
tout ce qui intéreste la^santé. jiddio, mio
hen J la miasalute ^ela mia ifùa. Addio*
G A B K I £ L«
Lis le cliœur du 2*. acte du Pastor fidn^
Il y a des choses qui devraient se trouver à
la fin de cette lettre*
Songe bien que si on rase ta £lle , il faut
que ce soit un chirurgien, la suture de son
crâne n'étant point fermée , et les enfans étant
fort mobiles«
A M, L E O I R.
29 juin 1778.
Je ne sais par quel hasard , Monsieur, mal-
gré mes avertissemens réitérés et ceux de
«^M. de Rougemont , on a porté le mémoire
'des médicamens que j'ai pris ici ^ depuis que
j'y suis , SUT le compte du Roi. Ce mémoire
monte à plus de cent pistoles. Ce petit tour
de passe-passe me se rait fort indifférent , s'il
ne me regardait pas : je suis revenu de la
manie d'être leDom-Quichotte delà droiture:
le Roi est riche ou devrait l'être ^ et on^lui
en fait bien payer d'autres ; ainsi il pourrait
supporter celui-là. Mais^ Monsieur^ je ne
croîs pas d'abord qu'il me convienne d'être
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aux fr^is du Rou J'ai été aux caups fusti
pour lui sans solde ; je mourrai probableuaeut
4ianss.e8 prisons ^ et je désire que eesott aussi
sans soide. D'ailleurs, Monsieur, j'ai ub m*
térét plus pressant encore pour réclamer cou-
tre cette indécente irrégularité. Mon père s'est
chargé de payer , à part de ma pension , les
irais de santé., parce qu'on lui re^présenta
qu'avec 600 liv. je pourrais .à peine me vêtir
.en burre. D'après cette convention , il a tout
lieu de croire que ce qu'on pourrait lui dire
du dérangement de ma santé est un conte;
car il sait bien qu'ici connue ailleurs, ou ne
vit ni on ne meurt pour rien. Peut-être sera-
t«il moins incrédule quand il lui faudra payer
40 ou 5o louis pour médicaiàieiis , et coinpren-
dra«t-il qu'il pourrait pu me tuer ou me faire
vivre moins chèrement ; car eniin je lui coûte
ou dois lui coûter ici près de 4,000 liv. Je me
réd uts volontiers à moitié, s'il veut m'accorder
; ma liberté , ou l'adoucissement de mon escla-^
vage. Vous ne sauriez croire, Monsieur, corn*
bien l'opération de la soustraction'parait tou-
chante à mon père. Cet argument est de tous
celui qui l'attendrira le plus vite sur mon sort,
si tant ast qu'il puisse être attendri. Je vous
supplie donc d'ordonner que les comptes
' passés, présens et à venir , soient remis à mon
père , sauffla. restitution du double emploi à
qui il-appartiendrcu Je vous.supplie aussi de
\ charger ^M.^de Kougemoat ;de me dire ce
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ft3é L £ !rt H É s O 1t I G 1 K A L £ s
qu'il Totis iaura plu ordonner à cèt égard;
* Il y a six semaines , Monsieur^ que je n^ai '
areçù de nouvelles de mon amie j je vous en
demande avec instance et espoir j partie que
cela dépend de vous. Que les autres, me trai-
tent comme un Insecte qu*on écrase sans re-
mords ; mon cœur me dit bien haut que je
.'m'abaisserais cruellement de les prîef , et que
je m^épuiserai^ vaîilement en efforts pour
desflécLir» Mais celui dont je tiens tout jus«
qu'ici, et dont je ne démériterai jamai.^ , parce
! que tout mon désir est de lui plaire et deJui
témoigner ma gratitude y recevra toujours
mesdemaiidesavec Indulgence et bonté : ainsi
jMnsiste avec confiance et sans crainte. ' *
• ' J'ai Phonneur d'être avec un dévouement
resp<?ctueux, Monsieur , votre très-humble et
très**obéissant serviteur ,
Mirabeau fils«
A' M., t E.N O I R. .
i8 inillct Î778.
V ousm'avezfaît goûter aujourd'hui, Mon-
' sieur ^ les plaisirs délicieux que peuvent don*
' «1er Ja passion la plus tendre et l'amour pater--
' nelrifunis. Croyez quèitôéteFacittvité démon
^me n'a pas été tellement employée . à sa-
- vourer ces ianoÀ;:eates jouissances , qiie l'idiJc
du bienfait et le sentiaiuit dû au bienfait
teui ne se soitjit niéléb à mes autres aflec-
lioDs. Eû veinant des larmçë sur la lettre Ûe
mon amie ^ en jonchant de baisers le portrait
de ma fille , je n'ai pas cessé de former des
vœux pour Phoinme sensible qui trouye^ au
milieu detantd'pccupations^etdans uneplace
qui nécessite la sévérité , lea moyens de conci-
lier ses devoirs d'homme public , et les peu- ^
chansde son cœur pressé du besoin d'obliger j
le temps d*accorder des faveurs si précieuses
aux malheureux , et l'art de les embellir de
tout ce qui peut les rendre plus touchantes.
Vous avez mis ma fille dans les bras de sa
mère ^ et ce moment de bonheur Tadédom-»
magée d'un an de peines. • . . Ah ! voila, de
'tout ce que î'ai reçu de tous'^ ce qui m^a le
plus attendri. Vous daignez m'envoyer le por-
trait de ce cher enfant* . . . Homme bon par
'excellence, qui me soutenez ^u milieu de
il'orage terrible qui m^agite 9 qui pcut-éire me
conduirez au port, qui du moins me sauvez
• de la haine de la vie et de celle dè mes sem-
blables^ que ne.puîs-je arroser vos mains des
larmes les plus do li ces que larecounalssance
ait jamais fait répandrel . • ; . Le respect d'dn
^ fils yjedévouement sans bornes d'un bon frère,
'^'enthousiasme d'uu éue iiuiinfife pour celui
à qui il doit plus que la vie , voilà mes'sénti-
ine^is ppur vous. Permettez cjue je ne souille
. pascette pro£e^ssion de foi si vraie , si jiat urellè.
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^3» L£T.T&£S OUIGIVJLLES
et d'autaut moins bien exprimée qu'elle est
mieux sentie, par uoe formule bannale et menr
foagèse que je serais forcé de donner à Thom*
me de votre état que je mépriserais le plus^
aujifti bien qu^à vous pour quiiesenala vénérai»
tion Upius tendre. Quand je serai uiokiS^jaaLU*^
je nae conformerai a ce que prescrit Fusage,
Au jouril'bui je ne veux et ne puis vous parler
que ie langage du cçeur.
MlRABEAV fils*
A S O P H I £.
19 juillet ¥778*
Çh]èuue: Amie^que n*ai-je donc raille vies à
dérober à tes pieds ! que ne puis-je , que ne
puis^je 9 hélas ! te regarder du moins l Mes
yeux te dliaient ce qu'il m'est impossible de
tVxprîmer. • . . Sophie-Gabrielle! j'en ai donc
deux ? Qui^ elles sont là ; elks partagent mes
. caresses et presque mon amour. O intentiqp
délicieuse! ah ! ce don du^wur j ce gage sî
' cher, de ta tendresse! 4e quelle reconnais-
sance il me pénètre ? »0 Sophie adorée ! que
m^est Punivers entier auprès de paon Amie
et de ma fille ? Idoles de n»on cœur , vous
qui eoii(.eiUrez toutes les puissances de mqn
ame, ah l qu^nd pourrai-) e vous réunir de
même dans. mes ombra^emens?
Je me ucsoiais , ô ma Sophie ! Quoi , me
disais- je ^ cinqu«(i|te*-six jours .sans une lettre 1
*
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DK MIftABEAV. 233
O mon bienfaiteur ! vos bônté$ nous sont^
elles ravies ? nos soupirs se perdent - ils dans
les airs ? Les larmes de Sophie, qui plus douces
que l'ambroisie, quand Pamour les faisait cou-
lei*^ étaient si avidement recueillies par mes
lèvies bi ûlautcs ; €es larmes que je voudrais ^
au prix de tout mon sang , boire ou sécher ,
coulent-^Ues inutilement pour moi ? • • • Té*-^
méraire s murmures ! par quelle pri^cieuse con-
descendance il devait me payer des rigueurs
de l'attente ! M.de JR. est monté ce matin; il
avait un tableau sOus Je bras : mon cœur
battait bien fort : je devinais, ab! oui^ je
devinais ce qui m'était destiné j mais je u'o-
sais'le croire ; et quand j-e Pai vue , cette image
4' une autjre to*-ixi£me , quand la lettre toute
d'amour qui raccompagnait m'a été donuée^ -
j^ai presque perdu le sentimenf et laraison*
• • . Grâces te soient rendues ^ ô Sopbie uni^
que eu tendresse ! pour ce portrait , pour ces
cheveux , pour cette lettre. Tu Tas doue vue ^
estt^whnt? tttJi'aspreÀiéeeontre ton cœur?
tu .lui as parlé dé son père ? Uéias ! elle ne
t'entendait pas j mais j'ai été de moitié de
toutes tes caresses : jamais tu ne m'aimas
mieux qu^en cet instant. « . « O ma fille, ma
fille bien-aimée , si tu savais comme je t'a-
dore ! si tu savais ce qu'est pour moi la fille
de ta mèare! «Pai cru connaître la tendresse
paternellie»^ • • insensé que j'étais ! c'est'del'a*
niûur que; jdérivent .touties les aSeoti^M ds^
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l34 LXTOrRKS OUIGINALES
l'ame • • • . £t tu dis qu'il n'est point de plaisir»
pour Gabriel \ ah ! le plus doux des tiens m'est
refusé sans doute ; ciel ui de pouvoir causer à
ce q^e j'aime d'aussi touchantes surprises»-
—Oui, elle me ressemble, en vérité ; oui,
c^est cette figure ronde et presque bouflSe que
}'avai§ ; car elle s'est rudement alongée ici*
Ce sont ces certains yeux couchés, que, sur
mion' honneur, je ne saurais appeler d^au^r^
dusses^tu me battre ; mais qui, enfin , disent
assez bien, et quelquefois trop bien, tout ce
que sent l'ame qu'ils peignent. C'est cette
bouche , je ne sais comme , mais qui ne proféra
Jamais que la véiué à tous ceux que j'aime et
que j'estime, et que l'amour a sans doute em^
beliie quelquefois, j^iais le front , ce trait si
caractéristique, et peut-être celui de tous qui
fait le plus à la beauté de la forme , est le tie^ ;
et ce bas de v isage qui couti ibue tant à la phy-
sionomie , qui est plus susceptible que tout
jautre trait de grâces et d'élégance, il est à toi ,
tout-à-fait à toi* Ta tendresse respire déjà
de ns ces yeux que tu as fait grandir pour me
séduire : ils me dbént combien jesuisàimC}
iU vont déjà au cœur. Ils sont si doux , si traî^^
nans, si modestes î ce sont les tiens quVin a
dessinés ; mais en lescoucbant pour me trom-»
per. Et ce nez est déjà malin ; je ne sais ma foi
oîi elle l'a pris. Tu as celui de Roxelane, et ce
n'est pas celui de ma fille z le mien a^essem^i
ble beaucoup à celui de la maîtresse 4^ SalcM
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SEMIHABEAtr* 235
mon , puisqu'elle l'avait comme la tour du
mont Liban ; et ce n'est pas, Dieu merci , celui
de Gabriel-Sophie. Soninie tout , elles est jo^
lie, et trop Jolie assurément pour me ressem-^
bler j et cependant elle me ressemble : cVst
parce q^ie lu Im as donné tout ce qu'il fal-
lait pour raccommoder tout ce qu'elle a pris
de moi . • . . Mon amie bonne , il est une autre
petite Soi^hîe, qui , à te dire vrai, n*a pas
fait de grandes caresses à sa compagne: hélas !
elle sent bien qu'elle n'est plus que Sophie
tout court; mais ausài elle te ressemble tout-
àfait celle-là. Que ne peut-elle apprécier ce
tonheur ? Les cheveux de ma Fan fan sont
très-noirs pourson âge , et elle a de qui tenir ;
j'espère qu'elle aura su prendre la même
couleur pour ses yeux, sës clU et ses sour-
cils^ et que tu auras relevé tout cela en lui
prêtant ton teint. Au reste ^ Gabriel-Sophie
est une grande fi]]e j la taille ordinaire d'un
enfant qui vient de naître est de i8 pouces.
Dans la première année , à peine doit-il gran-»
dir de 6 ou 7. Elle n'a pas sept mois, et elle
^ 23 pouces. Je t'assure qu'elle est très-grande, .
ét c'est encore une ressemblance avec sa ma-
man.
Je suis très-cèntent de tout ce que tu me
dis de sa santé» Voici le moment critique'^
61 elle pousse des dents, et je deshe bleu
ardemtfient «^que les ëhaleurs'se passènt sans
€ette éruption ; mais à tout événement le
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d36 LETTRES OmeiNALfiS
téton de la nourrice est le remède presque
unique. Si la gencive devenait trop rouge et
trop gonflée , 31 l'inflammation se déclarait ac-
compagnée de tous les symptômes qui ne sont
que trop capables de donner la mort^ qu'on
ne balance pas un instant, pour prévenir les
accidens , k couper la gencive sur la dent.
Au moyen de cette petite opération qui n'est
rien , la tension et l'inflammation Je la gen-
cive cessent, et la dent trouve un libre pas-
sage. Mais , au nom de l'amour et de la raison ,
point de recette de bonnes-femmes j point de
topique, de poudres , et de toutes ces bêtises
irritantes , exactement bonnes à rien , si ce
n^est à tourmenter et tuer Penfant. Tu m*a$
mis en colère avec tes dissertations. On a
eu raison de te cl ire qu'il était impossible
d'obtenir des nourrices absentes autre ckosç
que leur routine , et j'ai éprouvé combien
cela était difficile, même en présence j mais
demande un peu aux valeureux champions
des vieilles sottises, s'ils ont lu dans le livre
du destin, ou plutôt des possibles, comment
se porteraient les bommes, s'ils étaient bien
et vigoureusement élevés? et s'ils n'y ont pas
trouvé ce chapitre , pourquoi décident-ils que
nous ne nous en portons pas^ plus mal pour
Ci^oir été mal éltvés ? £n eflfet , le quart de
laos c nfans meurt dans la première année,
plus d'un tiers périt en deux ans , et au moins
^ ittoitié daifs les trois premièf es années j n^
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D£ MIRABEAU. J22j
Toîlà-t-îl pas vme belle preuve de la bonté de
notre méthode? Notez ^^s'il vous plaît ^ excel*
lente raisonneuse', que nous sommes les seuls
êtres soumis à cette mortalité terrible , et
qu'ainsi elle est piurement due à nos erreurs. .
Et notre jeunesse , comme elle est belle et
forte ! ce sont tout autant de spectres dorés
vieux à trente ans. Qu'on voie en Suède, en
Danemarck , en Pologne , dans tout le nord ,
en Angleterre , dans tout le reste du monde
enfin, où Ton n'élève pas les enfans comme
dans une petite moitié de notre Ëurope , oit
l'on est parvenu à dégiader l'espèce humaine
en la garottant au physicpe et au moral ;
qu'on voie, dls-je , si les enfans y sont emmail-
lotés et craignent l'eau, £li bleu , iLn'est pas
un de ces liommes agreslement éduqués qui
n'assommât en jouant huit ou dix douzaines
de nos talons rouges, et autres valets de cour
ou badauds de ville ; et si moi , qui te parle ,
me sens bien la force d'en renverser quelques
bataillons en soufflant dessus, c'est que la vie
dure que j'ai menée , et les exercices violens
que jai aimés ( nager , chasser , escrimer,
jouer à la paulme , courir à cheval ) ont
réparé les innombrables sottises de mon édu-
cation^ et ta fille assurément ne fera rien de
tout cela...,. Mais nou§ voilà tous.^.,. Eh
oui , nous voilà , i'^. la moitié dé ce que nous
devrions être î 2**. hous voilà rachitjq aes , fai-
llies , imalitigres , bossus i quelques plantons
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a38 XETTRES ORIGINALES
*
sont échappés droits et sains ; y a-t-il beau-
coup de raison et de tendresse à risquer ses
enfans à cette hasardeuse loterie ? — J'aioie
tout-à-fait aussi le soutènement des rein^ par
un corps , . . . • Je te prie d'examiner si les
petits chats 9 chiens et autres animaux , sont
souttiuis par cles corps de cordeoude baleine,
comme tu Tentendras. Ëh bien , par ma foi ,
Je n'en ai point vu de bossus; et dos belles?
dames qui, en vérité, aiment ordinairement
beaucoup mieux leurs petits chiens que leurs
enfans , ne manqueraient pas d'emmailloter
ceux-là , comme on fait de ceux-ci , si Pex-
périencc n'avait prouvé qu'ils se trouvent
mieux Je la llber.té, . • Voilà une et deux trop
grosses balourdises pour que j'aie pu te les
passer J je te fais grâce de bien d'autres j mais
franchement tu n'as pas le sens commun ; mais
pas • • pas, • • . l'ombre. • • « à-peu-près*kutant
de raison ; d'ailleurs 9 beaucoup crérudilion et
* d'esprit, que puisse le ciel te conserver pour
ton ingrate patrie 1 Sur le tout, madame, lis
M. de BuiTon qui en sait au moins autant
que toi et les autres; lis le grand Rousseau
( tu entends bien que ce n'est pas du faiseur
de vers que Je parle), lis son magnifique
^oëme d'Ëmile ; cet admirable ouvrage , ou
se trouvent tant de vérités neuves. Laisse les
fous., les envieux, les bégueules iioui mes et
iemmes, et les sots s'en moquer, et dire quiç
c'est un homme à. système. Jl est trqp vrai
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f
s £ M i B A B £ A V. « - z3q
que vu notre dépravation , (out cç qu'il pio^
pose n'est pas fai,8able^ et en y^érité, il n'y a
pas là de quoi nous yanler ; ijaais.la partie
de son ouvrage qui traite de Féducatlon i^liy-
^ique et de celle du premier âge, n'est point
ilans ce pas , et c'est là ou tu trouveras les
Frais principes.
Pourquoi donc, ma Sophie , craîns-tu que
je te reproche tes idée:» de mère ? as-lu quel-
que-fois vu ton Gabriel s'abîmer dans des
raisonnemens arides, lorsqu'il ne fallait que
sentir? Gh non, non ; je ne suis pas si froid ^
et tu devinais le savoir. Les illusions de la sen^
.tibilité me sont trop chères ; et moi aussi ^
j'aurais vu courir ma fille , j'aurais senti pal-
piter son petit cœur, et ses caresses répondre
jk\x% .tiennes \ j'aurais repoussé comme toi la
réflexion qui se serait oppose e à une si douce
méprise.
Tu as d'autant mieux i^ait, mop cher Amour^
:de ne pas refuser un service qui devait nou*
iaire à tous. deux taot'de plaisir, que tu a«
prouvé en l'acceptant combien tu étais in-«
capable de ressent imenl et de fiel j car on
ne reçQj-t que de ceux à qui l'on a pardonné*
Cette jeune personne a réparé ses torts par
cette offre obligeaiUe qui en est un aveu ta-
jcite. Il eût été plus honnête de les déclarer
^ouvertement. Quoi qu'il soit, ma Sophie., '
,jç ne te repiocherai, jamais cette facilité cor?-
diale et naïve que t'a àppnée'lA nature, et
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^^O LETTRES ORIGINALES
qui te poile à mettre soit dans la conversa**
tion, soît dans les procédés , tout lé monde
k ton niveau. J'ai le même penchant, et je
n'ai encore trouvé personne qui à la longue
n'en abusât. Ils sont très-rares ceux qqî ont
assez de délicatesse et de modération pour
sentir que lorsque leurs supérieurs veulent
iiten oublier qu'ils le sont , c'est un motif de
plus pour que les inférieurs s'en souviennent*
Assurément je ne suispiis haut (quoique fier,
sur-tout dans Tinfortune ) parce que j'ai tou*
jours voulu et espéré valoir mieux par mon
personnel que par mes parchemins ; mais je
vois que le plus souvent on prend de Taffa^
bilité pour de la fauiiliatité. J'ai cent et cent
fois, par-tout et en tout temps , été témôÎKi
de cette méprise de jugement. Je m'y suis
'toujours exposé, çt probablement je m'y ex-
poserai toujours. Ën vérité , ma Sophie*Ga-
briel, tu as un sot ami, bien incorrigible à
certains égards j et cependant, lu l'aimes bien:
•d'oii )e conclus qu'il vaut mieux que quel-
ques autres. C'est ce que je médis toujours
pour meraccommocNr avec moi-même: Il faut
bien que tu aies un prix , puisque eile évalue
si haut ; et, soil que Tamour propre s'enve-
loppe sous ce masque, soit que l'amout e«i-
bellisse cette illusion , elle me console et
m'adoucit le tableau de mes imperii étions ,
attises , erreurs , etc. Tu n'efr pasT^i ricke eii -
^ genre, à beaucoup près} ainsi 4a as bien
des
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DE MXaABSAU* >%4t
des droits à moa iadulgence*-^— OJnl non^
ne me déguise rien^ ne me dérobe jauiaîs ta
tristesse : eh ! pourquoi affecterais^tu une ma-
nière d'être si cruellement démentie au fond
de ton cœur ? Hélas! pourrais tu me tromper?
Ne sais-je pas par ma propre exp^îence^ com'*
bien tu paierais chèrement cette fausse tran-
quillité ? — Je te sais bpn gré de renoncer
au laurier académique dans le respectable
lycée où M. de Ru*'^'^ trouvait fort mauvais
que j'entrasse , même comme spectateur. Ah î
qu'il soit tranquille ; je ne serai jamais ni de
celui-là 9 ni d'aucun autre ^ je me le suis bien
juré. Mais que tu es cruelle envers tou ingrate
pairie / — Ma santé , puisquUl CA faut par-
ler, a été fort mauvai&p d^epuis ma dernière
lettre. J'ai eu des crises cruelles: tout va-
mieux ; je passe deux ou trois heures par jour
dans le bain j çiaîs la vie re/ifermée augmente
beaucoup mes dispositions naturelles à cette
terrible maladie. Je ne t'en parlerais pas
S^ommi cela 9 ^i j^e ne pie sentais . assez bien
mai\jtenant ; ainsi sois trim^uill^e ^ j[e t'en prie.
Les maux du cœur ne sont pas du ressort de
la faculté , et cesont les plus cruels. L'amour
en est le seul, médecin , et ce n'est que fajt
toi qu'il peut Pétre. H faut , quand il i^eut
me gulrir^ qu'il me4oBne un bacîo ou une
lettré. Qu'il choisisse ; oui , qu'il choisisse^
hélas ! car on ne me laissera sûrement pas
choisir. O ma Sophie ! voudrais-je d'un àa^
Tome II. L
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^4% LETTRES ORIGINALES
ciûM A^vn'sôlo bâcio? Oui , s'il ne devait ja-
mais finir ; . mais sans cela ^ <te serait une
cruelle faveur 3 tes lettres valent mieux ^ et
notre digne et vertueux et sensiblex bienfai-
teur me donne la v!e ^ me rend la santé en
m'en envoyant» — Chaque matin, je cause
avec tbi de hiiit à neuf heures : car ie sais
que tu marcjhes aVec moû Quant à la belle
étoile que tu |n'indLque3, c'est assurément le
plus brillant des sïgnaux. Maïs je t'avoue que
mon horizon est trop court , et ma lucarne
trop étroite pour Taj^ercevoir. Cependant je
Vols passer des vivanS| qui après tout ont plus
rapport à nous que les étoiles : j'entends
"du bruit, Vest îine distraction } et tous mes
compagnohs d'infortune ne sont pas si heu-
'nvtx à beaucoup près* Toi qui és si fière
M'avoir appris l'astronomie de M. de la Lande^
•\èt qui^ depuis ie ^igne de M. de Cœur-di
'^oïy jusqu'à Sytius 9 connais tout au ciel ^ je
ne te crois pas si savante en mythologie ;
écoute ces allégories-ci. t'Amour était fils
*'de Mark et de Vénus y disait Simonîde : tu
vois bien que ce n'est pas là le nôtre } c'est
"^celui des garnisons. Selon Àlcméon^ il naquît
Flote et de Zéphir : c'est bien joli ; mais
Flore se fane trop vite 4» et Zéphir a dfes ailes.
'Platon l'a dit fils de la Pauvreté : voilà le
^eu des filles de Topéra. Hésiode^ du Chaoa:
'que les ambitieux l'adqrf nt. Maïs Sapho ^ la
tendife Sapho ^ faisait l'Amour fiU du çiel
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DEMlKABliAV.
*
tt de la terre. AK i Sophie ^ voîlà le nôtre :
Puniondes âmes, les délices des sens , c'est
là la volupté î double joubsatice vraiment
céleste , gage éternel de notre fidélité»
On fait facilement des amis dans les en^
âtoiiit où toui te mojtde est matj lorstfue
Pon est un peu mieux que les autres* Cette
observation profonde et toucbanle a été jus-
qu^à won cœur. Rien n*est plus vrai , plu*
honnête et mieux senti ^ ô nion adorable amie !
et je t'avoue que si quelque chose me console
de la solitude Vraiment assommante oh fe
suis plongé, c'est l'idée qu elle me sauve des
chagrins et des imprudences j deschagrîns^
pwtct que céux des autres prisonniers me na«
vreraient le cœur si je communiquais avec
eux, et j'ai bien assez de riion propre fardeau j
des imprudences 9 parce que Pinfortune exalte
la sensibilité , et rend excessivement confiant.
Je soufTrè beaucoup d'être seul : mon corpi
et ttion esprit ïhisent par des efForts et une
tension continuels ; mais je suis à l'abri des
indiscrétions, des tracasseries, des perfidies,
et je n'bi pas l'occasion de me compromettre
pour les autres, ce quia toujours été mon
éctiéil ; mon amie, nous ne changerons pas
nos cosurs ; nous ne le voudjrions pas^, quand
nous le pourrions } ainsi nous sèrons éternel-
leinent exposés aux m^cs piégés, Veux-tù
que je te donne l'ufflfiie boussole qui mè
paraisse pouvoir nous guider avec quclqu'e
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sûreté ? Le» honnêtes gens ont 4e» défavit» :
ils peuvent être étourdU et faire des sottise» ,
quiSqu'ils ne soient jamais de. sot,;^ar8ilft
ont des procédés droiu simples qui les ca-
utérisent , et auxquels on les r^nn^.
N'en juge plus que par ce signalement.
vZeïl en^eocUerlUélasUesyeuxles
^ J perçan. son. qi.1^^^^^
ou plutôt le cœur trouble
"rtn 'payé., «"e à te res^nrer Je cur
Lu»é de son excesme faeihté da» Jes cir
c^„"unce. le. pl« importante,, de .a v.e.
^ L B. le. C. le. B. les V .<»t d»«»a-
rie. qui =e .orliront p» de tt «émoue.
STa W-toire , qui y e.t .a^^ours prcen.. .
?L offrira m>. foule d'autre. T»«
p„ moin, frappau.-, «fP^'»""
en y réEéchimnt que 1 «q"'"
Zt» circoo.peotion,«im q»o. le. lo»
" aot n>onopol Sophie , .o>c. corn».
le. .«ie.. peignaient "'"T
dan. un tableau d'Apelle UCtédulUé avec
t longue, oreille, tendant
Calomnie qui allait à sa rencontre t la Cré
d„t" «ai? aeeomtii^^e de Wgnorance^e.
.4. Soupçon, »u.la«gute dy Uoronie apus
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D £ M I & A B £ A V. 94$
«
tienne inquiétude secrète j et «'applaudissant
tacitement de quelque découverte, La Ca-
lomnie au regard farouclie secouait une torche
de la main gauche j et de la droite elle trai*
naît par ks cheveux l'Innocence sous la fi-
giïf e d*iin enfant qui prenait le ciel à témoin
de son infort une, L'Envie la précédait^,
FEnvleaux yeux peicans et au visage pâle et
maigre. Ëlle était suivie de l'Embûche et de
lïiTlattérîé. A une distance considérable ou
-aperciÉvfait la V^ériféqui s*ayançait lentement
sur les pas de la Calomnie , conduisant le
Hepenûr en liabît lugubre. . . • O mon amie,
que eetie peinture sublime est eâîrayante ,
et qu'elle est vraie ! La corruption est dans
Thomme , comme l'eau ^est dans la mer.
•Tenonsé^nous sur n(^|^ardes ^ Sophie ; hélas I
il est bien tmip^ d'y p^ oeer, Lf^^ maîhe-M«
reux ont , toujours tort : tort de l'être , tort
de h dire, tort d'avoir besoin des autres et
de ne pouvoir les servir Quesais-je^
ouoi ? Il n'y a pas jusc^u'aux mauvais procéda
,qu'on a pour eux qui ne tournent à leur pré-
judice. On, cherche à excuser sa conduite en
inçplpant la leur. Tous les ingrats accablent
de reproches ceux qu'ils ont trahis : tous les
j>uùil^ain)es se plaignent de ceux dont ih
d<^ertent la cause. Voilà , je crois , le vrai
signalement 4es lâches per&onaages que tu
iiae rappelles, IS^ais nous ne .dcvçns pas dé-
ipepârer de notre destinée, puisqu'elle nous
L iij
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«4^ LXTTHXS OaiGJHALOSS
s^ùàt tomber aous la ^^peadance d'unbomme
qui dai^oe ré^arci;, autant.qu il est en lui,
les blessures cruelles dont on nous a déehirés«
Il me reste j ma Sapblç , k écUif cir a^ec
toi un point Impuit^ut ^ .mais je me. le ré*
serve .pour une autre lettre , celle-ci étant
*
déjà bien longue. Un mot seulement» Tu t'ac- ;
ébses sans cesse ^e mes maux ^ toi qui fais
fout mon bonhenr» Yeux^-tn donc que je ré^
crimine contre moi-même i Noii«,tu oeie
veux pas. £h bien, injuste aman^^ pensée ai^
z3 déc embre 1776, au 24 aônt 1776 , et osé
dire que î'ai trop, payé la félicité suprémç :
ose dire que le sacrifice de ma vie immolée
k l^nstant in'eut acquitté. -
Tu n'ignores pas que j'aime asse^ t^tiecette
du pistolet, comme mt^dîtive et sûre; et
%w«v-iau c»i u ùfii;//ci7;n<^ycrm/iv<r/\/cpeiî»
dant il faut que je te fasse à ce sujet quel*
ques courtes observations: elles sont nécés*-
saires à tout événement , naturel s'entend ;
car la bonté,. ]a céleste bonté de M. le N***
éloigne tout projet funerte. Maïs enfin', ma
Sophie-Gabriel , je suis mortel \ la feuille
d automne jaunit et tombe , et Porage em-
porte aussi la feitiHe du printemps ; ainsi
tout dans la nature appelle Pbomme à la ré**
signation. Je me porte assez bien en ce lïio-
ment : la nattire et Pexercice to'ônt fait ro-
buste : je n'ai que viDgt-:buit ans ; j'aime la
Vie , puisque je t'adore , et que tu me chéris ;
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D£MIIIAB£AU« 347
ainsi je puis fixer un rnomcut les yeux sur un
. éyéijiemeiit Irèft-imprababie ^ mais dans Far«
d[r« dei} pos^ibljes» Je connais l'excès de toa
atnour , de ton courage^ et wé'me de Ion an-
/ dace» Je sais que tu ne vis qu'en nàoî et pour*
moi^Btqucitu n'ai jamais cru pouvoir ni devoir'
me survivre, et que le premier mouvement
te s^t^it probablement funeste^ si je périssais
avaat toi* Mais, mon amie^ regarde ton en-»*
fant t regarde, cette image naïve maintenant
es^posé^^ sous tea yeux» Ta prison ne saurait
éue , Pfi:pé(uelle , ni même d^une certaine
kogJiur i e. 1. ™
terme* Si une mort prématinrée m'enlevait à
tpi, je ne pourrais rien pour mon enfant. Ne
sfrait-ce pas une raison de plus pour que tu
te CQnservasses pour elle? Tendre Sophie^'
laisserais-tu ce fruit de mon amour exposé
SKi ri sao9tSÇ9Qiirs à tou» les outrages du sort ,
mendier sa subsistance , et traîner noire sang
dans la fange de la plus affreuse misère ?
N'est^lle point un autre moi-même, cettç
enfant du plus tendre des hommes ? Non^
mon amie, non , tu ne lui laisserais pas pour
hfrita^e le malheur de ton père : tu veillerais
sur elle. Tu honorerais dans tafiille ton amant
à qui tu donnas un titre plus sacré , s'il en
est on. Ce serait m'étre iidelle que de chérir
ma fille 9 de lui continuer les soins que tu me
prodiguas : elle essuierait tes larmes y elle
adoucirait ta perte ^ si elle ne t^ *nsolait
Liv
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248 L E T tu ES ORIGINALES
■
pas. Je ne te tenÉs point un pl^ge ^ éhèrtf '
ik)i>lûe 9 ye^ incapable. Je ie dis ce qu&
je pense : tu te dois à ton enfant. Si la faulx
du temps m'atteignait avant l'âge y il me
semble que je- te quitterais dVec n^oins de
regrets,, si je te laissais ee pf^fcieux gage de
mon amour ^ si j'empoitaia Fespair que tk
tendresse pour la iilie que je te donnai té
fera supporter ma perte y quemon 'amour nie
sujrvivra et sera réobauii^é dans le cœur de
ma fille , jlorsqjuf^ Gabriel ne sera plus que '
ppiissière : son ame transmise Bsns un autre*
lui-même 9 cuii^éd et enriciiie^dans ton sein y
vivra encore en dépit de ses tyrans , et ton'
ami t'armera jusqu'au -de là de la tombe»
Sa tendresse* bravera la mort et le temps qui -
asservissent tout , et durera autant que la na-
ture elle-^méme. Si. je né t'ai jamais parlé
ainsji, ma tendreet bouuie. Amie ^ c'est que je
n'avais yolat fait des xéflexions aussi conti-
nuelles y aussi .sérieuses , . àussi profondes sur
ce qui peut arri^ver ^p);ès, mpi, et sur les.
de voirs qui nqi^s lient. J'aije droit d'absoudre
des sermens que j'alreçus^ et je le fais. Je
ne suis pa? uiviiade^, je te ie»répète^ et cette
longue letti c te le pronveassez : j'espère vivre
pour toi > pour ma ûlie et pour notre bieu^
faiteur. Mais si iç sort en décide autrement^
si mes yeux doivent se fermer sans, avoir en-
core une fois^fixé mon amapte^si meslèifrea
se glaçât sans lu^ ^avoir^de nouveau jujcé
>
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non amour ^ je transporte a ta fille toute la
tendresse que tu m*as si bien prouvée ; qu'elle
eu jouisse autant que le lui permet la nature ;
que Tamour oiaternel remplace dans ton cœur
celui que tu me dois 3 que Tamoui iillal le
dédommage de tes pertes autant quHl est
possible* j|^e cceur ibrmé de celui de Gabiiel
et du tien ne laissera poiat sans exercice ton
àme active et brûlante. Le portrait inanimé
4e Gabriel t'est si cher ^ 6 mon aimable amie !
sa ressemblance organisée et seubible ne te
sera-t'-elle pas bien plus précieuse ? N 'est-ce
pas le mélange de ton sang et du mien , de
ton ame et de la mienne ^pue j'oflVe pour
pâture à ta sensibilité ? Ne dis donc poinÇ
que ce sont, des consolations arides et insuf-
fisantes ^ et conviens que si c'est un devoir
de té conserver pour une pauvre enfant qui
n'a que toi^ ce devoir n'est ni trop cruel ^
ni trop sévère .... * Tu pleureraken lisant
ceci, .et je pleure aussi; m^us ces larmes ne
sont point amères, et ces réflexions sont un
sujet important de méditation que je devais
t'offrir pour réformer tes principes. Ne cher-
che pbint à m'emban asser par des compa- '
raisons ; tu m'affligerais^ et tes réclamations^
et tes plaintes^ et tes tendresses n'empécbe-
ront pas que tu ne sois puur moi , ce que je
puis être pour toi Sujr le tout , je me
porte bien , je veu^ vivre cent un ans, pourvu
que ce soit avec toi, et dire à cet àgc, Mfê
Lv
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25o LETTRES ORIGINALES
^l/e, allez dire à votre Jille ^ que la fille de
sa fille crie.
Tu m'as fait un plaisir bien vif eo m'assa^
rant de l'intérêt que prennent à toi les per-
sonnes dont tu dépends. Je ressens du fond
de mon cœur leurs bons procédés ^ quelque
Convainctt qut? fe sois qu'il serait impossible
à des gens honnêtes de te montrer de la
sécheresse et de la dureté. Ma reconnaîa-»
sance est en ce moment un bien faible hom^^
mage } mais il est certain qu'on ne m'obli*
géra jamais si essenlielleraent qu'en toi.
Sii'on laissé entrevoir que je pourrais
t'envoyer quel^lies manuscrite ^ dis-le-moi ^
et je ie ferai avec grand plaisir , puisque tu
le desires \ mais n'abusons pas des complaH
sances qu'un a pour nous, du temps qu'est
obligé de perdre le secrétaire de M. leN***
pour examiner ce que nous nous écrivons*
Si tu m'Ai crois ^ nous bornerons nos vœux
à recevoir un peu plus souvent de nos lettres y
car cinquante^six jours sont bien longs ; j'en
avais eu jusqu'ici tous les mois depuis tes
couches^ et quelquefois niénie deux^ et je
ne serai pas tolites les fois si bien payé d'iavoit
été si long-temp:i inquiet. Adieu, mon Amie
si tendre, si at U nUw^ , si aimable et si boune.
Puisse cette lettre te rendre une partie du
plaisir que m'ont fait la tienne et ces pré*
eieux envois ! Je la iinis ; car enfin il faut
finir, et M* qui est obligé de la lire ne
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J>l MIK ABB A'tr.
saurait s'y iiitérater autant <|ue toi y quelle
que fioit 5a complaisance. Je le sens bien ^
mais a/^UE^non si sazia mai Oh ! non^
non sai^ipiute ^ 8ar**tout qnEind il est si
affamé, jima iliuo spozo, corne ne seiamaiam
Je l!Toya!s qu'il ri*y avait plo» d'hommes 4tt
nom de Cauoigham, Je suis aise dePétablis*-
semeat de cette pfiuvre et bonne enfant qui
avait goût et presse du sacrement. Elle
s^est point mal conduite avec loi ; et je l'aimi^
autant que je puis ailier une autre femme
çue Sophie, et une ame aussi tièfle. Fais un«
attention sérieuse à ce que je te dispjour let
dents de la Gabriel-Sophie. Jet^enverrai des
yers pour mettre au bas du portrait de cette
grande fille de deux pieds de iiaut. £n atten*
dant 9 j'ai trouvé, je ne sais où, un portrait
au-dessous duquel tu mettras le nom tu
le devines»
«. •««*»••• La quimeosedée^e repose t
Le cœur gm de cb9griii«ini^eii «avoiriacauae^
lï'ajaDt pensé jamais^ Tesprii luujuurs troublé,
L'œil chargée le lemt p&ie et d'iiypucuQdre unSé^
La médîitante Envie est assise auprès d*eUe^
Vieil spectre téiuinio, décrépite pucelle, • •
Avec un air dévot déchirant son proibaîn f
£t chaasQuuuut ks geus , TEvangile k la toaio*
Je ne saurais t'en envoyer que cela j mais
I ^ ' M t I ■ I I 11 ^
f Je crois (^ue ccn est guc pour U rime.
L Tj
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*
ç'e$t assez, po^r, ^^qx 1% r^semblance. Aiikw
encore une fois^j l^i^^^-mui cai^r avec ma^
A . M. L E N O I R.
É
J E croîs, Mbnsieur , que vous et vos secré-
taires avez besoin dè beaucoup de courage ,
quand il faut lire les lettres monotones de
faîit de malheureuk qui n'ont guère à penser
^u'à leur infortune , et qui ne s'aperçoivenf
pas aisément que leurs vaines réclamations
jVeuvetit enniiyer. Je suis raisonnable à cet
^gard V il n'est pas dans nia nature d'être im-
portun ayec celui que je respecte et qué
l'aime : quant aux autres , j'aurais la juste
fierté de croire que je ne suis pas fait pour les
prier deux fois.
Je ne vous parle point depuis long-tems^
et je ne vous parlerai plus de mes alfaires y
persuadé, comme je le suis, que j'en ai dit
assez pour exciter votre intérêt , et que vous
me sauveriez y si vous pouviez , des serres
cruelles de mes ennemis, puisque la plus îm*
portante et la plus précieuse des grâces que
je puisse désirer, et qui, par un hasard plus
heureux que je ne devais l'espérer de tna
^destinée , <iépendait de ^ous, m'a été accor^
•idée. Mou sort est décidé-, sans doute, et de
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quelque liiaiiière quç ce «oit, le'temsjinef
Papprejadra, ou j'apprendrai aiii t€Di» que j«
suis plus son maître qu'il n'est le riiien. Jus-
que Jà^'^je vous parlerai quelquefois du pre-
mier* besoin de ma vie ; et c'est mon amie
.qui est ma vie, et ce soqt ses Jey res qui m*a-
limentent. * *
Dans le mois de janvier, j'en ai reçu deux,
une clans le mois de février, deux en mars,
et deux autres dans ies mois d'avril ettd^ mau
Vol] à vos bienfaits , et je vous ai e:i primé,
de mon mieux combien ils m'ont touché. De-*
puislevingt-qualre de ce mois demai, jusqu'^^
aujojiid'liui neurjulllet, .c'çst-cVdire, depui^
quarante-six jours , je suis veuf, absoUimeni
veuf j et, je ].^avoue, mon cœur est a^IFainé et
mon esprit inquiet. Depuis le moment où ^
ému de Juotre sensiJbiJité si juste et de nos an-
-goisses cruelles y vous avez daigaé condes-
cendre, autant qu'il était en vous , à nos înno-
cens désirs^ et verser quelques gouttes de bien
. dans le,çaliqe amer que nous avons à vider ^
je n'ai pas cru que notre situation pût emj
pirer : car, me suis-je dit souvent , notre bien:
faitear est si bon l il n'aurait pas voulu r'pu-
vrtr notre ame au sentiment du bonheur pour
nous Tarracneré . . . Oh I non, Monsieur , je
ne crains pas cela de vous, et je vous demande
avec les supplications les plus ardentes une
lettre de llnfurtunée Sophie. •
J'ai riionneur d'être avec un dtvouemeiit
1
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mpecfuean., Momieur^ votre trè^lmmiile et
trèft-obéissaat Mrviteur j
M I & A B X A U fils.
m •
, *
■I I I III I m II II I ' I ' J > Il II M i i r > mÊmémmàmmàÊmmimmmJ* •
A U M Ê M £.
♦ ^ 3o juillet 1778*
I L est bien décidé , Monsieur , que c'est à
vous çue je derrai consolations, plaisirs , sa^
lut ) tout enfin. Je profite avec la reconnais*
sance que tous vos procédés m'inspirent , et
chacun renouvelle, de la permission que
TOUS me donnez d'écrire pour m'informer de
mon fils. J'adresse ma lettre à un notaire
ë'Aix^ très-honnéte homme, et qui a des rap-
ports étroits avec M. de Marignane et mon
père; mais qui est on ne saurait plus secret,
et qui me veut le bien que me veulent, j'ose
le dire, tous les gens honnêtes qui me con-
naissent par d'autres relations que celles de
mon père ^ ou 'qui me voient par d'autres
yeux que les siens. Je ne pouvais mieux faire
que d'écrire le billet simple et succinct que
j*ai l'honneur de vous envoyer ; parce que ma
position m'interdisant tous détails. Il serait
embarrassant , et m^ine peu décent d'écrire
ain ji à mes amis d'un certain rang«. Sans cette
réflexion , je me serais adressé à madame la
marijuUe de Verne , en son hôiel à Aix ^
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ou ftu nùmfuis de Taurettes , dans la mimé
ville ; personnes respectables et respectées ^
^ibnt Vii déplus près que cl^autres l*înnocencë
de ma conduite et sa générosité ^ opposées à
l'atrocité de mes ennemis ; qui connaissent.à
fond mes affaires et mes matheiArs ; qui saTent
enfin que dans la longue caurseque j^ai ioMX^
nie, quoique jeune encore ^ dans une carrière
hérissée d'événemens tristes et dh^cocrtratiété*
cruelles , j'ai toujours eu les mêmes procédés
et trouvé le même sort. Ami jusqu'à l'en-
thoufiasme^ dévoué jusqu'à la témérité , sans
, cesse compromis pour les autres ^ et sans
Cesse abandonné ]jar ceux pour lesquels jé
me suis compromis ^ chargé des fautes d'au*^
ttuif dédaignant d'excuser les miennes ^
parce que la conscîen e de mes Intentions et
de ma droiture m'a toujours suffi ^ incapable
de faire mon apôlogieaux depen&de p^sonne^
ibêmé des pusillanimes , des ingrats et des
traîtres^ je me suis vu, continuellement jugé
sur des faiualtérés ou faux, et jen'ai jamais
changé pour cela de c oeur ni de conduite. Tdt
je fus^ tel je suis^ et tel peut<-étre je seraû
Quoi qu'il en soit , Monsieur, si vous û'ap-
jprôuvez pas ma lettre , veuillez me ïà ren-
voyer avec des cbangemens que j'observerai
religîeuscuieiit. Si vouo jugez plus à propos
que je û'éci if é point , et que vous daigniez,
prendre cette peine pour moi ,,ex ès de bonté
c^ue jcL ne présumerais pas si l'on ne m'eût
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$it6t L£T J&£S, OKri^Cf^K ArL£S
f^xiné Uakernative , veuillez voa$ Presser ^
madame de Y ence. C'e$t Jta «œur du vicomte
de la RoçhefQucault«^e.ut^jti:e la qopoai^sea;*%
Yous}ah!$i cel^e^t^yous l'estimez san^ douteii
Demandez-lui ce qu*^elle pense , ce qu'elle
fait de moi. ^ Je^ sousci^îf à fie g[^'qllq pro-:
nooce^a j mais , non ; elle ^st trop partiale
çnma faveur. Elle l'iest au pçint que mon père
et madame^c^^irabeau ont^jOi^é sç répaadre
en commentaiK:e^ sur mes sen timens pourp.çtte
daine et sesbont és pour moi» Yousr^marquerez
g^^ellç serait njia jnère , et que c'est, u«ie des
femmes les pjus gjénéralement i;^spectées. |1
est vrai quelle cotui^it mad^qie de MitabeaM
depuis Tenfeuce^vqu'elle a sruiyi iia conduite et
la mienne, et qu'elle nîa pas balancé entrer
nous, 11 est ¥rai ençqre que la plus tendre
jdes mères ne saurait aimer le plus dur des
pères ; . . . . mais , après tout , que peuvent
coutfe ff^adame de Vence Içs siiUemejgis de
la calomnie?
£nnn ^ Monsieur , de quelque manière que
ce soit y j aurai d^ nouvelles de mon &1&^
puisque vous voulez bien vous en occuper. Ne
trouvez-vous pas étrange , j^ose vous le de-'
mander , qu'un père ait organisé sa famille de
manière qu'il lui importe que son £ls n'ait
aucune correspondance avec sa mère y et ne
sacbe pas des nouvelles de son enfant ? et ce
pere s'appelle V Ami des hommes/. • • • Je ne
m arrêterai pas sur ces idées désolantes 5 je
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ÎD £ M I K A B £ A V. iS'J
fbusrépéterai seulement que j'use dans Tinu^
tilité et le chagrin mes. plus belles années ,
que je - tieHlis avant Pâge , et que les nniU^
p^^raîssent bien longilesàla douleur qui veille/
Peut-^tre , qii^il' me soh permis de le dire ,
peut-être pourrait**on tirer de moi un partL
plus utile et plus humain. Je ne me crois ni
au-dessus, ni au-dessous de rien. Je ne suis
aSi^dessous de rien , parce que je sens mes
forces et mon zèle, parce qu'après tout je suis
ttii' hoinrae condtne un autre» Je ne suis au-
dessus de rlea ^ parce que le patriotisme ^
Futilité, et sur-tout l'Aomm^^ peuvent fout
honorer. Tous les talons rouges ne parleront
pas ainsi j mais c'est à cause de cela que je les
vaux peut-être bien en tout sfens. .Encore iiae
fois^ je suis enterré) cependant, si j'en croîs
ma tête et mon cœur , et cp je ne sais quel preà-^|
sentittieni qui est souyetft la- volk de l^am%;^
ma vie pourrait n'être pas inutile. Songez à
moi, Monsieur, dans ce tenis, qui, ri j'en*
crois qu'annonçaient 'les dernier^ nfois 6ùf
je vivais avec les. vivaus , doit être fécond eti^
événeniens. Spiigez à moi, dis-jej ou plutôt
(«ar j'fiir assez de pDeuvesique vous daigtieii'*
vous occuper de ma'triste existence ) rappelez*^'
la à d'autres.
J'ai promis à mon amie des vers pour mettre
au bas du portrait de ma fille : ne permettrez-
vpus poÎQt que je les lùi envoie? Ah ! je n'ai>
pas besoin de |^:étexlc^ ipour /vous flemaqdw'
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t i:TTaK^.q«.jGiK.A.i.ç8
une . grâce si précieute , 9>9«8 .qui Jt» d^n4
que de vous, r
' J'oserai en soïIiçiU^r uoe q^l J'est biea
moins, et giii l*e$t ce|jiçftd«gat be«rucQ^ï. Je
e a un ouyi^agç. qui sera intére«4^t
«i jenesuis p^sfort au-c(e.ssous de mou sujet.j
je manque de matMaux. Souffrezqu'bn m'a-
bonne h un cabiqet littéraire. On m'en re-
mettra Je catalogue: je demapderai les livr^
qui me couvieadroiït, et chaque semaine ie
earrossede Vincennes emportera eUa^poxttxa,
mon paquet chfz.M, de Rpiigemont. Cette,
manœuvre eat biep simple , «uç flonne^ Aucune
peine à personne , ri'a , ce me semblé, aucun
incQnvénient , et suppléera , moyennant six
9u,nçuffrauc5p^r mois ( parce qup je prendrai
^liisieuKS volumes. à If fois ) apx livres quç
puis me pjçoçoçer ici , où il n'y a point d«^
Diôiwitaeque j pu mépoe de eabmet m«i
tendu, ni acheter parce qu ik sont trop chers*
Daignerez-you» œedlreunouî ou un non ? Je
sais bien que^ oui est le* mot que tous proférés -
le plus volontiers quand il s'agit d'un bienfait.
• J'ai ybonneur^ d'être avec profond et
respectueux . dévouement ^ Monsieur , yotre
très -bumbje et très-obéissant serviteur ^
Recevez mes remercîmens pour les ordres
qîue vous avez bien voulu donner sûjejt diA*
comptes de sauté «relatifs à moi*
Digitized by
AU ^ â M. je;.
if août 1778.
I L ne faut ^ Monsieur ^ (pie tous rappeler les
dates pour provocfufi;' vQtrç» bonté et ?oji
bienfaits ai 'opt appris à être tr^ingujUe ; mai%
mon cœur est trop aetif pour que la sécurité
soit en lui l a^eocç du de^r : c'e^t ^ forc^ et
la persévérance de pe^ cleslr cjul^. constituant
lapassioQ » la légitii^ et Ji^ rend intéressant^
pour tgudle$bompi|9s Jbjoa;iéie&;^/est elleqi^
vous a touché sur ruou sprt ^ q»e vqus aveaî
«douciptar de si précieiuies faveurs , qu'eile*
Qut pa$aé mon attepte. Il y a moiâx^vgJM
que je n^ai eu de nouvelles de ippn auiie ; j'Q§Q
Yousea deuiaod.er ^ffi fa^n&fi^fiti 19^ «e«
- toujours proportiounée. Daignerea&^vous per-*
mettreque je joignç àma répon.seuu cartouche
pour placer au ba» du portrait de mà fille ^ que
)fi dois à votre sensibilité , et df>nt mon amie
a le double, à ce qu'elle m'a mandé ? Les
plu« petits présensi) lei plus légères marlfuet
de^souvenir^ sont des jouissance», lorsqu'ils
sont relatifs à un sentiment qui sieul nous
anime, et auquel toutes no$ ^pensées et nog
actions sont subordonnées.
. J'ai l'hon neur d'être avec un dévouement
profond et respectueux , Monsieur , votre très*
bumble et très-obéissant serviteur ^
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l6o LETTRES OaiGINAiES
A U' MÊME..
• * 3 i^epteftibre 1778. f
J Ê ptends la liberté'dé vdiis adresser. Mon-
sieur, un cartouche destiné à être placé au
bas du portrait de ma fille , que yous avez
permis à mén amie de faire faire pour sa con-
solation , ce qui me donne lieu d'espérer que'
vous joindrez à cette précieilse faveur celle de
lui faire passercedès^iA.ll est assez mauvais;
mais pas trop pourtant^ vu la manière dont
il a été exécuté ; à un mauvais^ jour , avec des
«rayons de deillxsbls^^derehcre de la chîûe
vieille et sale , et une brosse plutôt qu^uh pin-^
€eau« Le défaut d^idsftuitHtes a mon imà^
gination *t wft'inaîiî •.siaîsCc pètit iiçû fut-il
cent fois plu^ m«il éhauabé;, l'intention seule
ferait encore le plus giand plaisir à ma pauvre
arriie. Je n'ose pas y joindre bue lettre ; car
la ^ceconnaissajjtfçe , loijiid^'eîtcuser.la témérité,
p^cessitje la discrétion j mfiis vous' supplie
l^em ardemment de iii^enr{>rociprer une de
madain^ de M* à laquelle^ je puisse répQndi:;a ^
et je vous répète pour la centième^ ibis , que>
çoijim4^1es bien iaits #9nt. plus pui^san^que
tous les monarques de, la terje, vous ôtesmoxv
véritable maître, , et vous le serez tôù jours ;
ave£ çp^Uç ^sejUe nufinciB que ic; plus ypspec^
tueux attacbe^ent et la plus^wd^e^r^iititiidfî
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B£ MIRABEAU.
seront à jamais les liens sacrés de ma aépen-
danee. Ce titre Vaut bien la grâce de Dieu et
des verrouœ.
* J'ai rhonneur d'être avec un respectueui
dévouement , Monsieur, votre très-Jiumble et
très-obéissant serviteur.
' ! ' M I i A B E A U fils.
A U M Ê M E.
♦
18 septembre 1778.
P 0 U R la première fois , Monsieur , depuis
que je suis enseveli dans ce toijabeau oîi Ton
meurt long-tems \ mais pas plus long-tem's
qu'on ne veut , ]é vous écrU presque sans ès-
poîr. Il m'en reste encore un foible rayon
qu'entretient lé sentiment intime et la convie-»
tîon de votre bènté ; mais vous ne pouvez pas
l^impossible ; et sin^a destinée est plus forte
que vous, en vairi vous lui avez ârraelié quel-
\jues consolations q^i ënt adouci mes maux \
ilfautque j'y succombe.'" ^ ' '
Vous voyez 5 Monsieur, que dans la douléut
amère où me plonge le silence de mon amie ^
Je ne soupçonne pas que votre refus de per*
mettre que ses lettreat parviennent fuèqti'à moi
en soît la cause. En effet ^ pourquoi crâîh-
drais-jece terrible revers ? votre cœur a senti
lès justes déchiremens du ttnSen ; il y a qùA^
jirfti; Vous A'etcs pas de ces hommes qui, vi-
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LETTRES ORiciNALEr
Vant MD8 pri&Qipes et pensant $ans eoiirage ,
comptent au nombre des devoirs de leur ^tat^
|es préjugés : votre esprit se rend à la raison ;
votre ame > à la sensibilité qui lui parle , qui
Témeut.
Je ne crainspas non plus, du moins je ne dois
pas craindre, Vu ma conduite et le témoignage
lie ma conscienee , qu'on soit parvenu à vous
persuader que je suis indigne de vos bontés.
Je ne connais personne à qui cette calomnie
soit nécessaiie } et quelques exemples que
j'aie vus en ce genre y je ne sai^s point encore
être méfiante Cependant j comme la secousse
clu malhçur chasse la vérité des ames foVtes |
tandis qu'elle Penfouit dans les autres , Je
dirai en {>as6ant que c'est une Korrible insti-
tution que celle où l'on a réuni sur la même
personne toutes les facilités et tous les inlé-
YiêtsjH^ssiblesde calomnier jet j^'#jouteraiqu6|
cop^me tout est possible, pomme l'humeur
d'un prisonnier peut lui donner de l'aigreur^
et rhumeur de celui ^iiji le gard^ s'en irrijter ^
Cçunme il en peut .résyljler des prévenUons,
des opinions fausses-, des ressentimens et des
vengeances , il est juste et nécessaire çue
chacun. ait la \px^ d'^Pfi^l^ ^t que le snpé^
jieur iBfkméàifit entende ^ jes deux parties ; /
iréflexion importante et féconde, .mais génér
jrale, et nullemei^t.particuli^ère .àmoi qui n'ai
aucuns sujets de plainte , et qui qnmçun Ç9f
ne me plaindrai le premien ^
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Je vous demande, Monsieur, je vous de-
uatide èn gémissant ^ une lettre de ibon kmîë*
Si cela n'est p<fs possible^ je me résigoe^et
tout est fini pour moi j mais daignez me le
faire dire : que des paroles vagues dont la
multiplicité et Tinexac tit u de inquiètent et dé-
couragent au lieu de soulager^ ne soient plus
'ma pâture. Une ligne y à mon bienfaiteur f
une ligne de la main adorée; ou la cruelle^
mais nécessaire vérité. Ce désir que je vous
témoigne avec toute la véhémence d'un cœur
brisé de douleur , ce désir vous décèle mon
premier besoin ; et ce sera le dernien . J^aï
éprouvé bien dés maux : j'ai été crueliemeat
baloté parle sort. Les hasards de la naissance
et de la forttine étaient pour moi : j^âyais le
germe de quelques taiens^ une activité rare^
une audace qui ne l'était pas moins ^ une santé
forte; j'ai perdu lîe.tout cela ce que j'eti
*
pouvais perdre 9 non sans regrets^ mais sans
désespoir. I^a carrière de l'ambition m'est fer-
mée : mes talens sont flétris; ma santé est
détruite ; je suls^dans les fers ; et je supporte
ma situation I et si vous parcouriez mon porte»
feuille (ce qui arrivera quelque jour) vous
diriez. peut-être : Maintenant que l^udi^ersité
et le tems ont fuit tomber son m a s une et
montré cet homme à hu » je vois qu\iln étaiê
ni sans vertu, nisans^or^cc. Mais^ Monsieur^
tout cela tient au sentiment qui alimente ma
vie I aux charmes de Tamour | à ce bool^eur y
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k ce seul bonheur qui ne devrait^aa tant cou«
ter. Il me fait supporter cette manière d'être
qui n'a rien de comparable ^ noU rien ^ pas
même les plus horribles tourmens ; car les
souffrances corporelles son limitées par noire
sensibilité physique et notre organisation.
£n vain l'homme a montré autant de l>ar«
barie par la varit'tc des supplices qu'il a In-
ventas, que parle noibbre infini desps crimes :
le plus ingénieux des tyrans ne peut que
pous donner la mort. C'est en prolongeant
motre vie dans une situation aiFreuse qu'il
assouvit toute sa férocité , parce ^ue la scn*
jiibillté morale a des bornes bien plus reculées
que la sensibilité physique^ et que l'amçest
plus sûrement et plus durablement alFecté.e
par des impressions faibles, mais repétées ,
que par iin mouvement violent ^ mais passa-
ger. S*il est un Dieu, ap^ui de l'inuçcence
et vendeur du crime , il sera juge sans doute
entre' Je père barl^arç et rcnfant opprimé.
C'est une consolatiçtn bien eruellè^que je ne
savoure pas. Jë n'appelle point la vengeance :
je demande votre pitié. Je demande sur-
tout que vous' pé délivriez du plus lulold-
^rablc dqs maux celui de Vinçe|^tittide , et
que vous daigniez me faire dire , si Jé dois
pu ne dpis plus compter sur des lettres de
mon an^ie. , '
* J'ai l'honueur d'être avec un respectueux
dévouement et uuc inviolable iCv conaissance.
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' »,E MIRABEAU. aGi
Monsietir , votre très-humble et i r ès-obéissant
serviteur^ ' • , ^
^ MiR AB£ A U fîJs. '
* M, deRougemont m^a dit que ce n'etaitpag
l'usage de laisser uji étui de mathématiques
5^ux mains des prisonniers j mais que je pou* '
Tais vous demander la pern^ission de rcUrer •
le mien des siennes. Je prends cette liberté ^
et j'espère (ju'il vuudva bien certifier que je
. n'ai donné aucune taisoQ de méfiance depuis
que je suis ici. D'ailieujs^ que peut faire nn"
compas contre ^es murs de quinze pieds d'é-
paisseur ? Il peut servir de poignard. Mais les
murs ne peuvent-ils pas aussi servir d'^issom^
môir? Je travaillé depuis ma plus teadrejeu-
nesse aux mathématiques. Cest detoutesley
études la plus convenable k ces tristes lieux,
parce qu^elle n'exige guère que de la médi-
tation ; mais il est fort difficile die faire cer-.
taines choses sans înstruoieiis ; et je ne vois
pa^ pourquoi Von tiôus rendrait impossibles
^iX^ .i 1^»S
a peu près tpmme %
soldat de Marcellus arraçhait Archiii\èdê à
son travail. S'il n'est pas irrévocàblenu n t dé-*
cidé que tout ce qui entre ici n'en sort point ,
il pourrait être intéressant de laisser certains
hommes se livrera Jeurs talens , et mémp de
lei^r pi ■ocurer des facilités. Quoi qu^il en soit,
Je sërài bien reconnaissant que \om daigniez
m/àccorder la permission de jouir de mon ètiir
. ^ de ma;thématique5 , et je promets d^ ne faire
^ • • • ■ .
■ ■ •
♦ %
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aacunfe bpècbe dans:^ i^uri^ de quinze
d'épaisseur ^ ni dans des portes de &r^>â¥^o^
UD très-mince compdSr ^
M. D,E R;0 U O E M.O N
▼
r
GOirVER^îEUR BU DONJON,
.1 i»9 scptcpbrc- 1778^ * '
L y a quelque tems , Monsieur , que j/aî
cru devoir vous '^faire entendre que quelques,
mouyemens iutérie^urs qui pusseu^ ag;jter le
docjon , vous me verriez toujours à ma glace ;
c'est-à-di^e ^ ne me uêla^ti de rien, ^fue^ 4e
ce qai m'est personnel, et sur;îJo.ut ne trempant
dans aucune anonymité , manœuvre infâme^
dont tout honnête homme est incapable,
manière vague dont je me suis expliqué.a pu,
vous donner quelque inquiétude ; mais toute
tracasserie m^estsi odieuf^<> to^te explication
si importune^ que >'ai reculé )vjsqu'au der-
nier instant à entrer dans des discussions qui
pouvaièut nuire à quelqu'un. 11 fallait la uér,
cessité pour me justifier à mes y.eux. Aujour-
d'hui que mon silence peut vous exposer vous- *
même, aujourd'hui du moins que je suis com-
promis par rinconcevablç effronterie d'un in-
l^igànt , et que j'ai peiit-êlre perdu , fajutç-df^
m'expllquer^ les bonj és de M. Lenoir , j^ me
vois contraint d'entrer dans je« dét^ails j çt lç?k
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c. D^E M I a A B E A .Ui^ ÎI67
yotcîpH(eiiîent exposés par écrit ^parçe .qu uu
sVxpIique avec plug de précision parée qu^
d'^ilieur^ un homme d'bonue^r oe i^efuse jw*
TOâis de signer ce qu'il avauce. nature des
faits que lègue est tellî* , qu'i] nepeuf ipn%\
r^esfer le moiucirjK doute surl^çur vi^rité^rjcar^i»
paîi le don de deviner. > "
M, Font elliau a osé me meRirêr, Moirsienr^
de ^e dénoncer comme Tayant^Youlu sédurre '
pour obtenir de lui des choses contraires à son
devoir, et comme étant son ènnemi i raison
deson inc orruptibilité. Il-m'a même dit que
vous,eïi étiez îbst riiif . Certes , jeute m^alten dais
pas à être attaqué p^r lui :pourifait de séchic-^
tioUf Voici ^ Monsieur , la relation exacte de
ce qyi ^^'est passé.etttre lui et moi depuis que»
je suis ici : , voivR jûgerez qui de jdqus deux est
le s|?duçteur. Vous ferez de n^a lettrgl'usage
flue vous trouv^rezconvènttWej mais vous sau-
rez du moins quelles raisons M. Fontelliau
peut airoir de m'accuser ; ce que valeiit ses
accusations} quelle a été m» eqiidiute,et k
siemie ; quels sont ses principes et les i^iens^
Vous 4t es trop honnête .et trop juste , sans
doutc;^ pour lie Ras détruire, les impressions
qu'auraient pu faire dans l'esprit de M» Le-
Doir 9 ses calommes, ^ '
Ily avaitplusde dei|Ximoi;j,que jVétais îcî^
Motisiew:, et je:n'avaisiam^i5 dit que bc^njour
^t bon^r à M..F/i?ntclijau^ J,o#sque j'appris de
lui cju/ojj àttendjuit, iQiv^t^^ue au Vald'Osne
d by GoogU
2lSS >L£TTfi£S ORlGIDf ALSS
d'ont ilesl chirurgien. 11 me demandaai je n'é<*
t^is pas fort aise de cet încideiii. Je répondu
Yftic àiii ( j e ne ra*eft cacte pas ) surfont s^il voU'^
Lait jn^en donner des nouvelles verbales. Je
n'entrai dans aucun autre détail , la confiance
me.paràisdàïit trop imprudente dans utie prî*
son d'ét^it. Peu de jours aprèSjM.Fontelliau
médît que par descîrctMistanceéqu*!! ignorait,
ma nière n^était point venue au Yai d'Osne ^
et n'y viendrait paai. Alors pour la première
fois il roepatrlade madame de M'*^*^ il savait
'notre iiistoire , et m'apprit qu'il connaissait
Pin'specleur de police qui m'avait conduit ici y
'^^t pfuqucS Mu Leaoir avait permis mt-i^e^
wir,. il ajouta toute sorte de protestations^
d'at uicLciucnt , et une promesse dé faire pour
m'obliger tant ce qui ne le compromettrait
pas, et neserait point incompatible avec son*
devoir. Je Técoutaî avec rintérét que devait
lii'inspiref unç telle ouverture dans un mo-
meut oîij- étais brisé d'inquiétude et de dou-
leur j mais je me ine livrai point. Je le priai
seulement de rappeler à M. Br»t . la pro-
misse qu'il avait faite de venir me voir. Il
y consentit M. . . ^ comme Vous savez ,
me vit trois foi^ , dont deux devant vous , et
me dit la troisième ^ en votre présence , que
madamé-de M..., Pavait chargé de m'ap-
prendre qu'elle avait promis à sa mère de ne
plus ni'écrire. Vous vîtes mon désespoir. Ce
M^est pas qfue Crusfte Bt « i : -fe connais ma^
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m
dame de M. . . , elle est au-dessus des soup-
çons et Incapable d^nne bassesse; et d'ailleurs^
B« ^ touclié de mou état^ se démentit auî^-
«itôt , comme vous devez vous en 'Sffmveûîr»;
mais je voyais toutes mes resaousces épui^/teâ;
.je n'inuiginais aucune manière de savou Je.s
nouvelles d'une femme à laquelle mon exis^
tence est liée; qui était dans le moment ai*-
tique d'une grossesse agitée par les orages
les plus cruels 9 et à la veîUe d'une première
couche. M. Fontelliau vit B* • *ii ma prière ^
,ou me dît i^n'il Pavait vu. Il me dit de plui»
que. B. . . lui .avait avoué cju'il vous-^avaii:
proposé de fermer le$ yeux sur le passage de
nos lettres , et que vous Paviez refusé» Peutr
être fus-|e assez injiiste pour vous en .savoir
mauvais gré; ce sentimeut était naturel, et
je rie m'en défends pas , quoique la réâexion
Tait redressé. ♦ . -
M, Fontelliau, avait commencé à me par-
ler dés dissentiui^s élevées dans le château.^
des griefs de M. de la Boissière^ dii dépla-
cement de la garnison ^ des efforts deM. de
Voyer à cet égard ^ de vos démêlés avçc lu^
et enfin des sujets de plainte piirement pevr.
sonnels à lui Fontelliau. Je Pavais écouté y et
même iutenogé. Bien déplus simple: assuré-
ment que la curiosité d^iu prisonnier qui n'a
de compagnie q\ie ses murs j et qtii a d^ail-
leurs beaucoup d'intérêt k cojanaitrç à fond
le^préposé du roi^ chargé de rendre comptcj
r
'/
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«ayo L E T T R E 5 O R î G I X A L E S
(lè sa conduite* Quand M. FoiUelIiau vit mon '
cvtuv ouvert au .tiAécontentement , il t^fatà. .
davantage:, et ji^e parlai ^dan's le plus>grand,
4)étaii des votre eimdtlite avec les prisonniers j
il. me {a crai^djT^ qu^ vous ne le» desservil»-»
siez , et?sur-toiit m'interrogea siir la nourri-
t^ire, 'Je- itoW Hdh toujout^s loué, comine
7e ieifatô eiicore } ^quelques jours^.^ négli- '
gence, Auxquels tous le^ cuisiniers peuvent*
étret£ii|>fs ,»fiireiïji: on motif >de d^kmatton
de la pâi t devM. Foutelliau^ et il m'assura
qui^ vous lui avlt/i dcrenclu de porter les
plaintes deii prisonniers à cet ^g^îrd , en lui
diiSiint, (jue i>on,aJfaire était la sauté ^ et
quôn vivrait avea du pain et de Veau. Telles
furent ses premières démarchées avec moi , et
je passe. cent traits pareils. Je conviens qu'Iles ,
n'embellirent pi ûi^ situation ^ tii nies idées.
Cependant célà ne m^excitaàquol que ce soit
contre vous, parce que je ne pouvais ^ ni ne
voulais me plaindre perèonnellement ; parée *
que d'aiUeurs* je suis assez peu occupé de tout
ce qui est besoin purement piiysique. Aii^si
M. ^ Fcmtelliau to^oeha-t-il bientôt d'aittrès
cordes qui avaient plus de prise sur moi* 11 me
réitéra deii offres ^e service j et comme je sa*
raïs -par lui qu'ây an t f rouvé datis Fétui des ra*
soirs d'un des conseillers du parlement de
BreUgne qui ont été détenus ici ^ un papnrr
adressé à je ne sais quéllemaréctale de Françe,
5[uUl vous avait remis ^ disait-il , et dont vous- ^
» ♦
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,^\ïe'Jkppnà\i un compte qui Tavait peu flatté )
CQj^îiiie il m'avait dit quedAôrwiabîl remet-
•^f^llitéîy^ctemetitauconifiris^airedu rai ce qui .
;pQurralt Jai tomber entre les nialrts , je lui pro-
^pMsi deap^m^r une lettre kM^, iî^noir: Votas
•remaoïquei^z qiie> je n'airaid jamaiâ tenté ^ ïii
même pensé de Rengager à faii e circuler quoi
quecescM^t d^r^ det mains étrangères* Ce n'est
^jjtt|r^fiiit>Wfqf*l^e, js^^nae le rt^rochasse ki je
JL^civa"\s,£ait: tr^'iéjn n'était plùs; naturel et ^luS
siippj^f qvi^4Qm>.e^^QeiS de^orl^îr de l'horrible
j3Ci;p}e:^itéijÇuj >j 'étais/ avant que M, Lenoîr
eutdaigné m^ï* t'îrw^îAaîs enfin , soie sagesse,
vS^t j^ciiaf\ce^ $aîtpi:esi^atiiueut, je n'avais
pas CiitrjqpriSj lc^.;|i>oiu^ du umade de gagner
M. F/?nt^l;liai\,,, qui ^ jV le céi>ète ^^et'le ^re ^
^jpi'^^t paj'i^I|îjipjîeiB^iiji?i;4e niesiatt^ «ans
.^^iiçun pi;éjj:^Qinftin^ dr, ^na part. . . i ' . *
La lettre que fe lui Jf«^srpouxl^ltf^L^n^1^
.^ij^Qfe^jt^mot pam*; jaiot^ ce qtje je lui ai
, adre^sîé. peu d^ jours n.près par votre organe :
,déja^9i;i(^V^>^u^i^e sa#.VNSiJSa>i{i^ obtenant
danç^;)^iS>iki:';^id.jç^igénénÊU)û magistrat que
Jes'l^^jt^es xl;e,n)o,i1 ah»$fe inepassaisent, 'Lb nti-
*9fti:iP^ViJ^' >^3*^V^ ^'léiçaiivais .à; volr^ insu,
,;^JIQl^^^^l^^^^ que j.^cicraigqai^^.que dans une
occasion a^^sl^ délicate M^tLenoir nefût gênd
dans^y^ï^ercice sa ki^nfaisance^ar un té*
• Eqnteliiau'.n'était'^ ^
pas ^n témoin^ ï^^iSqq'iU'^^ malMtrreca'^.
chç^e.^lU'accei^ta^i^vep.avid^ 0t utte^cgn-
*
^ ....
m
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%J% ^ LETTRES ORJ[<rI9AX4ES
teUla, me «pria mém^ ^ d'exposer neti^ement
dans ce papier > qui aérait remis en mains pro^ •
près ynm "mamire d^4ire , .et d'y insérer més
plaintes» .Je lui répoadis ces propitts fittOW r
.«» Des r^gueurs ne sont pas des mauvais Irai-
« teœetis ;;apvès tont^ M. ée Roug^mcitit a fait
» stric^euoent son devoir en refusant de me .
« laisser glisser des lettres. Si j'ai jaifi^itiis li me
« plaiiidr«(deJim^ee'S#rad6i^i»tlui^ué)épî
' «uerai l, ou par lui que j-éttiràt âîr eornihi^r
- saire.du Roi: Toute plaîÉfte4eétè^ e^^ ùrfe
«« délation kiËime: d'aiUéuil» jl« ïiiuk^i^'ii n^dùb
" deux ( je parlais à M- Foulelliau ) ^ à vous ,
«• en parais'samt MV5ir des eli^sgtiévôtîs n*à-
«M Tezpasdû me dire} à -moi-, en me mêlant
H. de ce qui ne me regardé pas. J'éérfVte iria
lettre ;:M«»Bontel}iaii^là>prit , et qtuatire |ouf «
après il me.la;^rapporta^'mé di^iant^u^iIiïe
•,pouvôlt. s'en charger; ^ . ' ^ .
Pëu de temps aprèi» ( et voteî appareiAttient
mon grand crime dapi l'esprit de M. Fontei*
liau} il me dit que la compagnie que vous aviez
fait renvo]rer du ohâteaa^^lliiitétre rétablie ;
' qu'il y animait un ma^îci, lequel serait M. de
laBbissièrej qu'au reste si j'arais des plaintes
porter, et que je Ae votilusée pak paraître , un
Iiomm& plus accrédité s'en chargerait. Cet
homme était probablement M. de Voyer; Jfe .
.doisafoutercepeiMlantque M. Fontelliau'm'a
déclfué plusieurs fois qu'il n'avait pas voulu
livrer àM. de-Voyer sa signatm-ccoutreTOW^*
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DE MIRABEAtr. t'jS.
Ce gouverneur, dit-il^ Penvoyachercher , le
sollicita de former sa plainte y ce que M; Fou-
teliiau refusa de faire sous toute autre forme
que celle de procès-verbal ^ à la téte duquel
seraient les interrogations de M. de Yoyer..
A quoi Gelul-( I ne voulut pas entendre , disant
qu^il lui fallait des weux et non An délations.
Mon refus net et simple de me barbouiller ( ce
fut mpn mot) dans ce qui ne nie regardait pas
fiit ma réponse , et j'ajoutai à M* Fontelliaii
qu'il jouait le rôle du pot de terre conire l^ pot
, Dans ces circonstances, M. Font elliau reçut
une lettre demadame deMonnier , à peu près
semblable à celle qu'elle vous a écrite depuis^
et oii elle donnaitia même adresse def avio
pour envoyer la réponse. M. Fontelllau nic
la montra et la brûla sur le champ^ Vous êtes
étonné sans doute 4]ue je fasse cet aveu; mais
vous verrez bientôt que j'en ai de trop justes
raisons. Ma pauvre amie était dans les transes
du désespoir. Vous jugez bien , Monsieur ^
que je le partageai. Elle demandait à M. Fon-.
teiliau de lui donner des nouvelles de ma sànté^
et de me laisser seulement signer mon nomt
pour lui certifier-mon existence* M#Fontelliau
ne voulut pas écrire , et préfé4ra que je lui
confiasse un billet. Je nesais, Monsieur^ s'ilj'çi
remis à voiis ou àM.Lenoir ; mais ence4cas^
vous y avez lu à peu près ces mots : J Existe g
ainsi je adore i écri^à^moi aussiioi après
M T *
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n É M t H A B £ A ^
cru 'ainsi en cela vous m'aviez séryi au lieu de
me desservir. Mais ce qui ilie clonim le plus à
penser^ *'esft qn^tJ étàit'âéindfttre par la lettre
de mon amie> qu'elle n'avait point reçu mon
billet. M.FoDtelliauMr.e trompaii-ll? ffy avait
à cela au moins bien dè la duplicité ^ et elle
pouvait m'étre funeste. Pour m'éclaircii du
lait, i^lnterrrt^eai M. Fottïelliau, sans Pin»* .
truire du nouverihcident.il s'offensa de meii
sbupij^ons j il me r(?p(L la , i l me jura sur son
honneur , que mon billet était doiiné. Alors
je le confondis; il pâlit, balbutia , et avoua
qtie croyant Pa vie un garçon marcha rfd de
vin ^ îl n'aVâit osé s'y fîér. Je vis clairement
(et je crois que cela est iuconleslallc ) t^, qu'il
tfeiiytyît înt^ress(f à TiVia i^ause^qu'aufàti^u'îl
avait cru m'intéresser à' la sienne, etespété
de me faire servir à ses vengeances j 2'\ qu'il
ârait vouhi se faire valoir à la poTice à mes
dépens. De ce moment )e le jugeai j je me
renfermai , et iiu promis de me faite, quoi-
tine mon intérêt fût évidemment de phrier.
Depuis ce temps il m'a offert de donner un
billet de la main à la main à Pavie j maissrr
ces entrefaites il me vint des lettres de hih
Sophie par Lenoir, et je me serais amè-
rèiïient' reproché de tromper mow bienfai-
' teur en me servant d^une voie détournée* Je
remciciai donc M. Fontelliau, en lui faisant
sentir; à la vérité , qu'il était indigne de mà
cdndance, et je lui déclarai une fois pour
Mvj
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toutes , que je ne voulais pliw entefidre parler*
des affaires du ehâteauy qi|llse peindrait ^ et
que je ne voulais ni ne pouvais me conot—
promettre en fou etmalhonnéte homme. Âloro^
toute relation a £ni entre nous; il m'a battis
très-froicU et m'a traité même assez leste-*
ment. Cependant ^ il ^ a environ ùn mois ^
qu'il me dît de^ ne pus manquer de lui par^
1er au moment où je sortirais d^ici, et qu0
cela mêlais importonté J'ayoue que dans- la
terr\J^le iuqidétude ou je suis depuis ^uatre-^
vingt-dix au cent fours sur le compte di& mot»
amie> ce mot me. remua jusqu'au &ind d«
J'ame* Je l'ai conjuré de me dire,^i elle lui
avait écrit , e€ lui ai moixtré combieii une
demi-confidence dans ma prison était cruelle ^
puisqu'elle ne servait qu^k multiplier mes
maux et mes soupçons ; Jamais^ je n'ai pu ti--
r«r davantage de lui y et cette finasserie ^ folie
ou perverse , ne m^a pas peu tourmenté.
Vous savez le sujet de la discussion
nous eûmes dernièrement , M. FontelUau.
et moi. II était dans son tort, puisqu'assuré^
ment le Roi n'entend pas^^ que ses pratiques
du dekors Tempéchent de courir aux besoins
des prisonniers ^ etque d'ailleuTs il était venu
dans mon voisinage ce jour^là même. Je me
.plaignis de sa négligence d'autant plus vive-
' ment que je souffrais^ beaucoup* Il me ré-
pondît insolemment j' il est vrai qu'il avait
bu j ce c^ui y comme you;s dcvCii le savoir ^ lui
t
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mmtre fréquemment, et n'est pas du (ont pUi-
tant^ aur-tout lorsqu'oQ ne pe^it dormir qu'A*
vec des narcotiques. U me déclara que jo
bii sn. voulais j parce qu^il amit refusé de
me rendre sert^ice , eê^ quJ'il en rendrait complet
Je lui répondis froidement. Je v^^us cndéfiem
Il repartit : Ah ! pardieu, €?est fidt. Je répli*
^uai : Hous verrons. Je n'ai pas voulu parler
Je premier, parce que cela ne convenait nî
• à mes principes^ ni aux circonstances ; maii^
. ayant su il y a quelques jours , par lui-même^
par mon porte-clefs^ et ensuite par yous^
ifu^il était plaint de mes manières au sujet
du mémoire des médicumens qui m'^ont été
fùurms ; sy^axt vu ou era voir de la froî*
deur en yoi^s ^ quelque poli que vous soyiez
toujours ) ne ^pouvant expliquer les délaîa'
jle la lettre de mon amie , que par sa mort
ou le mécontentement de IVLLenoir^ (car
sa translation ne^ pourrait pas susciter de si
longs obstacle^); croyant enfin devoir unç
explication de ma conduite ( surjaquelle je
ne yeux en aucun temps labser rien de lour
^ ohe) et une provocation formelle à qui que
ce soit de l'inculper j je vous adresse ceci ^
Monsieur ^ qui restera comme un monument
de mes réclamations et de ma véracité. Si
*
cela peut nuire àM. Fontelliau ^ j'en suis fâ«
çUé ^ mais je in'aime mieux que , et il m'a
* disptjnsé de le ménager : il m'a menacé^ il
m'a attaqué 3 jedine justifict .
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078 t^ETTRES OHIGIN AXES
* •
Je m'abstiens de toute réflexion, Monsieurç
mais je vous répète que n'ayant rien à ine' re-
procher vis-à,'vis de vou^,quem'étanttouîoars
coaduitici avec îaplus grande régularité, j'ai .
lieu d'attendre de votré probité, d'après ia net-
' teté de ma conduite et de la démarche que je*
fois , que si vous prévoyéz qu^on m'ait désscr v i
auprès de monsieur le Lieutenant de Police V
que~je regarde comme mon unique bieal'ai-
teur et mafsenl^ tes^otirce, ou que vt>iîs*mêrae^'
trompé par de faux rapports , vous m'ayieznui
dans son esprit , vous voudrez bien lire à cé
magistrat ma justification que fki cru devoîi*/
vous adresser directement ^ tant elle vous est
personnelle* M'ôfirtrie^s bontés dt^M. L'enolr , '
me priver deslettres demadaiàe de Miv, c^esti
m'ôter la vie. . " •> t h
— - * *
J'ai l'honneut d'éf re avéc des séntimens resi
pectueux^ Monsieur > votre très-hrumble et
très-obéissant serviteur , . ' * -
Ml* ABEAU fils.
J 'espère que si M. Fontelliau sé dt^fendaiï
a mes dépens , ses inculpations uve seraienîfc
' commuuiquéesl 'Vous éfes trop sage ; Mon-'
sieur, et trop attaché àM.NLènoir poUi^
ne pas penser quje çelte lettre faisant foi des
bontés qu'il a-eues pour môî à Pégàrd dem^û
amie,,eile.ne doit être mon.t.rée qu'à lui ou
de son c^veu. J'ai dû étie sans inquiétude à cet
égard, puisque Vous. êtes l'organe n^ces-
de ce que j'écris journellement à ce
magistrat*
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<
DE MIRABEAU.
; ■ A S O P H I li. .
S lui devons doncdeuxfois la vie! Ah!
oui, j'en jure l'autre moliié de moi-oiéme,
]a mort nous eut été cent foi« p)us'dou(equ^m
plus lonjr sileuce, et la perte de tout espoir;
€î C il lioainie dont la bonté céleste nous sou-
tient au Diîlieu de la pluserueDe infortune^
ferait moins pour nous s'il arrachciit nos tristes
jours au glaive d'un ennemi . . .O ma Sophie î
je pleure ; mais je respire. Sophie ! tu vis ^ tu
m^aimes 1 Ah ! je ne t'ai pas soupçonnée un
instant : périsse l'univers , périsse Gabriel
avaet qull te soupçonne ! mais mon imagi^
nation déchainéé^rrait dans l'immensité tor-*
tueuèedes possi bles : tous les malheurs , tous^
même le dernier , s'offraient à moi..«. Hu
pleurais j Sophie !• . . • et moi je ne pleurais
phis ; et ma ^Qulenr touchait au délire. . « • *
Quatre- i^ingt jours /. ^ . . Q la bien aimée dq
mon ebeurl eh Mes ntrtts ^ tu ne les comptes
donc pas ? • • • • Ces nuits , ces nuits solitatites ;
ces nuits qui paraissent si longues à la douleur
qui veille^ ces nuits qu^empoisonnent elicore
tant de souvenirs délicieux et cruels!. • .Ahl
Sophie, c'est le\quart d'une année quinonsa
été rarvi; Et qui sait?; • . • quisait?. . • « Mais
non : la voilà ta lettre; je la tiens 9 je la touche,
la savoure ; gu^i mes sens et mou aiue ^ont
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iBo LETTRES ORIGINALES
dans mes yeux et sur mes lèvres ; et ton amour
êUipreînt sur ce papier qu'il airime , oppresse
mon cœur et l'inonde de volupté. — Ah !
tu le dis si bien dans ton langage magique :
Une lettre sèche bien des larmes ; et si elle
en Jhit couler » elles sont de tendresse-^. • •
Mais que tu as dû souffrir 9 si tu as cru un
instant, un seul instant , que œtie consola''
tion nous fut à jamais rejiésée!. .••A ja*
mais! . . . . as-tu bien pesé ces honibles mots?
— Ah I Sophie , j'ai craint pour ta vie , et j'é-
tais moins malheureux que toi peut - être ^
• car on sait liieh qu'on ne survivra pas à ce
qu^onaime ; et il ne faut plus que s'assiirer de
sa perte : mais ne serait*ce pas lui survivre
que d'en être pour jamais séparé ? Loiq ,
loin de Gabriel cet afireux présage l Non 9 *
non , ma Supliie- Gabriel 9 je ne puis le croire j
car si elle respire par-tout , cette mélanco*-
Jie qui alimente les ames sensibles , elle ne
contient aucun de ces traits terribles qui dé*
cèlent le désespoir impuissaht : elle est
douce et touchante comme toi Hélas I
et inoi aussi , il faut que je la rende - je
ne puis pas même la brûler et en avaler
cendres ; mais je Tai lue cent fbis^ je l'ai res-
piréè, je Pai pompée : elle est gravée dtftts
mon cœur en traits de feu, de feu iniçxtin^
^uible, immortel couuue mon amoui;, — Ouî^
oui , elle mè ressemble mon enfant que.je
baise cent et cenk fols dans un jour ^ sanv
*
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... Bi;^ t a.ÀB £ A v# - aSt
déranger sa^gravitéqul m'impatlenle. C'est 4^
bonne^foi , ma Sopbie , que je lui parle ^ que
je Tinterroge, q,ue je me plains de ce qu'elle
jae^me lépoud pas ; cette Illusion se prolonge
,aes. heures entières : à la fia je souris de
ixvpu errçur 9 et y y retombe le moment d'a^
prés. Absorbé dans une méditation profonde^
une distrac^tion me réveille. Eh 1 qui me la
donueraittsicen-esttoi ? . . . Une distraction?
péut-^n appeler ainsi une pensée habituelle ?
Je .yole à ^ta.liUe^ je la couvre de, baisers .e^
<le larmes. . . .TeLteLaufemsdesonbonheur-
tu voyais Gabriel accablé de travail y harassé
d'application, se levçr <ie cette t^ble sur la-
quelle 11 était courbé des journées entières;. . •
il s'élançait . il volait dans tes bras » . .,Unsoû« .
pir, un regard^ un bacio ; et^es forces^ ets^pa«
tiénce , et son courage renaissaient^ et lesenti* *
ment de son bpnheur étendu sur tout sonêtee»
se prolongerait encore sur tout ce qui l'en--
tourait : il enchaînait les inquiétudes, il
charmait la triste prévoyance ; il jonchait de$
roses de Pamour les épines de*la vie, et parve-
nait à les émouiser. Hélas ! hélas !• • ^ . parloq* ,
de cet enfant : oui , encore ui^e foi; , elle mç
ressemble ; et je ne sais pas trop pourquoi tu
en es si fière^ Si , si pourtant , ^^e le sais. J'ai ,
entendu une femme s^écrier, en voyant Le
Kain dans Tancrède : Comnie il est beau f
:Or, persoij^e aumond^e n'est plus laid que Le
Kain. J'ai toujours eu Ibonne opinion depuis -
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LETTHES QRIGINÀXBSm
de cette femme. Ce n'est pas une amè com^
miine que celle qui trouve que la vérUaJble
beàfrfé «Fun hbïÀme est sa sensibilhé j 'car il
faut pour cj?la connaître l'amour et son prix»
Je conçob donc que tu m'as trouvé souvent
beau; que je sulé àiéme à (és yeux le plui$
beau des hommes: car je suis l'un de ceux
qui sait le miemt aimer. Admire donc ma*
beauté, chère fan£an^ et laisse rire eeiix qm
s'en moqueront." Mais pourquoi calomnies*
tu leMOfurcils tlé îhâ fifle ? PoW peu que lenï
nuance soit foncée 9 ils seront très - noirs , et
ses cheveux le sont prodigieusement pour son
âge; et moi je dis qu'elle ésfrjolie, entout^ôlie.
Ah l Sophie ! elle est bien plus que jolie j eUe
est ta fille, et ton a: ne vespirè déjà dans ses
beaux yeux. ^ 11 semblé que tu as* quelque
idée confuse que je possède Tart des consola-
tions. Ma belle dame ^♦ne vous mêlez pôint des
aifl&ires de Sophie Puînée ; elle ne vous a pas
porté ses plaintes assurément ^ et n'a que faire
de vos recomnrandâtiotis . • « . Hélas ! de mon
triste et solitaire ménage ^ elle est la seule
qui s'accommode dé ton absence. . . . J'a\ ôue
qtie )e n^tends rien ad bontieut dé Cinsë-^
jiarable. 11 me parait inconcevable , et je ne
saurais Pàccorder avec ce teirible silence de
quatre-^vingt jours. Au reste, je m'en he bien
à toi pour avoir fait tout ce que tuaui a >pu,
en faveur de ce boi gnc mal gufrîi Mai^ du
falaffîird^ pourquoi n^en j^àrles^H J^^s? — Quand
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DE MiKABEAU. 283
iu auras tafdLea\^c toi. . . • O trop décevant
espoir ! « . . * O ma Sophie , ména^ ton ami;
tasâisquesoD imagicaiion dépasse toujotirsle
buuHélas î il n*a pas encore appris à se méfier
-même de son étoile* . . . Ma Sophie*GabrieJ j
aime-* la ma fille : ah ! sans doute elle en
sera digne. Mon sang coule dans ses veines j
juge si elle sauru t'aimer. Tu me parais tran^-
quille sur son compte^. et certes ce ne peut
être qu'à bon droit ^ car une mère ielle que
toi s'allarme trop aisément. Sa première deo»
tition est venue àpropçs à la chute des cha-?-
leurs. Puissent les grosses dents qui sont bien
plus inquiétantes, percer aussi heureusement!
]Maiî3 sur-tout qu on ne néglige pas raUéntion
que j'ai prescrite. II est des eas , et même as^
sez fréquens^ oîi il. n'y a que ce moyen de .
sauver la vie ^ et tout au moins les plus ter-
ribles convulsions , les plus effrayans symp-^ '
tâmes* Qu'on la sèvrc le plus tard qu'il se
pourra: du bon lait est un souverain r( niède
pomr toutes les maladies des enfans ; le teton
de leur nourrice les aide à supporter tous
leurs maux ; du gruau , des légumes , des
oeufs, e4. jamais, jamais, sous aucun prétexte, .
ni viande, ai vin , ni sucrerie, ni^tisserie,ete*
^ Non , il fiaut <f oe je Pàvoue ; je ne crois
pas que dans les annales entières de la dé-*
raison , on trouve/ une héroïne à te CojBjpa-
rar» Ainsi donc, 6 très^puissante raisonneuse t
^ws uiftz.cm q^f^UJuUmt un corps à yoire
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I£TT&£S ORtGlKAI.£S
jillç % ugéc de cinq mois y de peur qu^èn s m ^
tmtpersant * elle me se z'ossàt les reins « ^ / • £t
corps e#t sans doute de fer ^ ou de bronze^ '
ou de platine ; car j*avoue que le moye^ par
lecfttèl Un oorps de baleine ou de corde sauve**
rait les reins d'un enfant qui tomberait «des ^
bras de sa nourrice^ passe ma courte intellî-*
gence. J 'anrais cru àussi tout bonnement qtié
' l'enfant trop faible pour se soutenir tendrait
plutôt à tombei' sur Pépaule de sa liourrice
qu'à se .renverser j çe qui suppose un élan vi^
goureu)^ j j'aurais. cru sur-tout qu'un enfant
ne pouyai t seremu^ qu'en raison de sa^force ;
qu'il était faible en proportion de sa lourdeur^
et qu'ainsi 11 n'avait aucunement le pouvoir
de s'estropier de lui«-méme ^ pourvu qti'on
l'éloignât des lieux dangereux et qu'il pou-
vait si peu se donner un tour de reins, que
si <lans les premiers mois on l'éteiiKiait sur It
dos, ilinourrait dans cette situation, sans
pouvoir s'en tirer Mais non , vous
changez toutes^ mes idées ^ ô incomparable
philosophe! et je ne vous demande plus que
de m'cxpliqùer comment on pairtent à élcrver
un, seul nègre: car vous savez, ô savante ob*
servatrice ! que pourtéler ils embrassent les
hanches de leur mère avec leurs genoux et
leurs pieds., et s'y soutiennent sans le recours
des bras de cette mèie qui travaille. Vous
avez lu cela dans M. de BufiPon et dans cent
autres ouvrages, vous §[uinie rédigiez rcdi-
m»
y ' . ^
/
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tXQja de Hollande de VSistoiredes Voyages
et f e ne crois pds que vous ayiez vu qu'on mî t
des coxjps et des mailloU à ces enfaus de la
nature jet ils oui rinsolence ^ en dépit de vos
principes , de se traîner dès le second mois ;
à quatre.pattes ^ il est vrai , mais qu'importe?
Ils n'en déraisonnent pas plus que toi pour
cela par la suite: et tous ceux qui devraient
brouter ne broutent pas, ô ma gourmande »
Soj^ie! Haute et puissante raisonneuse ^ ext
pUque-moi, je te prie , ce phénomène : dis*
.moisi tous les nègres ont les reins cassés j car
Je suis convaincu , diaprés tes infaillibles prin^p
-cipes 9 que cela doit être ainsi: dis- moi pour«
quoi nosenfans emmaillotes ont le privilège
a-peu-près exclusif d'être bossus ^bcntenx ^ ca^
gueux 5 noués , contrefaits , rachitiqucs , ete $
dîs'-moi'pourquoi sur dix mille de nos femmes
si bien emboîtées dans leurscorps, il n'y en a
pas dix M la taille desquelles le tailleur ne
raccommode quelque chose; dis-moi pdtir^
quoi.jpetle belle invention des corps a si bien\
redressé l"a nature ^ que vos busqués, mesda-
mes> compriment les seules de vos cotes ^
que cette bête de nature ait rendues mobi-
les, et relâche celles qu'elle a rendues fixes ,
ce qui, joint à la vie sage et chaste de tant
de vous autres, rend si fréquens les m«Àix de
poitrine, tlp. etc. J'attends une belle et prO'*
fonde dissertation sur tous ces points, le tout
fouvL'imimctiQn de Vuuiyers^ . i J'aurais assez
» *• ■ •
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de clicfses k dire sur la gourme de notre çn^
£ajit j mai§ je n'ose jouter, coutre tan étudia*
iioii eL ta dialectique i et je défends seule-
ment comme ma vie^ qu'on lui fasse aucun
remède d'aucune espèce pour cela-^ à moins
qu'une disparition subite de cette sorte d'ér
vacuation salutaire n'exigeât quelque pur^
gj^tif.très-doiï^. ^ur le tout, de la propreté^
c'est la vie des enfans. Qu'il me soit permis
aussi de vous dire en toute humilité ^ que si *
vous ne voulez pas que ma fille se casse la
tête 7 il fie lui faut point, absolument point
de lisière • » • . . Comment donc faire ? • • • # •
Comment , grande , et grosse bête ? La laisser
se traîner accroupie ; c'est-à-dire^ laisser faire
la, nature ^ qui y sur ma foi ^ en sait plus que
nous. AiUi e^ient nous la forçpns, et elle ue
peutremédier que très**imparfaitement à nos
sottises* Nous voulons donner ua aplomb
prématuré à- nos enfans avant qu'ils puissent
le,garder : ils tombant par i'axUre extrémité^ '
c'c^st-à-dire, sur leur téte, et s'estropient^ôu se
tu^nt quelquefois. Au lieu .décela , d'eux-méw
mes ils .trépignent en cereeai;^^ et comment
cent comme lc3 culs-de-jatte; ils tombent v
ohl oui , et très-souvent y et il faut ^ei^ rlre ,
et sur-tout ne jamais se dépêaber de les re^
lev^'.r j mais ils tombent sur leur ^dtiii^rej
parce que leur position les y nécessite^ et
dix inille uc ces chûtes ne sopt p«|s aus^i da£ir(:
gereuses qu>aç de raatreespèeç .., . . ,Mais^
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. P.E M IR AB.fi 4 V« . a87.
on ne fera pas ce .que j.e dirai. Eh ^ bien U
lais-<pj j et peradotepas avant Page. • • . Ahî^
Sophie-, j^avais si biea compté .élever lupU
même mes enfans
Madame Sophie ^ tu as8ur leccBur le déni
que je te fais du boa sens ( car, pour à ta.
scîenc e , je lui ai rendu hommage> et tu me ca-
lômniesquanttu oses dire queje m*ep moque);*
mais 9 ma Sophie y il ne faut po^i: te consoler,
de ceUe l(^gère privation , que le faire
profession de foi au sujet de cette idole des
sols 9 qu'on appelle bon sens. Tu as entendu
M. Diaforus dire au théâtre : Je jugeai par la,
-pesanteur drimagmaiipn de mon fils, qu il <ff^^
rail lai hon jugement à y^nir et tu as ri,,
M. Diaforus dit im mot très-profond souis Ip,
Biasque du.^jridici|le. |^a, bonne apie, le 1^Q|^,
spns n'est précisément que l'absence de toute.
p^sion^'OuJl'absolu.e nul 1 i té« Si cette privât îoii
'efitièjr.Çi de |.ojite sei^sxbilité procure quelqui^
avantages personnels^ il n'en ^qst pas moins
Trai qu'elle f^it et frraàjapaai^ des hommes
autant de fardeaux à-peu-pç^s. inutiles à U
société, et tout au plus bons à croupir danj^
la^ fange de servitude. Sois bien sûre ^ mon
adorable^fanfau^ quand tu entendras dire que
le bon senSfVaut nîlen?? que l'esprit et que le
pu u>>.€'^«?v^j^^u^x nlt^ Insinue mo-
destement a i4*i la. ai fond plus d'esprit que les
i^omx^es l^ei pl^s il] astres de toi^s les siecles«%
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488 LETT**S OaiGIMAiiS
Ce ne sont pas là dés hypothèses bizarres cm
des exagératipos plaisantes j ce scjnt des vérités
démontrables à. la rigueur, cbiiiine jë-me
charge de le £aire en tenu et lieu. SouTiens-tol
bien , ma Sophie-Gabriel , qu'il n'y a que les
mauvaises têtes de bonnes : ta as. été en passèf
ttePappreiidre, et si tune le sais pas encore ,
î*ai peur que ce ne soit que par modestie; Je
sais bien que tout Ve monde nëcrfnviendràpas
de cela j mab crois-tu qu'il y ait beaucoup de
cens en état de l'entendre? Cvois-tu qne le»
hommes capables de démêler le génie dans
lek-écarts des passions, qui ne sont que son
«^iplosion, soient très-communs ? Là médio*
«àké%Àit tout ee qui n'est pas médiocre, ou
«ele coniprend pas, ou s'en effraye. Je disais
«in jour au frère d*tttoe certaine SopMe , de t» *
4Û)imaÎ8sance : Foire scatr emploi^ là, moitié
dé son esprit -pour escamoter Vautre. Il m*en-
vîsàgea Wec de gros yedx Bien 'stupides , et
regarda . le fail.èt l'éloge, comme ég;âïemènt
lîdicules. J'en demande paidort ^ cp firère ;
niais , f ût41 vidgt siècles l'un dies sénaiéiirs de
. ce Toyaumie , il sera vingt ^siècles ^n sot. On '
exigèait de cette même femniié uneiâdïeté
indicible ; ét potirry engager plus facilement,
on^U maltriàtait (car les gens à.e boji sens
ne se piquent pas de beaucpiip 'd*eàprit ). La"
propositiph l'indignait , teli'iès procédés l'ir-
ritaient; 'il n'en fallait pas tant pour la l oidlr,
duelle opiniàireté'f'àx^i-bnl en VérUéeliÙi est'
folles
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^aile : cest opiniâtreté et ce n'est quecâla, . • •
Et ! comment veux^-tu que pensent , que sen-
tent autr^meiat des étret qui ne contaiisent
d'autre bpxinêteté qu€celle qu'il faut pour n'A*
frepas pendu ;;^e vertus que celles qui aident
à faire fortune ; ce qui ?eat dire eu leur ka^
gage y gagner de bonscoatrats-, de boasdouai-^
res , du bpu argent , du cher argent } et qui
li'appeUettt .viceft.que ce; qui y «»iit; ^qirif-ue
cqnnais^fut de ^entimens que ceun relatifs ou
iuboidonnés à eette lâche eupidiftéF IL faut
bienqu'ils prennent pour^M ceux qui ont «le
nmefortej yoilà comme certains pàrensj agents
D'^utre^ ( des pères ^ par exemple) se orojraut
•uivjisidf^tràp, près par leurs eqfans^ et crai-
gnant qu'ils ne disent bientôt d'aussi ^bonnes
choses ^tt^crx 9 mais honplMen tnaut'àis gau-
Ipia caoune eux ^ irémissent de jalousie , et
voient dans le foyer ardent qui produit
les taleils de leur fils ^ qu'un présage d'rncen*
die 9 ifn^ji^n motif de crainte et de proscrtp»
tion* Si par malhem* le £ls démêle Ibs vérita-
bles casises de œttè tevreor bypoepite; sHl a
Vimprudence de di^eau père enveloppé dans
les ténèbres sublimes de la prévoyance ^ de
Ta^atorité^ delà dignité paternelles t Hfais^
mon père^ pourquoi lae gatrailez-vpu^? n'eues
sie^i^otds que de amour-propre ; mes succès se^
ne py^danne point à qui nous a deviué,qaiand
on se sent coi^abJLe. Mais si ce fils eût^ été
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I I I II II I
LETTRES O RIO IN AXES
jmie bien lourde ganache, bien capable de tout
jcrpir^e sur parole ^ 'bîenlâûbe-àdulatettr d'uhe
icouf ^isaime léduisante et accréditée ; bien
.porté à regarder l'obéissance passive , la foi
implicite comine le premier dievoir , la plus
3aiote v^rtu:; bien «t uniquement jaloux de
4liii^er des fermes selon la grande el petite
puliure, dei^alculeriepro^t^ net ^un moulin
sGowmiifue^ et de passer sa vie avec les êtres
fii longuesi oreilles qui Phabltent j ali ! quece
:6l8eûtétéyadoréiLa|)reuye est au bout. Ëntte
' c^ez ces pères*là : si dans toute leur famille
il ya une bête, tu la trouveras installée dans
Je fautouU académique, et maîtresse de la mai-
st>^•J>.'#tyt^€;3parens oublient de la meilleure
foi dumo^de ce qu'ils ont éié , ce qu*ik ont-
pensé; ce quHls ont senti y et perdent iese^t i-
pient avec la mémoire ;car tout dans Thomme
^st iiiém.oire. Ceux-ci sont injustes , sans Im
^âivoix. Le cardinal défier. portait leelievaJier^
^e M.^i»inwt*»' Le ptéliminaire essentiel
détail; de le raccommodi;r avec la marquise de
Pomp. . ; Le chevalier , Tun de» plus beaux
^ des plu* spirituels hjommes de son tems |
. rstintroduitàlatuilette-jil cause long-tenisj
il brille de tous se» talens naturels et acquis j
em utt mat , il est charmant ; .et tu sens bien ^
que d'un homme charrmmtk un hommed^éiai,
il nîV a,«n certaiuesxîicconstances^ qu'un pas.*
Dans un de ces momens d'engouement qui
niènent par tout» et pair bottds ton respectable
§cxp ^ m^ame de f omjp . ^ « 4*4 au (chevalier :
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'DEMlRABEAlr. ' " tgt
Qidel dommage que tous ces M. soient ài
mawaisssiéiesJ Le chevalier de^M. reprettd
ai'instaat toxxtf^ l'âpr^té d'uiimarii^et jrépou^
ces mots remarquables : Madame, il ^est ^rai
ftâe c^est le titre de légitimité dans ^ettê
maison ; mais le,s bwmes et froides têic^
entJuH tmt de sottises et -perdu tant d^éials^
^il ne serait peut-être pas fort vnprudené •
d^essayer des mamaises. Assurément^ dié
moins elles ne foraient pas pis. Tu n'a^ que
faire du reste de l'histoire que ta sais ; mais
vas demander àce clievalier^ IxQJuime tirail-
leurs plein d%oniieuT>9 de vertu^ et même,
d'équité, aiïtant qu'elle peut se concilier ave%
}a faiblesse x^e lui ont peut-être d^uée lefc
années, el sa sotunission ahsalue aft despô^;
tisme fraternel; vas lui demander iy,dis^*ev
ce que c'est qu'un certain sien neveu: il ter
dira : Ah/ madame j quelle tête , eiqueldom^
mage/. »Que veux-tu, ma bonnet les liommes,
tont ainsi faits: ils n'adnaettent point Texis-
* tence des sentimens qufils n'éprouvent plus»^
Ils fout tous cornue ce géoéralqul, trouvant
dé jeunes officiers avec des filles, leur dit:.
Eh / messieurs ^ est-ee là C exemple que je
vous donne? ilavaitquatre-viagi^n^t S^^mmi^:
tout, il n'y a quelesliouunesfprleinent pa»s-»|
iionnés, capables d^aller au grand^y il; n'y ^.
qu'eux capables de mériter la :reconpai6sanc/r.
publique ; iln*y a qu'eux ^ par conséquent^ qui
aîent un vraidroit^àFestimej et le bon sensu
■ — N ij
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vanté n*a iàmanété u^Ie,^ tout au plus, qv^H
cdui qui le possède. 11 n'est pas plus c6mpat«-i
bl0 avec l'extrême sensibilité , que l'eau avec
Je feu j (le sorte que si tu veux m^aimer , Ma-
dïime, il faut consentir à n'avoir pas l'omWe
clu sens commun : clioisls , et oe sois pas fière.
O Amie de nK>n ecBur.l ily aune grande
partie de ta lettre (et o'est la phis touchante)
ji laquelle je ne répondrai paa , puisque lu me
le (léfeutls ; cependaatj'aurawMen des chose*
à dire ; mais j'espère que ces tristes discus-
«ion» sont inutiles; car je ne veux point du
tout mourir avant l'âge.» . . Sophie i toute
Aw^gt^"*"» toute déchirante qu'est la peinturé
de ce que tu as souffert, tu oe perdras rien
à laisser le cas» de ton Gabriel 1« deviner*
Héla» l cfoe nous reste-t-il de tant de bonheur ?
Nous ne pouvons, pas même nous etnnmunt-
qucr nos peine», jamais, 4an8 le» plu» terri-
bles secoussé» , nous n'ayons éprouvé cette
privation mortelle , heureusement tempérée
par notre bienfaiteur , mai» qui est peut-être .
îeplus violent état de l'affliction. . . . O Amie !
tu te plains de mes réilexions lugubres ; mais ,
dis-moi , quedois-je semir et penser quand je
îette les yeœwwr cette trop longue suite d'an-
nées qui se s*ont écoulées pour raflî , quoiqu'à
peine arrîvéà l'^ge virîi ? Dans quelque partie
^cétems, centuplé parJes malheurs , que
je jette més^regards, j'y aperçois Pinfortune,
les coatïawété» , l'injustice » les calqiçnie» ,
la douleur. A peine y puis-je compter une
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fianét de vrais plaisirs^ et ces rapides iastaus
sont suivb d'inirambrables niaux. Jeae suit
vueoiever le trésor de moD cc^, l'unique
objet de mon amour ( je dirais de mon atta-^
ehement , si ma mère , ma fille et M. Lenoir
n'existaient pas ) l'uiiique objet de mon
amour ^ démon eslime^de mou idu]a( rie. J'ai
iàit le malheur de ce que j'aime, ou du moins
je l'ai causé. Toute$ les traverses de ma vie 9
trop fidèle présage, hélas 1 de celles dont j'é-
ftais menacé, ont été oubliées dans les bras
de l'amour ; mais au moment où ce consola-»
teur m'a manqué, toutes mes plaies se sont
♦
r'oUTertes. Et n'était-ce pas assez de mes nou-
velles blessures pour souffrir d'intolérables
douleurs ! Ah ! oui , ce sont même les seules
qu'il soit impossible de dévorer. Jamais dans
ces maux qui nUntéressaient pas mon amour^
je ne manquai ni de fermeté , ni de courage ;
iJ a cruellement irrité mes ennemis^ lâches
calomniateurs qui ^ ne pouvant atteindre a
la hauteur de mou ame^ se sont efibrcés de
l'avilir i Mais ces dernières infiortunes , qu^il
Va/allu partag/sr, m'ont totalement épuisé y
ô mon Amie 1 et sans les consolations quë^
nous procure celui que ne je puis plusnom««
mer sans que mes yeux se mouillent de lar^
mes, je serais imbécille ou mort. Et comment
cela ne seraic-il pas arrivé? Souffrir, perdre^
être agité çoatinueliemeat et avec la plud
extrême violeace , se voir privé de la Joie , et
Niii
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LETTfiES ORlG'lNiClir
fepo^^ et de la vie de Pâme, et des nou=-
relies de celle 4 qui son existence est liée^
est-ce un état supportable ? Que ce soit le*
erlme de la. fortune ou le mien , en porté-je ^
en portes-* tu- moins la peine ? O mpn AmieT
• dois-tu t't'tonncr que ton Gabriel, que Vîb-^
fortuné qui t'a perdue , n'ait que des pensées
nombres et des sentiment douloureux ; qu'il*
aît Jong-tems désiré la mort comme- le- seul
remède à ses maux.? Ah ! Sophie ^ c'est un vrar
miracle de Tamour que je retrouve encore
quelques étincelles d*e gaieté en tVcrivant :1e.
seul contrepoison de ce chagrin destructeur
qui s'estemparé de moi aU' moment où j*ai su*
qu'il fallait te quitter, c'estle bonheur ^c'estT
]a certitude d'être aimé. Oui^ Sophie ,^oui y
*3a(mai tout : abandonné de la ibrtune<, persé^
çuté par le sort , séparé de ce que j'adore ,
cette seule pensée que j'ai fait naître une pas-*
siûu sincère,, est une source de consolations
«t de volupté. Et quel autre que moi en ar
tiispiré une si.teifdre et si généreuse ? C'est
une jouissance que les. richesses et la nais«
lance j et l'esprit^ et l'ambition exaucée , et
toute autre passion^ , et toutes les. yx)luptés^
ensemble ne donneront jamais* Ce plaisir duF
eœur est vraiment unique , parce qu'il a sa
cause dans lui«<néme..Celni qui n?a point été
^imé de ce qu'il a aimé, n'a pas connu le
bonheur. Toute autre affection deTamepeufr
être intiîressée.. On me sert pour soi | oâ;m^
M- ^
i * •
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flatte par artifice ; on i^ê dit moa ami y parce^
^u'on espère qxie je vaudrai plus que je ti(^
coûterai : mais l'amour nVst accordé quk-
p^i ; on ne peut ni |^ cokitrefaive ^ i^i le &io^
dre« Ce seuûme^t si ûs^iimr y si saiorl , st^
chaste et si pur , est iaiiuitabJe pour les ycux>
intéressés 9 pour le cceur qui l'éprouve. Ont
peut troixipcr ui^ annuat vulgaire ; maison ne;
trompera jamais un tendre amant. CcpcJt»^
sUnt ^ ma biexi**aiin^^ ae n'est qu^auprèa dr
aoD. amante ou dans ses lettres qu ou peud
acquérir la cert^tu^e d'être tou jouf » Jîméi
Hélas ! tu sais quelles* inquiétude^ j0 nonr^
rissais même auprès de toi ^ et tu me les as^
par données. Un regard, un rbot, unrde cesr
:|aot^ qif i vontf ççew^uii.b^Mr quîd'eniyrey
m'ay(^ient^Jb)entôt r^;%j|ré j maiV^>e«ci»sive«^.
ment 4élicat et craintif, j'avais rbesous do
^êUe^ Tes. J^ettres entretenaient ma sécurité
et toutes les consolatioàs dont' elle était la}
source. On me déroba mon égide ^ et comme
si ce n'eut .poii^it été assez de t'avoir perdue ^
çLe le savoir d^Qs une odieuse captivité, dli
te voir dans- un affreux lointain^ , de* m?é*«
lancer vers toi sans çesse par mes deéirs ,*eli
de me consumer dans la douleur de n-'enpou-*
voir approcher , je vis rompre encore la faibler
cp^munication .qui restait entre ntous^ ; ih
fallut à tcuit d'agi tatjiiMiS', à tai>t d^e chagriusi
am^rs, m^ler les poisovs 4e lar jalousie ,.9tt
tfntk Jfiu|ttpliei: ses finaux ^ .au .momeoii; cm
N i¥
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]««eiiIeéiuMe-qarpûteii allfger le fardeau
m'étuït ei^lewéép « • é Mais de -quoi*^ de qm ^
me diras-^u^ pouvals-tu être jaloux ^ ô mon
Gttliriel ? * . . -Deîqiil P Ab !*de personne sans
doLite. Quelle idée afurait-je de tcn ^ sî je pén^
Yalci t^ire jalonx d'un objet déterminé, quand
te serais aussi libre que tû Tes probablement
pfiuc?—.vMais si ^allais perdre ton coeur ^ si ta
constance allait se lasser !..» Ab ! SôphieîSo*,
pî^ie ! ymllf s» tatou * bien , veille sur le seul
)>ieu^d94oivGttbiiie)u.. Ëh ! pourrkis-tu jamais'
teipassf r (^e son amour ^ sensible Sopbie?*««'
kisensée V ne vas pas croire que ta sois jamais
aimée eoaime tu l'es par lui I Tu ne retroa<^
Vera$ ni cei^ ardeurs ^ ni ces transports , ni
l^ertléUeites^!^ éiÎ tous eès inexprimables
sentsnpeus' q^i -firent ta félieité. Ûu cœur ae«
eûutumé à un tel amour n'entendra pas lé
langage d*uft autre cœur , et ne ^en féwi
point entendre $ o\k plïitét Tame souillée pàt
une horrible perfidie ne pourra plus ni pro-
duire y ni weeikfir , ni sàioùrer la volupt^ .i*
Mais loin de nous d^odieuMs suppositions
■
qui t'outragent l O mon amante ^ un mo-
ment de réflexion dissipe eé mi âge sombre
qui m'enveloppe, hélas! trop souvent. J'ai
pensé y retomber pour jamais dans ce cruel
état où l*on tt*est sûr de rien ; ôîi , lai d^êtw
malheureux e^ de l'être «ans ménagement^
sans ( ompensaliou , et presque s ns espoir^*
an. invoque la ftiort« M^^^tu pas épr^irré quel^
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9K HIlAtSAtr^ Èff
fuefbis que le tems qui précède une catas«
frophe qwK Ton prévoit , ou^ dont ou est $ûr
parait horriblement long ? Est-ce donc qu'on
la désire ? Non ^ sms doute 9 mais c'est qfue lé
sentiment de l'attente est pire que 4e mal^
^uel qu'il soit. Ce mal une fols anivc^onle
oonoait : il est ou plus grâud ou phtt petit
qu'on ne s*y at leudait ; on le supporte ^ Ou l'oit
y succombe. Mais le poids, Phorrible poids
de Piiicmitude qut grossit f oiit , qvA methi^
plie les possibles ^ qui donne des réalités pour
des chimères y ou des chimères pour des réa-*
lités ^ ee poids écrasant n^est comparable k
rien.Ëhbieti y nous en voilà délivrés ; espé-
rons, puisque nol re génie tutélaîi^e est sî][Aré-
Toyant, et si puissant et si sensible. Grâces^
grâces lui soient rendues , et toute confiance
accordée. Hélas î quand je jiense à se» bîen^
faits, je désire qu'il soit rraî qu'il est plut
doux encore , pour des ames telles que la
sienne, defaîre du bien ifué d'en réieetoîr.
Chère enfant 1 ta Aéte a emprunté de la
mienne le défaut d*aller trop vite. Ma santé
nVst pas bonne; ma sif u^ ion est trop vio^
lente 9 sur-tout pour mon âge et nwn tempé**
rament physique et moral , pour que Je n'en
souffre pas ; Pameuseson enveloppe : jVvoué
donc que masaûtén'estni ne peut être bonne;
mais elle est loin d'un entier dépérissement.
Depuis ma dernière lettre vfe n^iai jpoint sonPÎ
fertde coliques Aéârétique»^ et^en général ,
N T
à
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LETTRES^ Oa&IGIKi^LEr
àideuxou trois acci^s. de fièvre près 9 presque^
éphémères , je n'alpas eu de secousses. Cequi^
a'altère cnieJlement en.moi ^ c'estilavue, suif
laquelle tu me complimentes fort mal à pro^
pas. Certes , il est dur d'être forcé mais ab-^
solyAient fovcé de prendre des lunettes- ayant
vingt-neuf ans ^ mais il est plus dur encore
de ne voir dans des lUnett« , qu'à travers un
$^nt de points noirs vavwtK^oureurs^ pro-^
chalu4 ^t preçqiie iafaiillibles deja cécité, Ja
l'avoue, je •n^jftvîsage'pas» tranquillement la^
fjea^i^ de la y uç, iiélas 1 mon awe iâst dans mesi.
j^u)i.^^tant,que je suislolu dt^ tqi , puisque je
iie<vis que par tes lettres f mais , f ussé-jeauprèsr
to\ti d'en, sentirais pas^oios laprivation*
de cetrucliem^nt si^fidèle du véritable amour^
U q' yi^a qu'un moyen de retarder , si cè n'est de
{^réveoir , cet accidentcruel } c'est de travail- .
lei m9Îjas..Muisçomment veuxrtuqpe je fasse?
4fi dofSTj^e^nt pl us de (rois heures par niiit ^
|e ^iju^. iu^if ; jamais un visage humain , si ce;
3Q'est Je commandan t qui , comme tu sens bien,
n'est, pas et met' peut pas -être toujours là^ à
heaucQup près ^un chirurgien que je ne dois
et ne veux plus connaitr.e,apriès les fours qui!
3fn'a jouésf. enj^a la bienheureux mortel qui y
ASsCjS.sexxxblable à ces satelliie3 infernaux que
les poë<es plàcenldans^ le Ténpre^.nous voit
trqi^iuis par jour gour. non», ^onner à man-^ i
gej^^cl nous verrouiller: ( au reste >^que celte
ttocgri^t ion poit ti^uc. ne t^effraj^e gas surmo» I
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wcfi ti car iQpau^e dinbleest ud^iart ka{uiôt&
homme ). Tu saiia combiéa martét e esè actinre f ^
elki'^ d'autant plu» dkns' cette situation ^
que tout le feu de mou oœur estcouaejitré 'et
ne peut 8*exfaaler ; que mes^sena fouguei^x^ et,
presque tiuloœtabiM^aoïit ebabaio^^ et u 'xmt
* aucupepâture^j de sorte que ]e travail estPu*^ .
* nique moyen que f'aie de damier lé cbangec*
à U,jfoulë de aentimeitt^tdeaeaeatimit qui
m'agitenU J'écris dookÇf^Uf-)e lis quatorze ou;
quinze l^eurespar jour; je suecomVe et je me^^
illj^f vi%- Tout;€^ f ue ia £aU est trop a4L-de6sâu&
^e i^es $ujets^ de mes idées et du mes yue$>
et le peu de)>oni|es«obo§e8»q4i9 jé prpdUiîsssofijb
achet4es.auxd^^Qas>^4ç e3(.Lsitejace ah^^I^
ejtphy^lcjue.» Peut-être, au temps duLoithe^r^
^^QXk imagiiaation fut plus rlçh^ et plusr fie^
is^ible- 9 < mon style pl us» éueigiqi^eetji^s facile^
II est çrneLde se dire r E fprnito' Imio t-emj)a'
amczzoglian^ii |gBaiaM&'est>mcavaorit./Macai^t
xi^re ^t fonrc^ à Tâge ou les^Htresi^o^nmes
]a commex^^pt.XiaaatMrem'avait accordé de
Qtto^ çn: p2^i;conriii une <pli}a*éteyûdua>, at: plus *
4^e^é^ ^ vcLS^h si l'infortune élève les anies
fortes ^eMeabat le génie JPersécuté depuis^ sjx»
\aiiS'9«;jDrQi&sé< pas- tpute^ sortie. 4^ malhwrs^^.
^déKoré d^iaquiétudesfe4{^de^cbag];lD;i ^^.uspendn^
«au. milieu .de. Ja plus poignante incertitude
^aladc depuis, dix. moix. 9. enseveli, c^epuis-
t^inze dacsJa Stolitudela plua aus^ère^a vîr
j^eur dkU^esj^it Qieutêtrealtécée par dételles^
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t £TV BLltfSU OBslGl HJk LES
^preuyes ;î mais;, Hm Soptiev'Ce<n*eêt pas la
gloire qui^estinécMMvé à' d^lfoMM^^^ ; c'^sf'lé
baiiisjsuj:». Uii regasd de toi , et mWfotKeste-^
iimtraient ^ et:peutrétre Tetrawerâis^je aussi
linerétinjreUè éê taieiit ifxû fwatt rougir <:eux
qui nftf ont} «iiM^eli dunsore tombtfati ^t>ft ^com^
iBC je le disais k M. Leuoir-,;o/» meurt long--
'^'enverrai a Farlsœtte^emailié' la^radûo
tiûn^des Baisers de Jean Second ; je ^ïi% cette
êemaine y pai>ce qu*il fâùt <jue je 1 W reeopie ,
et que jiî ae ¥eu% pas retaii der ma ieÀre. La
traduction est très-fidèle j aiusi sî î'oa y
«¥OitW*4<$ft ^kôses trop ardeiftf es ; il ftAff «*ën
j^rèndre ail poète ^-qui ^4c^#t Uoi^tandais qu U
^tak^^-a.éerit svuu dietéë*^eJ'.aniour, et dans
Fidiiome harïtionien^x dé» latim , èe qm kti a
doniié plus' de. liberté et d/énergle* Tout le
éhangemeut que j^y aifait aétf de substituer
^ tôti'nom à ce! m ëe ^éieta sà maîtrèsàe ; p»ce
qu'il m'eût été impossible d'adresser a une au*
tre qu'à So^)hie des choses si^en-drcs. M, Dorât
à imité eti vers quelqifèWiws d& ^eeirf Bsriè^ti^
mais il n'a pris que les idées qui lui ont coi^
Tenu j il a souvent mis sa manière ( àh! oûî ^
c^ifbien leitiôt') à la-ebaleér deâon^ modèle.
Mr' Dorât a toujours de Pesprit ^ ou du moins
il veut toujours eu avoir. Il êïi heureux ^que
*celaièlefatigùe pas ; 'mèîs tfes lectéurs's^en
lassent quelquefois. Jean Second est souvent
naïf, et cela touche ; car si les hommes sont
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' DE MI&AfiEAV» 3oX
presque iofailliblement surpris par ce qui
brille^ i]« sont tous Involontairement sensibles
a ce qùi est naturel. Ën un mot^ les Baisers
r
de M.^Dorât ne sont point du tout les Baisers
de Jean Second ; et ta les auras , quoique
cette bagatel'le ne soit pas aussi jolie que j^au**
rais pu la rendre peut -éire dans d'autres nio-
jnens. Jean Second chantait auprès de Neopra
«on bonheur et ses amours ; et jVcris loin de
Sopbie : je suis bien plus amoureux que le
po€leHol}atrdats ; mais il ^ait heureux , et je
•iiis très-^nfbrtuné : il n/en fallait pas tant, •
outre le désavantage de la prose sur les vers
pour me rendre fort inférieur k Porigivial.
A propos tlVcrits et d'écrivaiins ^ il m'est
tombé entre les niaînsune traduction de Sal-
luste^ detoffcberM/iJe'Brosse, qu'il notis a
fait attendre trente ans f et il a mode^tei^cnt
rempli les lacunes dt l'auteur original. Jet^ as-
sureqûelegoût qui à présidé à cet ouvrage esf
f ou t-à^fait curieux. Ici il nous dit que /a
règle qu^on voulut ramener fit V effet d/iuie
èomlmstiim générale et mit tout sens dessus^
dessous. Cela est élégant, comme tu vois. Là ^
il nous apprend que lorsque la bataille com-
riience , chacun déploie son sAvoir-fairé, II est
noble Mf de Brosse. Il f^iit dirç à Mariu^ : Je
ne sais pas ordonner galamment une fé/e. Tu
reêorfndisbienlàla galanterie4eM.de Brosse.
Tu sais ce fameux mot de Jugur^ba: il sortait
je Home j et en jetantks yeux sur cette ville
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dont il connaissait toute la corruption y iV^'e-?
cria : Ot mile ^énah/* tUj^ti^ kijgfîtât e^fct^^f-^
si tu trouî^s wi acheteur. Voilà du moiasf
comme j'ai tradultllttéralemcnt SaHuste dans^
Baoa ]p!ssai sur le PespotUme.M.Le eher-M» de:
Brosse est bien plus jaatar.el^,Lui».II tf aduit^«
Ville à vûiuJre , si on irom^ achetmàr:.
et tu vois* bien que e'est là ist-pp^i^iture fj^rn^
c'est aiiisi que le* poissardes. arieut Içjur ffoîs-
son. Je ne fi ni rais, pas V si- >e voulais recueillir^
tous les traits pareils ^ dont* l'illustre M« de
Bfpsse a enriçiîL notrq littérature lu^is il*
/aut laisser en paix lesxendres^, des mQrts«r Je.
t'avoue seulement Que c'est une espèpe de
consolation. que d'aToir. de tels enjçLeiî^ij. De
Brosse ne me connaissait pas ; ï\ 9^- voulîr ma
£aire du mal , etilm'exka (ait ^etdu»pluscr.ue]^
En^Tritéj je ne saurais m'emjgêdber. de pen-^
ser qu'iLaurak été plus hooan^te ,^etpKrs utile
4 sop illustre niémoii e ^ de travestli: un peu»
moins mal un des mcHleuriilii&tQriens del'aU'^
tiquité^ Au'^'este ^ j e, ne dont e pasque -quelque
iUusire açadémicien de YiUmire académie de.
Dij. n'ait donné les Lonneui.s de l'apOLaéose
a V illustre, aiit^epr et .à- son illustrissime ou-
VKAg^'.P^*^^''^^^^ méinç^i-î^- deR. s'est (xouvd *
çhancoîiei' ^ ^i-t-U eiu lagénci psité de^e clxar--
geoî de lui rendre cet hQnimag(&.— A.s^u quel-
quemoyon dU4\x)lF par.Maii. euMi.ieméJppuDixç^
pour Jeanret ,1a lettre sur le suorç ^et lecAm-»
Bieiicci^ient deme§ mémoires? Jejue parle pasî
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vd'e Touvrage sur les salines; oi^r je me flatte*
bien que tu n'as aucune manière de le recou«'
vrer. Quoiquece soit peut-être une perte, c'en
serait unfe bien plus oruelle que tu la pusses
réparer. — Ob i Aon^non ^ua baiser neserait
pas trop court y pourvu qu'il durât autant que
la vie. Mais à propos de baci^y ai cru que nous
étions convenus de ne jamais les compter ^et
ce nVtait pas la peine de faii^ un solécisme :
vtilie bacie-
Tu me fais un portrait frappant de ta.des^*
eipatrice,. et il se pourrait bien que je la eon**-
nusse« Vamourà la rage est tout-à-fait plai^
sant j. mais ne vois-tu pas aue ces amoius-là
siont , comme dit M. de Boulers^.tt^ mot hon^
^nêie à. la, place (Sun qui ne V est pas? Quant
à ces affections qui naissent et s'éclipsent en
un moment , . c'est le faible de ton s4ie qu9
j'appelle ejQgpuement j et je tr'averti^ quequir
conque est capable cÎl ces^paroxysmcs-là , n^
l!est p,as d'autre oboseï . oion * amie 1 ne 4e
laisseras prendre à ce^ i^eux follets ; fuis lef
haleines contagieuses. Veille sur toi., veilla
tei-debors^yeille.au<*dedai^s j.,c'est l'attentioi)
continuelle qui fait la force y t til n'y lieB
à. gagner avec. les.. Alexandrin es (avoue quç
j^ai deviné )• Tcd amea reçu die la.natureune
iîtonna.ule et précieuse énergie} mais ^ souffre
que.jete le dise , ( toi devineras le pourquoi]^,
tu manques, quelquefois ci attcntion sur^des*
<rf:)j[et5 ena^j^areixce iudifi<frii'n^,ji.niiis qui:Son|i
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3o4 tSTTKXS OAietVALXS
bien loin de l'être dans leurs Éuites ^ ( ce que
ta candeur ne te permet pas de deirlner)
sur tout quand on est entouré de geii>atten«^
tifs à tout, et prompts à saisir et à poussef
le œoindre avantage. Pardonne y o çara spo$a!
pardonne la vérité et la liberté de cette re-
marque. Ce petit défaut que je te reproche
vient de ta charmante ingénuité, de Textrémé
franchise de ton caractère j ainsi tu n'es pas
capable de t'offenser de la sincérité de ton
ami. Ah l que u'usais-tu du même droit , on
plut-ôtquene remplis sals-tu le même devoir
avec ton Gabriel ? Tu es une amie sincère ^
aussi bien qu^meitendre amante; ah ! oui, tu
Tes ; mais tu l'es avec trop de circonspection^
de précaution 9 de discrétion , si Je puis parler
ainsi. Croisât u doneque.je veuille imposer des
tonditioD s à ta franchise ? Je suis ^ j 'osele d i re^
assez sâi^. denioi-iBéme^ assez .péaétré du
désir de me connaître ^ de me corriger^ de
te plaire , pour m'accommoder de tes remon-
trances lesplus ingénues ; et je ne t'en aimerais
que mieux 9 (c'est bien difficile cependant)
quand ta véracité irait jusqu'à rimportunit&
jPeut^être crieraîs*-|é un moment \ mais remar^
que-le bien^ en te rappelant le passé : ma vi-
vacité, quoique, dau^ toutes ]c3 suppositions,
déplacée, porterait plutôt sur l'oeçasion que
sur la chose. <y et ce serait presque toujours
ou la circonstance , ou une distraction qui en
•e|rait la cause ; mâis crois que l'avis mûriratC
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iam inon ame. La vérité est û douce quand
elle coule de tet lèvres ^ 6 mon émve 1 qu'elle
^ peut fic pi éseuti^r sapa ménagement ^ sans dé«i
guisemeûU Ce que tu dis peut-il avoir quel-»
que amertume ? Oh l non , mon ange* Peuic*(
tu ipoitiâer mon orgueil ? ^Non^ non, ma
Sophie: tout mon orgueil est en toi; c'est te
dire assez les seuls coups douloureux que tu
puisses lui porter . • • • Au reste ^ tu sais bicA
qu'il n'y a que ton père^ qui ne voit (jue lui
4$umoBd0, ^uit toujours raison. Grand faiea
XMtNilui £asse ! pour moi ^ ;e serais «tréme^
ment fatigué d'une telle supériorité, et je
9 en veux point*
Non vraiment 9 je ne puis ni ne. reux me
compromettre pour personne ;^ mais avec tou-i
tes met préi^lMos ^ et jwilgrtf ma situation ^
l^ai pen^é l'être. Heureusement que la droî^
tyure et firancbise découcerteut bleu des
ruses. * « . Tu veui que je eompte P. an nom**
bre des ingrats: tu lui fais trop d'bonneur f
c'est parmi les perfides qu'il mérite une plac^
distinguée. U est vrai qu'en un sens Tingra**
titude et la perûdie sont synonymes; il esfe
▼raî encore que certains hommes , je veux dire
presque: tous 9 ont une manière de calcuhee
et de sentir qui les mène tout droit Ikj sans
jpresque qu'ils sVn doutent. Ce que l'on prend
pour attendrissement est un mouvement faie»
équivoque , commç j^ji^ l'ai dit cent iois^
DianaMnimes presque tous susceptibles d'unet
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3o6 LETTRES OKIGIKALZS
émotion passagère , et non d'une impressioa?
* prafemle et dtirable* Voilà potir quoi ceux qur
«e sont pat très-nial néi ou endurcis par W
eritne, sont capables de pitié* Mais de la pitié
à labienfaimirei^^ au dévouement^ et tiiéine
la reconnaissance^ il y a infiniment loin. L2e
bieuiaisance aVst la vertu que des^ gyaBdes
ames,. et la^^ratitude nVst p» la prodtictiotY
ties ames communes. Les yeux se sèchent en
quittant un malbeureux , lorsqu'on n'est pas-
Aoué d'anre exquisesenn^brlité. Ëlieseulegrave
les spectacles attendrissans dans^la mémoire y*
et l'envie d'oWiger dans le cœur* Tel fait daf
offres de services ^ même sans vties d'intérêt^
parce qu'ici n'à:pas QuIa force de n'être point
ému ) mais il a eijcore moins celle de tenir
parole ' r ÎB^esd comattè un &Mt brtfxe ; ibn'àf
que le courage de la honte } ilse'^bat parcequ'il
n'ose pas s'enfuir, et se serait montré' plus^
poltroA s'il eût été moins lâobe; Cela posé^
veux*tuï savoir le raisonnement d^ ces iioa-^
nêtes.gens dout nous parlons ? Que reule/ii-il»
^ue fy fass0 dîéefi^t-^iJs ? j0n*iraipasfaire
pour eux lu guerre au premier mmislie. O mon^
anaicl il est trop vrai, cet axiome si Lonteui^
pour Fhumanité;} lesrmalheureu^ ont toujoursr
tort, tort xle l'être, tort de le dire, tortd'a-i"
voir besoin- des autres , tort de ne pouvoir
ks sèrvir • . • que saisine mot ? il n'y a pas ftis-f
qu'aux torts qu'on a envers eux qui ne tour^
«ent:àleur préjudice* On^Gliiei^ he-à- excuse»
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BB MimABEAU. 3o7
sa coiicîuife en inculpant la leur. Toua le*
ingrats accablent de reproches ceui qu'ils
ont trahis : tous les pusillanimes^ se plaignent
de ceux dont ils désertent la cause, . ... Je ne
tais si je ne t'ai* pas dît tout cela? mais- j'ai
des raisons de te le répéter. Sois sur tes gar-
jdes^ je t'en conjure , et livrons-nous à notre
bienfaiteur pour unique ressource : nous lui
devons y nous nous devers cette confiance
exclusive j et ce senllment honnête pai^ lui'*
même sera-ençore très*prudent ea nous pré«
servant des traîtres* * ;
' Je crois que tu jures , mon Amie ! Où toi!^
^dite personne a^t-elle été chercher le mot
ài^ paréragrmiant ? c'est dagrimoiref Je Gon7
nais bien une plante nommée parMmbram^
jdeux mots portugais* qui: veuleiit dire ^îgn^
mmagfi; et comme cette plante vient réelle^
Bient du Brésil: ^ on lui a conservé son nom
étranger., N'est- ee pas cela que mo» auguste
savante aurait voulu dire ? C'est çn effet uix
bon diurétique j je préfère Vuva ursi (je n'ai
que faire de dire à masavante , que cela veut
dire du raisi<i d'ours ; si fait pourtant^ car
t lle sait mieux Pasironomie que la botanique)
et j,^en prends, en* infùsioiv en guise de thé»
Mais sois, tranquille*, mon aiwahle Amie ,
autant du moins que tu peux l'être loin dç
moL Les coliques néfré tiques ne me, tuf ront
pasiJ'ai encore .de la marge pour long^tjems,»
.4 ce cjut: cz;pia et je viv^ ai assez ^^yxl-èSft
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3cA I.£TTB£S O&IGIKALES
pour impatienter certaines gens. Quan( à
Mes yeox , ils sont réellement dans un grand
danger ; et je vais'&ire venir les Grandjean r
non que j'y aie confiance , car ils n'ont que
]a main de brane ^ et ne sont poîfit du tout
théoriciens ; or , c'est d'un théoricien que
j'aurais besoin y car je n'ai poidt de mal exté«
rieur : mais ce sont les dculistes attitrés à la
maison ; et ici il faut jsouffrir en règle ; je
lestai ilemandés. — Encore une fois^ vous
êtes une calomniatrice , madame ; je n'ai
nommé personne ^ suiytout point la chaaoi^
nesse ^ qui ^ comme chacun sait ^ nC adore. Ah l
Traiment^ je ne suis pas si ingrat* Je vous ai
envoyé en général le portrait des dévotes , et
personne n'ignore que la chanoinesse n'est
que fanatique. — Tes grandes chaleuw t'au*
iruenf paru très*froides ^ si tu éti^s close dan*
des murs épais comme ceun de quatre caves;
Depuis que je suis ici , je n'ai pas pu avoir le
bonheur de suer ; et ee ti'e«t {ms la moindre
cause du dérangement de ma santé.
Tu devais l'attendre à U chute de tes che*
Veux d'après tes couches. Je me flatte que tu
ne perds pas ceux qui tombent* ^e balance
pas à te les faire couper , s'il est besoin ; c'est
ïe seul moyen de les recouvrer. Eh ! que t'im-
porte d^tre laide pendant quelque tems?
Pour moi , il m'en est tombé gros comme les
dett:ft'bras ; et je ne sais pas quelle sorte de
^lOTidence y préside , uiais je sais que j'en 41
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toujours beaucoup , bien que )e n'eo aie nylle.
espèce de soin que celui qu'exige iodispçi;^'^
• sablement la propreté. Wasavanle me per-r
mettra-t-elle de lui apprendre que de tous
les moyens de les conserve r il n'y en a pas ujo^
plus sûr que de les laver ? Oui , madame , les
larer ; et cela tous les fours , au moins le
chignon. Les douillettes qui craignent Peau
froide, et sVnr humeraient si elles s'en ser-»
vaient^ faute d'y être accoutumées ^peuvent
employer de l'eau tiède. Vous entendez bien
qu'il faut les sécher ensuite. Les cheveux ^
6 auguste érudite 1 sont de vraies plantes^
qui , à beaucoup d'égards , exigent la même
culture que toutes les autres ^ înais il est vrai
que de tous les jardiniers , les perruquiers^sont
.les plus mauvais et les plus destructeurs. Que
je ti^enlende pas parler, je tous prie^ que
vous ayez deux pieds" de iris are sur la tète)
je ne connais pas an être moins fait pour être
ridicule que ma Sophie. ~ Quant & tes yeux ^
je suis peu inquiet i tavue est excellente ^ et
même prodigieuse ; mais elle est «lélicate^
parce que fu at pèu 'de cils. Ne travafNe point
au grand jour travaille plutôt dans des ré-
duits sombres :1e défaut de clarté peut fatiguer
la vue ; mais le graïui jourkip blesser Je tecon--
jure de n'employer aucuns remèdes.^ oi de
bonnes femmes , ni d'autre.^, pour ce pré-
cieux organe. Ménage-Iè, tafraiehis tés yeux
avec de i'eau et de i'eau-^de-ue ^ et rien de
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3X0 LETTRES OaiGlKALES
plus* # • • Jean Second te donnera bien un au«
ire recette; mais hélas ! j'ai seul le secret de
la composition. — Adieu , mon amie ^ ma
Sophie y mon témoin y mon j uge , mon amante;
mio bon, miasposa^ vita mia , addio.
^ ' 6 A B R I £ L«
Ma Gabriel-Sophie, ce lâche Oride qui a
osé faire un Ar$ d^aimer^^ jendait un .culte à
Auguste .son tyran et son persécuteur 5 aussi
tous ses écrits , oii il sans cesse question
^'amour, ne sont empreints que d'esprit , et
iJLy^hien peu de vers qui aille au cœur ;
car un homme sans cpnrage est un froid
âmant : Ufi,maLsicuro amifio^ èfreddo amante^
— - Il est plus digne de nous de consacrer la
bienfaisance des mains de Pamour. Faisache^
ter upe e^st£^npe de M^ Lenoir ^ placera dans
ta chasuble: tu De Fauiais pas fait sans m.a
permission , et jcterordanne^jet tum^ob^ras
}fysgk volontiers. Tu Joiiçiras au bas:
' Son' ame est Inenraisatue et >san ràar eni sensible ;
. Son esprit vaste , aclif , sa justice inflexilile^
Magistrat té^cté dans tit^s temf $ orageux ^
Lc^noir çut allier la prudence' au courage «
Les taUns d'un uiiaislre et les vertus d'un sage |
Vu- devoir fapep sévère et des soins géa^îreuju
L epr euvè des succès et de TadviBlrstt*,
* L^arei^u précieuac etclier à 8aip«|Lirie.2
. .U a 41^ méviier et désarmer Teavie.
.^'ndiuirc .$es travaux j j'adore sa houle.
I Faible expitttioa 4e l'iinmertelle reconnaîmane
^ ' 'dr$opliiH3abiieleK4ei^A»i.| ^
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BEMIRABEAi;. SlI
' Le neuvième vers n'est pas de moî ; mal»
il est SI heureux ^ et si bien appliqué ; que
je l'ai emprujpté voloatiers^ et d'autant plus^i
qu'il a été fçiit pour vM* Lenoîr. J'aurais
bien touIh exécuter un dessin allégorique;
.mais cela est trop difficile ; je n'<ii pas mei
aises j et d'ailleurs cela aurait pu soui&ir
^elque difficulté.
Si l'estampe est ressemblante, tu m^en en-
verras une. M. Boucber aura suren>ent la
bonté de te dire ou se trouve la meilleure*
Sophie, chacune de mes pages contient en-
viron 7a lignes ^ chaque ligne environ 25 m
mots} chacune de tes pages porte 40 lignes^
et chacijLnedeteslignés environ i4mois. Com-
pare^ et rougis. Tu m'as éjcrit 2240 mots en
80 jours } c'est 28 mots par jour. Quel eifort î
aussi tes jeux sont fatigués. Ali ! Sophie , plus
4e silence de 80 jours.
A M. Is^ïl O i R. =
■
3 odobre 1778»
La manière -dont'moB amiè m'a dît ^ Mon«
sieur, de prendre la liber.té de vous ^dresseï^
pour elle la tiadu<îtlon des Bai^er^ de Jean
Seconds me £ait croire quelle a une^eépèctf
de certitude que vous daignerez la lui en-
voyer 3 et si je ne l'ai pas jointe à ma lettre
«ie remerclnseût f our^oua^ et à ma réponse '
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3l» LITTKE8 OmiaiNALES
pour jelle ^ c'est que )e n'en avais point de
copie aette', et que je craignais de letardei
mon envoL Un honfiroe andtère troayerait
peut-être ces odes anacréontiques trop brû'^
lantes } mais tout le feu que vous y aper«
cevrez est c^^ns l'original j et you» sentes bien ,
Monsieur 5 qu'une Ua4uction de vevs latins
en prose française n'a pu que beaucoup les
affaiblir. Je n'y ai pas ajouté un mot ; au
contraire ^ j'ai été iorcé d'adoucir des détails
que la liberté de l'idiome latin peut seule
permettre. Le changement unique que je me
sois permis a été de substituer le nom de <So«
phfe j à celui Je Neœra maîtresse de Jean
Second ^ parce que je ne sais dire des dioses
tendres qu'Â Sephie. On ne lui refuserait pas
^e li^Q pette traduction , si elle était impri-^
mée ; or , que change an fond de la chose ,
que cette bagatelle soitmamiscrite^et qu'on
y lise Sophie au lieu de Neœrea? 11 a y a as^u*
triment rien ^ dans ces jolis morceaux de poé*
sic 9 qu'une femme «amante et mère ne puisse
lire. Si je sais jouir, Monsieur, je ne sais pas
corrompre ; et celui qui flétrit l^innocence de
,ce qu'il aimC) se connaît^ selon moi^ kiien
/mal en pluuii. Mais tous n'iguoreas pas. que
ia pudeur, a sa fuk^seié ^ ei^U baiser S0n ior* '
^ Au rest e ^ Monsieur | notus recef ons et nous
attendons dévoua des gr4ce« si iisportastes ^
que je ne saurai pas .vous presser pour une
bagatelle ^
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bagatelle , c^t si j6 parle djç celle-ci, c'e$^.
parce qut^ n^çjfx aml^.lla.demiindée^^ fpis*
* Si vous ne j ugez pa3 à propos qu'elle 1 uipas»e ^
)e; respecte bienf.siQçéiçemeirt votre volonté ^
et j'espère sçuljement q,ue vous voudiez bienr
me renvoyer mon manuscrit j car je^^n'oseral
pai^^ous offrir rfeji-là,
JVi riipnneur d'être avec un tendre et rc«-,
pectweux dévouement. Monsieur, y^ti^^trèsp
liumble et très-oNisfap^ ser^tei^r, .
' ; Mirabeau fils.
AU M Ê M
a8 octobre t778.*
JE serais bien malbeureui! , Monteur, si vom>
. étiez ajussi las d'entendre parler de moi , que
je le suis d'en pjarler. Mais, hélas ! je dis
icommer TibuUc': « je n'ai point le stoïque
courage de supporter d'un oeiLsec la sépa«
^atiou de l'autre partie de moi-même $ cette
constance ne seîra jamais la mienne. La àou^
leur brise Tame la plus ferme ; et je ne saurais
rougir d'avouer ce que je sens, f,t d'épancher
la tris te^sequi e;mpojisonne ma vie toumentée
par de Ipngs, malheur^, •»
. C'est une de ces consolations salutaires que
dôis. uniquement à votre incompar^l^
bonté, que j'invoque aujourd'hui. On m'a dit
Tome 11^ ^ O
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■I
LETÎ'RES ORJClîif ALJES
que Vous aviez dàîgné j>ermettre que îif frâ-*
iluction des Baisers de Jean Second passât
mon amie/ Je pr^uds lca liberté de vous adres-
ser «ne partie d^uh recuètl de pièces veràtf*^^
ves , extraites des poètes érotiques de l'anti-
quité^ et je ne vous déguise pas que c'est un
prétexte pour vous <]eiiiaiidet une lettre a:prèà'
plus de cinq semaines de silence.' Si les Bai-
sel*s de JeAn Second o<lit 'passé) cet ellivoi^îf
passera plus aisément encore : ce sont des
iiagmens de Lucrèce, de Catulle, de Gai-
IwB , et de ce délicieux-TibulIe qu'il faut lire,
relire , savoir par cœur, et relire encore^
Quelques morceaux cliolslo d'Ovide , de Vir-
gile , d'Horace, de Pétra;rque , du Guarini ,
du Tasse de i'Arios^te ^ de Milton ^ et de
quelques autres poètes italiens, anglais ef
aftiesdands, succéderont , si vous le permettez»
Si , par ^dco circonstances nouvelles, ce re-
cueil né pouvait parTaiiir<à imon âmie , j'es*-
père que vous YOudrie2^'{>ien 'mi? 4e renvoyer.
Mais sur-tout^, ah 1 sur-touf une lettre , <^
bienfaisant et sensible protecteur d^fr Infor*
tunésl . ' r
J'-ai i'iioiineur d'être avec un respectueux
et. profond dévouement , Monsieur , votre
lrès*liuilibic et 4cès-;obéissanjt servîtes* «
Mirabeau fils.
Penîiet<ez-moi de vous observer , que si
vous ne voulez pas laisser de mon écriture
entre les maîus de mon anaic , elle amatrè^
- 1 j'-'- -
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DE MIRABEAU.' ' ' 3l5
vite copié ce recueil. Je u'en enrôle qu^aioe
pallie, pour moins surcliarger celui qui doit
le rà\t avâirt quMl patrienifé à Sophie eè
ne pas abuser de sa patience que je mets
trop souvent à Pépreuve. * ^
•» •
A S O P H l E. '
A' ' T
H ! quel charme est donc celui de Pamour
qui peut ainsi changeç et les choses^ et l^s
Jieiqc. et les circonstances^ et les- idées ^ et
jusqu'aux sensations! Au milieu, des peines
ies plus cuisantes et d' uile situation presqiiè
désespérée , il me disUait , il m'enivre encore
par Ses illusions 1^ h^las! trop passagères , et
que j'ai la faiblesse de regretten Ta lettre
m'a trouvé dans un profond abattement de
corps et d'esprit; et elle me rend ui| peu dé
force et d'énergie. Ah ! Sophie , ne me te*
proche pas cet état d'affVi^sejçaent sî étranger
à mon ape. Hélas ! cette ame Iqng-temp^
forte et. tpujours honiiête, cette amè pleine
de toi , est brisée. J'ai luué contre le sort
plus peut-être qu'il n'appartenait à, ùn être
humain } il est inexorablej mes forces s'épui^
sent, et je n^ai plus que k courage de rhon-
neut. Accablé de triste&sV , de mauV/d'ennui^
et de craintes , ne voyant autour de moi rien,
rien qui puisse remplir le vide
O i/
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<
3l6 LETTRES pAIGINALJËS
afîVeux quç. ton absence fait dans 1x14 vie ^
l'ai peut-être jCjLielque mérite à ne pas me
manquer à moirmênie* Quand je deviendrait
pi^imoio^e et faible , qui aurait le droit de
s'en étoaiier ? Un malheur extrême, continu,
sans compensations ^ sans relâche ^^e peut-^il
donc pas dénaturer Tame même la plus
forte ? • . . . Mats non >' Je nè përdral dans
cette affreuse captivité que les faibles talens
que Yy portés ^ et peut-être la vie, la
môindre de* toutes les pertes. Ma tète s'affai--
blît: mon imagination s'éteint : mon esprit,
iievîent .paresseux ; il a du mpins perdu sa
flexibilité. Mals^j'osé croire que nia fermeté
ne in'iabandonnera paç à un certain point j je
* ne céderai point en lâche à l'adversité ; je ne
solliciterai pas' ceux qye je méprise* Je n^aî
• ^u'un appui j c'est notre bienfaiteur : je n'ai
qu'une amfe, qu'une amante, qu'une sœur,
qu'une épouse } c'est toi qui réunis ces titres
sacrés, L'^amour,, la jecon naissance et l'hon-
jneur sont àiës dieux; je ne prostîtuéraî pas
l'encens qui n'est dû qu'à leurs autels. J'ai
tout tenté , hors ce c^ui est vil, et tout tenté
vainement ; il Éaut donc échouen Un sur-
croit horrible d^lufortune me surcharge; mes
yeux iiont perdus ; je suis menacé des catar
ractes: pour péù que je reste ici, la cécité
sera mon partage. Dieux ! quel sorjt! Je serai
donc nul) Condamné à végéter dans la plus
profonde inertie, inutile aux autrçs^ à charge^
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1 -
I
I
DE M I n^ABE A U« ^ ^17
o dieux- à moi-même ; yollà l'état oii Ton 4
voulu me réduire. Il ne me restera pas même
^ 1 a possibilitéde d^mentiFiyar dep suooès^ par
des vertus actives, mes lâches, mes perfides
c^o^}nîateor^!9 ils ycmt reieueUHr- cte)^a'!)«^
.ont semé pendant dix- ans^; .v Alors^, ^mai^^
seulement alors , ils seront traiu|uilles et
cpntens. ~ Mais éloigaons ces idées aflpreu-
ses : n'anticipons^ pas aur nos maux ; c^en est
assez, c*ea est trop, hélas! du présent pour
iious accabler. Mais commeirt retrouver ces
expressions dçj^c^^ et tendres qui t'étaient si
ctères, quand une sombre tristesse me ronge?
I^e temps oii mon amour. $!expriinait avec au* '
' tant de feu que de délicatesse, le temps où
Sophie daignâit m'écrtre ijm iàn plus grand
plaisir 9} en mon absence, *.était de m'adresser
ce qu'il (j avait de plus tendrè dans meSi
lettres se^CDdy^nt. dans riampossibilité 4e.
peindre mieux ce qu'elle sentait ; ce temps,
esi passe sans retour. Mon çœur.seulne s'cpui-,
sera jamais* Pqissértu prisev toujours Jps ttér
sors de tendresse qu-il ri£nlijsrm.e{{xoi^r tçil
Cependant tes. lettres m^e soulagetnt , et 'tes
lett^res sçulemen t ^ ,par quelles m'attendris-,
senti; et Ja douleur qui s'épsinche n>st plus
mortelle.. Tu me fltis le plus grand plai^xr-de '
me donner à enteudre la caus.ç<,dc cet aâVeux
délai de 00 jours J il a beaupoup ,avauGé 1^^
mes(ure dé meé niaux. Mais .j^e vols què ni
iQÏ y niinon bieniaiteur n^y étaient pomi^ieu^
Ôiiî '
■A
■s.
, . ■ - •
" Digitized by Google
3lS^ LETTRES Û I G I N A L p S
veilla ce qui mîmporte j je vois que je
«fois encore à celui-K^i plus que je ne sais. Ce
n'est pas la première fois, comme tu.ne Ti-
gnores pas, que WLide acuTinsolence de
l'j^icouser aux pieds dutrône. Mais qu^impor-V
, tent.à ce héros de bonté cette rage impuis-
sante , ces vils rugisseniens ? ;
lïC Nil a Ta sor tes rivàges , V
De noirs habiians des déseris« . * -
. Iiisttltejtf par letti^ çris sapvagçs^
\ li'astrtf éclatant de Tunivers. ^
Cris impaissans liureurs bizarres 1 ,
Tandis que ces monstres barbàires ' '
Poussaient d^nsuitntcs clameurs;
^ » Le diea , poursuivant sa carrière f
' /c Vendît dçs torren^ ile lumière*
f. Sur^fcs i^Jjiscu^sWi^sphiÉuiatçurs» ,
' Les nouvelles de mon enfant sont ^har*
mantes 3 je n'aime pas qi^'elle soit trop giasse:
e^eist' cependant un défaut que le» noum^^ons
ebntractent rarement chez des nourrices mer-
cenaires. Qu'un ne la sevré point, s'il est pos-
sible ,^vant<iue la plupai^^t de ses dents soient
percées. Tu te rends de si bpnne grâce sur
^article du-corps , que je né sauraisite per-
siifler davantage 9 mais comotie ^ je sais corn- y
bien je te persuade aisément, et qu'en une
niatîère- aussi importante je^veux de plus te
ii:>nv aincre : comme tu ne te formes certaine-
nieiît pas une idée exacte, ni m^^me appro-
cliante ^ du danger des- corps de baleine 5 j'âî
féliécjbi suj icqiK^ )q t'ai mandé à cetjégar<d|
■ _ te
■
I *
* * 4.
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• ^- , B E M I R A B E A U. ^
et qui pourreï. le paraître exagéré ^ parce que
j'ai prt$ le jtQii de la plaisanterie ;^,^t je veux ^
moa cher AuiQur, fonder ces pria. ipcs sur
une. base inde&tmctibla ,'tet té montrer que
j;^ sui^Join de.t'avoù tq|4 dit« Je n'ai aucune
de mes, extraits^ici , auçun livre auatoraique ^
et,ii,y a. fort long-tems que j'ai perdu de
vue ces fnatiirqs que je n^ai j^ais étudiées
que dans leui^iy^ppoxt gémïal av^ec la pji^-
sique du,.qorp^ )iumain. je puis ^ sans
t/;ailçij à^fo/jd fe^jtiî, Xt démuuirer^ moa. ■
Anipurs si chère., que. le^xCorps fort serrés par
en bas ^ attaquent à la^Jois la tâille et la
santé* sur-tout^dans,les enfans,
D'a^9^rd il est plaiij que lajaature qiii n'a
p.<^int4Hi!t,ftUx.^ej»me^^^ïii^rps de^gaiioe,, n'^^
jjas ^vouli^ Jeii^ amimjir.^j^roJl^ieusciiienjt par
bas. Cç qui^ ^i çç^lmve k se^ fois, doit
Xfalaijdi,v^ep(yj^ï^'^.^^ oi* la, dén
truire.En efljet^jcettediajboliqucj^cuirass^ -
toeurtrk et déforme Je corps , à ^'extérieur ^
çxpoaeJç^ P««iSf ^t^ieufies, à 4p iri^^tes iic- *
X:îdenst; et vpic^jÇpiînm|p^tj»Les iuic^ûas];v,^ii-
K^^^^mU. ^Sif ft ^ïf .%te,r contre, le jdia^T,
phragme ( tu araîi^ ,que le. dif phjagm^ jest^ le,
nuisc|e ségare Ja^poitrine,çlubas^rentl:e^
^,^..^^ PÎ^^^Wi?/}ii4^'^Ç^^^^^ hnmain.aprcs ^
V S?f ) 'pxes^on , ^rtifiçiellç de vos
^^f^^rn^^ k^hhV-^M i^rm ^^fiP voû ter .plus
^"h^^mi^f Mm^^^^ ^^^^^
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3ao ' tETTRES ORIGINALES
et empêche les mouverpens du poumon. N*aa-
tu pas éprouvé cent ft^ quë" ta respiration
était gêoéie pàr le serrement de tescôtèrin*
fôrieUre* ? c*e*t là l'effet' de lit cause ^ qûe i>
te dé; ris. Delà >a cîrctilatitfil'du «an^ troublée
dans le cœur - delà la pression de l^drtèré
pidmoiiaire 4ui Jikrt di^.ventricule droit du"
cœur , et porte tout Je«ang dù poumon ; delk
iut^tont la pression de ràbrtè qut part dtf
ventricule gauchte du cifeuf^ét se partage dans
toutes les pat^fies du cbrps , et ikièinè ta tête
ét^ lé cèrvean. Cette ^îresslorf peut'et «oit
occasiionner une ésfpèkte xlé regorgement qui
produit les palpiution* ( «oit dit pour les
tiennes cfai ifi'iiiqùlèteiitfort ) , les maladie»
pulmonaires i si febWimànes éûr^ut chez le»
femmes, les maux de tfite, les'ajiévryïme»
atfu'tumetatsV les' polypes mêîne,' et souvent
Tes apoplelties.- B*un^dùirë ^ÔHé, latf ômpres-
sion de l'estomac^ du foie et dé la rate, pnvk'
duit des àcddens ttéWeux , influe^ùi-les reins,-
Ja veskîe è^t tout^ièijiaùtt^s^rf««*6ntèrtùes
*^s la cajiacité du Bàs«ventre;'DeIà lésfai-' *
Blefeë^S,leS>vai4WW^,>alJiift/è]Ies h, bonnni
«....V, ^uupr«». jjoirt;vcJa est simplei"^
mcin jtifijnt , eb à lai^orté^ d» tbè^'^dite'
peArtttiëi i><iî Tes^^ir à ùtt chirurgien î car pdur
MM. 'les àaédet'i*is',4eïône'"dëi ékvâns qui
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lorstju'ilii »e J a Ss^co I p^ns.; J 'âVO»^^ ^ p e ii dan t
gu^autant que i> pourmi )emefCaiifierai ja- .
laais ma joaaatre qu^à U]i.^rliQger>quiea cou*;
naîtra toutes les parties. Réjjète à un chi--
rurgien, àus-fe y\k%on aocqueheur^ p»iaque.
tu y a$€oafi^BK;e^ce$.raidOAtiexaeas« J dis de ï
les répéter j car, enfêtés des anciens préju-^
gésj ou fâute. d'avoir, réfléchi Biir ce rojftt.
en particulier^ ils. pourra^tuit uç pias convenirr
de la thèse générale f lîiais^s^ils Imient Im
raîsonnemeiis qui-eonduisejat iu^out^table-)
jment à 010U principe ^ soi§ ^sûrcii^iu'il 3 sont,
des ânes , parce que cela eâti.fWs yyépUqiiiï.)
Je ne.te-pai'liBrais.pas avec '©eite <(ouiiaacey>
si je u'étais pas sûr de n^on fait;}. iÉJt; }Ql.nG^
t'ennuierais point dè cés détails , jcl^fen'
sentais pas l'importance. 11 y a mieu^'^^mctfi
amie j c'est que les coips de baleine ^ quoir
qu^évasés par en haut , sont nmsihles mêm^y
dans cette partie. Leurs échançruresjau-'dess^iîi
du bras y qui répoiidt nt au qreux de PaissçlJle^,
brident les deui mufles qui ibr^n^ntcecreux
et font mouvoir le bras. Le$ bords de ces,
échancrures tranchantes serrent les yaisseaui
et les nerfs de fcette partie- ; et ^fiï\ vu ti^ç, >
charmans bras, ^ de toi qaiiUs pecl^ i,p>jges\^;
livides^ Ct engourdis de- dette 'prcssîon^jFiîi:^ ,
leuse que tu:«s*^ tu imputais; cçs e^ffetsi
froid ; ils venaient en grande par4le ,de, J^^^..
épawlett^s r et ja preùire de cela, c?eSt qu*ea
Hollande je Tai bcaucou|i moin^ observé ^
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3»a tlJTTR'ES OaiO IN ALES
parce qui^ tu mettais moins souvent , ou parce
que tu wrraU moins on corps qm aurait trop
fréquemment contrarié et g^é Pamour* Ces
épaulettes bienheureuses reculent les moi-
gnons des épaules^^rendent B^UantesJespar^.
ties extérieures des clavicule et gâtent la
gorge, c'est-à-dire, la plus grande beauté
Ai cotpB dçs femmet. Enfin* la plus grande ^
partie d'entre elles y}e parle des.mieux faites ^
oat l'épaule droite plus grosse et plus charnue
que la gauche ; et de celles que j*ai connues
pîarticulièrement , à peine y en a-t-il deux
( dont une avait quitté son corps dès Tàge
d|?^4 ans ) qûi n'eussent pas évidemment ce
défaut : da(ns ce nombre est une des failles
les plus vantées de Paris, et qui ne Tétait
que glaces à cion industrie^ Or je me rappelle
très-distinctement que le célèbre Winslovy
a prouvé que cette diflformîlévenaitdePuçage
àeif coips forts* Somme tout ^ mon adoratioB
bonne , je ne prétends pas t'interdire les
corps c ib te* isont peufi-étre devenus, néces-
saires par l'babitude^ mais qu'ils soient doux
et peu serrés. Pour ma fille, qu^elle n'ait ab-
solument que de simples corsets de toile ^
ti^s-lâcbes i très-aisés j ^t qu^'on la^isse cette
charitoan te enfant Venir comme voudra la
nAture. ^ C^st la plus savante et presque la
phis tendre des mères. - '
<Une obsiTViilîon ausçi sûre , et presque
aussi importante^^ est celle-cicXes h<mné9
Digitizedby
8^hl1agmetft Je la njeillémrt foi
l«lettfiitt8i»'cj»t^pQio*4? *Jaalfi|Wit Pt elles les.
étpxkStut ppur q}x\h n'mptït ppidf froii- U,
atîrive de là ce qui pQur.^it«ua fflitr^a
- ^insi^ preiidj^air^i^^est çpfîhuiiaé ou a^des cp.-
}f ^rat^ifi^Wlii^s «eu» :qui: s? cpu vrep t
et. .moi qui iii toujQûjJs pen^é aiu^i ^J'en ai,
fait une rude épreuve. TQrttc^ ma vie^ ^'aî,
nag^ eomuaç iiii»ifcHiWOïii tu n'ïgijfties j)as
qae fe^h&aaaU dés, journ^tt-enli^eiB ,^%\%^v,.
Mn9 i» mdh'aisi dejj>a»chf -G»iï\t^ ,;pU^ %ut.
^larkihjBi?. tia^ba^ de #1: Qt en e^çarpins pour
, ne pas s^'ieïi^lowfâr^ jaiiai^ )e n!ai ep^rtlirh^e.
Ici .où je sùi^ forcé 4 ujpe vie t rès rçu^
fermée j je ne s^aurals sorAk^fansrneVenir eu^
,quîoa doVlottO' et, qu'pa couvre trop,
frileux et délicat le wste de sa yie. En ^gé-^
néioa] ^ma Sophie-GabrieJ.( et je parle p<^i»r
toi coiBme*pour ta iiik , avec cette différeiace
^ que celle-ci n'a pas encore plié la tête sous
le joug de Thabitude^ qu'il faut éviter
olifingçm^ps^. brusque^, et que tu dois méijifi-
ger bea^eoi^p en ce woment ton thxme ^ <de:
j^mi ài un jitesrèe^ delait qtxk t'«pfept>i$iii>0eraiti) ;
Wigé^iéral.^«^idU-je ^ le :fr<^d u>iirjiume que
parce qu'our a «u tbau^^i auparayan.t* Jl Caut
doQC accoutuxaer les^eç^espar diÇgrés a Taii;}.
1
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324' ^ E T ^R E s O Rito î A LE s
etysan^ 'lëi^ «è*rër cominé cliarmaut fouX
ne ftitté les 't^niir^éi teafermés , chaudeiJ^
ment Habillés. J ai toujours vu <yuéles enfa«s>
cîléinèhÉ lé^^ dents iietfc'est uDiB béfiédicti^i ,
gue dé Voîr^ rios petîts paysans se battre^iv
vîhgf ' dents ; 8^ touîefi^îà lioutrîde» n'a pas
Un trop vieux léit. ^ ^^ ^ •< ^n-t
Je persiste ôur rarticle d^ vin y et mes
. 8(m^ ^era4^«ï' }0ngu^s4' te< idéddlr^ j
âé Buâbmen parle «Volume d^^uti^i^ii
f uge : sans clouteîtôut>afcrîde: l'c^tl ;'ttiàis il hie^
le (5èn9éillë']ialr^coidtt«(boises(QÂ^^
général , *'je ^ lie ' suis point pourî le régime>
thagorjcief)-;^^t je croîs que Phonime avëcrdes
ttourritui'e^ ^téïAetit végé^ies ^lét'A^hoh-^
soH^ nop-ferment^i^^j' Jânguiraijt^^^iT^lle;^
mon opinion , qm est c^elW de Buffôn contre
' RfrajsêâU'^t ifièn d^autires j inifç^pbûr le4 ^n*'*
fans'^ c'éàfe toute autre ^hose. Ajoute que le
-Vînqu^elle boirait serait à coiip sur falsifié ,
][iarce que toutl^^vin qùise vend en d^atl à
Paris Pest > et que toutiV^n lithargië ou' .
oHfergédep^émb estuh poison l^nt%'Mi Lefioir
à qui l'bti^doit taiit de choses utiles^' et do^t
r<£Îl vigilaht deviendra plus célèbre que cejui
€6t le premier qui ait mis ordre aux mesurât
* ♦
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, p,B Uifi^AUMAV^ 1 3a5,
et aux cqmptpirs, de plouib des d^tailleurs qui
' empoisonnaient tou,l Paris. Yçrije un peu d'aln
ç^^c}^|i« ie yifl .qm kQÎ* r.^iqni probable^
ïx\€x\t n!est paj> des plus mauvais ; s'il rçste dis^'
so^8,,¥^il ne, se fait auciiiJe précipitation , fe
|[:9;)l^ea$ Si^ilr^ lattéte. S'il y .a du^omb qw
tQjjit autre métal, la liqueur alealine.c|ui for-*
Cpralfacji4^ de se stfparçr de la^ litarge, etc*
pour s'upir à e.lle ^ ifera i'epàraître le méial qui
ne sera, plus en dissolution, troublera la li-
queur ^ et le précipite;ça au fond du verre.
Yoilàdes choses qu'il faut savoir , parce qu'il
yyade lavie. Déplus, m6n- amie , que4afi]lé •
soit inourrié ^coinme je l/e rec^isi^mande.^'Âvec
4f^. substances, végétales, et elle aura peu de
vers» Mets de la viande en putréfaction-; mets
en même état du pain , des légumes , du lai^
tagequi est une substauçe végétale, quoique
é]abot*ée daifà un corps apimal , et décide* ) \
; Mais pour cette fois , je me flatte .qu'eu
voilà assez sur cette grande fille de i i mois
dpnrt $é rafible ^ et à laquelle je peoae les ^4
l^eure&du jour , parce que je ne puis pas t'en-,
visager que je nela Voie à côté de toi, { Hélas !
ce^n'est en tout>sensjqu'uneâllusioi\. ) Qu'elle
marche comme on vpudr-a } ruais qu'elle
Marehe beaucoup , çt se ,crott e , et» tombe , et
/et bri^e impi^nément»», , . tout enfir^ ^.
excepté pleurer, crier, et demaaaer ( hors sea
besdios indispensables ; ) toutes, ébôseà a tfuoi
il ne.£aut répondre que par ui^Jit^iis simple eti
un fioid silence* . >
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L£T1*EES ORIG IN ALÊS "
Oui, elle est jolie ^ ttèé-jolîe , belle , par-*
fiiitement belle , le tout parce qu^ie^llie me res-^
TC^bi4;t09t«»û»rîparfaiïé^
( es-tu contente ? ) et sur-tout parce qu'elle
me ressemble quand je dor^. Gert^, vo9à un'
Bouveau'cbàjuiie que jeùéoieconnaissais pas^^
et dont je ne me doutais pas. Je rl^^^tèîi'point
quexiepuîs Endyiiiiorv, quî , ttàut en «(fermàiit^'
£t ôo enians à la Gbastè.;&iaBè ^ aucun beaur.
dormeur ait inspiré un plus bel amour que moi.
Et t u auras beau dire , je soupçonne que tu
m^aimais encore p4us éveilla j je soupçonne^
de plus que Gabriel-Sophie lâk pM^ét^ faftte.
en' âbrmant r d'oii je conclus qu'elle resseoi*'
blera k son père éveillé ^ çaais peut-^tre bien •
les yeux fermes. ' - '
Ouî> ma gophie , oui ^ Von est aimé de ses
enians lorsqu'on en est digne. Le premier lien
de la nature et Tune de ses^phts douces mcli--
nations, se ferment au sein des familks. Mais
qu'est-ce qui serre ce nœud ? La conformité
d'éducation que Ton reç o i t , etla ressembla«ce
des sentimens qu'elle produit ordinairemejot ,
la communication des intérêts, des Secrets y
desaftaires* Les bienfaits^ la reconuaissance
et l'habitude y contribuent certainement plus
que la nature. Les hom^ àefràre^^td^^murne
seraient quedesmots sans les relations civUtt f •
et ceux de père et ^enfant fort peu dechosesf
car les seuls Ken^-dtisang sont soiîrent iocei:<-
tains 9 et tou^purs involontairement tissus^
v
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DE MI A A B £ A V. * SSr/
Mats si 9 loia de concourir à cette union d'ia^
tén'ts 5 à cette réciprocité de sentlmens,. tout
tend à la détruire; ^i Ton ne trouve panm
les slea^que.liainè ou froideur j contrariétés
ou pers^utions, insouciance ou tyrannie; de
bonne fol ^ le hasard qui de l'union d« sajnère .
et dHm homme quelconque fit naître un Indi-
vidu , impose-t4l beaucoup de devoirs ? et
doit-on une tendresse aveugle à cette mèr.e , -
parce que , dans un anomenL de plais!;, elle
Êfcondaie germé que le père lança dans son
sein , quoiqu'elle traite son enfant comme Je
ferait sa plus cruelle ennemie ? Quand on ne
se laisse point abuser par de grands mots
quand on ne reçoit pas sur parole des maxiuaes
gigantesques 9 on rabat à ëa Juste valeur tous
ces lieux communs dont on étourdit iiotre en«
fance. Vraiment ! ceux qui nous pieghcnt
cette morale >.ont un grand intérêt à- nous la
persuader .p Ils nous parlent sans^ cesse de nos
detwir's y et jamais de nos droits. Or il n'y a
point de devoirs sans droits^ et réciproque-
ment : aussi ne peuvent-ils pas tromper long-
tems un être qui réfléchit. Le grand lien de
l'humanité^ c'est la bienveillance ^ ce sont les
bienfaits : c'e&t I'Amqur. Je dois tout à ma
Sophie, parce qw'elle a toutfajt pour moi ; ,
jelajchéris^ parce que monbopheur fut et sera
sou ouvrage : nous devons tout à M. Lenoir^
parce qu'il nous a procuré les pins grands des
biens % un seiil .excep té ; ^mais nous n aimons y
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3:^8 LMTHES 0EI61NA1KS .
lû nepouvons, ni ne devons aimer ceux qui
ncyos ont fait du mal -et-dâ plm affreux^ ou>
qui se dont engourdis dans leur indolence
Iorscj[u'ils pouvaient nous servir. Fais une
question bien srimple auxdéelamateurs.Si un>
hasard^ qui est dans les possibles , faisait que,
par la découverte 'de -quelques circonstances
jusqulci ignorées , uie-tf ouvasse être le fils
de M. et de M deR. et qu'il me fiât démontré
que je suis nn des fruits de* leurs k hastes ar-
deurs, leur^levraîs-je beaucoup plus d'atta-* -
chement qu'aujourdViui ? me st laitril possible
d'échanger le juste ressentiment ^que j'ai de *
leurs procédés , pour la tendresse-et le dévoue-
ment filial ? Balancera-t-on à dire non ? De-
; man de encore ce qu^est une obligation qui dé-
pend dVne dénomination et de ses variantes?.
Dans le nom de R. il y a six lettres , dont
quatre se trouvent dan$ le mien : de ces six :
lettrés, ôtez en deux, pour en substituer^
quatre de celles qui composent le nom de
Mi. i je me trouverai devoir ipon obéissance*^ >
mon ^sang et ma vie , à ces mêmes personnes^
qui, dans la position actuelle des syllabes ■
qui composent nos noms , nç méritent que
monmépi is? En vérité, voilà un code bizarre:
îl est pire que celui des sorts. Crois-tu que des .
étres.raisonnables puissent l'adopter ? Prie les ^
; champions de l'autorité des grands parens de
répondre , s'ils peuvent. Pour moi , jb conclus
iiautewent ( et c'est mon arrêt que je pro^
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' D £ M I ft A B £ A V. 32^
nonce ^ si je suis jamais un mauvais père ) je
conelùs y dis-je^ que ce sont V^s bienfaits des
pKreris^tfiii nous imposent seuls le devoir delà
tendresse et de la reconaaissance. Sans réci-*
proclté de sentîmens, sans cet échange de
seorvicés et 6e gratitude, cesmotspir^^OTèw,
yyèrG, sœiir, ne sont que doivent : les lèvres
seiiles prononcent ces sons arbitraires qui
n'ont liUt^un éjtoit d'mtéresser le cœar. J'ai
un ouvrage manuscrit qui probablemenj; ne
verra pas le jour de mon vivant , mais qui àera
^eutrêtre connu de la postérité* 11 finit pac
ces moLs iouclians, qui sont ma profession de
foi sur les devoirs et les droits paternels. « Et
m VOUS, mon £ls, que je n'ai point embrassé
•«•depuis le berceau; vous dont j'arrosai de
*4t làrtnes les lèvrës agotiil^antes , le jour même
oii je fus arrêté , avec un serrement de cœur
W qui ta'annotïçaif rpief etie vous reverraîs pas:
ff j'ai peu de droits sur votre tendresse, puisque
u je n'ai rien fait pour votre bonheur ni pour
^ votre éducation; On ni'a ailr^ché à ces douces
«« jouissances j ainsi vous ne savez pas si j*au-
« rais clé bon père ; mais vous vous dcv^z à
'« V6its*mértïe 4 et* vbiis dévrei'à vos énfàns de
• respecter ma m^^moire. Quand vous lirez
M ceci, je ne serai probablement plus; maïs
«Vous trouverez dari^ cet ouvrage ce qui.de
•* aïoi fut estimable^ mon amour pour la vérité
«t et la juéfîee, mà*haîtoé!poiî^l*adàlatidh et là
tyraiimie. O nioxriiléil gàrde^^vous des dé-
. ,j .....d by
o3o XETTBESOJtIGIKALJBS
«t fauis de votre père ^ et que ses fautes vous
" servent de k^dns : gardez^votts^des extès ée .
^ «• cette sensibilité brûlante qui, fit féllei^ty
H mais i.^ussi son iuiortune , et dont il a peut-
«' être mis le germe dans votre san g ; mais imir
H tezson courage ; jurez une guerrç erAclle
•< au despotisme. Ah Isi vous devez jamais être
<i capable de le flatter , dç l'invoquer j dièA^
« servir , puisse la mort vous moissonné]: avant
« l'âge !.. . Oui ^ c*est d'unç voix fehiie que
jo profère pe vœu temble. • Mofi ^fant
« aimez vos devoirs^ aimez^ vu3 concitoyens^^ ^
Il aimez vos semblables ^ aimez si vous voulez
« être aimé: ce sentiment est le seul qui rende
«« riiomme capable d^une joie v^aiie et durable j
«» c'est Tantidote des passions dévorantes ^.^t
« le remè.de unique contre Iç désespQÀr de se
'« voir dépérir sous les coups: du tenas. ♦ . £st-
ic il nécessaire de faire un pr^ceple de l'amour
w de ceux à qui Ton a donné la vie? Elevez-les
m par Tattrait du sentiment ^ si vous voulez
^ « que leur amexéponde à la^yàuç. Apprenez ^
mon fils^ et n'oubliez jamais que vous n'aurez
«< de droits siir eux qu'en proporlîon de vois
M devoirs ^ et de. la jnanifre dont vous les
aurez remplis ; que votis setiez un monstre
«« dénaturé 9 si vous étiez plus sévère envers
' eux qpe les lois.y et que, les lois proscrivent
it.dans tous les cas les., oirdres arbitraires.:
-sachez enfin qu^^pour qij'ji^s f^fscnt votie
. « bonheiu* il, faut ^que you^ . Yft^^ ^^.SHfi j?? -
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0£ MIRABEAU. 331
^ leur , et soyez plus heureux que votre père,
J'ai souri avec dédain de toif -parfait aita^
éhement , ou de ton attachement parfait (
qui est cependant un peu différent, ) et jen^ai
pas même daigné m'en fâcher. Cela me rap-
pelle une certaine dame^ parlant dans^ une
certaine lettre du teins jadis j parlant, dî$-je,
d'abord une inclination , passant delà aux
liaisons , et mettant un enfant au monde en-
suite de cette inclination et de ces liaisons
( le tQut dans la même lettre j ) de sorte que
tout cela se trouvé lié sans un grain d'^^our^
et qu'elle accouche en fout bien et tout lion*
neur^ et sans presque connaître le père du
Jruit de ses liaisojzs. Ce coq-à-l'âne était
charmant , et n'est pas trop clair ici ; maisr
toujours est il et sera-t-il que cette dame était
une scrupuleuse personne. Maïs venons à ton,
amie. Sont-ils> plus fous ou plus lâches ceux
qui condamnent sa passion efFrénée? D'iiou-
neur, je ne lésais pas. Pour e£Frénée, soit : quel
diable de frein veulent -ils que ces pauvres
amans mettent à leurs passions ? u'a-t-oii pas
prisasses ce soin sans qu'ils s'en mêlent ? Maî&
n'y a-t-il pas de la démence à croirç qu'une
femrbequi a sacrifié:àson aman t^sa réputation^
son opulence et ses espérances , changera
quand tous ces sacrifices sont faits? quand la
persévérance peut seulela justifier? quand elle
a mis au monde xin enfant , témoin , gage et
fruit de ^on amour j qui s'élèverait à jamaia.
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33i LET TRJES O RIGIN'ALES
i
contre «on inconstance, et la couvrirait
gnotnînîe et de remords ? Fàut-i] , je ne dis
pas une passion elfrénéeou non , je ne dis pas
de Popîniâlrclé ou de la fermeté , Je ne dis pas
de l'hoilneur oa da cotlrage; je dis^ faut^il
autre chose que ne pas délirer pour persévérer
dans de telles cireon8tan<îes'? D*un autre cèté^
serait^il une perfidie pareille à celle d'aban-
donner, de djéshonorer à tout jamaU riiomme
qui a fait pr^ave' dlun dévouement qui^n^a .de
comparable que celui de son amante , et lui
donner le c oup de la mort pour le récompenser
de tant d'amour, et le dédommager de tant
d'infortune ? Je le répète , je ne saurais dire
sî ces gens-lu inspirent/ plus dejoitié ou d'iior-.
reur ; mais une réflexion que Ton ne fera pas
sans doute : et qm cependant est bi^ii'frap-
pante, c'est que s^l est une répônse péremp-
toire à toutes les calomnies dont on a déchiré
cet amant : c'est l'amour de son amante. On a
varié sans cesse daris les accusations contre^
cet infortuné 9 elles sont toutes détruites par
le fait. Peu de jours avcint le départ de son
amie , sa famille hurlait encore que cet homme
yainetlâche déshonorait samaîiressèen pu-
bliant et répandant ses écrits , qu'il ne préten-
dait que Vujficher pout avoir le plaisir de pas-
ser pour son amant et s'en éviter les embarras^
en rendant par ses indiscrétions «on-iMisioa
impossible. Car les R, ont toujours parlé avec
cbmplaiî>ance des indiscrétioi& d'un homme
s BXMIEABEAIT. $33
» <
dont ils avaient pourtant éprouvé Phonneur
et la générosité. Au reste ^ rarement on est
discret dans des lettres brûlaiiu s d'amour j et
lorsqu'on fait arrêter les lettres de deuxamans,
lorsqu'on en suppose même , lorsqu'on les
montre à des prêtres , à des valets , enfin jus-
qu'à des suppôts de la police ; lorsqu'on fait
épiqr des rendez-vous , lorsqu'on a dix. confi-
dens et autant d'espions ^ ces indiscrétions
deviennent ti^ès-publiques. J'avoue encore'
qu'une fuite n'est pas discrète. SI je voulais
chicaner , je demanderais lesquels des amans
qui écrivent , ou de ceux quiax^êtent et divul-
guent leurs lettres; des amans qui s'efforcent
de se voir à la dérobée , ou, de ceux qui cons-
tatent ces rendez-vous ; des amans qui fuient ^
ou de ceux qui informent de cette,fuite et les
poursuivent judiciairement^ sont les plus in^
.discrets : ipais je me contenterai de prier qu'on
m'explique comment on suppose que l'amanf
de ton amie ^ à qui l'on acjçorde des combi^
naisons e^t des lumières • .ait été l'auteur de
son propre tourment ^ ait risqué vingt fois s£
vie^ hasardé sa fortune et perdu sa liberté,
sans autre motif que de faire un éclat ? A quo
le menait-il çc^t éclat ? à s'acquérir la réputa
tion d'ay;qir/eu une femmes?, Ne sait-on pas
à la honte de ce sexe , et $<ins doute à celle di
ses suborneurs, que les laquais en trouvent
Un Jiomme qui consacrp depuis dix ans a|
travail le tiers de ses journées, dok-il éUi
• • •
*
te
I
J
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334 LETTRES 0 Kl GINALES
bien curieux de ces méprisables frivolités ? et
si sa vaiillé eût été »eule Intéressée à une con-
quête y en effet frès-flatteufce , n'était-ëllie donc
pas satisfaite? Tout le monde savait dans les.
deux Bourgognes, grâce à la haute sagesse
des R. rhiMoire de cette liàtson. Quand on
veut décJiirer un lioinme , il faut dire de lui
deschoses qui aient du m6în»q[uelqueTrai8em'''
blance, quelque bon sens. Mais ce né sont-là
que des pastorales et des verdures , au prix 51e
ce qui suit. Quand ton amie fut partie, quand
il fut évident que son amant n'avait pas promis
plus quMl n^avait fait, au li eu de garder pour eux
la conviction de leur folîe ,* an lieu de ckercher
àétouÛerun éclat si fâcheux qu'ils ne devaient
imputer qu'à ieiir insensé fanatisme , les
Faccusèrent â!<woir enlevé sa maitresse pour
s\ippropner son ^rgejii... Oui , ils proférèrent
cette accusation infâme I Âinsi cet hoinme
qùi ne sut jamai^ compter , qui toute sa vie
se sacrifia pou^- des Ingrats , et , par une fa-
ftalité inconcevable, n*asacrifié ^ue ce qii'il
! adorait, cet homme a été ^axé d'une cupidité
si vile !.. . El ce sont des êtres dont Pavarice,
Todieuse avarice , l'insatiable désir d'avoir
est la première passion , qui l'en out acj^usé !
|Lcs calomniateurs sordides ! ils vous repbus-
Leraient avec fierté si vous leur offriez un
louis , qu'on ne donne qu'à un valet ; mais ils
s'attendriront devant des rouleaux de cette
même monnaie : ils feront des iniaiiiies pouv
B M l R A È £ À V.' ^ -335
î'biyiehit : la pile en augmentant, diminue,
ëfface l'insulte , iareiid tin bienfait . . . Hélas f
dans ces momens où l'on imputait à cet in-
tbrtuné de telles lâchetés , il n^était capable
que de ce qu'il faisait : il vivait pour £iimer^
et l'amour était sa vie. Il n^avail qu'un but:
faire ie bonhéar de son amie \ en recevoir le
sien 9 la sauver des persécutions et des persé-^
tuteurs , c'était tout son deslr. Eli cjuoi ! n'a-
Vait-il donc rienàperdre? son existence était-*'
elle si méprisable, et ses aliaires si déses^-
pérées ? la fuite lui ouvrait-elle tihe carrière
id-désirable , si Pamour ne l'eût point em-
bellie ?.;• . Letems a encore ici découvert la
«
Vérité : on sait qu'à peine /Cèîs deux 'àmans
àVaileht de qubi se conduire ; on sait qu'ils
bnt gagné leur vie ^ et ils s'en honorent: oui ,
féa suis sûr , cette adorable compagne qui
élevée et établie dans l'opulence^ ne fut jar
Qïàis'si'gaic^ sî' côurageu»'^ si àttenfiVë^sî
tendre que dans la pauvreté ^ se ressoàvîèfaé
avec un doux attendrissement de cctte-pàii-
vreté ! . . . Voilà donc lèsideuit premfèr4*^Mn^
d'attaque renversés. JEh bien, cru'a-t-oa> fait ?
on^adhangé de batterie. On np saurait dir^
que cet amant ait abandonné son anianfé ^
puisqu'il s'est livré pour la suivre , jpuisqu il
*st<lans lé^ fers pour l'avoir suivie. Non , il
ne L'a pas abandonnée ; inals il la renchie
malheureuse par son humeur et ses procédés;
quoi ! il W rendue malheureuse , -cette
* ** t
- •
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336 LilTT &i;S^ QHtGrlK AL£S
femme qiii chag^ue jour pleure sur sa perte ^
et seulement ^ur sa perte ! Si sa tendresse eût .
été fondée sur dçs qualités purement idéales ,
deux ans d'une 'connaissanee si inti^ie, dont
plus de neuf mois d'une habitation conimuoe;
Un si long espace ^ pendant leqvtel il s'est passé
plus d'événçmeijs que d^ns une longue vie ^
et plusieurs de ioes révolutions y iolentes v su- '
bites 9imprévues>quL, dévelappafit mieux Iç
coeur et le caractère que vingt aimi^es de tran-
quillité , remettent tout de part et d'autre
dans son véritable jour ; cette amante abusée
ii'aurait-ellec|onc pas ouvert les yeux? n^yai^t-
elle pas trop 4e tact et de sagacité pourjque
le^ choses , vues de si près , pussent étrjç txa:-
yestijes 5 et trop d'honneur et dè vertu pour
que tout l'esprit iiiiagina))leou tçutes les iUu«
sions de l'intérêt l'eussent aveuglée sur ce
qvii était honnête oû malhonnête? Je suppose
qi;e bien d'autres auront ^uppQs^ : quç
i'aç(iaAt eût pu déguiser son naturel et su^t .
pendi'e ses vieiÙes habitndes à # ^D*, • %
à Aïnst* • du moiiis il n'avait plus rien
m.éaager j sa. maîtresse était absolument eu
son pouvoir,} ses p ench^tâ» pouvaient donc re-
venir, dans toute leur force ; contr^tinte au »i-
Içnce paf sa propre démarche et satéméralÂ
confiance q u i ne lui permettait «plus de re veuir
sur se^ pas cette triste victime était la proiç
assurée de son ravisseur ; il était sûr de latîoïi-
Sjsrv^r, à supposer qu'un homme aussi pervers
. V , . ' eût
41
»
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I
DE MIILABSA V« 337
eut été capable d'aimer long-tem$ , et de re-
garder sa vertueuse et tendre amante comme
,un besoin de son ccBur. Mais s! contrainte 9 si
trompée , si malheureuse , si obligée à Ja dis-»
siaiulalion , u'auralt-elle pas mis aussi bas
dans sa propre oplnioit son séducteur ^ qu'il
avait été d'abord exajilé par son i^iagination?
Cependant on voit le présent ; on voit quel
amour j quels regrets y quel& désirs , quel objet
enfin concentre toutes ses affections et tous
ses vœux. . . • Vraiment il faut, ou dire , je
suis une lâcb^et perfide calomniatrice, et
déplus une insensée, ou avoir recours a la
passion effrénée pour expliquer ces phéno*
mènes, pour ne pas se mettre en contradiction
avec soi-mOme, pour ne pas prononcer sa
propre condamnation. . • • Ah ! je Pat dit, je
le répète : qu'ils rougissent au £ond de leur
cœur ceux qui ont voulu l'avilir, et changer*
les sentimens et les principes de cette incom*'
parable amante , en voyant que leurs sugges4
tions et leurs tyraauics n'ont pu-la lasser; que
sson, courage égal à sa tendresse a dompté leur
'acharnement j qu'aux yeu;c môme du public
malin et sévère qui ne croit pas à Tamoui ,
parce qu'il n'en voit point , elle a su honorer *
sa passion par sa persévérance. Eh bien 1 oui,
celle qui porta le nom d'un septuagénaire
, auquel eile^ avilit été livrée au sortir de l'en-
fance, pour servu la cupidité desesparenSy
' Tome lÙ P
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339 JLET,l^»,®S Q«IfrINALES
iies<$iir,ut^paB) 6a ieaime, parce qu'iin prêtre
lui avait Qruouné d enlrex da:«î> sa couchei
Elle dôtina son cœur à un amant-qu'ellecon-
aut honnête ^.tdiÉîJ.ui donna ^.per^Qn^e ;.elle
lui voua sa liberté, sa vie : elle s'exagéra les
ti'atix xfu'eJle lui jsmut causés y et. crut lai en
devoir le dédommagement, JNuliien étroit ne
Tai taciictit :à 1^ socîélé. ^ Elle tn'avait puiut
dVnfans^^t n!él'aLt pns niémev dansla rlgueuiï
du droit v.l'épuuse du débile vieillard- qui
Fabreuvait de dégoût^ et d'humlluaions.
Kliç fuit au sein de sa^amdl^ et n^y trouva
que dUu)]>îîoyables tyrans qui juiirent le com-
ble À ^ doule,ur en faisant tout le mal qu'ils
purent: à.HQio amant,^ ôoa vieux persécuteur^ ,
cncomagé par cet exemple,, aggrava le joug
sous lequeil elle consentait ençore à gémir.
IrxiXé de rinutilité d^ s^^s.^brt^poui: détruire
\\n immortel aiiiour , il résolut d'imuiolçr
cette iilfortun^e victime aux prêtres haineuse
qui avçiient conjuré sa perte, £lle cri^t fie-
voir ;>e;SOUc.tiaire à leurs trames , et ne pas -
repousser le ))onlieur qui Tattendait y pro-.
io^iger l'infortune de son ami , et sacriiicn\
elle-même .e^ ce quVlle avait de pluç cher à;
la vaine i erreur de, Popinipi^ publique* Son.
amoui-^tait auî>ai .ébr»Aitc,avaijti qu'.aprcs s»
ftiite , grâce aux folies et aux noirceurs de,
ses.pare>is^ ce qjuii équivalait pouv»sst ;répurï;
lailon à rexécutlon même de ses projets..
Quoiqu'il* en soit , cette chimie appelée
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réputation, souvent usurpée ef gi-atuîfc-
ment periiue, ne lui parut pai9 faire équilibre
avec son bonheur ; et dan$ r^dlernadve iné-
vitable de son infortune ou de 'sa félicité,
elle chqisit cellç-ci. Ëllefuit la terre arroséé
dp se^ larmes et habitée de sess tyrjans , pour
aimer en libert-é. . . Voilà son cïimel Qû^céUe .
qui montra un , pareil autour ^ uaé constanc e
égale, et résista de l.^lies per.séculions , se
lève etPaccuae. Après. tout, elle fut séduite;
et personne au monde cju^elle et son, amant
n'a été puni.de leur erreur, si (^'cn fut une :
mais le eoura>ge âv^o lequel elle souiieniie
jest à elle ; runifonûité de ses opin^iiom et de
ses sc ntlmens , la. hauteur de ses démarchés
^u^piiieM xle tous, les revôrs , ia déeence de
.$a conduite après un tel éclat et dans dès
circonstances si épineuses, lui appartiennent
jen ^ntiçr <> et l'boiiôrent et la f44sttfi^nt à jdh
juai?»,/»'.. O VQUo qiii Hscïï ceci, et qui balancez
.pjeut-rÊtve àtairpipassci cette lettre, si vous
P?*^'**^^ p^frîCdmjtoe moi , fe' ne' serais fp*
•fltoî^^^fii^^^* .4î^*J*)^c*jire#*^. Pour Tamant, je
[n'vn dir^i qu'un mot, et il sera sans auiui-
guLté^ Jë tie sais s;ir avait cm D^*avatt pas toK
d*ét;i[e ftU5>si -engagé i>qu'il Tétait avec son
;auii(?>naài$iil.awi> raïiuiwt , supposé cet encra- •
onc'nt pri»^ )»t surîlp^neililjiîtàitî t^op tard dte
^éab érêr , de chercliei: ^et dt^ t ro \\ ver tous les
moyens xle la «èrvir. Klie pouvait et devait
commander sûr tout* cé^fui n'^étUlt pas poison
P ij ^
/
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340 , LETTRES Oftf GIW ALES
OU amssînat ; elle n'avait que lui pour res^ .
source j lui, pour qui elle était compromise ^
exposée à sa perte; Uii, qui avait reçu d'elle
les preuves d'un dévouement au-dessus de
toutes les contrariétés et de tous les dangers.
Et ilTauraît al)andonnée tant qu'il pouvait la
défendre i^Ali ic'^stalors qu'il mériterait son
sort y et qu'il serait le plus vil des hommes. Il
en est qui se vantent d'avoir suborné et aban-
donné plus d'une malheureuse j et ils sont
libres, heureux, applaudis, vantés ! Qu^iis
gardent leur bonheur^ Sila conduite contraire
méritje des fers , celui qui Ta tenue veut et
\îoudr4 toujours les mériter. . . • Mais c'est
assez parler de nos amis ; parlons de nous. '
' Je ne sais point assez de physiologie pour
expliquer ni décider sur tes palpitations de
cœur. Les maladies de cette partie , rares et
presque inconnues, exige le plus habile obser-
vateur. Je n'en sais qu'assez pour m'inqulé-^
^ter cruellement. Consulte, je t'en conjure,
je te l'ordonne au nom de l'Amour, consulte
un habile homme,grandthéorIcien: ne cache
rien ; les rélicences sont une pudeur fort ipal
entendue quand il s'agit de santé. Dis donc
à ton médecin que la contraction naturelle
de ton cœur «st prodigieusement iforte dans
les paroxysmes de la douleur et les convul-
, sions du plaisir de l^mnour. Tu. m*as quel-
quefois soulevé par un spul eS^t de ce muscle
«traordinaire. Ajo^te que la jouissance fré-
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• DEM rWM B E A *
quelle a diminué chez toi les palpiUlio£i$#
Peut-être n'est-ce que trop de sang ; je me
souviens qu'avant no« amours' tu t'en plaignais
fort , et que tu en as peu soi^iiert Qu iiol^
iande. Cepeiitlant tu n'es pas ( et il faut Je
dire ) d'un tempérament mlforeux ^ mais
eucuie moins d'^n^ froideur marquée, et je
te c rois très-sanguine. Toutefois ne joue point
avec des saigu^es ; elles ne sont oécessaires
que dans li^s très-furli^s syncopes; point de
mouvemeiis violens , mais de KexelPcicejdouxi >
le cliaval ou le icarrossç^ si C6la.se pouvait j
l'usage durait, des alijiiens doux» et faciles
à digérer; des laxatifs, tels que des lave-
mens; peutrétire des eaux minérales ferru-»
i^incLises, ou l'esprit anodin minéral deHofl^
m^nn, la poudre tempérante de .&tahl, l'eau
de Heur .d'orange, de tilleul , etc. voilà les
palliatifs connus j mais consulte, et dis-moi
la lettre ice qu'on t'am» dît*
J'ai envoyé une partie d^un recueil de poe- '
sies erotiques pour servir de suite aux Baisers
de Jean Second. Avertt»-nioi si cela te passe.
Tu m'as dit souvent que tu, ne savais point
asseii de mylhologie : tous nos mythologues
t^enntiieraieut ; et je ne t'ennuierai pas, fussé**
icf aussi ennuyeux qu'yeux. Je t'ai «doue fait
un ouvrage dont tu n'aurais trouvé la sub-
stance que dans deux, ou trois cents volumes.
Il est destiné d'abord pour toi , ensuite pour
Téducalion de ta iilk , un peu fort de philo-
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Sophie j mais à ta portée. Prie , négocie , de^
jnande^ vois si je puis te renvoyer par partie.
Kou» autitîs xnodernesypresque toujours iml^
t44eur^ , et trop souvent iorcés de l'être ^ nous
plaçops dans nos spectacles , nos poésies , nos
tabl^yx^ nos .statues ^ etc. les dieux èt 4es^
fables des anciens j iLfaut donc absolument
connaître leur naythologi-e. Tu as beaucoup
lu et prodigeusement retenu niaise ^ n'ayant
eu ni guide ^ n^ méthode ^ tu ne sais pas tout
ce ^etu-idftvr^k savoir ; et «ce qui est rare
à tbn^ âge, «et. sur-tout dans toW8exe7 tesre-
garxls se sont portés sur des études sérieuses
plutôt que'sqr *Ia littératui'e légère ^ ce qui
prouve assez la force de ta tôte et la vigueur
de ton caractère^ que la déll«cate.flexibiiité du
sentinieiit a adofm san^ Ténerver^ Dans les
momeusT du bQiihfeur ^\ court qui nous était
deatiné, lescOCcnpisCtions*indis^pensables dont
je me suis trouT^tsiiwhatgé ^ ne m'otft guère
permis de présider. à tes lectures. Au moins
en cette partie, je compenserai des pertes,
Mas, irréparables^ et fe té mettrai à même
de diriger les études^ de ma Gabriel-Sophie
vers l'agréable et Putile , à moins que les
yeux ou ia» vie ne me soient brentôt dérobés;
Tâche dWoir cet x)uvrage qui te donnera dç
prêt ieux nionuniens de Pântiquilé. Son his-
toire nous oflFre d'autres hommes ; sa religion
et ses doux mensonge^ si préférablerà notre
théologie moderne , .sôihbre , fanativ^ue et
Digitized by
\I>£ Ml a AB.E AU.
grQâ$iè)re comme seft lavent eurs^ nous, présent
tenf un autre univers daiislequel il est doux
Serrer* C^esMà que.Penthousiasme est iAa.^
fûb rdiiment du géjaie et des cœurs passion**-
iiés y cesi-Vii que la vigueur, l'cucrgic , la
véhémence^ la pmfondeur des sentiment et
des idées s'aiiient à i'haiJCQonie^à rélégauce*^
à la délicatesse d'expression que pcrmettaif
une langue mélodieuse , riche.» abondante ^
flexible et variée, telle enfin que des^organes
heureux et exercés^ des imagination^ vives et
«isensibles avaient pu la former. £>s^là que
Ja beauté, l'amour , la liberté., la gloae c^t
la vertu ont un culte^ et brillent d^Ntpus leurs
charmes ( que les coupables même soutillus*-
tres, et que notre ame est eneor,e élevée alors
I9éme qu^elle est indignée^ C'estrlà enfin que
nos pluç grands gé^ii es ont puisé des sujets
.qui leur ont permis d'être les rivaux heu-
reux de leurs maîtres, et que .notre médio*-
crité peut encore trouver une étincelle de ce
feu divin qui fit éclore tant de talens et
donna aux arts un règne si brillant»
I#a mère de Pauline serait heureuse de
-n'être que folle; mais le grand défenseur de
la propriété devrait savoir qu'on n'a .pas le
.droit de rendre malheureux ceux-îlà même
qu'on ne peut rendre bons;^ et la mère de
ce ti e mère hél as 1 que devient-elle ? Pour k
champion dont tu parles , c'est un monstre
lâche dans sa. férocité* ^Xertesi, îe trait du
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344 XETTAES ORIGINALES
Blafard et compagnie est hardi } mais je tVn
adore mille fois plus. Je te demande en grâce
^ qvte Vainé soit le §eul employé à la recette.
— Ton- Contan d'Orville n'a apparemment
^as le sens commun.
• Oh i oh ! tu ne me vois pas de' défauts \
Cer(es, le cas est nouveau^; eh bien, tout
aveugle que' je suis, j'y vois mieux que toi,
fe te finre. Eh quoi ! a^-*tu' donc oublié cet
mots si raisonnables et si doux que tu me
disais si souvent : Peux tu fépoûmohner ,
'€étimj^,i*ùj[jrecteT -pour, faire entendre taUoh
à un tailleur de corps J* Eh bien ! ce défaut-ià,
entre autres, je m'y surprends tous les jouis j
•j^ai beau me répéter que si rien n'est plus
iitipatientant que la sottise , rien n'est plus
sot que celle impatience. Oh ! puisque tu
^oyoîs bien cela , tu pouvais voir Je reste ;
et lependant très-rarement ta tendre et ton-
'clîHnle sagesse m'opposait quelques objec-
tions ; et si mon* excessivement impétueuse
imagination fournissait à mon amOur-propre
cent mauvaises raisons pour défendre mes
idées , je n'eii ruminais pas moins avec moi*
même , et le plus souvent la réflexion me
convainquait que j*avaistort. Pourquoi donc
cette extrême facilité de ta part, à approu-
ver tout ce que je dis , tout ce que je pense,
tout ce que Je fais? pourquoi sur-tout cette
«méfiance de (oi-méme, qui te fait perdre si
4ioavent de tes avantages? Je t'assure que tout
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«il t'admirant^ j^.étai» tenté quelquefois 4e te
battre^ lorsque je t'entendais parler avec si
.peu de respect de toUmiême. Ta délic{eus|Cf ^
mais iojuste et quelq^elois farouche modes -
tie j me remplit de dépit, sur-tout quand je
te vois assez bônne pour déférer à des avis
^ue ta, raison Unpiouve sûrement , et à des
personnes qui ne sont pas mémé faites pour
recevoir des inatructions de toi. Je ne crois
pas être trop orgueilleux , du moins en la
plupart des choses dont un faonune plus
faible pourrait s! enorgueillir ^ mais je suis
plus loin encore d'être humble. Peut-être
aussi me suis-je révolté à mesure qu'on a
voulu m'avilir. Quel être assez .reptile pour
se prêter au mouvement qui l'écrase ? Ma
sensibilité , l'ardeur démon naturel, Tinéga-
lité de mon humeur, sont augmentées par la
' tristesse presque inséparable d'une habitude
si Ipngue de malheurs presque continuels : il
n'y a que toi qui sache être à-la-fois tendre
et égale, douce et infortunée, toujours^erme,
toujours complaisante. Mais je sens sur-tout
que "je suis et que je me monti c ii op ^Iioc^ué
du manque d'honnêteté et d^rai^n que
j'aperçois dans mes semblables. C'est un très-
mauvais effet de la mienne ( j'entends de ma
raison ) , puisque , si eUe était plus éclairée
et plus forte, je serais plus indulgent et plus
; patient. Ce serait à toi, dont l'amour et les^
^ grâces embellissent r^son , à toi qui sais
P V
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si bien le cbeiqia «de 'inon cc^r^ et dontlft
son de voix seul m'attendrit', à découvrir
mes Iplessiires , dont je citeraie un bon nom«
bre. Mais non i puisque Madame n'en a pas
assez de ma beauté, il lui faut encore ma
perfection, mon infaillibilité, etTunde ces
donS' n'est pas plus diiScile ibme jtrouver que
l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est que les
tra'^rs de mon esprit nHnflnent pas'snr moti
. cœur ; ainsi ne rougis jamais de ton chois.
Oh ! tu es trop sévère. Il est bien vrai que
•B« après avoir reçu ,ioo louis de présent ,
n'en trouve pas 3o qu'il avait en dépôt , ni
ta bdguej mais'C^est qu'il les perdus: que
veux'tu répandre à cela ? Rien , sinon que
je regrette fort la bague que tu m'avais don*
nv^e; maïs puixsiotts-nous n'avoir qiie ces re-
proches à lui faire 1
Tranquillise-toi, mou tendre Amour : je
suis aussi sûr de fa constance et di ta fidélité
que de la mienne même f mais ne confonds
pas ces deux mots. On trouve plus d'amans
constans que- d'amans fidèles , parce qu\)n
est rarement assez touché pour avoir tou-
jours prtJsfent l'objet de soii amour, qui pré-
side à nos sensations iet les réprime , qui rend
nos cœurs et nos sens également inacces-
sibles à toute espèce de sédmtion.'On- est
constant par procéda ; on l'est aussi par
habitude, par sympathie, par d« rapports
' de goûts , tl'itîtérèt et d'humeur ; mais on "
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-il'est fidèle que par amoiu ,et jw un exUétçe
amOur* La comtauce est la» vertu dfis a<&i»;
ia fidélité est celle des amaasi^^et iU qj\t
ravanfage ;.car Iji fidélité eu uae irç^cuaable
caution de constance : et la constance n'es^t
'pas toujours un gagt; bieusûrdc fit^d^té^i^iaijs
. aussi la ridélit^c n'est pas ube vei (u iugrale :
elle nous paie de nos sacrifices.^ Eh l qui )e
sait mieuxr.qiie .ma tendi e et généreuse amie?
-— Addio , cara sposa ; addio ^ beii mio : coigo
d^amor la rosa , sopra il iuo- cq^ç^ Addio*
Des détails vrais sur ta santé , cf §ur-4,0Mt
sur les. palpitations, et qe qi;i'on en ^lura xlit«
.Ménage tpn ]:buuie 9 .piv^Is pi^ 4'enfpi;f^,pas
- trop. Ton lait ne le tracasse-t-il plus ? Jc^i^if]:
rieepi e pàtnto > a soupir (TQîiphi ^ e.ptol^i ùaci
0.1a mÎAjL anima soyra i- li^gi luùbri. ,
Quant au^ traîtres, ton unique et suffi-
sante défense est ^e.tu.yyi5.eu retmis dans
le désespoir de toute autre resspurce.
>' Il I I ■ I I . .. ^ ■! . I I î ll
> ) . 1
<6 pqv^i^ 1.778, ,
.*«^'AIMAt$ fils^ Mcmdieijr } ainsi je dç^
vais le perdre. Ce. n^alliQ^r.^mUjie ^ peu
près là iucâiae dçs miep^ij inais.il _(,.st un
ternoiç 9ismté pour les 9»ftiiii:,^'est cel^i où
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34B. 1£TT A£S Ô&IGIK ALSS
ils deviennent intolérables. Il faut donc se
résigner^ et patienter jusque-là. S'il était un
événement capable d^ppesantir ma' chaîne j
et de la rendre éternelle y le ypicl arrivé ;
mais la réflexion n'ajoute rien au sentiment
de la perte de mon fils* Je tiens encore à kt
vie par des liens chers et sacrés que cet évé-
nement resserre j et je connais assez maa
étoile pour pressentir qu'ils seront bientôt
brisés,
' Je vous supplie de faire passer le bille*
eî'joint à Raspaud. C'est bien le moîns de
remercier cet honnête homme du triste et
funeste office qu'il n'a pas rempli sans dou-
leur.
' J^i rhonneur d'être avec un dévoucmefit
respectueux y Monsieur , votre teès-humble et
très«obéissant serviteur y
^MlîlA.8EAU fils. •
A M. LE LIEUTENANT DE POLICE.
J E supplif^ M» 1^ Noir , en qui seul j'ai mts
le faible espoir qui me reste ^ de lire la note
suivant€<; Je l'af rédigée aussi succinctemetit
qu'il m'a été possible ; cependant elle lui
donnera nn^ idée assez exacte de ma situa- -
'tidn'ët' de nàès -<?raintes.
J'ai perdu mon Hls :< c'est pour moi le plus
grand des malheurs ^de ceux du moins qute
I
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SE l^riltABEAir. S49
je peux supporter. Voici ce qui doit résulter
de cette perte. Madame de Mirabeau, dout
les mœurs sont très-corrompues (j'en ai les
preuves les plus complètes ) est de plus un
être méchant et perfide, ce qu'il m'est tout
*fttisst facile de démontrer. J'en ai reçu les
offenses les plus cruelles en tout sensuelle
• n'espère point de pardon , parce qu'elle est
Incapable des procédés qui pourraient le mé*
riter. £lle eçt donc très-intéressée à ce que
je neorepai aissc pas dans le monde. Or, comme
elle a parlé seule, comme elle m'a déchiré
des plus atroces calomnies depuis que je suis
errant ou prisonnier , elle a subjugué son
père, homme honnête, mais'^atble : loin de «
s'opposer aux menées du mien, il croit, ea
le laissant fdire, servir sa fille et he pas bles-
ser la justice. De plus, madame de Mirabeau
mariée sous constitution généi;ale en pays
de droit écrit , ne peut pas exiger de moi ,
même après la mort; de sou père et de sa
' mère, plus de quatre mille livres de pen-
sion, sa maison défrayée* 'Mais , moi captif,
qui lui disputera la jouissance de son bien ?
Ce bien montera un jour a plus de soixante
mille livres de rente, et ce jour peut n'être
pas éloigné , M. de Marignane étant, quoi-
que jeune, de la santé lapins délabrée. M,
le Koir comprend que cette considération
n'est pas d'un faible poids sur une ame vile..
Mon père a toujoi^rs eu la mante de faire
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35l> LETTRSS ORI&INALSS
deux branches. Ma mère a rendu jusqu'ici y
Texi^cution de ce projet impossible ea refusant
de donner son bien à tout autre qu'à moi ;
et ce n'est pas là le moindre motif que mon
père ait eu de persécuter sou épouse infor-
tunée ; il espérait la décider ed la Instant. La
mort de mou fik j et la désuuion qui |ègne
entre madam.e de Mirabeau et moi - fournis-
.sent à mon père un prétexte très -^plausible
pour ramener tout l,e aioude à son . plan*
Puisse'ma mère y consentir^ si, à ce prlxj^
elle recoutre sa liberté ! je serais le prenftier
et le pins ardent à l'y engager j mais M. le
,JNpir sent bien qtie je n!*en serai que- mieux
perdu. M<>pf père a Tame la plus baineuse qui
j fut jamais ; j'ai blçssé son orgueil et sou
amour : ses procédés envers moi ont écébaf*
bares ; voilà trois crimes qu'il ne me p«lrdo^•
nera pas ; mais il suffirait de; sa cupidité , qui
n'est pas la moins puissante de ses passions ^
et de ses embarras pécuniaires , qui ne sout
pas médiocres , pour le pousser à m'ensevelir
ici* Ma mère est mariée selon la coutume
de* Paris : elle • a déclaré que. je suerais son
. héritier , et son testament est conni;. Si j'avais
le malheur de la perdre dfemain 9 que je
. fusse libre, j'entrerais à Tinsiant en jouis-*
saiice, et mon père y perdrait quarante»- ou
cinquante ipille livres de rente. Au lieu de
cela, je suis i^iort au monde. Mon père s'est
fait nommerrinon curatem: ensuite d'unt i^**
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B £ M I H A B E A tr. 35z
terdik^ttoii' illégale 9 et taudis que j'étais soi»
les liens d*une lettre de cachet» Il est à l'abri
de tous les évéuemens , hors ma liberté. Que
M* le Noir juge s'il n'est pa^ aûreux pour
moi qu'elle soit au pouvoir de ce père impi-
^toyable»
Je n'ajoute pas tout ce que 'j'ai à craindre
d'uu de mes beaiix-frc res , dévoré de la soif
à^auoit^ etcpai^éttaiyé de madame de PailH,
laquelle ne aie pardonnera jamais d'avoir
^^ris parti pour ma mère , a tout crédit sur
mon père* Ce beau-frère est M. du Saîilant ,
installé depuis LuiL ans, lui, sa femme, ses
enfans et ses gens^ chez son beau-ipère qui
ne s'est pas trouvé assez riche pour recevoir
dans sa maison sa belle-fille , moi et mon
^ fils. M. le Noir conçoit que M. du Saillant
peut craindre , que si je rentrais dans mes
* droits, il n'y perdit du moins^ un assez bpn
quartier d'hiver ^ et tout ce qu'un événement
pçut lui rapporter» \
Je passe une foule de faits trop longs tà
déduire : il suffît de. ceux-ci pour montrer à
M. Je Noir, quel est de part et d'autre le
véritable intérêt que rpn prend à ma déten«
tion* Je leur ai fait beau jeu^ je le sais, par
l'enlèvement de madame de Monnier j mais
comme , «trois ans auparavant , j'étais prison-*
nier sans qu'on pût aliégAier un autre motif
de ceUe yloknce que des det(es de jeune
komme^ H^o^ttadées^en gravide partie ' poiir
Digili^ua Ljy GoOglc
1
3ÔA LJSXT&SS OKIQIV È^LKS
madame de Mirabeau , et une affaire qui
m'était honorable en tout sens, puisque je
ne m'y étais exposé que pour venger une
sœur dont j'avaia à me plaindre , et que je
m'y étais conduit comme le doit uu hoiniue
de ma sorte , on n'a pas bonne grâce k faire
si grand bruit de cet enlèvement, et il y a
beaucoup de mauvaise foi à Je donner pour
le véiitabk sujet de ma proscription. C'est
une liante sottise, j'en conviens, et d*aulant
plus grave, hélas ! que je n'en suis pas le seul
puni« Mais , sans parler de tant de circons- -
tances qui m'excusent, si elles ne me justi-
fient pas, peut-être dans cet écart même ai^je
montré as$ez de constance, d'honnêteté , de
droiture et de générosité , pour qu'on ne me
regarde pas avec les mêmes préventions que
mon père. Les bienfaits de M* le Noir me
prouvent assez ce qu'il pense d'une passion
resserrée aujourd'hui par les nœuds les plus
sacrés , et qui, assurément , vivra autant que
moi.
Je perds la vue ; j'ai uriné le sang deux
fois depuis que je suis ici, et ma vessie Vem-
barrasse chaque jour, de manière à faire crain» ,
dre qu il s'y forme une pierre j je suis rongé
de toutes sortes de maux j inutile aux autres,
& charge à moi-même, majtête) mon cœur
et mon corps sont également maiades. Est-ril
donc si difficile de m'accorder de passer. dans
un autre j^ays , ou même 44lis un ai^tre Ukoa^
N.
Digitized by GoOgle
BEMIRABEA^» 353
' dè ? Que craint mon père ? Si je redens V'im^
porfuner en France , ùne letfre^de cachet
sera toujours à sa disposition; et ce ne sera
pas la cinquantième cju'il aura lancée dans
sa famille. S'il meurt avant moi^ q'uelui im-
porte dans quel t liuiat je finirai une vie qu'il
a empoisonnée ? Je sens que toutes ces raisons
sont inutiles , si le Ministre a décidé sanà
retour de mon sort ^ mais s il n'a pas con-« *
damné sans appel , et sans ^entendre ^ un
jeune homme bien malheureux^ qu'il necon-»
naît que sur les clameurs de ses ennemis ^ il
est temps pour ma santé , et même pour «ma
raison ^ que ceci finisse.
Si M. le Noir ne peut rien obtenir pour
ma liberté y sous les conditions que je pro<^
pose 9 (je dis s^il Jie -peut , car j'ose me
£atter qu'il le voudrait } je me borne à le
supplier de m'obtenir un. cbangement de
prison. La manière dont je me suis loué et
dont je mè loue de M, de Rougemont , ne
permet assurément pas de penser que j'aie
il m'en plaindre ; et si j'avais quelque espoir
4'ohtenir le château oîvil commande , ce serait
tout mon désir. Ce n'est pas sa faute si Fou
m'a choisi une prison destinée aux criminels
•dVtat ; mais il n'en est pas moins vrai que
l'ordre de la maison est si excessivement ^
j'ai presque dit si atrocement sévère, qu'il
est impossible que je n'y i>érisse pas ^ si j'y
reste plus long-tems. Nulle espèce de société;
Digitized by Google
354 LETTRES ORIGINALES
défense au porte-clefequi nousseît , de restelr
<)aDs nos cachots plus que le tems de satis^
faire nos besoins , et de nous parler .d'autre
chose : une Heure de promenade sur ringt-
quatre : le téte-à^lête de sa douleur : nuls
secourt littéraires j peu et de mauvais livres :
des délais sans fin pour l'aecbmpHssement'de
nos désirs les plus innocens-, de nos besoins
les plus simples^ délais .forcés par les for-
malités nécessaires pour obtenir et se pro«
curer les moindres demandes ; point d^instru*
mens d'aucune sorte : en un mot , toute dis-^
traction ^ toute consolation arrachée avec la
plus ingénieuse barbarie* Voilà la tièsiaible
esquisse de notre situation. Toutes ces pré-
cautions ^ nécessaires , si Pon veut , pour cer*
tains prisonniers ^ sont bien gratuitement .
cruelles pour ceîui que sa famille seule ix)u)r*
suit. M. le Noir comprend qu'un homme qui
adel'ame et quelque esprit ne saurait résister
à un tel genre de vie, où ses taîens, ses
lumières , et ses^ sentimens même les plus .
louables , tournent à sa ruine^ loin de le sou-
lager le iiiOiDs du monde. Ties méditations
continuellei? ,un travail forcé, les let très rares,,
mais si précieuses de mon amie^ l'espoir que
in*ont inspiré les louchantes bontés de M. le
Noir m'ont soutenu jusqu'ici ; mais ma vue
et ma sanlé se refusent absolument à Tê-
tu de y ma téte est aussi épuisée que mion
corps} et il n'y a que ^exercice et la société
■
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9
: D E /M T R A'B £ A U/ > 355
de quelque» humamsqiû puîsgent me relever*
Toute autre prison me sera donc moins f u**
neste que celle-ci. * - , ^
Toutefois , s^il fout que j'y reste encore V
je représente qu'il est ridicule, poiir ne pas
dire inhumain qu'un infortuné qui nVst eii
aucun sens prisonnier d'étât , et dont les crc<*
cupaiions n'intéressent pas du tout le gou-
• vernement, soit traité comme je le suis • et
que j'ai tous les droits possibles de solliciter
des exceptions relativement au régime, de
cette maison 9 qui n'a jamais été combiné
que pour ces malheureuses victimes de la
politique , ou ces coupables de crime d'état
dont on voudrait intercepter jusqu'à la res*
piratioti. Je n'insilit^ pas sur la permission de
voir .quelques-uns de mes amis, et notam-
ment Pestimable Dupont y parce que je sen^
que des ^ordres supérieurs peuveiit gêner là
bonté de M. le Noir, à qui je dois trop
pour l'importuner ; mais jesupjplîe que plus
de promenade me soit accordée ; c'est uné
distraction forcée cjui me soulagera un peu;
Voici uhe privation crtièlle et sans aucun
motif plausible 9 au moins ponr moi , dontjé
demande encore à étr^ affranchi,
' Si je ne p^s savoir ce qui se passe parmi
les hommes (et, c'est une dureté bien gra^
tùîteîcar à qui, à quoi, et comment peut-il
♦
être nuisible quefe feois instruit de^s nouvelles
politiques que le g^uVernemeût fait impri^ .
* digitized by Google
346 L£XT&£S ORIGINALES
mer? ) sî je ne le puis pas, dis -je, qu'il
œe soit permis du moins, de n'être pas aussi
étranger h la r(^publique des lettre» , et de
m'abanner .à, un jo^irnal purement litté*-
ralre: que je ne su^s^pas mort avant ma moi t,
, On ne me refusé pas et- l'on ne saurait.me re^
fuser en.. aucup sens d'aciieter des livres 3 il
n'y a donc aucui>e raison de me refuser une
i(iolice approuvée de- cp^. Uvre^ que je -puis
^cheter^ Un jourjpal tel que Je Mercure , pap
exemple, imprimé sous les, yeux de le
Noi|r , ou l'Ëprit des Journaux, qui ne parle
Absolument que de livres , et qui a poux^
Dioi l'avantage de me montrer en lin seul
yolume les nouveautés littéraires de toutes
les nations, enfin tout a^itie qu'iL plaira à
M. le Noir de me nommer , me serait in-
£niment agréable. Que ce digne^ magistrat
daigne penser que je n'ai qu'un consolateur
'et qu*un passe-tems, c'est l'étude.
J'ajoute une autre prière, dont le succès
m'intéresse infiniment davantage, et que je
n*ai paa le mêine espoir d'obtenir^ car je
sais ce que peuvent le crédit et la haine de
mon pèi:e, JejcUéris tendrement ma mère,
et il m'eot bien cruel de ne pas même sa-
voir elle vit ; mais un intérêt plus vif et
plus sacré , s'il est possible , que la tendresse
filiale , me presse en cet instant. Il est pos-
sible que jt; meureici^ et je s^s même qut
çfl^ eçt probable. Alors je ne p\jui'ra> absolu-
Oigitized by
]|»£ Ul lk £%B A Vé
ment rien pour ma fille , pour mon unique
eiifant^ qui m'eit d'autant plus c:her que le
malheur de sa naissance est plus grand , et
que j-4dolâtre sa mère j à qui j'ai tant coûté.
Ne pouirai-je pas, dan5 uue lettre qu'un
homme de confiance remettrait et retirerait
aussitôt ^ recommander à ma pauvre mamau,
cet enfant né sous de si cruels auspices? Jc
•connais son eceur^ elle ne l'oublierait jamais
et j'aurais, autant qu'il est en moi, mis ma
fille à l'abri des coups du sort. J'espère que
cette idée' touchera M. le Noir , et germera
dans son ame bienfaisante. ^ *
\ Aucune de nies demandes n'est, je crois,
trop indiscrète* Ah 1 si l'on pensait à ce qne
nous coûte uu refus} si Ton pensait que dans
un dénument tel que le notre, il n'est point
de privations ni d'inquiétudes légères , et que
la plus part des formules, des phrases d'état
n'ont aucun sens , lorscju'on les analyse de
bonne foi ,* de sorte que , sans raison , ouplutot
contre toute raison , on nous réduit au déses-
- poir, on ne dirait pas si légèrement, non. Cer-
tes l'homme sensible dont je tiens tout, ne saù-
' î^aît ni s'o(Fenser de ces réflexions, ni se les ap-
pliquer. Hélas ! il n'a pas toute l'autorité que
méritent et qu'obtiendront (j'ose me le pro-
mettre) ses vertus et ses talens. Qu'il daigne
continuer ses bôniés à la femme intéressante
' que j'aime bien plus que ^moi-mêmç ; qu'il
daigne me faire passer quelquefois de ses
/ . j . d by GoogI
358 LETXRKS QJB^iaiN AL£S
«ouyelles^ et 4^. celles de mm fiilet} qu'Use
dise enfi^ ? Oes inf or lunés ont', remis tewt
çorl efUre mes mains ^ et Je leur dois quelque
choi>e , puisque je suis leur bienfaiteur. , * • *
Que pour prix de ta^t ïe bonté, tous les
bo^heur^ r^uois sol^Qtson partagé)! puisse-
t-il êtie plus çlaux pour une amejfelle que
sienne, de faire du bien que d'en recevoir j
Pour nous, quoiqu'il arrive, nous ;viYi;ons
et nous n;iourroDs les redevables de M. le
Noir, à>qaî nôus avons juré le dévouement
le plus pioiçndi le plus respeclueui^ , et 1^
plus tendre. ^ . ' ; . - • ^
\ » ^
■•• ; . A s A - M E R E. •
• f • • •
E ne sais, ma chère et tendre maman , si
ie finirai ma. carrière sans avpir pu ni vqqs
consoler •ni vous servir: et si Jes géuiisse-
mens qué m'a arrachés votre infortune , ren-
ferm(^s jusqu'ici /dans la prisqn-où je suis
enseveli vous pai viendront rianiais ; mais vous
croirez aisément , ô Ta meilleure des rperes !
aue ;voU'e malheureux nis vous aime ^vec
tôiite la teiiuresse que vous montez,. J ose
donç,saus avoir pu^ sans pouvoir vous donner
aubune preuve démon amour £lial et de ma
^ DE Mi II A£ EAU. 359
vi^nératk)!! profonde, me persuader quevoug
en êtes convainêue, et attendre devou^les far
veur3 dont je connais capablevotre ame bien-
faisante.^
On a osé dire, 6 maman ! que vous avie2
été complice de la £uite de madame de Mon-
nul. Je n'ignore -pas cette accukation anm
folle qu'atroce } mais )e sais aussi que vous ^
êtes trop généreuse pour TiHi rendre respon*-
sable, efe moins encore * Penfent qu'elle m*a
donn^« J'ai dit hautement , )'ai écrit que vous
si lâchemeiU calomniée, vous étiez chargée
d^obtenir de moi mon amie, pour accom»
moder cette triste affaire ^j'ai ajouté, que .
f^ous eussiez pu me demander ma vie; mais
tfua mon hcmneur et moni amie étaient ploa
f[uemH vie. D'aprèscela,6ma mère! écoutez-
.moi. Vous savez ,>t j'ose dire, vous sentez
ce que me fut, ce que m'est, ce que me
doit être, ce qjie me sera Sophie, jusqu'au *
ioinbeau. ' Yous connaissez jes droits qir^elle
a sur moi^, les sacnhces qu'elle m^a-faitSi^
l'aniour qu'elle, m'a trop bien . prouvé* Rà.
vain av&z^vonsi condamné me» prêraiern eii)»*
gagemens avec elle j il est impossible que
vous désapprouviez ma constance. Sophie
seule a. partagé momsotrt ; j'ai e^mé sa pette
et elle n'a senti que Jà mienne. Kn quelque
lieu quVUe gémisse, elle mérite Tint^rôt des
ames honnête < et «^nsibles-^ et à cetttte^
srous l'aikxiez 9 vQusl' aimerez» , ^ ' i
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4
365 IKTTXES O&ICTKALES
Mamân^ si je suis destiné à périr ici, ce
qui est au moius possible , j'expirerais ^vec
]a douleur afFreuse de craindre la misère
pour la fille de Sophie , çet enfant précieux
qui porte votre sang dans ses veines y si votre
générosité ne me rassurait pas. II n'espère
^ qu'en vous 9 ce mijheureux fruit de 'nos
amours. Un arrêt a privé Sophie de tout son "
bien. Ce n'est probablement que de l'humî-
liante pitié de sa famille que Sophie tient sa
propre subsistance j et sa fille serait ^ sans
vous^ le rebut de cette famille , et le triste
jouet des coui>s du sort* Ma clière maman ,
plus d'une fois vous avez baigné me donner
' les^ssurançesles plus fortes des bienfaits dont
vous^méditie^de me combler. Mon fils vient
de mourir. Mon frèresera l'objet de votfe gé-
nérosité sans doute ; cela est yaitfi ^ et ^e ne
«ais qu'approuver d'avance tout ce que vous
ordonnerez j je vous supplie, je vous presse
œêntiç ardemment de recouvrer à ce prix ^
;5'il^ést possible, voUe liberté. Ce n'est pas
le moindre motif qu'on ait eii.d'y attenter:
on espérait vous subjuguer enjvous lassant }
et je n'oublierai jamaisquel futvotreinflexible
courage , votre inaltérable tendresse. Mais
vaua ne fei*eas pas un tort bien considérable
à YoUe héritier , quel qu'il soit ^ en donnait
À ;ma pauvre fille une très-petite partie de
ce que vos bontés me destinaient. Daignez
la ^ucUre à l'abri des orages ^ ô ma ckère
maman 1
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^ 1> E M I il B » A W» ' ^ ; 36x
maman ! C^est > je le répète, c'est' votre iàng
qui coule dans ses veines ; et si Nielle a mon
cpeur^ si elle a celui de Sophie^ elle méritera*
que vous ne la méconnaissiez pas au fond da * '
Jflespère, ô ma tendre. et généreuse mère t
qtae wus ne vous ^tonnerez pas que pimplore *
vos secours pour une autr^mioi-même^ lors-
que vous gémissez encore^eut-èi*e sous ro-
dieuse tyrannie >qui^ api'ès vingt ans de sup* ^
plices continuels^ non contente.de vous priver
de votre fortune ^ vous a ôté votre liberté
-Mais hélas ) je ne puis rien , pas, même m^in*^
former de vos nouvelles. Les circonstances me
pressent et m*eflPrayent j et je profite d'une
occasion oii je vois M« le Noir, à qui je
dois infiniment plus que je ne saurais vous
djff? y pour obtenir . la permission de vous
adresser ma très-humble prière , que vous ne
^dédaignerez pas* Ah ! je ne saurais me per-
suader que le jour de la justice ne luise enfin;
lors même que je n'espérerai plus rien pour
moi 9 je me flatterai encore que vous ne seres
pas toujoursopprimée. Daignez vous rappeler
alors mes derniers vœux; et recherchez l'en-
fant de. Sophie ^ 4oiit M. le Noir voudra
bien vous faire . donner les renseignemens.
Je ne vous parle pas de sa mère. Ah ! corn*
bien il lui sôrait doux de vous*, rendre tous
les devoirs dont je n'ai pu m'acquitter en«
vers vous 9 et le^ sains qu'elle sait si bien quo^
Tome II. Q
Digitized by Google
Il f
3^ LET95ni5« o4iY<ïf'*r !kï.t:8
tMbdw xcHisolktrice, quelle fille re^pec*'
toense et^plus obélssaute aui:ezrVOUsiamaLs?i.. '
Tout ce cfuè VQUfi dictera ^voiré« bonté ^ ina
chère Maman,* surpassera sans doute inon ,
cspoîi . Je livre donc à voire âer^sibilité mes
inid^i^U lépplusoii^i^yet }t vivrai ou mouimiî
en bénissaiit la mâin qui daignera soutenir'
r^&nt que éontia «^lle que non 0icBui>
a- choisie. Recevez les .tendrj^s. assuraocesi de-"
mou attacheqxent imi}ipru4et^e mon profoa4
, . ' • - ^ ' M I R B jg: A U .fils.
«
. Il me èerait bien doux d'apprendre, au'
moins cet^e Ipis, dp vo§ nouvelles par vous--
inéine»
♦ *
A M. h O 1 R.
' a8 novembre 1778,
E vous dois chaque )our de notUveauxTemer-»
clmens^ Monsieur ; et la faveur d'une prolon-^
galion de promenade est une grâce bien réelle
dans ma situation^ qui certaUiemefit en «era
adoucie. Cependant elle est telle, que le dé^
labremeûtdenaasanté, qui croît chaque jour,
exige des soins que le porte^lefs , qui ne'peut
pas être continuelleipeut avec moi , et servir
les autres , ne ^aurait me rendret 3e demanda
Digitized b;
B s tl 1 R A B K A V« ' ' 365
.lîbnc; tiûnpas comme unegrace j mais coni^ie
une cho^e qui m'est duc en tous sens, un do-
mestique; et je vous supplie. Monsieur , Je
faire dire à mon père , qu'en vain cliicaneraic«-
il , marrhunderait-il , reculerail-ii , il fwiut ,
ou qu'il dise précisément que je suis indigne
de tout soin ( et c'e:>t alors à vous 9 protecteur '
naturel des prisonniers cl'euu comme commis- •
satre du roi et conseiller d'état, chargé de letr
inspection^ c'est k vous, dis-je,que j'en ap-
pelle) ou qu'il me paye un domestique ; je
dis qu'il me. foye; car je n'en v^ux point de
sa uiam.
« *
' Cela posé, Monsieur , comme fai à peiî^
près tout dit sur Taffair^ de ma détention ,
et que mou intention n'est pas d'en parler
^Avantage, il me prend un remords ; c'est
de n'avoir pas exposé dans tout leur jour les
raisons lumineuses de mon père : or , comme
il faut entendre lé pour et lé ébntre, j'espère
que vous voudrez bien lire cette courte dia-'
trîbe, qùî ne Isrisse pas que d'être cuilcuse,
et où j'ai réuni , avec toute la sincérité dont
je suis capable, ce que je sais de plus fort'
en faveur des procédés de ice' fendré père ;
c'est mon dernier mot sur ce sujet. V
Tout ce que j'ai lu , entendu y appris et
deviné des défenses^ de inon pèrê , péut se ré«
sun^^er à ceci. «• Ma femme est une malheu^
« reuse'; mon fils un scélérat ; mes euaeuus
« sont dev QÛQmïà9Xéixri)je'dédaigne àe leur
Q ij
lyiii^ed by Google
364 LETT R O Sl-e 1 mjLX ES
« répandre , parce qu'il nuest permis de te^^
« mépriser (cette, phrase ejst de lui mpt pour,
mot). Qu'on croieque si l'ami des hommes
n sévit contre sa famille , il en a de trop } ustes^^
•< raisons*. Je suis le plus malheureux dea
«•'pères 5 et le plus infortuné des époux.
(Autre phrase de lui, mot pour. mot. }
ckaeune de ces assertions, 11 ne manque cfue.
la preuve puisée dans les faits ^ et je vais la
suppléer* '
Ma Jhmpie est une malheureuse ; car je» .
lui ai donné t,rois fois la V**. J'ai dissipé le
quart de son bien : je Tai tenue dix-sept ans ^
exilée: j'ai plaidé avec ellç contre ma signa-
ture, et je Fai fait renfermer le jour où j'at
gagué mon procès* Cette épouse m'a donné
onze enfans et cinquante mille livres dei eute j
elle a cinquaiite-quatre ans, ëst mariée 4^uir
trente-cinq , m'aadoré pendant dix , a patienté .
pendant trente , a suppojrté toutes mes mai-;
tresses , s*est engagée pour mm , m'a tiré idu
donjon de Vincennes , et ne s'est gnfin. élevée
contre moi , que pour se faire pajrer>xle «a^
pension aliu^entairç. Donc ma femme estunÇi
malheureuse j Çf^LA EST DJ^M^NXIlÉ.
' Mon j^lsestun fcé/éral; jçiBT Ïoxi^ mc^ hl^^
lui sont substitués, et cela nàe gên^tJ^uoi*
que j'en aie vQnd^ t^e bonne partie; mais;
aujourd'hui que ces n^audites , substitutions . ^
spnt ;publi.ée^ ,. je^ ne saur^ûs me , ruiner à
mfantaisie, et cela est ridicwle, ^^MP-
Digitized by Google
/
' D £ M I a A B £ A V. 365
est un scélérat, car il aime tendrement sa
mère et méprise ma maîtresse ; cependant il
a refusé à cette mère qu'il chérit , de prendre
parti pour elle j voulant if ster neutre entre
les ^auteurs de ses jours :' tir , c'est me infeN
Tiale hypocrisie. Mon fiU est un scélérat ^ car
il s'est battu pour sa sœur, ses amis et sa maî-
tresse : or j il n*y a que lés scélérats gui se
battent pour leur sœur ^ leurs amis^ et leurs
maltresses. Il a fait des dettes : or, ce h^est
que quand on est père de famille, déposi--
taire de biens substitués ^ et âgé de 60 ans^
qu'il est peitnis de faire des dettes* Jl à fait
^'assez mauvais ouvrages; (un entr 'autres,
• -À 19 ans, que les députés de Corse m'ont
pressé de faire imprimer , ce que ^ |e n'ai
pas voulu ^ ayant eu même grand soin de
lui dérober le manuscrit) mais ces ouvragés
h^étaient pas encore assez mauvais , et il y
a-rune méchanceté diabolique k prétendre
montrer des talens au moment où je teom-
'mencë^ àfadot^« Mon filsest sans générosité^
car il a tout pardonné à ses plus cruels en*
hemis , ét leur À même rendu les services les
plus signalés ; èàns foi , cai^^il a été tranféré
deu3^ fois aux deui extrémités du royaume
sïns eitxslrte et sur sa parole : il est revenu
de même de Hollande v et a perdu sa liberté
et la plus grande partiè de sa fortune, pour
tinc ariiié^ui eét tktie yranche co(fuêite ^ càr
^le n'a jamais eu qu'un amant , et a tout
Qiii
-* .
»
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.366 LETTRES ORIGINALES
sacrifié pbur cet amant. Mon fiU est Phomnic
du .moAiie le plu« violent^ car il lutte de-
jpuis sou enfaïKC contre le malheur , avec ua
courage qui m^irrîte : il-^est aussi le plus tn-
gràtide» hojiunea ^ car je le soupçonne de
lie ui'almer , moi qjui lui ai fait tant de
bien : enfiA il n'est ps^ économiste ; \\ doute
deTiliiaillibilité de la SC;^ENC£DU MAITR£>
liu coîi Fiicius DE l'Europe, etc. etc. Donc
il e$t un pçéUmu\Czi.x .:^$T plus ^ujenoÉ*
MONTRÉ. J " ' . ' . ' " ' J
Il ni est jper^nis âo mépriser mes ennemis s r
et de ne pas leur rép0ùdr& ; car )'ai fait des
livri^s, et tout homme qui a fait des liyrei
est infaillible, pourvu qu'il ^o\t économisiez.
: Je suis Vami.^djes 1i^nmx€s;;Q^T ') ^ï Inti-
tulé ainsi mon premier ouvrage, et je n'?»'
^jamais tourmeaté^.quç ma., JamiUe,, Encore
lien médiocrement, car jç n'ai obtenu qu'à
peuprè^ cînqiMirtteléttresde cachet cmî contre
ma. femme ^ ou contre ui^/de ipes fr^àres, ou
cpntre me^ en fans , ou qpntçp mes pa^ejns. Il
est vrai que fe ^Vi jamais ^i? dfe ©lace qui
m'ait aii^ à m^pijB d'en tourmenter d'autres;
mais ce n'est pas faute de l'avoir, désiré^ Ah!
si me^ vçeux eussejit été ex^iucés ^ comme j'aur
Tc-iis pr9|)agé la science h cgups de lel trea dfe
cachet l çonime j'^utaii exterminé |es «cri*
iégês douteurs 1 • ♦ . Mais, iiçjas î ^nje^ ^^prcuy^
de 18 uiois^n'a. pas r^ac\^ le gQuyre\riCiuerif
L'iyilizûO by GoOgle
1^ s ^ir Ml À « « A V* • ♦ 367
'*eottôïtffef'e;IÏ a reavoyé ce pliîloiôphe ^ùrg**
mon féal disciple 5 qui , après cinqousi^cenfd
famines, et autant d'tmeutes, aurait jamené
hlge d'or; cte^léndre'ét splHtùel AlW&rt^
économiste décidé ^ que regrettent. si sidcèrè-
aiicnt les filoiiYril a replacé ce liionsieur le
'N**.'q^i bétsaife que téiiir tpïrt erir psAx; et
n'a pas rcspiî t de rien bouleverserVni de con-
cevoir Futilité^ des famines et des euièutes.
3ref, J'en suis^ et probablement j'en serai
pour les 16 'ôii 18 volun^es in-quarto de mes
oeuvres^ dont ^eux pu. trois sont à peine ît-
sibles. Toujours ést - il qu'un liomme qui a .
fait, dix-huit yol urnes in - quarto ne saurait
Avoir tort. Il me s£M.bi.£ que cela
Je ^uis le plus méM%euxeËM' des ftère» et le
mfoHhia<^ des yépovœ-^^ Har i;îest ma
.fei\iuic et ijuon fils que i/ai fait enfermer,
:q\\\ i5p'2it iheureta^ jCfiUA 4«!£Sa>iL pas Dâ-
J'qse espérer que cepctiî condiment aire rte
.laisse pas,, que de jeter un grand jour sur
Ie3 nobles dc&n^^ ^le u\9a ^èifi^ 4pr^^ cette
^apqlog^^ ^ j^ Ivi d^çyai^ j^^pur Paeqiiit ^dc
.jfadir c^^iencecy je passe pondlamnatLon'.^
.cçtmmç vous sputez ^bie^ i;JMQasieur^,et je
me borne à deniander ipst^n(iment un do-
lîxesllciv^^ 101^ jS^CÉfcJ^iCAT qMC je 8ui^.i>i
VhpixxmQ que^ vf^us .dgi^^Pe^'^îj ^^^^ faî^'^. floïV"-
;m SSH:«l^,S?i^^e..quelq?^
' . * ^ ' ' Q iv
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X£T?R£^ 0;^I6'I|r Al.ES
AecQU^^ Ç^F sui^ lrè^,-» précisément av^
trois quarts aveugle ^ etplus chil^tie jour qœ
la veillep . .
. J*ai Phonueur d'être^.ayçp.tpus Je^s senti-
mei^s ' de recoqnaissance ^ i^'V'ttacli^ent
^jàe respject.qt^ je vom dofs à tant; dq tores.^
3VlQn$ieurj votre ti;çs-b>imbie et très-obéis-
sant sefjriteiir 9 > i . î
A s 6 P HIE.
' * " ' z décembre
kJ toi 9 qui partages toutes mes peines et
i^ia £s tous mes plaiétTs l toi q^ui sens plus
> mes maux, que .totti^ ceux que )e >t'ai causés ^
.ô SopliIe, généreuse et tendre amante! que
-^atlettre esti'briîlaiite <â'ank>ur 1 na^is' aussi
que ton cœur est inondé de tristesse ! C'est
xna faute, ô Sophie adorée ! J*âi laissé couler
tiop imprudemmënt de wk pktme dès traits
eiapreints de-Tlianieur et de l'inquiétude
que donnent la captivité* Peut-être dans un
. moment dé iioùffira^nce Tai-fe. exagérée ;iààfs
tu te grossis 4)eaucoup les objets ^ sur-tout .
dans leurs suites. Ma sdnté est fort altérée ,
Je PaVoue ; mais fe suis très-lom de menacer
rtiine ; et il est probable qiie U liberté eflFa^
'ovait jusqu'à la tr^é de anès ixiaaz;^ Mës
■ •
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yeux ^ il est Vi^ai y sont sérieusement atteqxiés ,
et je ne .crois: pas recouvrer jamais ce sens
précieux tel i que je l'ai possédé f mat^'ihori
il'iisi, j'aurais toute sorte de moyens de lemé*^
iiagen Je dicterais ^ je me ferais Jire , je tran
vailieiraîs moins ^ mats, eiifiii^i^ ieitrniémev je
suiàiloin d'tfti^ «Feugle^ En tui iE)iot,»ton Q^-*
brieliest souflPrMit: hélas! çoinmeril pouxmlt'
ihnepas)lîétDe$4«4n 46toiri?ii6aifly il n'est poioiEt
-dans tme situation'^désès^éréeau physique ni
«au ît]fovtfl^«l^: te-'dirai: méme^ et c'est dans
4oiite*la'aini>érîttf>de£ monocoeua y^que ^ quoir*
^ue maladp 'én'Ce^^hjonieiit, et pr4ft à prei^
-dire «in ToâiUif v moh^ame e?t plus* > sereine
.qu'éile ne étéidej^^^dii^hiiit^ mois. J/ai
r.vu'^iiotre incomparable hienfaiteur: il ne se
lasse point de ifiure'jdu'.hirâ^'il «enitidesice'
,plus qu'il n'en peut iaire.^iet icependant il
iTO^en fait> cfaaquke .fotfn . Il ?sait em^bellir «es
.bienfaits de toutes les gMces q^ÀSk sensi^
bilité séialetap^rend ii >C€mnaîtTe:et à psod^
guer/ U'.mW «parlé cberpait fillei aveplintéi?êt ;
il lui a x^ndu un service .pè^t*^tre bien ime*
portant. Je ne m'explique pas-, ignorant si je
1
lira eçtte lettre avant qu'elle te pa^e ^ e^À
qui^ en \énté , nous devons beaucoup aussi,
desnppléer ii mon sileAèe-ysHMe peur/ Enficl^
*-ye crois apercevoir quelques clartés très-
. éloignées, fort incertaines ( cependant je les
«Tois ) qui percmt les, ténèbres dont mon soi^l
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.3)1^ LETTOHES QSlI GIN ALÏTST*
.et moû existence sont env€lopp^«. Sàna^v>tt-
voir fu>ti:er clans plus Àt détaiU^ ]^ X^^^^i ;
du môin» ^ quiî tir peux t omptèr.que nou e
adorable protecteur ( il n'est point de titre
qui coûte à la reeomiaîsJMmce ) ne nous aban-
doâtticwii pwi ^^t .ptibsion^-ooys vlrre assez
poiir lui exprimer, Im-prowern^teet^iiA^^
«otrB il» Aorteile^ratitude^sMis qu'on inÙ3iie
'l»«oupçoaiieï*vdîifaaâl Inté^èti^iiiî - de la plus •
Jfcgère exagéralkrbc^*iu»nréHl0i^ é oui jfeo-
^le l je le v^uiEv»»s&ure<al :>calôie-tQi^i ô
4:éppuse de, mmi lOceu» h bous ne^ boirbus^piis
-j»qu à iiuiie ie, iQÈalbee,deol/iaéc>ftuûe..iIl
tiri' tntf)«jplie qae^aQûKsSilâches et barbares eo-
aiëttûs , ique Tj%^i: taivt de dtoit dSe-wéptiserH
-n'fiflat pas remjp*rl< «tine'ire^ p^s
sur cftoi: celui dem'awlii%à.nîes piopi es y^u^.
Quand rentî OTtèB Ssoi^ême ^ aB>troure
4^honiîeAK: stlr«ageaxït ;«r)lç& eiareurs et sur
4e& -fautes^ on R'e^Jt pas «ans consolalion et
-«ans foa-ce:i«tt'8srwe«BOλ«*)^ dW meil-
Jetoi^;sert yvet j^se te pressexxtir. J rie mou r-
rm pas daai îes fqrs , 6 ma Sophie^Gabriel !
j^y? «era« niort-'libre par 'les ^«eiftiraens. de
«Sfon.Cfteuc *et i'ijaaUérablef (K)usUnçe de ma
>Svokiité.;;*toiais vivrai pouv toi , et près de
^<oti]|fîêti qsfea«îd^iH>M encore le
^ô^turj|)^uaftd ton coeur awiA s^nti palpiter
^nioxk (iceur , cpiand -H nous faudra tomber
. comme lateuilje d'automne j nous mériterons
,les^ regrets ûç$ howiij^^ .cpjLK§çeux et les
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^ • B M • M I il *.« E A W *■ • 371
]^ïëui's* (àès homtVÎeà slinMblëâ y et quelque
amant, ^'sachant quels furent notre âmour et
^itré^fi^c^li té, Couvrira d'è ftmirs riotre tombr ,
4t y écrirai UN MÊME AMOUR , UK^:
^MÊMÉ CENDRE. - ' - .
^ Otoit ifiti connais si bien mdn cmnr et
^hyi^ibilomie de mon style , tu sens par ce
'jiéu He nibts que jé suis soulagé ; cepCiKiinit
'j 'aî4^eçu tine cru elle «edoUsse ^ et je nfe dois
pas te lâ cacher \ mais sou eiFet a été amorti ^
et si tu verses encore une larme , que l'amour
là 8>èché aussitôt. Mdn fils, ce fils dont tu
xné parles une page entière avec tant de ten-
'drésse et de boritë, ce fils est mort.' Je ne
tiens plu5 à la vîe'qifo par toi, et cette autre
'toi-même qui vient de naître. . . . Eh bien,
'Soplîie , ' bette îdéé'tnériie a de la douceur !
Conserve-^inoi ma iille ; qu'elle ne soit pas
punie de m'êire si chère.. Conserve-la moi ;
qiiê le peu qiir me resté de mon bonheur , ne
sdit pas empoisonné. Cet enfant a bien des
orages à essuyefi II est né dans la douleur j
teàiâj'il à été conçu aù sein de la félicité*
Hélas ! mon fils avait rcsistc aux premiers .
'a^cidens de Penfance ; il promettait la-yîe
la plus longue , et peut-être la plus fortunée )
car son père eût été bonet tendre. Ah ! oui,
•il 'PMirt été , et il eult montré pour lé défendre -
'dé'ceiix qui ne le sont pas, une force, une
audace et des ressources, qu'il 11e dévelop-
pera jamais pour lui-infmet II n^est plus, cet
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Zj% JL £ T: T E ^ s P Jl I & I N A L £ s
enfant que je n'tti pasembrassédepuis le be^*
ceau ; i^aîs qui ^ tu le sa.is^ £Ut toujours pil^*
sefltàmp^cœur^.même au aiijlUu des délire»
les plus passionnés de Tamour, Moi ausfî^
)e pouvais dire ; O mon fiU ! qife les jours
coûtent cher à ton pi re ! Il n'est plus , çt tout
ce que f ai appris de lui , c'ejitjsa mo^ JDf
a deux mois cependautgue,M«^leNQir iiip pro-
cura ^ par une voie étraïigère , de se^ npuy.el-
les. Elles étaient satisfaisantes et douces. Ce
rayon de joie ne pénétrai^ dans mon.a^ie que
pour la rendre plus aç^cessible au^coup qi^
m'était destiné. Ah \ §opl^^ il apénétxjé biejr
\avaDt9 je Tavoue , etJ'ai.^rouvé qu'on avat^t
toujours trop de ^rce pour souflprir. 5
que toi seule peut-être comprendras^ lax^
flexion , loin d'augmenter le sentiment, de
. tette perte ^ le diminue» Ob I s'il nç ni'eii
coûtait que les deuxjtiers de nia fortune pour
être tout-à^fait étranger à certains étï;e4^
que )e me croirais heureux ! cent^nrillelimpes
de rente ne me coûteraient pas un soupLp^
pas un regret. . • . . Eh l que ne-puîs-je/iu prix
de ce qui me reste r'ayoir mon fils! Sophie^
Je ne sais ce qui peut arriver à la. suite de
tout ceci ; mais je crois que, quelque piège
qu'on te. tende ^ tu n'y tomberas pas^ Pense
jusqu'à ton dernier soupir 9 uma bien-aimée,!
que Gabriel nei manquera ni à toi , ni à lui*
même 9 et que si par impossible iX. était xcduit
ce qu'on dit de loi : > ^
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s
\a Vaueiae ia pacc; aima bcaUi pbellaf • ,
, /f^ Vatièue in pace a la supema sodo * 7 . • .
£ iaK*ia agi' alth esempio di t^iaicUe*
courageuse qui, dans le pririUmps de
^sjàurs ; préfirékeià à '4a mie la f^i ^iue vôue
Rimiez jmée^ AmeeemUfif^ ^ei f^re \^ allez en
-pàiv dans le- séjour de l^éitriiel n pos , ei laie*'
^ez^MHis ifeùpemple de votte^fidéUêé ; n ^ di«-
je ^ tel était le sort de Aabriei^ il s'en trou-
ireraît heureux^ et honoté. , '
ï: Madame de R . . • peut coiif iniier ^eiilâehes
insolences ^ elle est feinine.» Qufell^^achb
cependant que 'celle qu'elle osé însrulter^,
aussi supéi^ieureà elle pàrl^âiitiequ^ëllePe^e
par son existence^ ne sera pas impunémetit
0tttragée fônt que fe vivrai. Je t^aî tôitfowi»
conseillé patténee et modéi^ation ^ silence 6|ir
mon compte, etc. et c*est aujcîùrd'bui plus
le) eâs tftie fainaiè. Je né suis ni rcKiantiénf^
ni querelleur ) ni' vindicatif , et les R/v •
doivent le savoir , et en convenir au moins
âu fdttd de leii>r conicience. Mais^i lei'tlaits
de mon indignation tombaient jamais y ^'ee
serait de toute ma hauteur, et ils seraient
- perçàn» ; eiir |e<.suis fort élévé aU-^ déisM
d'euicv Je pardonné tout ce qui m'est per-
sonnel: j'ai^Wclonné, tu le sais, des attentats
4ur ma viér je pardonne à famais des calonl-
nies abominables et des procédés infâmes
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mais quiconque oftéra ÎQSûkepi^ti^k mère' ^
m'aura pour mor^ ënoieiui i^cpjt^ùa se le
tienne pour clit^ si Ton est §age# Je ne pi ends
pas souvent ee tcm^là ; et q«an<l jelé prends
on peut craire que je «seos plus^^ue je^u'ex-
priïoe, et que je lais pl.iis (jue je ne dis. Quant
à 43telui ^Mt Us ose^ 4^1^9tçvk^f huhoaié^
tu dois septir^ pomme je le lui'éciuvaisuiirjour^
qu'un^ homme i^upéfieûrV^iâ «ssSt-apprécief
le3> cl^ose&< et^ l^- mois, , .*qat>,^pi^m^ av£c cmt*» ,
rage, et Vitselon^^à pi incipes^qrii ûc compté
point les préjugés.iîe son. ét^t au rang de -ses
.^ânAb»^^ et f np saqrilie poÎQtrViiuiiianité i
r usage ; qu'un \el homme , dis- je , ii unchit
Htti . cii9^ ioHvmiîllî^iF^s^ '^fiM s'âpercèvoir si
ces jp3QCtes lui ,piguent le.Ttalcm i;et de plu^:^
qu'il ne fait rifup qu'il n'en ait prévu les cou-
^q3S^nç& et les incoavéniens» Appaiejamieût
qu'ii moii^i fî'^tçe dévoii,.Qû; jpife voit pas de
sa'çg-froid que par ûne rigueur , qui au ihnfd.
pa^^de^l» .moindre yi^lè^t^^um ^isq«^
jde, p.ousgef 4:C3^uelque"açUqudepi[i3p^'^,^Ux
•pei:^n4ies.doiit tout le crin:^ est dei^'iûmer
JtQBj^re^^f^t t c'^st du moin^i Le seul.que pui$-
sei\t-tjl^ipuler les plus foi ceaés fanatiques.
:l}%i:auront beau déclamer ctvm^es ^çaU^ 5
ils ui^trQ^veiront.pmat d'uui$f^f 9pr9QheS)^ te \
-faire :que : celui det,m{? cji^rir: ; et; toute ta
rfeonduite, sousq\a/[}}que poj^f; f^ v-ue qu^'on )a
pv^sente , a se§ mqliis daiifir t^n attachpiuent
•pour Uû fic^/^w/.IL^st bien piiouvé ,què I^Oii
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în'appeîle alnsi^; maU non pas fout-à-falt
^Usiln oieit que fé le'sdiè. Quànd M. le Noir
'«n eût eu le soupçon ^ c« que je ne crois pa^^
toujours evit-il été cjue uia scélératesse ne
pouirmt pas être coDiagleuse pour tôt lorsque
;des 'mms si épais nous sép^araient ^ et que tt s.
-©pînîons^ tes résolutiotis , ta passion étaA
^ou^tin^ la même ^ bn courait risque ile^ le
Caire p(^rir de douleur, tout comme si f tusse
Tât^'iiPi hf>nnêié hàmfà^ ; au lieu que^ laissant
circuler des lettres qui ne changeaient rien à
Èotre mutuelle détention, peut-être le tcms
tef de$8flkra->t«4lles yeu^ , et felaidsetaaper-»
cevoir toute cette 5c^t^/'û/<?5.s^ dont on t'of-
•frira sans doute ks nirmes preuves qu'à ceuk
qu'on en veut éonvaiiiere/' Or , il n*en est pas
«H ce genre comme en fait de goûts. Tu peui
me trouver aimable , et d'autres femmet p^ri-
ser que tu vte tromper : c^esç un jugemeirt
'assez-arbitraire ^ mais tu ne peux pas trouver
qti\ui crime éiSit une bonne iaction. I) n^y a
.«pas deux morales pour ce qui constitue l'hon-
Héte hoiiime ou le sce/érat : il ne s'agit donc
*que de constater lea fkit« ; et s'ils ne rétissis^
sent pas aussi bien auprès dé toi qu'auprès
de:tout autre f ne serait-ce point que tu serais
' mieux informife ^on qa'to n'oserait pas travail*
cer les iiïdmes men^ionges ? Qu'aurait-on ré-
XK>ndu II ce raisonnemènt ? que la cotTes1^on<*
/dance que nous demandions entretiendrait
-ta préyentioii ^ et tc fermerait Jl'oreilie à tout
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çç. q^'m pqurrak tQi4ife;CR?^r^ âl0i ?.A«
coutii^ire^ il ijÇ** bif3:^;.pluft. natur^çl.que ,jtM
n'iécoute ppint ce qu^iiii dira ooDtT4^ iia hômsif
quQa attaque p^r ,dei;rière et qui uç peut se
défendre i car géïi^roslté et Téquite font
^stîtpt pencker la bala^oce ^nla^^Êiifeiir^
l^jstis quand iJ peut se, déi^adre^ pn^dpit «O^Lif^
frirfqu'il sait libre de Tattaquer- Le yraî e«t
qu'Us sayen^ bien que tu as ét^4e t^oili;
i^es^ftire de tout ce qu'on peut te dire ^ et
qu'^ moyen décela ^ ils ne peuvent espérar
4e ^ travestir ce que tu us vu« hii^-
tems qu'ils cpiuisriepaeat eu,j:ugi5$4ut» Q^B
TU AS ^ RÉpoNi^E TOUT:.- Par un coup
d^étoiie^ , qui ^^eui^ç ; eompensi^ . bi^en des malir'
heurs ^ jL/est trouvé qUe. Qeluî duquel nous
ressortUsons était ^tin moi^^tel bienfaisant qui
ne pensait .pas coi^me cette pieuse mère ,
laquelle aurait mieux aimé ^^isait - elle ,
pleurer ta mon que iùn amour^ Cet* amoiu*
existe. ^Les éclats qu'il a pu^produire sont
faits. Vgulait-on ou ne voulait-on pas que tu
mourusses de douleur ou de désespoir plur
tôt que d'écrire a un homme q^e ton silence
•m
n'eût pas empêché d'être ^ au vu de toute
rjËuropa> ton amant? Ywlà à qiiuiserédui**
-sait la question, et' il •me semble. que les
-simples notions du bon sens uet de l'bttmaf»
ni té dictaient une réponse favorable à nos
^desirs, * Je sais bien qu'il fallait un homme
courageux pour les exaucer , parce' ^tac, fset
Stic H4AAS£Air« < 377
homwie n'est seul maître j mais cet
homme trouvé , les vils croassement de ces-
reptiles qui w s'élancent hors de 'la fange
içae pour y retomber et s'y enfoincer davanr
* 'ûge , ne l'effrayeront pas. Pcmr.ce qui est de
.-là'kaine de la marquise de M» . » pour Sok
jgUîe ^ je sàis à quoi m'en, tenir* Quant â
Utéler de ce qui ne îa^ regarde pas , j'avoue
que le reproche me parait nouveau; et j'aur
i:,ais cru que qui me touche de si près^ la
iffegardait un-peu. Mais laissons là les B * •
*4t leurs folies ) et leurs injures y et leurs bas-
^ sesses \ et parlons de ma fille ^ de mon unique
«enfant , dans les veines de laquelle il a'y
.j'espère , aucune goutte de leur sang. Je te
,conjure de m'en donner des nouvelles le plu#
tôt que tu^ pourras* Je suis ixiquiet jde la
. eSavoir grasse , et j'attends avec la plus ex-
trême impatiente d'apprendre qiie ses dents
ont percé* Son^embonpoint est ^e trop jusque-
là.; caria dentition est^ en général , plus dif-
ficile chez^les ehfansgras, et il faut compter
sur les convulsions : je te 1? .dis pour que tu
ne t'en effraies pas trop. Outre la précaution ^
que je^t'ai în^quée^ de'faite' une incision à
gencive> si l'enflure devenait trop forte et
leiB efforts violens^ il faut ^ si les convulsions
sont opiniâtre^,, les combattre avec la poudre
4c gultette, les yeux d'écrey|sses , générale-
' ment tous les absorbans ; mais sur-tOut l'es-
prit de cofae^K;erf>qii«âydenbam etBo^f*
♦
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'3^ LETT&XS OllIGJKAI.ES
lions nettement^ ma tendre Amiej lorsc^ue je
tfai hatàrdé le mot d^iooculatkiii , tu m'as,
dit) Nous apom <fit tem$, et je A'ai.pas osé
^nsistcr. Sais -tu pourquoi ? C^est que lant de
mail!K menacent >l*enfanc6 tant de i>oi^
Vulâions 9 tant de coliques , tant d'accidcus
dépendans de îa dentition qui peuvent sur-
venir pendant Tinoculation^ etla rendre fa**
tale^ lui seraient sans doute imputés ; et je
mourrais de douleur, si tu poâh^is , febedh
pas me, repêcher , je dis attribuer dans'^
plus secwt-de ta pensée, à mon étourderîê',
J'a pel*t^ de taiiUe \ car je pense que dès Tàge
d'un mois les en fans doivent être inoculé^.
Cependant , puisque nous n'avons pas saisi
ce mom'ept , le plus favorable4e tous, atten*
dans que la denti(ion soit passée. Je te crois
très-convaincue de la nécessité de j-inomila-
tlon; mais si tu as le moindre doute , dis^le*
moi ; je^Xe promets de le lever , et ^i tu veux ^
je te ferai une jietîfe dissertatîontfui contien-
dra les preuves incontestabies^e Futilité de
cette. méthode, les réponses^ aux objections,
et les- printûpales cliosesà obmVer dans le
traitement. ' ► • -^-^ i'< ^ - 1
Quant à la beauté de GabHel-SopliIe (qui
ttie ressemble! dctoce^e testebetfe^ ear il n'y
a rien de si-beau que moi , et madame JBÀiisa-
Befb m*a demandé un joui si j'avais été îno-^
cnîé-} , j W sei^^l toUjoiurs- plis ^itfe conteât
quand elle se portera bien.
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.s E ^ lis jl B K JL ' 379
Point de cçs {^braftes. légères , Sophie, ^ii
fait de science ^ comparer ropix)icm et Tauto*
iité de M. de Bufibn à la nilenne , c'é3t com-
parer l'aigle au moineau. M. de Buffoti^st
;le plus grand homme, de. sou siècle et de
bien d'autres c.eVst le seul que les Anglais
nous . envient ^ et ila si^y' comiàidsent. U s esï
fravé vers la gloire de^ routes nouvelles et
sdm nombre , tout^-à^^fait inconnues aux an«
ciens et ajuxr. modernes» Je Fétodie chaque
jour ^ je radmiie^ je le révère^: ne j^arlons
.jlamaift dit. génie cju'avçe.ietespeet cfue nom
luidevons»«Quénaud est uu homme d^'uu grand
ïn^rite. Le^not de son fils fait horreur. Plus
jeune que itii^ un enf^mt Athénien fut con-»
damné à ^mort par l'aréopage ppui; une
4cti0n qui n'étâit pas^ à beaucoup près ^ si
«odîteoae que la^frfucdse du petit Motitbeillard;
rx, Le Ménage .dont tu me parles , est-il: celui
,quU Vante toujours ^on honneur et SA MAii-
SOK ? Car les coquins parient tou joitrs de leur
probité ^ et les secrétaires du roi de leur no-
klè»i^» Il n'y a jque le- fils que je' ne tecon*
)>aa*à tpn sij^Iement ^ car au im^ins se
iseraltriLréservié ide voir, des filles. -
*
'/^et éumplaire^-dé iire)$ méiii6iref e«it un^e'
"Ridicule bêtise.^ Jùh ! ne ^is^tu donc pas que
la moitié n'est pas de moi ? que le resle a
été impcimémanobi insà , smt eerrection ? et
que ce» ji'étaict*que des lettres écrites oA cpu*
raut ? Qui diable l'a aCublwc de,oes informe» ^
» •
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■ •
liunbeaaz ? Non^, sur làon liQnneur , je n'en
veux pas. Je ne croU'pas avoîr rien fait de si
béte en ma vie^
Je Taudi^ak que tti tue susses ^ si /e légi^
4at€ur des rois ^^iskt quelque ouvrage depuis
son supplément à la Théorie de Plropêt ,
lequel supplément est un fort bon soporifir
que ; inais il faut que chaque année ce fé-
cond mortèl ponde un volume in«^4^. , que lit
qui peut. Ses œuvres en forment 18 ; et ye ne
CT016 pas que le pl US infatigable déchiffireur
de gaulois 9 de>teke^ de goth , visigoth , och
trogpth et des. idiomes les plus barbares^^ en
puisse lire plus de 3. Je t'avoue qu'il pourrait
bim sortir qudLque jouk* du Bonjon de une
irude^ diatribe, contre l'économisme» ^
Je parlai très-chaudemetit de ce dép£rt de
papiers à .celui qui' me rappela d^une nia^
nière si adroite et si aimable la ^tra^i^ç/zon
Tâmlle. vois que je i^ati^as semé: dans
ime terre inféconde, jl «est de& gens qui par
état ne peuvent parler ; mais quand ces gens*
là ont une ame , leur 'silence est éxpressif*^
f t leurs demi-mots sont fort^loquens» Çk^e
Amante ! dans un aussi horrible malheur que
le jnétre , nous avosis tftouvé - bien: des* com:«
ixensaiions. Ne te laisse donc pas abattre, à
Sophie de mon cœur ! plus je réfléchis au
noble caractère que je t^aîoconnu:^ à la sen**
sibilité de J^Amie qiie. j'adore^ et plus j*es^
fère etj^eicige de toLet de ton. céuçage. Je
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. B M I & A B £ A U# 38x
ft!ai poiat V4i j il est vrai ^ de femmea ni
d'hommes capables de résister constamment.
iPiiifortune et à rhumîliatioa. Les femmes
surtout ^ lorsqu'elles se croient humiliées ^
sont entièrement terrassées , et leur abaisse- ,
meot.pass^ jusqu'à l'ame : mais ma Sophie^»
Xaa^Sophie-Gabriel , mon aniante ^ mon tré- i
6Qr et mou bien^ n'est pas lugie femme. Celle ,
q)xi a mis sa glpii^ et l'unique espérance de >
son bonheur dans la fermeté et la constance ^
d'une passion telle que la nôtre , à l'éi^reure
du tems^ de la fortune ^ des persécutions ^
et qui ci'oît av ec les disgrâces de la personne
aimée j celle-là^ dis-je , n'est pas capable de
se qipire humiliée par l'injustice^ ou de céder.
À Ja tyrannie. Je $fii$ , je saîs^ trop que si la^
tristesse attendrit ^ elle énerve aussi ^ et
qu'une ame aUligée a infiniment moins de
ressort ; mais ce n'est pas dans le sentiment
de sa passion dominai^te qu'elle en peut ja-
mais manquer. Monadorable Amie, n'oublie
jamais que nous savons par notre propre ex*
périence que l'activité et la résolution sont
capables de surmonter presque toutes les
difficultés y par. cette même hardiesse qui les ;
fait tenter , au lieu que la lenteur çt Jia pu-
sillanimité qui se réfrôidissent à la vue des^
peines j des traverses et des dangers ^ forment
vraiment l'impossibilité qu'ils redoutent. Les
occasions viendront d'appliquer, cette ma-*
xime } et qui n'aura pas le coifrage de les at«
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38s LETT RBS, dEÏ-ÛÎN AtÈS *^
tefidre 6u de ks. préparer ^ n'ailrà sureinçlit
pas celui d'ca proHlej,. O mon Amante ! je
le dis comme toi ^ quand on a' aimé comme .
iKHi$> il est impo3$ible de renoncer à Ifamour
cpîi rendit si heureux : je le dis , non pas seu-
letaeftt-parreqùe je léiiens ; mai* parce que
rincoustànce parait vraiment à mon esprit,
utie chosfe iHConcevable dans une passion -
telle que k nôtres Qu'ellfe touchée cietté '
exclamation naïve , exhalée de tojQ ame toute
aimante : Ah f pourrions^hous yù re sans ai*-
mer ? Non ^ non ^ isià Sôphie : ton Gabriel est
fa caution. L'amour est la plus subiime af-
fectlon de l*ame: mais il est aussi le plus
impénewL be5ôni de celle qui Pa connu. B a
augmenté nos plaisirs par une participation
rnutuelle ; il diminuera nos peines en les di*
^ visant, Âb ! si jamais. ^ • • • quelle déKciei^e
vie il nous piéj3are 1 Les craintes tcrriblésqui -
, nous agitent maintenant ^ lès inquiétudes: aU
^e.s qui nous auront déchirés si long-tems ^ ;
les jours orageux, les nuits amères quiauront ^
précédé le retour du bonheur ne tourneront*»
ils pas à son pront ?. O Sophie ! quels dédom-
inagemens ! quelles célestes récompenses ! Le
souvenir de iios souffranoe&« dbubs sàcfiiiceji *
réciproques , tie deviendra-t-il paslui-méme^
au sein de la tVîlicité^ l'un de nos plaisirs les
pii^s délicats et les plus vi£i ?X)h 1 oui ^ oïd :
envoie-moi cède bague de cheveux, on dai-
. gtieia permettre j pour moi qui crain$ que
k • •
♦
■
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I
' ' DEMI R A B EAU. 383
j
ta prot^îsioii lie manque y j^ose hasarder une
tresBe de ceux qui*«'o*it/foîttbé de la tête*'
Thi me ferais bien plaisir aussi ^ si cela ne^
coûte pas trop cher ^ de faire gr av er sui? acjer
^le dêrnter ohîf&^ie que je t'M envoyé, aîvecT
ornemens qui y sont ; mais point d'enta**'
blement. Il sera seulement appuyé contre un
socle antique. Au pied , Voti mettra tm chien .
couché ^ ayant sa lesse sur le dos ; et ces mots
au dessous (du chien) : F/zz che régna. Tu
entends bien que*cela veut dire , Jusqti^à ce *
que V heure vienne ; et lu devineraLs rem- *
Wéme , quand tu ne comprendrais pas là de-
vise» On te rendra Targent que cela coûtera ^
et tu crois bien que ce n^est pas pour ne pas " '
te devoir que j'ajoute ceci; 11 y a long-tems
que nos pauvres bourses sont communes , et
^ic'cst pour toujours. Mais je crois la tienne
fort légère» La mienne ne Test pas moins ;
mais le très-peu que j'ai ne saurait m'achetejr
tm plus doux plaisir. Au reste, ce modeste'
cachet d'acier ne nous i^ra pas oublier l'au^»
tre. Je t'envoie un avis aux Hessois, et ré^^
ponserà la leUre de la raison. Garde le pre*
mier ^^ mais rènvbie^moi la sfeeonde, après -
l'avoir copiée j car je n'ai que celleJà. J'ai
sept: ou buit le lecteur y melira le titre, si
tu e^ veux.. Quaot au<x Métamorphoses d'O*
vide , ti adulte*, expliquées et commentées , ce
fim ae laisse pas que^d'être un ouvrage consi*
. étf uiM^ \^ te li^s ^verrâi à f ur ^et à mesurç^
, . • • . I >
r
/
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384' L ETT^AEiS-O&JGXNiALES
' mais outre que ^ depub ua mois j les déran-
gemens de ma sanfé et lés circonstances m'ont
arriéré y il faut que je recopie , et cela me
fatigue ceut fois plus que de composer. Pa-
tlmte donc ; mais je. tâcherai de t'en £aire
un, premier envOi à ia prochaine foisy si on
le permet. ^
Je te ^conjure encore une ibis de ne pas né-
gliger tes palpitations^ Ah , Sophie ! soigne
ta santé , cVst le troisième des biens. Avec
l'amour , laliberté et lasaiité^ on est toujours^
ab l toujours heureux. D.'après les symptômes
què tu me décris , tu me rassures un peu ; '
parce que cfest irritabilité du genre nerveux^,
et nullement maladie du cœur. Un régime -
uniforme et sain , et de l'exercice^ beaucoup
d'exercice doux. De 3 à 4 heures du soir M«
Gabriel se promène maintenant , outre il
spazio de 8 à 9 du matin ; profite de l'avis.
O ma Sophie 1 tues grandement folle quand
tu parles des perfections physiques ou moral es
de ton ami ; mais quiconque aura aimé te le
pardonnera. Quant à ce que tu dis / de ma
droiture , tu n'exagères pas. Grâces au ciel ,
je ne connais pas d'êtres moins fins que nous.
Je crois te Payoir dit aillebrs : La finesse est -
• une vue courte qui aperçoit et grossit les
objets très* voisins ^ et ne voit ^'un nuage
dans Téloignement. Quand la finisse ne serait •
pas «i près de la ruse , de Pastuce , de tout
ce qui tient àlafaussetéyde tout ce qui est
^ il , f ^en ferais encore peu de cas ; car elle est y
selon moi , le plus sur s^iuptôme de la mé-
diocrité. Je ne crains po^nt qaema Sophie ^
qui pense avec tant de justesse , qui observe
ii bien^ et à qui riastinct,je veux dire le
jugement droit et exquis que lui a douné la
nature , fournit toujours le mot propre ^ con-^
fonde la pénétration et la finesse. Il y a autant
de distance entre eux , que du j argon à Pesprît^
et de l'esprit au génie* On appelle encore très**
îfinproprement finesse , la délicatesse de Téx-
pression ; car il y entre bien plus de' tact, de
^â^acité, de sensibilité , pour tout dire eh uo^
ihot, que d'art. Que te dirai- je enfin ? Ou
aéstire qu'on peut être fin et hoùtiêtt ho&ime :
U la bonne heure , p<^urvu qu'on convienne ^
que les perfides et les médians se sérvent de
la finesse Comme de Veiir première ai^^e ^
tandis qtre la candeur rignora toujours, et
que le génie la dédaigna dans tous les tenis.
Voilà ma profession de foi à cet égard. Mais
sur tout ce. qui n'est pas amour ^ honneur et
droiture^ je sais que je suis un compose très-
bliâti^^i^ii èst vrai' qu'on. à furieusement tra-
vaillé à me rendre tel • où plutôt à m'anéautîr
, ' «3 ' i' 'l'y
en tout sens. Mou digne et estm^ableDupout j^
qtii iti'a toujours vu 4vèc des yeux irbp induis
gens 9 m'éprivait uu jour : La nature i^o^s
dmit fait pour cU e un héros guerrier ^ wt
cA^ènturier conquérant ; oit' vous a tnis lies
entrai es. Eh bien: l yous serez un paisii/lc/
Tome II. R
. -d by GoogI
386 T.ETTUESOKIGINALES
philosophe , et vos veilles seront plus utiles
u Inhumanité que n^eussent été vos exploits.
Hélas ! je ne serai ni l'un ni rautie; et je
m'en consolerais bien aisément, si je pouvais
être ce que j'étais par choix , un tendre amant,
un excellent ami , un fidèle époux ^ un bon
père* Toi seule réunissais ou excitais toutes
ces affections ; toi seule donnais de l'emploi
a ma tête, à mon imaglnatioa, à mon cœur.
Tant que tu m'es ôtée, c'est yraiment Idvvie
qui m'^est ajjacbé^ ^ la yi^ de l'ame , la vie
du génie.
Oui , mon amie , oui , SSmonide est P^m-
blême de presque tous les hommes^ Il fut prié
de célébrer pne victoire à la course des mules.
Que dire sur une mule ^ vile production d'un
ignoble et paresseux animal. ? On donne
beaucoup d'argent au bel-esprit j son sujet
s^embellit ; la parepté de l'âne e^t oubUéç :
Les nfule^ sont Içs^iUobles filUs^ dps çoursiers .
rapides. . i • . ^ . -
Je né suî$ pas trop fôché du màuyaîs sujccès
de ton sermon» Ne t'#iya j^s-jjç pas dît ^^e ixp plus
prêcbei les femmesPQuand tu voudras ^Ma-^
dame yje t'indiquerai une^belle dissertation ^
où Ton prouve en forme, par cinquante té-
moignages de l'Ecriture , que l^s femmes ne
font pas partie du genre bumain. Acidalius^
auteur de ce singulier ouvrage ^ finit , après
bèauéoup d'autres galanteries de cette espèce ^
l^ar xiemândex^ au:s: belles leur ancienne bii^Q-
biyilizûo by GoOglc
Veîîlance pour lui j ou si vous ne /voulez pas ,
tlit-il ^ bêies que vous êtes , puissiez '-vous
périr pour toute V éternité J Un sayant ( Sitnoa
Gcdiceus ) a défendu , il est vrai , ce beau
«exef rês^ivéolDgitjuemetif ',^t fiait pàr appeler
poliment ( comm^ cela se praiîque entre
ffavans)'5on adversaire, un être bâtard fointé
db l^accouplemeni de satan m^c Pespècé'
A7/77iaiV2e^luisouhaitant.sur le toull^ perdition
ëtipriielle. Or^ anesdatiies^ ioytz fièisek de ce
obampioa* . -
' Il faut laisser croire à cette demoiselle ^ ti
cela lui fait lin gros plaisir, que cette chaoaon^
uimour amouié ina lyre , etc* étéfaite pour
elle, La vérité est qu'il y a sept ans que Puln-
sinet,* à'Argenteuil ^ fit le premier co/^ple^^
pour uo luiu&îcien qui modulait un air sur. le
clavier. Lesecorid fut fait par quelqu'un qui
n^eti pas moi; et le troisième par un autre quel*
qu'un. Eh ! quel mérite y a-t-il à une si faible,
bagatelle ? Ne t'a-t*on pas dit aussi qjue JPa- \
rapilla est de de la Bor4« ! C'e^t qu'oa.
m'a fait l'honneur de me le dire à moi , qui
eonnaîs4>ien le Lyonnais qui l'a volé, et à qui ^
et où il l'a fait imprimer , etc. Moi, indigne ,
qui ne fais point de vers, et qui ^ur-tqut n«
T^ux point passer pour en faire 1, p^arce que
j 'espère établir ma réputation sur de^ chiises
plus sérieuses , j'ai répondu que c'était fort
foien fait à M»d6 la Borde, qui, reste ,
jaeut en avoir fait un que je ne connaisse pas»
Rij
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385 L E T.T H RS O R I G l N JrtL
En général, on trouve force gens habiles ^
kériter. Je t^ndlquerâl, quAQ^ tu vpuciras^
4es morceaux de rAlaïaaach ,^es Mu^&i^uir
^oxit à huit qu^dix poètes j et qui pis est ^ un
veciuetl de TCt^ ide Cjetle année ^ ou 3e troi^i^nt
huit vew faits pow teî ^ deyarn^ t^i * ^tjws»^
am reversii) avec toi qui prêtas ton crayo/i. X.jç^
wai est' que je n'ai jamais, f^iit de y9}:s^\qi4%
nailleat la peiae d'iêtre pitaéii». ? : \ \ , • u
^ Sais-tu que tu deviens wéphapte -, .madajnaei
Sophie ? Quoique je t'aie vue asses souvent
pinper Urès-serré, et}saas rire ^ oui eh triant^ je
r\e t'avais pas encQre connue si mordante.
Après l'amour^ je c;rois que «c'est l^mdignaf^
tion qui- donne de Tesprité Adieu ^ moa Anaûe.
toute tendre , toute belle > toxite bonne jf unç
llettre ni W diQîonerii biek daràniage encore^
et un baîser ymille fois plus« Héias.! non.: un^
baiser de ce qu'on adore -> un bai$êr si désiré^.
attendu , qui- sncoède k dies^ pti vatLcâis sè
cruelle» , un tel baiser vend bien/bête f car il
ôte la connaissance 9 s'il ne tue pas.*,. O
Sophie ! toi-seule donnes^ âtes^et ^nnds 'la. vièz
écris-nK)i que ton cgeuj est soulagé^ toàimar^
gination calmée, ta santé bonne y tes larmes^
séebées ; et ÉQuvîéns^tm à jânuds. cpte qm«
conque a.{»roféré ou pToférei^a: cet horrible
blaspli^^me qui m'a fait frémir dans ta lettre ^
ifue S ophie^a^éié 0» sera kibandonnée -par sém^
amante est et sera un abètr^nable calomma-*
teur, à qui je désire ta haine qu'il ou qu'elle
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■
mérite» Galsiriel est toa ami j ton amanA 9 ^uo
sposo. Sa fortune est à toi : son cœur est à toi :
sa vie est à toi ; et il n'y a pas le moindre
méritée ^ car le prenûer besoin de soa être est
de t'adorer.
G A li R I E L.
■
Tu seras un |)eu étoauée de cette cinqulèn^e
page ^ mais que veux-tu ? Mon bon ange (^car
j'ai un génie fa/nilier^et je t'assure qu'il nous
sert bien jet je crois ^ friponne de Sophie, que
tu le connais mieux que moi ) mon bon ange
jdonc, m'asouâlé tout bas à roreille que je
jne tuais les^y^eux à écrire si fm , et que je
pourais bien ne pas tant économiser le papier ;
moi qui n'entends pas les afiPaires ^ j^i
commencé.une cinquième page , ]mrce que y ai
écrit bien gros pour ne pas fatiguer les yeux
de mon boa ange «Oh ! que pe parce que est
spirituel ! et je pourrais bien une autre foi»
m'émanciper jusqu'à finir cette -cinquième
page. U ne faut pas cependant abuser de la
bonté du bon ange , car il ne tient qu'à lui de
devenir un malia esprit. Mais les amans sont
sigpurmaods ! et le bon auge aune pbysiono^
inie qui inspire tant de confiance ! é • . Sur le
^out^ma Sophie , donne à ta fille, je teprie,
un autre maître à écrire que le tien.
Pourquoi est-ce que tu maigris ? je ne veux
poiut ccijla. Dors-tu ? je yeux toujours , à tout
j[amais ^ suvol v lo ut , dans la plus exacte vérité ,
R 11)
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390 L'ETTAIS dltl<»11f ALE»
$uT tA santé et celle de ta fille» J'ai ta ehar^*
iDârnte bourse que je baise et presse chaque
jour sur mon coe-ur. J'envoie une feuille ou^
Uiée dans les^ poésies érotiquQs^ et j'indique
cruelle doit être jjlacée..
♦
A M. L E N G I R.
1 décembre 1778*.
Re ce V £ z ^ Monsieur , mesplus tendres re»*
wierclmens pour la leftre de ma mère,qiie vou»
m'avez fait passer. £lle est plus satisfaisante
encore que je n'osaU i^espérer , et me ( onfirme
ïes demi-mots que votre inépuisable bonté
avoit laissé échapper lorsque j'ai eu l'^honneur
de yous voir.
• Je vous supplie , Monsîeni» , de charger M#
de Kougemont d'une réponse au sujet du do^
mestique que j'ai demandé. Ce n'est assuré-
ment ni importunité ni inquiétude. Mott
estomac qui refuse toute fonction, me réduit
à Tàge de 29 ans, moi qui étais né avec une
fôrcfe d'Hercule, dans un élat de faiblesse et
de besoin inconcevable pour quiconque ne me
voit pas journellement. Les soins qu'il exî^e
vont encore aughienter ; car je n^a( ten ds pour
me meilre dans des remèdes sérieux qu'ua
chirurgien qui ne me soit pas suspect ; et si
V ; d^a raisoiis que je ne veux ni n^ dois deviner
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I)£MJRAB£Air.
empêchaient qu'on m'en donnât un ^ je serais
obligé d'incommoder beaucoup M. de' LaiR^
seigne ; car je n'ai pas voulu , même dans une
suffocation diabolique et inquiétante, prendre
un vomitif de la main de M. Fontelii^u* Ce
cbangement dans mon état en nécessite u»
dans mon servic e. Un portc-clers ii') peut suf-
fire, j'en atteste M. deRougemont ; et cep6n«*
dant je suis loin d'être exigeant. Eh quoi ! je
-demande un domestique, à mes frais, et Pon
m'en refuserait un 1 Certes , je ne le puis
croire, et si on l'osait, j'en appelle à vous , à
votre cœur, à votre justic e. Je sais trop biea
quel h^mnie est mon pèi'e ; mais le minis-
tre , ou vous-même , Monsieur , ne pe^t-il
donc pas dire : IL faut ?
J'ai l'honneur d'être avec un tendre^ respec*
tueux, et linmoi tel dévouement , Monsieur,^
votre trèsrhumbleet très -obéissant serviteur ^
Ml&AB£AU fils»
A S O P H 1
• ■ -»
M A Sophie , je n'aime pas^ du tout le ton
vagué et légar dont tu me parles de ta santé.
Tù assoufft^rt et tu souffres ; tu as eu la fièvre
à la suite d'une incommodité très-grave i tu
as étésaignée ( ce qui est trèt-bien fait ) et ta
Riv
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\
39* LSTT&SS O&IGIKALSS
pemffles ^ et tu m medoones point de détails l
Sophie ) je ne suis pas conlent. Tu sais ce
qu'est mon imagination , organë trop ardent
4' un cœur ej^trêmexueMt sensible : tu sais qu^
ta iiaaté est ce qui m'importe ei m*inquiète le
plus au monde : tu sais ou tu dois savoir que
' mes connaissances assez étendues en méde*?
çine ae sont guère bonnes qu'à multiplier
mes inquiétudes , et à les rendre plus aiguës ;
et tu ne me dis ni ce que tu as , ni . ce que
prétend le médecin , ni ce qu'il se propose^
ni à quoi il attribue ton dérangement» Ëst^ce
une «uite de tes^ palpitations ? sont^elles ou
Bioindrcs ou plus Ébrtes ? tes règles ont-elles
veparu ?• as-tu quelque autre dérangement d
Est-ce à ton amant ^ à ton époux 9 que tu
dois cacher tout:^^ cçs ^îhoses , quand tu es
malade ?.. « Mais un AOtre Tott les lettres • » «r
£h ! qu'importe ? cet autre est sage ^ prudent
m::: lé ; il sait notre histoire ; il voit notre
tendresse; s'il ne l'approuvait pas, nous ne
juous écririons pas f il s'intéresse à nous ^ au;
mollis il nous le prouve : que crains-tu de
lui? Tu ne saurais* croire quellear peines tu
me causes j et tu serais trop punie si tu les
concevais. ... Mais je t'ai parlé légèrement
de, ma santé../, • D'^U»rd cejfca n'e^t pas :
t'en ai par]|éiJHême prop sérieusement j en-
suitexela est lout-à-fait différent. Les malav
dies de ton sex^ ef^sj^pt bien 4Vutrets rafar.
ges que nQ^iaco^j»Q4ité& Si j'ayi^is une ma^.
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ladie grave ^ il tne serait împos$ii)Ie de tVcrire
aussi longuement que je le fais. Il n'est donc
question que d un délabrement de santé dont
je ne saurais te noter toutes le variations
comme celles d'un thermomètre : d'ailleurs
il est assez simple , et par conséquent moins
inquiétant, que je me porte mal. i*^. Jé suis
accoutumé à une vie on ne saurait plus ac-
tive , et je ne me suis soutenu contre mes
prodigieuses études ( régime toujours très-
mal sain) que par le mélange de rexercice
et du travail : ainsi ma situation actuelle e$t
absolument contre nature. 2^. Tu es assez heu-
reuse pour que le célibat ne te soit pasà charge,
et tu sais si je puis le supporter. C^est un
avantage de ton tempérament qui m'est ab^
solument refusé, S*^. Les peines de l'ame ont
toujours altéré ma constitution mille fois plus
que les maux physiques : autre inconvénient
attaché à ma nature, 4^ Enfin , j Vi abusé de
mes forces et de ma jeunesse. J'ai donné dans
tous les excès, le libertinage seul excepté;
mais pour cela je n'en ai. pas été plus réservé
stir les plaisirs. Je ue suis sage que depuis que
fe te connais , et cette sagesse-là a encore
été assez jeune. Voilà bien des causes qui doî-
yent t'expllquer le dérangement de mon être,
et te rassurer un peu , parce que la plupart
à^e ces causes cessant , les effets cesseront aussi»
Ail lieu die tout cela , tu es très-jeune , de 1^
aneilkure cooslitution possible : à plus de
Rv
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^94 L £ T T & £ s O E I G I N A L £ S
ans f u nWais encore rien perdii de la souixe^
de la yie : tu es accoutumée à une vie séden-.
taire : tu es d'un sexe qui a moins besoin d'exer^
cice : tu peux en prendre plus que moL : tUL
travailles moins : ta as plus de distractions,.
Que de raisons n'ai-je pas de comptée sur ta»
^antéiLaiime du chagrin t'use comme moi,
tans doute ; mais elle a biea plus d'étoffe à
mordre avaat d'attaquer, ta vie*. Ma Sophie
je te dpnne ma parole d'honneur de te dire
tout ce qui surviendra d'essentiel à ma santé ;^
nais je sais ce qui. est essentiel ^ et toi tu ne
l,e sais pas. Dis-m.ol donc tout^ absolument
tout ^ relativement à la tienne^ dans le pluis.
minutieux détail^ ou tu me tuecas. £n vérité
mon fardeau est assez lourd : ne l'aggrave,
pas, & mon amour si cher ! et songe quenout,
lionune^s des siècles sans recevoir des nou**
Velles l'un de l'autre. Rien n'est empiré chez,
moi^ au contraire ; j'avais des. sufibcatioas.
tjrès*vioIent^s qui sont passées.. Pej)dant quel*
ques jours elles, ont été j usqu'à l'cvanouisse-^
ment , avee des battemens de cœur incoa*
lavables. J.e me sjais bourré de fleur jd'orange^
et de goiitUs (l'fiofFinan j enfin de trcs-fortcs,
qiausées s'étant déclarées Le jour même où |e
t'écrivis^^je me décidai à- l'ipécacuanha. Le.
chirurgien qt^i convenait c!e la lu'cessijé me.
dit qu'il en allait apporter. Dans l'interyalle.
il me survint une fonte de bile qui. me sou-^
la^ea j et comme , outre la réjiugujince ^oiui
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B£ MI&ABEAU.
les remèdes violens , je n'avais pas une très-
grande confiance en la main qui me l'admis*
nistrail ^ n'en Toalus plus. Les pal pkations
' sont passées à peu près : les su (focal ious-tout-
^feit; maÎBle$ digestions sont toujours très«
mauvaises et extraordinairement difficiles^
et cela parce que l'estomac absolument débi-
lité refuse (onctions, et qu'en outre fe mange'
beaucoup trop vite, n'ayant' pu supporter de
la vie Tennui des repas solUaires. Il est cer*
tain que l^on me tuera ^ si l'on me laisse ici ;
mais il y a encore de la marge. Pour mes yeux
iU empirent coniidéiablement. Voilà la vé-
rité : elle est dure , mais exacte. Sois aussi
fianche^ et que je puisse compter sur renga-
gement formel que j'exige,^ que rien ne me
soit caché*.
Ta fille m'inquiète , cependant c'est unein*
qulétuxle vague vt peu raispnnce. Délivre •
m'en le plus tôt que. tu pouna»^ et dans tous
les cas j o ma Sophie , songe que tu es amante'
av^nt d'être mère. Tu me dois ipkis qu'à ta .
liile. Ç*e$t po^r moi qu'U faut vivre , aimei? ^
la vie^soigner ta santé ^,et combattre tput ce-
^ui pourrait l'altérer. Un ancien écrit ces;,
mots touchaus.: LeaJuaémUle^ d<;js et^uiis sont
teujours jyri'n.aUiréea Lornkjue !es nières y
a^Uient. ^Mais il en- est contM nature : ce;,
son^ celles d'uoe amante OU se trouverait soa\
aauinl. Nous devons vivre et mourir 1 un .pour,
Tautre ^ et.s«alcm«nt. l' mut, l'autre^ ^oicTi
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1
39^. tETTtiiS û&IGINALES
fille ^ )^oae Teapi^rer^ sera en tierîs de cette
union Sfierée ; mais ne va pas-oroire ni qu'elle
%Qït ioimortelle > m que aottisnfaocq se passe
&4ns aceidens. Ne t'expose poÂut san^prépa-
r-ation à des chagrins inéWtables: quePamour
$i>ît ton ég\ de contre les iaquiétades dévora»^
tes y et s'il le faut , hélas ! le contrepoison d'une
cruelle dîniJeur* Procure-4oi un hrwe de M.
foureroy ^ intitulé hes enfiuis élevés dam l^or-
■dre de la nature j et^. Je ne connaissais que
de réputation ce bon et esHmable ouvrage,
Je viens do le lire ; tu le troùTevas chez les
frères Etienne > rue Sainte Juc^jues jàla vertu.
Tu y verras -si je t'aieOnseill^e en étourdi y et
si j'^i bien étudié Téducation physique des en-
fans. Tuy ver»a^^ enspupirant , co^^bien Pu-
sage des nourrices empruntées est d^gereuY»-
Mais eoinme il est cepeûdant des cas oùiine
mère péut et doit se dispenser de ce devoir
( cas tirès«*rates , à la vérité ^ ) et que tu rne^
parais contente de celle de aia fille , rassure-
toi j tu .verra;s encore quels sont les terribles
iûûonvénWns de P»«age des maillots et des
corps de baleine ; comnie ils interceptent l'é-*
quilibre nécessaire entre la massi&des humeurfli
*
^(uise méuvesit du^eiGSur aux parties et celles
qui retourniént des parties au cœur } et comme
il'Cn provient des palpitations, des toux con-
Ipulsives^ dessu£Rt>cationSf etc. Tu y apprendras
^lela bouillie, aliment tenace et visqueux, est
<fanèer«?ùse yet-qufii faut bien se gàxder de
. k), i^ . j uy Google
DE MIRABEAUi , 897
pi ctlpUerle sevrage j que laver les enfansavec
ie l'eau froide ^ les excarcer au gràkid air ea
tout tems , les tenir libres et bien propres ^ iea
éloignerdu feu^ efc»sont les meilleurs moyens
de les rendre vigoureui:. Lis ce livre : il est à
ta portée 9 t'intéressera y t'instruira^ et rçdou^
blera ta confiance aux opinions de ton Gabriel
à cet égard. Quant à rinoculat ion, il est clair
que tu ne la vois pas dans sou véritable jour»
Il n'y a pas deux manières de l'administrer
parmi les gens de l'art habiles ^ sensés , de
bonne foi et non systématiques) el le premier
soin nécessaire est à peu près de n'en pas pren«*
dre« Nous n'y sommes point encore^ ainsi j'o*
mets des détails superflus , mais je ne vois pas
cfu'unepâtissière puisses'opposer à ce<fuenous
voudrons pour notre enfant , ui avoir un avis
stir l'inoculation j c'est tout ce qu'elle pourrait
faire s'il était question d'une talmouse*
La YOiik donc finie cette année qui succéda
à une autre , dont une moitié fut si heureuse,
et l^antre M funeste , et qui nous a apporté dea
consolations pr^squ'inespérées. Hélas ! dans
Un si court période , nous avons été élevés au
fiiite du bonheuv, préci pités dans les plus pro^
fonds abîmes de la douleur, et rendus à l'espoir
et 4 la vie. Ah ! s'il m'avait fallu ignorer ton
tort, douter plus ]ong-ten«^de tarie , que je
sois anéanti, si je l'eusse pu* O ma Sophie !
vpici deux fois desuite que je ne eonsacrepolnt
snrec toi le premier jour d& Faimée àl'amofHr^*
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LETTRES ORIGINALES
11 me pimksans doute de l'avoir qiiittée un ins*
lant, lorsque je pouvaU éfre arec toi. De
sérab)eseon8idératioti$.pécuDiaires et dessol^-
Kcitations iadiscsrètes m'avaient éloigné. Ah !
coiâment pouyaift^|e te perdrede vu€? cesser
de veiller siu: moo trésor ? coaj urer moi-mémç*
contre mon bonheur? l'abréger volontaire-^
ment? fiélasi qui nous eût dit qu'il devait être
si court ? Ils nous av«ùent laissés tranquilles
dans les premier&momens, ceux où la colère
pouvait les porter a uae'fausse démarche. • «
O Sophie ! c'est de sang^froid qu'ils devaient
nous égorger. . . . Huit jours , huit jours tout
entiers perdus^à Rotterdam ! insensé à- qui JU«
en était si peu destiné d'heureux ! £t que
m'importaient les embaras pécuniaires , les.
tracas du four^ les craintes du lendemain?
Devais -je donc m'afFecter de quoi que ce
SQÎtau monde, quand l'amour était mon con-
solateur ? Un baiser^ un seul baiser , un mot
de ta bouche adoroe ne faisaienl-Hs pas tout
4rsparaitre ?.. . . • O ma Sophie ï je ne saurais,
me la rappeler sans tvouble- y cette soirée-
délicieuse 9 qui termina, cette absence si-
courte pour les. indiflTérens , et si longue^
pour mon cœur affamé d'amour. Que ta joie*
était yive.et, touchante I que son expression,
Aait naïve et douce ! que-ta tendresse sileu'--
eieuse était él oquente ! que tes caresser étaient^,
brûlantes! qné chacun de tes regards sem--
hli^ blea me 4jire : Gid>riel [ q moa Ç^a^brij^ll.
B £ M r R> B £ AU.
^HOi^ tu quittes ta Sophie pour des savans ,
pour de tumultueuses assemblées! tu cèdes à
des instances qui tVnlèy^nt à moi I tu es com^
plaisant à tes dépenset aux miens! IngratGa*
briel ! niérites-lii les faveurs dont mon amour
.te comble?. Ah! ou», oui, ma Sophie; oui,
mon amante etr ma vie. • • • Crois-^moi , quand
j.é te quitte un inslauL, j.^expie aussitôt uioa
crime. Ton image charmante , quinem'ïiban»
donne jamais, est Tinexoriibie vengeur de IV
mour outragé. En vain je voudrais me dis-
traire 9 je ne vis qu'auprès de toi : je spuffre ,
)e lauguis par-tout où tu n'e&pas^ » . Mais ma
douce Sophie me fît-elle jatnais un reproche?
oh! non) elle me revoyait, et j^étais par*^
donné. . • . O souvenirs délicieux et cruels l
6 plaisilrs dont le souvenir me transporte !
ô ravissemens inexprixnable&l flamme inex^
tinguible', qui, tantôt impétueuse, m'em-
brase et me dévore, et tantôt doilceet vo-
luptueuse, vient Qomme une rosée salutaire
appaisepr^mes sçns,. pour les rallumer et les
enivrer encore. Tristes mOteumcins. d'un
amour sans égal et sans terme, illusions trop
décevantes et trop chéries, vous allumez nioa
imagination émoussée par la^douleur, mes sen»
flétris par une si longue mort (car je sui^mortî
le jour où j'ai quitté Sophie, et c'est un tom^^-
-beau que j'habite) . Pui]Bse-t-*e]ld finir cette
épreuve k laqueih^ nos cœurs résisteront bien ,^
ju^ai^ JQ.QU ]3a^ n.oscorj^s ! ^uiss^ cette ajunéeque.
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400 LETTRES ORIGINALES
nous commençons dans le$ larmes nous rendre^
sinon le bonheur que nous avons perdu , du
moins les moyens de le recouvrer l puissent les
restes de notre jeunesse ne pas se consumer
dansdte vatnsdesin! que Gabriel et sa Gabriel*
So^liie se réunissenteocore une fois avant que
la vorace mort^ conduite par le désespoir j
hélas ! ou par le tems , ]es atteigne de sa FauJx
inévitable ! qu'ils serrei^t dans leurs bras en«
trelacés, qu'ils couvrent de leurs baisers en-
tremtiés le fruit de leur amour! qu'àcettje
moisson troublée pair tant de cruelles tem*
pétes 9 il en succède de plus tanquilles et
de plus fortunées I que ceu-x qui leur tendent
une main secourable soient Pobjet de leur
gratitude, de leur tendresse, de leur culte,
et jouissent de tous les biens que mérite leur
bonté l '
Oui,^mon amie, tes pressentimens sont
souvent plus beureun,' mais aussi plus ba-
zardés que les miens. On voit que tu ne
doutes pas. Ah ! que je t'envie ! mais l*amour
doit mieux t'inspirer que moi ; et je' nè veuir
pas t'en dire la raison, parce que tu me
bouderais j car tu ne veux pas aimer moins ;
ainsi tu ne saurais prétendre à plus de sang-
froid et de perspicacité. Ne te fâche pas,
toute bonne amoun Si tu avais la première
lettre que je t*ai adressée, tu verrais que jê
l'avais donné gain de cause à cet égard ,
fue je voulais bien t'admettre- sur le pied
DE MIItABEA¥* 40f
d'égalité, n est vrai que c'étfidt uniquement
pour te faire plaisir ; car Je ne puis me dé-
guiser à moi-même qu'il est impos>sible que je
lois aimé comme je t'aime , par la même raî«
8ion qui fait que l'astre de la nuit ne saurait
éclairer autant que celui du jour. — Nûû ,
je ne sais rien de ce qu'on a fait pour m»
fille 9 et il m'est dur de l'ignorer; mais ce*
pendant ^ ne me le dis pa& sans permission*
Ce que je Voulais te £siire entendre est très-
nouveau j et non pas ancien. Je ne puia
que t'insinuer que notre Gabiiel - Sophie a,
plus d'une mère. Mais j6 touripaenterai tant
le bon ange ( que tu appelles men j je ne
îrais pourquoi , car il est bien ngtre peut-être),
qu'il te le dira. Je sui« caution de ta diâ*»
çrétion*
. Je n'entends rien du tout à tes pièges /^/2-
et évités. Je connais bien certaines gens^
notamment des dévotes^ capables de tout ; car
avec cette race- là, l'iatention justifie tout.
Mais que t'a-t-on pu dire ? Que j'étais iwrans»
tant ? tu ne ne Tas pas dû croire. Mort ? cela-
était aisé à vérifier. Fou? ce n'est pas d'au--
)Ourd'bui, selon eux; mais s'en suivrait^] de
là que tu dusses être vi]e ? £n£n, t'a-t*-oa
sollicitée à quelques fausses démarches, sou^
prétexte de me sentir F ta réponse est sisim**
pie : Qu'il me le demande , je ne croirai que
lui. • , . Va , va , laisse-les faire , les lionne-
tsfk geos auraient £6rt bien pu me conseiller
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4oi LETTRES ORIGINALES
de ne pas l'enlever , mais ils aimeraient mieuic
pour mot que je t'eusse enlevée cinquante fois^
que de nae voir ne pas me conduire et t'ai-
xnereomme je fais. Aime ton Gabriel : aime-
le tendrement , en dépit des cagots et def
cagotes , et mels-toi bien dans le tête , coniine
tu Pas sûrement dans le cœur ^ qu'il n'y a
m loi 9 ni considération divine ou humaine
qui puisse justifier l'ingratitude^ le parjure,
}a lâcketé« A ta commodité : eomplàis-
tol dans ces plates lettres , où j'avais la bonté
d'être bête , sec et froid , pour ménager des
gens qui m'assassinai^int.Paisqiie tu^ /V/^/oiir^s
de tous mes grîiSbnnages , j'e joins ici un
errata du précis pour ma jnèïe. Ce sont les
contre-sens principaux du copiste et de l'im-
primeur. Il y a bien assez de mes fautes sans
les Icuis. J'ai fait passer au bon ange un com-
mencement d'ouvrage pour toi ; îVspère qu'il
te parviendra. J'y travaille aësidueiuentj uiais»
lïia vue m'arrête. D'ailh urs , j'ai eu une autre
distraction depuis quelques jours. On a bien
voulu me permettre de recevoir VE^tprU des
Journaux, et le bon ange m'a tait passer 1777
et 1778)» J'ai donc commencé à me remettre
un peu au courant des livres, et même des
affaires de ce monde, autant du moins que-
Yea puis pénétrer par le compte rendu de
vers et depamphlet s assez médiocres dont elle»
•ont l'occasion. C'est ni plus ni moim qua«
irante-àuit volumes qu'il m'a fallu lire* Cette
4 'Digitizedby
B£ MIKAB£Alf« 4o3
petite consolât ioa m'a fait grand plaisir «J'é»
lais un paralytique à l'agonie et sans connais-
sance; je réouvre tes yeux à la lumière, et je
ïecouvre un peu d'entendement , mais en con-
servant la paralysie. Je me suis liâté, ma bonne
Sophie, de prentlre quelque notion de ce qui
tVtait passe depuismon emprisonnement. J'ai
vu que nous étions toujours de très - jolis en-
fans, grands amateurs de calembours , grands
faiseurs de jolis riens, enthousiastes ioïc enés
, de nouveautés , de frivolités, et aussi ardens
glucktstes et piccinistesquelesinsurgens sont
chauds patriotes et vaillans guerriers. Respec-
table iiat ton , qui Sait si bien apprécier et dé-
fendre sa liberté ! J'ai vu ausii, non sans quel-»
que ebagriii^ qu'on pouvait appliquer à nos
gazetiers ce que le cardinal* de PoHgnac disait
aux Hollaiidais : On voit bien que vous n^êies
fas accouluinés à la victoire j puisque vous
JliifâS sonner si haut vos avantages; avec cette
différence toutefois que les Hollandais étaient
rcclîeaientvainqueuri>du plus indolent des rois
doat ils avalent cruellement à se* plaindre , efi
quç , sur notre propre énoncé, notre combat
d'Ouessant et nos fanfaronades font pitié. En-
trVutres exemple&, je'se erols pa^ qiie depuis
,feu François.!, on ait vu une plus grande pia-
titude que le cartel du marquis de la F. au
comte de Carlisle. Belle gloire qu'un dtiel ^
quand on commande des troupes ! Battezl'eu*
xi^aû i yoyx^ serez mse« vengé de sesL^injures»
^
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404 LETTRES OmeiNALES
Et ! qui diable peut 8*en prendre au com*
missaire d'un roi , des termes d'un manifesta
gu'il est chargé, de répandre ? Maia ce qui est
vraiment beau ^ c'est le génie, la prudence etl«
succès du minbtre qui a rendu la vie à notre
marine. Legouvernementanglais est apparem*
ment en démence ; maisqu^il y prenne gatde:
ces fiers Bretons ne se laisseront pas paîsibler
««"lît réduire en esclavage jet c'est-launique-*
ment ce que veut la junte Ecossaise. J'ai Ttt
que notre jeune souverain est toujours un
buanéte homme (sublime éloge pour un roi î
s'il le mérite )atqu'au derniw jour de sa vie !)
U veut le bien 5 ainsi ceux qui lui feront faire
du mal , ou c^ul sous son règne le laissent sub<v
Siister et prostituent tson nom pour consommer
des inj us^tices^ sont bien coupables envers l'hu^
manité et la nation. Toutes les prédictions que
je t^avais faites sur la rage d'ambition de la
l&aison d'Autriche (ambition infusée toute en-»,
tière et exaltée dans l'ame de ce Jos, II tant
vanté ) , toutes ces prédictions , dis-je y et les
fuites que j'attendais de la mort de rélecteuv
de Bavière s'accomplissent. De tout cela, je
conclus que ma sépulture civile ^ si je puis
parier ainsi ^ est bien fermenaent décidée dans
l'ame du tendre et généreux Wgàlatenr des
rois ; car assurément les circonstances l'au^
^•aient décidé à changer de sy^ême , s'iln'é*
*ait immuable. Au reste , je suis bien près de
n'être absolum^qt plus, bon à ric»i ; car je 4e^
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* - 0 £ M Y 'BTA £ ▲ 40S
¥k^8 trèft'paresseux^.trè^-^lourd^ très-béte ^ e£
4^r-tout très-aveugle. J^avoue cependant qu'il
n*t!$t paftdoux d'être mort fiottr son pays avants
Ifagi: de 3o ans* Je n'entends absolument riea
à ce que tu me dU de M. de Mar.*'*' et de
sa fille* Je ne crois pas qu'elle ait d'autre ma^'
aière- de se tourner du coté de Tôtre hoanêlé
sensible que de l'épouser. Or , cela est diffi-'
cile (en face d'égli s^èntend) de mon vivant ;
et ie n'imagine pîjLS que l'on imbrique sous ce
règne-ci des extraits mortuiiires. Je suis du
moins sur comme de mon èxisCence , que le^
Commissaire du conseil , sous l'inspection du-»
quel nous soinmes^y ne s'y prêterait pa^ j ainsi
fa spéculation me paraît gmàdtmenf^fùtê
ridicule* Quant au baissement de ton^ tu h'asf
pas réfléchi qu'il était fort doux de ne rendre
oompte à personne de sa £^rtune^ conduite tf
etc. etc. Ya , mon amie ^ si je reviens sur l^u^
sois bien sure que ce sera en dépit des Mi.**
dès Mw."^* des Ru/'^et de toutes les fdtftHie^
cmuulies de l'univers. Au reste ^4^1 cela arri^
vàit, Je me vengerais bien d'eux tous j car ma
gésaérosité les accableiTait; — Par parenthèse
9ui n'est pas pour toi (et à propos dès joicr«
naux) je déclare au lecteur de ceci ^ que jetrou-
1^ très^maiivàis que mes fournauK me vien-<f
rient non coiipés. Celui qui se donne la peine
de les faire passer pourrait bien , ce me sem-
bie^9 en profiter ; et S^il wren a pas le teïns ^
cette aimable dame qui peint si bien (or ^ oxt
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4o(k LETTRES OKIGIKALES
ne peint pas eomme cela sans esprit) s'en ao«
comiDoderait peul-elie, au moins des pièces
Aigitives* Somme tout ^ je boudas! in«s jour-
naux me viennent encore non coupés* — J'en,
demande très-liumblemenl pardon à ma sa-
Tante^ritiqne^Jt qui fe souhaite d^ailleiirs d'ap*
prendre autant d'italien que j'en ai oublié. Je
savais à peu près aussi bien qu'elle y que l'ar-
ticle il ne convenait qu'aux noms qui ne cotn-
Biencent ni par une voyelle y ni par une s sui-^
vie d'une autre consonne , et je ne comprends
pas ^ quoiqu'il faille bien que je le croie sur ta >
périlleuse. parole^ comment j'ai pu mettre ^/
épazio pour losfkizio. Jè %e fais compliment
sur ton^érudition etpa«$e condamnation} mais
dis-tu bien vrai ?
Tiens y Sophie^ je te battrais si je pouvais ^
çualid tu lâches la bride à ton fol entbou-
siasyoïe au point de dire de si grosses bêtises.
As-tu bien lé front de comparer mon style à:
eeluidé ce Rousseau r un des plus grands écri*^
vains qui fut jamais^ dont l'éloquence ton-
jpnn entraînante y toujours appuyée de la
plus mgénieuse dialectique^ est guidée par
ùn goût si .exquis^ et n'exclut jamais la cor**
rectîon la plus sévère y si oè ti'eit dms son
Ilélojise où il a affecté des négligences 2. Q:
Sophie ! Sophie ! où est ta . maison 9 ton tact-
et fa^fustices? a d^s choses e&içellfinieè^
dan^ son Emil^^ dis-iu, fih: quoi dope ^'y
pas^ejjçdlpnjli ? orflonnancç sublioîp; ^
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D I M I R A B E AU. 407
iêà\$ .admirables; style magique ; raison pr(V
foude ; vérités neuves } observations parfaites.
Sais-tu bien que tu parles d'un des clicf-
d'œuvres de ce siècle ? Sais«tu que cinq ou
six tragédies de Voltaire , une partie de sa
Henriade , l'Esprit des Lois,PHistoîre natu-
relle deBuffon , celle des deux Indes de Ray-»
nal ^ et Emile ^ sont les titres dout nous nous
enorgueillirons envers la postérité ?• . • . Et
tu compares un enfant à un tel homme ^ k
UB iionime aussi grand par ses vertus que
par son génie ! il eut la sagesse admirable de .
joe se montrer qu'après trente ans d'étude ;
aussi chacun de ses écrits fut un grand pas
vers la gloire. Et moi, moi qui à vingt ans
ai osé me faire imprimer^ qu^ai-je fait? Une
mauvaise brochure où se trouvent quelques
y éri tés , des tableaux fortement 'Coloriés peut*
0txe^ qui décèlent une an^ haute et noble ^
et du feu dans Ja téte ; mais encore une fois
ce livre est détestable : oui , Sopliie 9 détesta-
ble; par les djétails ne font ppint un livre ;
c'est un tissu xle lambeaiix unis sans ordre •
empreint de %ous les jdéfauts de l'âge auquel
j'écrivais j ij n'a ni plan , ni forme^ ni cor-
rection , ni méthode. Voilà mon titre unique j
le reste est dans mon port effeuille 9 et n'jen
sortira peut-être jamais. Je sais^ Sophie bieiji
bonne, ce que j'aurais pu valoir ; je le sais,
l^arce que chacun a la conscience de son ta*
lient ^ sHT-'tOut parce çu'gn a cherçhé 4
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4o8 LETTRES ORI^nf ALES
m'aviKr. Salis doute f ai un cœur droit , unt
ame forte , peut-être aussi de la verve , des
vues et assez de connaissances pour un homme
qtui 9 très-exactement , n'eut jamais de inattre.
Mais, bon dieu ! quelle distance de là au génie
mâle, profond , créateur et sublime de Kous-
seau ! O Sophie ! Sophie ! tu* me fais hontè
de moi-même. Non, mon style n'a rien de
Commun avec le sien, quoique d'autres què
foi Paient prétendu aussi. Mon style est pas^
sable , parce qu'il est à moi } parce que com-
munément j'ai le ton de la chose que je dis
bu que j'écris , àttendu que je ne dis- et qué
je n'écris que ce que je pense : c'est-là , jé
crois , le grand secret. Suivre son caractère
propre , la tournure naturelle de son esprit
et les inspirations du sentiment. Ah ! oui ,
Sophie, sur-tout sentir. Mais mon corps et
ma tête crotilent sotfè les cÀtips téitérés d'ailé
infortune trop longue. Mes fleurs sont fanées ;
ines fruits avortés avant d'être mûrs. Il faut
rerser une lame sur les courdUneir que fau-
rais pu obtenir, et qu'un tyran envieux et
impitoyable m'enlève , avant que j'aie pu les
âtteindre ; mais il faut âussi y i^eiioncer ,
puisqu'elles sont hors de ma portée. Ah t
j'en conviens, tendi"e et aimable Sophie, les
louanges sont un délicieux plaisir pour G a*
briel , lorsqu'elles sortent de la bouche de
Sôn amante ; mais ne les exagère pas jusqu'à
me faire rougir:} 4âche de me tromper ett
cela
^cela seul. Je suis^ je serai toujours bien lom
de croire les mériter toutes ; mais il m'est si
doux de me voir bien dans l'opinion de celle
qu'entre tous les êtres de mon espèce j'aime
et j'estime plus que tous les autres! Peut-être
€n tirerais je encore un autre fruit^. ma chère
vie. Ce charmant «hommage^ dont j^ene me
crois pas digne , m'encourage et me presse
d'acquérir ce qui me manque , de dompter
mes défauts, plus peut-être pour justifier ton
^ choix et conserver ton estime, que pour m'ho-
- norer à mes propres yeux. Hélas ! les infor*
tunés sont toujours dans le doute : toutes
leurs conjectures leur semblent des réalités ;
tous les possibles leur paraissent probables^
et ils sout trop portés à changer les événemeus
qu'ils ne peuvent s'expliquer, en froideur ou
^ en négligence , sur-tout de la part de ceux
dont l'estime et l'amour sont tout leur bien
. et toute leur ressource. D'ailleurs, tout sûr
. que je suis que mon incomparable Sophie ne
variera j^ms^i^ dans ses sentimens et sesprin-
' cipes , sa tendresse mW si nécessaire , qu'il
m%st bien peraiis de douter du moins si je
mérite les sacrifices qu'elle m^a faits, ceux
qu'elle m'a promis , et d'examinerisévèrement
mes sentimens , mes. pensées , mes conje^^
tures, mes projets, mes occvipations , et le
, fiMible.prix que je vaux.
Je j;'abandonne Jï^/o&a « pourvu ^ que tu
; conviennes que cçt ouvrage irrégulier , inCCff*
Tome II. . ^ S
- — ^
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4It> LET'TUfiS ORIGINAL JE S
rect 9 peut-être mal conçu et souvent négligé ^
^étincelle pourtant de beautés ; qu'il arrache
•des transpèfia d^admiration , et fait couler de
douces larmes. Cent fois j^ai voulu critiquer
VEâloise ; et cent fols, j'ai pleuré, admiré^
lu y telw^ et j'ai plaint eeut qui pouvaient éttt
plus sévères qi^e moi. Voltaire , ce Voltaire
que son propre génie mettait si au-des3us de
Fenvie , œmme il à btrtrag^ le plus vertueiâc
des hommes, dont il n'avait reçu que des
éloges , qui était malheureux , pauvre , persé-
cuté, qui ne travaillait point dans son genrè, et
qui, osons le dire , lui était supérieur dans
le sien ! Voltaire, immortalisé à tant de titres ,
Voltaire qui , plus que tout autre peut-être ,
mérita l'admiration et le mépris de ses sem-
blables , fut au théâtre un génie du premier
ordre , dans tous ses vers «un grand poète,
• dans rhistoire de Thomme un phénomène;
mais dans les ouvrages hlstonq^es et philo-
"sophiques , il n^a été le plus souvent qu'Un
^ bel-esprit , tandis que fiousseau , digne de
tous ,nôs respects par ses moeurs , son noble
et inflexible courage^ et la natui^e deseftm-
vaux , est le dieu de l'éloquence , l'apôtre 4e
la vertu , nous l'a toujours fait adorer , et 'ne
proeftitua jamais ses italenstsublimes la
-satire , ni à ja flatterie» . ' ^ . • «
Quoi , grosse béte>! tu ti'âr^ais -pas trouvé
à toi toute sejule que c'était uni^r absiurdilé de
^ire lire jqu appriendre par coeur des fables
\
I) £ M I R A'B"£^A UT. * 4li
à. des etïtmn l Mon amie ^ quand j'ai médité
quelques heures sur Bacon ou sur Newton ^
j'ouvre La Fontaine que je sais par cœur ^ et
j'y découTre des beautés nouvelles que |e n'y
avais pas aperçues, Yoibà l'homme que tu
croyais rinslituleur des enfans.
. Le philosophe économiste que tu^traitessè
lestement ^ disait un jour devant moi au roi
de Suède , qui le comparait je ne sais pour^ .
Cfuoi k Montesquieu t £m têperies surannées'
^ cet homma tanl^ vanlé j ne sont plus e^sti'-
Wées que dans le Nord. Cela est modeste e<^
galant 9 comme tu ¥ois^ Certainement je né
suis pas partisan fanatique deVEsprit des Lois»^
Le plus grand nombre des principes de C0
bel ouwage me paraît ou faux , ou hasardén
" te courage.de l'auteur n^st suspect, et M
prudence ressemble -à delà pusillanimité ; et
il a souvent ou méconnu ou trahi les droits
ommç. Enfin son style si brillant^ si
ferme et si pur , n'est pas toujours exempt
de recherche et d'afiectatiun , et Ton voit
avec peine un si grand homme courir après
l'épigramme^ B'un autre- coté, ce que mon
père a fait de bon et écrit- dQ vrai^ m'est
aussi bien connu que les platitudes ofocalyp^
tiques qu'il entasse depuis lô à* i6.aM, et que
l'ai eu la patience de lire d'un bout à Tai^tre^
ee qui est méritoire. Mais en vérité , l'A. D,
H. et ses. ouvrages sercmt oubliés long-tempft^
avant que llEsprit d^s Lois cesse d'être r^
Sij
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419k LETTRES ORie^HAlES
gardé commie un des chef^d^ceuTrM de l'es**
prit liumaiii.
Je crois ton anecdot e de Poinsinet au moins
très -hasardée , et probablement tu confonds*
Le nûen est le traducteur de Pline le natu-
raliste, dont on iniprlme maintenant le der-
ttier volume. Cette traduction n'est assuré-
ment pas digne de l'original ^ mais c'est une
des plus yastes entreprises littéraires que je-
connaisse ; et eiécutée comme elle l'est , elle
suppose encore beaucoup de mérite et dé
eonoaistonces; Poinsinet a donné aussi une>
traduction d'Anacréon en viers , dans laquelle
j.e tipouVe Anacréon beaucoup moins que dans
Ion bonnet; tnaisil y a de la facilité , de la
pureté et de l'élégance* U me semble qu'au
nombre de tes célèbres Dijonnob tu aurais
nussi bien fait de com(>tér Pimmortiel Bu^n^
et même Piron ^ que Rameau , qui ( soit dit
entre nous et^ bien bas) , ne me paraît pas un
génie transcendant même dans son art que je
connais un peu , comme tu sais,. Au reste ^
tu trailti trop mal les académiciens d*aujour-
* d'hui : Morveau , qui a beaucoup de connais-
sances et d'esprit en tout genre , est de plus un
de nps meilleurs ehiniisles , et le premier,
après Macquer ^ qui ait dkigné faire parler un
français intelligible à cette science. Maret et
Durande , qui peut-être seraient mieux dans
une faculté que dans une académie ^ sont des
'gens de mérite } mais j 'avoue ^u'il est ridi-r
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DE MIKABEAV. 4l3
cuTe q^e Maret , qui n'a point de style , soit le
secrétaire d'une société littéraire. De Brosse ,
aussi, était un sujet très-académîque,<luoi-'
quMI valût beaucoup moins qu'il ne.croyaitr
Son ouvrage sur ]es langues suppose beau-
coup de réflexion et de science j et son h^Sp*
toire des navigations aux terres australes est
un bon ouvrage , quoiqu'il affirme assez ridi-
eulepient Pexistence des Patàgons^que sa très-
petite personne devait croire moins aisément
qu'un autre. Quant à son Salluste , que )'aî
persiflé un tantinet ^ il prouve du moins plus
d'érudition que de goû^: J'en trouverois peut-
^tre d'^iutres ; mais je te livre le confesseur
de M'"*, de R. , le débonnaire, et tendre et
poli M. de R. qui disait à Morveau iJ^oini de
irou tilles dans nos mémoires: mes ouvrages
et Uuvôtres, finalement. . . .finalement, voilà
tout ce qu^il y a de bon dans eette cohue; enfin
tous les subdélégués y etc* de l'univers . • • •
Grâces , grâces te soieiit rendues , li foi , à tous
ceux qui nous servent si bien . • • Ma fille se
porte bien : j'ai tes cheveux , ta bague char-
mante : ) e les baise , je les suce Je les mange.«v
îlpQ amante ^ mon bonheur , ma vie , mon
tout ! quand donc est-ce que je cesserai de
t'aimer chaque jour davantage ? C'est à Pins^
tant que je reçois ce précieux envoi : ah I
comme il fait battre mon cœur 1 Je comptais
t'écrire encore un peu..*, mais laisse-moi
WYOurer mon bien, Addw, mio dolcesç^tegno^
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414 LETTRES D-E MI&ABEAIT.
Addio y sposa amata, chea me solapar^onna^
Cçmertfatijedelem Mia vita , ben mio , addio^ '
r
Gabriel.
SopLie, donande tes étrennes ; car pour
moi j'ai tant demamiév 9^^]^ a'ose plus,
peur de fâcher le bon ange à qui nous don*
nons des volumes à lire» YoiS| méchante
Sophie, ^e pour te rassurer, j'ai obtenu
qu^on te remît tout de suite, mâ. dernière ;
et moi j^ai attendu, vingt-quatre jours la
tienne» O ingrate ! que de dettes il te faudra
tee payer 1
Tes bagues sentent Tambre. Cela est détes-
table poui les nerfs , et d^ailleurs très-superflu
jf&m une veuw. te l'interdis absolument*
âoigne bien ta santé ^ et dis - moi tout %
tout. ... Tais^toi , .quç je baise me^ bagjaes %
ton billet^ etmafiUei^
Vin du Tfima ê^concL
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